Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France Info le 20 mai 2020, sur les secteurs agricole et agroalimentaire confrontés à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ces derniers jours, trois foyers de l'épidémie ont été détectés dans des abattoirs français. Savez-vous comment le virus y est entré ?

DIDIER GUILLAUME
Pas encore. Les ARS, les Agences Régionales de Santé sont en train de regarder. Il y a eu trois foyers, deux considérés comme des clusters et un autre qui n'en est pas un. Nous regardons. Nous pensons qu'il est possible que ce soit lié aux vestiaires, lié aux changements, peut-être, nous ne savons pas trop. Ce n'est pas dans les abattoirs que les gens ont été testés, c'est dans les ateliers de découpe, attenant aux abattoirs évidemment, mais ce n'est pas dans l'acte d'abattre les animaux, mais dans l'acte de découpe. Et évidemment tous les services du ministère, et comme tous les services de l'Etat, sont au travail pour découvrir cela. Pour l'instant du coup nous avons testé tous les salariés de ces abattoirs pour voir ce qu'il en est. Il y en avait quelques-uns, une poignée, qui étaient positifs, et tous les autres étaient des porteurs sains. Mais voilà, nous sommes en train de faire cela et la transparence totale sera faite. Un préfet a décidé de fermer un abattoir, celui du celui du Loiret pendant 7 jours, il rouvrira dans des conditions sanitaires à partir de dimanche ou de lundi. Et vraiment ce que je veux dire, c'est que nous avons mis… Ces abattoirs, ce sont les entreprises qui ont travaillé pendant toute la durée du confinement, et donc comme toutes les autres entreprises, eh bien elles sont plus sujettes à avoir des cas d'infection de cette maladie. Nous avons mis en place des guides de bonnes pratiques. Dès le début du confinement j'ai décidé de mettre en place les gestes barrières, les guides de bonnes pratiques, parce que c'était absolument indispensable. Mais ce qu'il faut bien comprendre, que vos auditeurs, vos téléspectateurs comprennent bien, c'est que dans un abattoir il est parfois difficile d'être à 1 m l'un de l'autre pour deux salariés, pour la bonne et simple raison qu'il y a des actes dans l'abattoir qui méritent d'être deux lorsqu'on a un animal un peu lourd, c'est la raison pour laquelle nous avons pris toutes les précautions évidemment avec les masques, les ateliers de découpe, avec les blouses, avec les charlottes etc. Nous sommes en train de regarder comment peut-être demain aller plus loin, afin de pérenniser les abattoirs, nous en avons besoin.

MARC FAUVELLE
Didier GUILLAUME, dans l'attente de ces résultats est-ce que vous allez modifier le protocole sanitaire dans les autres abattoirs ?

DIDIER GUILLAUME
Mais nous l'avons fait déjà, le protocole sanitaire a été modifié depuis 2 mois déjà, nous avons obligé à mettre des masques…

MARC FAUVELLE
Mais pas depuis ces deux nouveaux foyers.

DIDIER GUILLAUME
Pas depuis ces deux nouveaux foyers, parce qu'à la fois l'ANSES, l'ARS et la DGL, les services de sécurité sanitaire ne nous l'ont pas demandé. Le préfet a fermé un abattoir, pour les autres ne regardons ce qu'il en est. Et puis nous voulons vraiment assurer la sécurité de tous nos concitoyens, c'est absolument indispensable. Mais pourquoi aussi, ce qui s'est passé, c'est que pendant le confinement, les Françaises et les Français ont mangé 75% de viande hachée de plus. Les abattoirs ont travaillé, heureusement qu'ils ont été là pour nourrir nos concitoyens. Vous vous rendez compte 75% de steaks hachés de plus, pour la bonne et simple raison que les 20 et quelques millions de Françaises et de Français qui mangeaient en restauration collective, ont mangé à la maison. Donc voilà, toutes les mesures sont prises…

MARC FAUVELLE
Et puis il fallait fait manger les enfants aussi chaque midi, Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Et bien sûr, évidemment, évidemment. Donc il a fallu que les… vous parlez en connaissance de cause, j'ai l'impression.

MARC FAUVELLE
Oui, pardon.

DIDIER GUILLAUME
Donc il a fallu que les abattoirs tournent. Mais toute la lumière sera faite, les services de santé regardent cela évidemment. Ce que je dois dire, et la certitude que nous avons aujourd'hui, l'ANSES, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, nous a affirmé qu'il n'y avait aucun risque de transmission de la maladie de la viande à l'homme, de l'animal à l'homme. C'est très important pour rassurer nos concitoyens.

RENAUD DELY
Toutes les précautions doivent être prises, vous le disiez à l'instant, Didier GUILLAUME, vous évoquez des tests en cours notamment, je crois que c'est dans les Côtes-d'Armor. Si toutes les précautions ont été prises, est-ce que vous envisagez de tester tous les salariés de tous les abattoirs, puisqu'on peut faire jusqu'à 700 000 tests par semaine selon ministre de la Santé ?

DIDIER GUILLAUME
Nous sommes en discussion avec Olivier VERAN, le ministre de la Santé, et une décision sera prise dans les heures qui viennent.

MARC FAUVELLE
C'est une possibilité.

DIDIER GUILLAUME
Ça peut être une possibilité, bien sûr. Vous savez, le gouvernement n'exclut rien lorsqu'il s'agit de la santé des Françaises et des Français. Si nous devons tester, si les autorités sanitaires, ce n'est pas moi qui peut le décider, ce n'est même pas le ministre de la Santé, ce sont les autorités sanitaires, les scientifiques, si les autorités sanitaires pensent qu'il faut le faire, immédiatement nous le faisons, comme c'est en cours, comme ça a été en cours hier dans un des abattoirs.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous craignez qu'en attendant les Français hésitent peut-être à acheter de la viande en ce moment ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien j'espère que non, enfin il faut manger de façon équilibrée, vous savez on mange moins de viande qu'avant, mais enfin il faut manger de la viande, les protéines animales sont bonnes, comme les protéines végétales, évidemment, et ça peut être un risque. Moi, ce que je veux dire aux Françaises et aux Français, suivant ce que me donnent les autorités sanitaires, c'est qu'il n'y a pas de risque de contamination de l'animal de la viande à l'homme, et ça c'est quelque chose de très important. Après ils mangent vraiment ce qu'ils veulent manger.

RENAUD DELY
Et est-ce qu'au-delà de cette épidémie, lorsqu'elle aura été vaincue, est-ce qu'il faudra modifier selon vous les méthodes de travail dans les abattoirs, puisque par exemple la Confédération paysanne estime elle que les abattoirs industriels aujourd'hui ne sont pas compatibles justement avec ces mesures d'hygiène contre le coronavirus ? Est-ce qu'il faut remettre en cause, modifier l'organisation du travail ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne crois absolument pas que les abattoirs actuels soient incompatibles. Je pense qu'il faudra aller plus loin encore dans les mesures de précautions sanitaires. Vous savez, il y a 3 mois personne n'aurait pensé à ce que nous venons de traverser. Donc évidemment il faudra aller plus loin. Je vais prendre des mesures dans les abattoirs pour aller plus loin en termes de prévention, en termes de sécurité sanitaire, en termes d'organisation de travail peut-être. S'il faut réduire la cadence, il faudra la réduire, il faudra que tout le monde le comprenne, mais enfin, lorsqu'on est dans un abattoir de gros animaux, de gros bovins, ce n'est pas simple. Et de toute façon il faudra demain continuer à nourrir les Françaises et les Français, et si nous voulons que la souveraineté alimentaire arrive en France, et si nous voulons qu'en France nous mangions de la viande française, alors il faudra qu'il y ait encore des abattoirs, il faudra qu'il y ait encore des élevages. C'est cette réflexion de demain qu'il faudra mener, ce n'est pas le sujet de notre rencontre ce matin, mais cette discussion il faudra la mener. La relocalisation de l'agriculture, c'est-à-dire qu'il faudra manger des poulets, manger du bovin, manger de la viande, et pour cela il faudra qu'elle soit, qu'ils soient élevés en France.

MARC FAUVELLE
Et pour nourrir les Français il faudra aussi suffisamment de main-d'oeuvre dans les exploitations agricoles. On va en parler dans quelques instants Didier GUILLAUME, vous restez avec nous. Le "Fil info" tout d'abord à 08h40 avec Maureen SUIGNARD.

MARC FAUVELLE
Didier GUILLAUME, ministre de l'Agriculture, vous venez d'annoncer hier que des travailleurs saisonniers européens pourront bientôt arriver en France. Combien et à partir de quand ? Il s'agit évidemment de prêter main forte à toutes les exploitations agricoles qui manquent de bras en ce moment pour les récoltes.

DIDIER GUILLAUME
Oui, l'agriculture française est faite de telle façon qu'au printemps jusqu'à la fin de l'été, il faut des bras en plus, comme vous dites, des travailleurs et des travailleuses en plus, et notamment des travailleurs saisonniers, sur des contrats de travail d'un mois, 2 mois, 3 mois, 4 mois, 6 mois, ou des travailleurs étrangers, parce qu'il manque de la main-d'oeuvre française. Moi j'ai pris les devants dès le 14 mars, quand j'ai appelé les Françaises et les Français à s'inscrire sur une plateforme pour aider les agriculteurs à travailler. Pourquoi ? Parce que tout simplement pour des raisons de sécurité sanitaire, les frontières ont été fermées. Il fallait que nous ayons de l'aide au début de la campagne, il n'y avait pas beaucoup de main-d'oeuvre, 15 000 Françaises et Français ont aidé dans les dans les exploitations agricoles, ça a permis de tenir en début de campagne. Maintenant, il faut environ 100 000 travailleurs saisonniers par mois pour tenir toute la saison. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé au Premier ministre de pouvoir mettre en place cette arrivée de travailleurs saisonniers, le Premier ministre a bien arbitré cela, et dans les heures qui viennent, puisqu' il devra signer l'instruction, elle est peut-être signée depuis hier soir ou ce matin, qui permettra aux travailleurs saisonniers de l'Union européenne, étrangers, de venir travailler en France, sous deux conditions. La première condition, c'est qu'ils aient un contrat de travail établi par l'exploitation agricole, et la deuxième condition, c'est évidemment se soumettre à un protocole, un protocole sanitaire. Nous avons fait un guide de bonnes pratiques, qui est lié à la fois aux conditions de travail, et un guide de bonnes pratiques très important, aux conditions d'hébergement. Parce que les travailleurs saisonniers…

MARC FAUVELLE
Seront-ils restés avant d'arriver en France ou soumis à des contrôles de température ou à des quatorzaines ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, ils ne seront pas testés avant d'arriver en France, parce que c'est très compliqué de les mettre en quatorzaine dans leur pays, mais ils seront en quatorzaine sur l'exploitation agricole. Ils ne pourront pas se mélanger avec d'autres et donc ils seront surveillés, évidemment. Mais ce que je voulais…

MARC FAUVELLE
Pardon, comment vous mettez quelqu'un dans un champ ou dans je ne sais pas, enfin pour cueillir de des fraises ou des asperges, en quatorzaine, le soir dans les dortoirs par exemple ?

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous expliquer. Il suffit d'abord, dans les champs, le guide de bonnes pratiques que nous avons mis en place, c'est qu'aucun travailleur ne va être amené à moins de 1 m ou 2m, ça le guide de bonnes pratiques le décidera. Et puis surtout, c'est les questions d'hébergement. Moi j'ai vu beaucoup ça, j'ai visité beaucoup d'exploitations agricoles, les travailleurs saisonniers souvent sont dans des dortoirs, sont à 5, 6, ça, ça ne sera pas possible. Et la d'ores et déjà les agriculteurs, les syndicats agricoles y ont travaillé, et dans le guide de bonnes pratiques, je ne pouvais pas vous le donner dans le détail, c'est exactement comme dans les lycées, c'est-à-dire exactement comme dans les autres hébergements, il faudra que les travailleurs saisonniers…

MARC FAUVELLE
Les lycées, en l'occurrence, là n'ont pas rouvert, Didier GUILLAUME, donc la question se pose un peu moins.

DIDIER GUILLAUME
Non non, ne plaisantez surtout pas avec ça s'il vous plaît, parce qu'ils peuvent réouvrir dès le début juin, et dès le début juin par exemple dans l'enseignement agricole, j'ai 100 000 internes, et ces 100 000 internes ne pourront plus aller dans les internats, comme c'était le cas avant, et nous travaillons là-dessus, et nous sommes encore en train d'avancer afin que ce ne soit plus des femmes et des hommes, des hommes en l'occurrence, qui sont entassés parfois à 5, 6, 8 ou 10 dans un dortoir, mais soient séparés par des mesures, les mesures barrières qui seront dans le guide de bonnes pratiques qui est mis en place par le ministère du Travail, dont c'est la responsabilité, en relation avec nous, et en relation avec les employeurs et notamment les syndicats agricoles.

RENAUD DELY
Mais, Didier GUILLAUME, excusez-moi, je n'ai pas bien compris. Là vous évoquiez effectivement les gestes barrières à mettre en oeuvre dans ces exploitations agricoles qui accueillent des travailleurs saisonniers, effectivement qu'ils soient…le respect de la distanciation sociale etc. Pour autant, ces travailleurs saisonniers qui seront affectés donc à ces tâches dans ces exploitations agricoles, ne sont pas mis en quatorzaine, c'est-à-dire qu'ils pourront le soir sortir de ces exploitations pour se rendre dans les communes environnantes. Ils ne sont pas strictement mis à l'isolement.

DIDIER GUILLAUME
Non, le soir, ils ne pourront vraisemblablement pas sortir, ce n'est pas totalement bouclé, ils ne pourront vraisemblablement pas sortir, ils devront rester là, travailler pendant les premiers 14 jours, mais le Premier ministre doit prendre son instruction ce matin. Donc on aura les précisions dans la journée. Ce qui est important c'est que les exploitations agricoles françaises pourront avoir de la main-d'oeuvre étrangère, des travailleurs saisonniers européen, dès les prochains jours, et c'est ça qui est plus important, au moment où il va faire beau, au moment où les fraises, au moment où les fruits et légumes vont commencer à sortir, il faut qu'ils soient récoltés pour que nos concitoyens puissent manger de bons produits issus de l'agriculture française.

MARC FAUVELLE
Vous parlez Didier GUILLAUME des fraises et des fruits et légumes. Beaucoup de Français ont constaté ces dernières semaines que les prix avaient assez nettement augmenté dans les rayons des grandes surfaces, sur tous ces produits. Samuel VANDAELE, le président des jeunes agriculteurs, le syndicat, qui était avec nous tout à l'heure sur France Info, nous dit que du côté des producteurs, ils continuent à vendre exactement au même prix tous ces produits, au centime près, nous disait-il tout à l'heure. Est-ce que vous avez trouvé aujourd'hui, comment vous expliquez que les prix n'aient pas changé à la source mais qu'ils aient augmenté dans les rayons ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, notamment les producteurs de fruits et légumes ont plutôt pas trop mal gagné leur vie, parce qu'ils en ont vendu, ils ont pu le faire. Ce qu'il faut bien regarder, ce n'est pas tant le prix le prix du produit français, mais c'est la comparaison avec les produits étrangers. Une étude qui a été faite par un cabinet indépendant Nielsen, indique que dans le mois dernier, les produits avaient augmenté de 0,01%. Ici ou là il y a pu avoir des augmentations dans des segments de production, dans du bio ou autres, mais globalement les prix n'ont pas énormément augmenté. Par contre ce qu'il faut se dire, ce qu'il faut se dire, c'est que nos concitoyens lorsqu'ils font les courses dans les grandes surfaces, y vont moins souvent et le caddy moyen a augmenté, on le voit très bien dans l'étude, ce qui peut être une des conséquences pour regarder cela. Mais ce que je vais vous dire très clairement, c'est que manger français ça a un prix, et il faudra que nos concitoyens continuent après la crise, à se rendre compte qu'il faut faire le choix du patriotisme alimentaire, du patriotisme agricole, mais que manger des fraises françaises du Ventoux, c'est pas le même prix que de manger des fraises espagnoles, par contre ce n'est pas le même goût non plus, et je pense qu'il faut s'habituer à manger du beau, à manger du bon, et nous sommes en train de travailler avec la profession agricole, nous travaillons avec la distribution, pour voir comment demain nous pourrons contribuer à alimenter, à nourrir nos concitoyens, avec des produits français, sans que cela coûte plus cher que toujours prendre des produits étrangers. Mais c'est ça vraiment l'enjeu de demain.

RENAUD DELY
Vous dites aux Français, Didier GUILLAUME : il faut que les Français s'habituent à payer un peu plus cher, puisque ce sont des produits frais français, donc si on consomme français, il faut qu'ils s'habituent à payer un prix un petit peu plus élevé qu'ils ne faisaient jusqu'à présent. Comment est-ce qu'on peut tenir ce discours et le crédibiliser au moment où des millions de Français vont voir une chute de leurs revenus, voire une perte de l'emploi, un appauvrissement général comme le disait le Premier ministre ?

DIDIER GUILLAUME
Mais les choses sont très simples : soit on veut continuer à manger du poulet aux hormones ou au chlore du Brésil ou d'Ukraine, soit on veut continuer continuez à manger du concombre danois ou des fraises et des fruits et légumes espagnols, auquel cas, eh bien ils ne seront pas chers, mais ce n'est pas de la très très bonne qualité. Soit on veut nourrir les Français différemment, alors il faudra peut-être faire des choix économiques différents dans le budget de nos concitoyens. J'ai conscience aujourd'hui qu'il y a un problème de pouvoir d'achat, et nous regardons cela avec le ministère de l'Economie et des Finances. Moi je ne dis pas qu'il va falloir que nos concitoyens achètent des produits plus chers, je dis simplement qu'il va falloir s'organiser également entre la production, la distribution, et toute la filière pour voir comment nous pouvons réduire les coûts, donc qui peuvent être réduits, afin que nos concitoyens puissent acheter des produits français d'excellente qualité, qui soient peut-être un petit peu plus chers, mais pas énormément plus chers.

RENAUD DELY
Vous excluez…

DIDIER GUILLAUME
Mais vous savez, si on fait la course entre un poulet des Landes fermier, et un poulet brésilien, on ne pourra jamais rivaliser.

RENAUD DELY
Vous excluez en tout cas toute mesure de blocage ou d'encadrement de certains prix qui s'envoleraient.

DIDIER GUILLAUME
Pour l'instant il n'en est pas question, puisqu'il n'y a pas eu vraiment d'envol des prix. Mais nous sommes en train de regarder tout cela. Vous savez, nous sommes en pleine crise, nous ne sommes pas sortis de la crise. Dans cette crise il y va y avoir un week-end magnifique, je suppose que les gens vont faire des barbecues, vont faire des planchas, il faut quand même garder, j'entendais tout à l'heure le professeur DELFRAISSY sur votre antenne, il faut faire très attention, si la contamination devait revenir, ce serait un drame s'il fallait confiner, donc il ne faut pas s'arrêter pour la sécurité alimentaire, pour la distanciation sociale, pour les gestes barrières. Retrouvons-nous évidemment, parce qu'on a besoin de retrouver sa mère, sa soeur, ses amis peut-être proches de nous, à un petit nombre, avec la distanciation, les gestes barrières, un barbecue s'il le faut, mais attention, on a vu des images qui sont inacceptables. Si on continue à se ruer comme avant, eh bien je crois que ça en sera fini « du confinement » et de la suite, donc faisons très attention.

MARC FAUVELLE
Didier GUILLAUME, ministre de l'Agriculture avec nous jusqu'à 09h00 sur France Info. Le « Fil info » à 08h50, c'est avec Maureen SUIGNARD.

MARC FAUVELLE
Didier GUILLAUME, certaines professions agricoles ne savent plus quoi faire de leurs stocks, c'est le cas par exemple, mais c'est un exemple parmi beaucoup d'autres, des producteurs de pommes de terre, assis sur des tonnes et des tonnes de pommes de terre, à part demander aux Français de manger plus de frites avec les steaks hachés qu'ils ont consommés en masse pendant le confinement, qu'est-ce qu'on peut leur dire ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, vous posez une question plus que d'actualité, puisque je reçois les responsables de la filière pomme de terre à 14h, enfin, je les reçois, en visioconférence évidemment, à 14h cet après-midi, pour regarder comment nous pouvons faire, d'abord, ce sont les producteurs de pommes de terre industrielles, évidemment, quand tous les restaurants sont fermés, quand tous les fast-foods sont fermés, eh bien, les steaks, frites, les moules, frites, tout ça, ça n'existe plus, donc sommes en train de regarder comment nous pouvons faire, j'ai fait des demandes à l'Union européenne qui ont été en partie acceptées sur pouvoir faire du stock, enfin, nous sommes en train de travailler, je ne laisserai pas tomber la filière pommes de terre, comme le gouvernement ne laissera pas tomber l'ensemble des autres filières, nous avons travaillé sur des mesures sectorielles dans toutes les filières agricoles, parce qu'il y a eu des drames, la fermeture des restaurants et des hôtels, qui est absolument un drame pour eux, d'abord, pour ces personnes qui travaillent là, a engendré, pour la deuxième ligne, des conséquences terribles, pour les producteurs, les viticulteurs, les producteurs de vins, pour les producteurs de pommes de terre, toute l'alimentation, les poulets, les AOP, les fromages fermiers qui sont vendus essentiellement dans ces restaurants, donc évidemment, le gouvernement va essayer de les aider, va essayer de mettre des mesures au niveau des charges sociales ; toutes les entreprises agricoles ont pu bénéficier des mesures horizontales et transversales mises en place par le gouvernement…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut imaginer, Didier GUILLAUME, que ces pommes de terre – mais d'autres produits seraient concernés évidemment – soient par exemple offertes aux associations ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, bien sûr, ça fait partie évidemment des sujets, comme ça a été le cas pour le lait notamment, ça peut être offert à des associations, ça peut servir pour la nourriture des animaux, ça peut servir dans les méthaniseurs, nous sommes dans une situation exceptionnelle et extraordinaire. Et dans ces situations-là, il faut des réponses qui soient extraordinaires et exceptionnelles, nous ne revivrons plus jamais – espérons-le – cela, donc ce qui est en train de se passer dans toutes les filières agricoles, comme dans celle-là, c'est un drame, donc nous allons y répondre, mais ce qu'il faut quand même bien dire à tous les auditeurs de France Info et tous les téléspectateurs, c'est que la chaîne alimentaire a tenu, c'est : regardez ce qui se passe dans les dans les autres pays européens, les autres pays du monde, nous avons la chance en France d'avoir une production en amont, d'avoir des agriculteurs qui ont réussi à continuer à nourrir les Françaises et les Français, des entreprises agroalimentaires – je suis allé en voir la semaine dernière – remarquables, on a tendance à les critiquer parfois, mais elles ont été là, les entreprises agroalimentaires, les coopératives agricoles, et la grande distribution, donc tout cela a fait en sorte que la chaîne alimentaire a tenu, il n'y a pas eu de pénurie alimentaire, les Françaises et les Français ont pu se nourrir, et ça, c'est grâce à l'action de toute la deuxième ligne qui a été remerciée par le président de la République, il y a quelques jours de cela.

RENAUD DELY
Les agriculteurs, Didier GUILLAUME, risquent de se heurter à un nouveau problème, un nouveau drame à venir, c'est celui de la sécheresse, puisque d'ores et déjà, il y a plus d'une quarantaine de départements qui sont d'ores et déjà menacés de sécheresse selon Météo France, et d'ailleurs, pour l'essentiel des départements du Grand-Est, du Grand-Est du pays, qui est plutôt la portion du pays qui a été la plus frappée par l'épidémie, est-ce que vous envisagez, Didier GUILLAUME, de mettre d'ores et déjà en oeuvre des mesures de restriction d'eau en particulier ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais, nous avons déjà mis en oeuvre des mesures, on a réuni, virtuellement évidemment, ce qu'on appelle un CNGRA, un Comité National de Gestion des Risques Agricoles, et l'Etat a déjà mis, a fait déjà un effort, a distribué des aides à plusieurs dizaines de départements, et nous regardons évidemment cela, nous allons autoriser si possible le fauchage de jachères, afin de pouvoir nourrir les animaux, mais il faut regarder tout cela avec sérénité, je regarde cela comme le lait sur le feu, si je puis m'exprimer ainsi, parce que…

RENAUD DELY
Avec sérénité, vous n'êtes pas inquiet par cette sécheresse…

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr que si, je suis inquiet, enfin, vous savez, en agriculture, on est inquiet tous les jours, parce que le climat, celui de la grêle, du gel, de la pluie, de l'inondation, on a tout eu cette année déjà, il y a eu du gel, il y a eu de la sécheresse, il y a eu des pluies torrentielles, il y a eu des inondations, il y a eu de la grêle, nous avons déjà tout eu, donc nous regardons cela évidemment, nous aiderons les agriculteurs dans le cadre des calamités agricoles, bien évidemment, il faudra demain aller plus loin mais il faut aussi regarder les taux de pluviométrie de l'ensemble des opérateurs, nous sommes, et mes collaborateurs sont en train de regarder cela, nous ne pouvons pas, les agriculteurs, l'agriculture française ne pourra pas se permettre, ne pouvait pas se permettre d'avoir une troisième année de sécheresse terrible, comme nous avons eu, et l'Etat sera au rendez-vous pour les aider évidemment.

MARC FAUVELLE
Vous nous avez, dit Didier GUILLAUME, il y a quelques minutes, qu'il fallait s'habituer peut-être à payer un peu plus cher des produits français, en tout cas, qu'il fallait une forme de patriotisme pour ceux qui le peuvent évidemment, au moment de faire leurs courses, ça vaut aussi pour le vin en ce moment qui est un secteur qui souffre ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, le vin souffre beaucoup, il souffre pour deux raisons, d'abord, parce que les Etats Unis d'Amérique ont mis en place des taxes de 25%, je rappelle que les Etats-Unis sont le premier pays où l'on exporte du vin de France, c'est notre premier pays exportateur, donc ça a été un drame. Et deuxième drame, le Covid, avec la fermeture de la restauration collective, là où ils vendent leurs bouteilles, des salons des vins, des chais, des visites à la cave, des ventes directes, donc c'est un drame absolu, donc nous avons travaillé avec la filière, nous travaillons dans trois directions, la première direction, c'est un fonds de solidarité que nous demandons à l'Union européenne pour aider à passer les taxes de Donald TRUMP, parce que les taxes américaines, c'est dans le cadre d'un conflit entre AIRBUS et BOEING, et les agriculteurs, les viticulteurs sont un dégât collatéral. Ensuite, ce que nous allons faire, c'est des exonérations de charges, je dis bien dit bien des exonérations de charges, parce que contrairement aux restaurants, les restaurants sont fermés, il n'y a pas de dépenses et pas de recettes, en viticulture, les restaurants sont fermés, il n'y a pas de recettes, par contre, il y a des dépenses, il faut garder les salariés agricoles, parce que la vigne est un être vivant, il faut travailler, il faut éclaircir, il faut tailler, donc ils n'ont pas pu mettre les salariés au chômage partiel, donc ils bénéficieront d'exonérations de charges…

MARC FAUVELLE
Et il faut que les Français continuent de boire du vin, même si les cafés sont fermés…

DIDIER GUILLAUME
Et troisième mesure, nous allons faire de la distillation de crise afin de vider un peu des stocks pour les transformer en alcool, en gel hydro-alcoolique, en ce que vous voulez…

MARC FAUVELLE
Il faut que les Français continuent à consommer du vin même si les cafés sont fermés ?

DIDIER GUILLAUME
Avec modération, vous m'avez déjà posé la question très souvent.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Didier GUILLAUME.

RENAUD DELY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2020