Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à LCI le 27 mai 2020, sur les difficultés financières de Renault et le soutien de l'État aux entreprises confrontées à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Agnès PANNIER-RUNACHER bonjour, merci d'être notre invitée ce matin, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, on a beaucoup de questions à vous poser, qu'on a abordées avec François-Xavier PIETRI qui nous accompagne ce matin, sur ces plans sociaux en cascade, à prévoir, conséquence évidemment de cette crise du coronavirus. D'abord, Madame la ministre, j'ai une première question à vous poser sur cette information du Figaro ce matin qui nous a interpellés à propos de RENAULT, RENAULT qui prévoit de supprimer 5000 postes en France d'ici à 2024 dans le cadre de son plan d'économies de 2 milliards, qui sera donc présenté vendredi. D'abord, est-ce que vous confirmez cette information, est-ce que vous en avez eu vent, est-ce que c'est un chiffre qui vous semble cohérent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, on va laisser RENAULT réunir les représentants du personnel et préciser effectivement le contenu du plan de 2 milliards, les 2 milliards c'est effectivement un chiffre qui a été confirmé officiellement pour RENAULT, pour le reste c'est à RENAULT d'être précis, et nous, nous attendons effectivement cette précision, parce que c'est une entrée en négociation avec les représentants du personnel. Ce que je veux dire ici c'est que, par rapport à la situation de RENAULT, RENAULT, on le sait, est en difficulté et doit maintenant affronter la crise du Covid, RENAULT c'était un plan de vente de 5 millions de véhicules, ils en vendront un peu plus de 3 millions, donc l'enjeu c'est de sauver RENAULT. Et pour sauver RENAULT, et pour sauver la filière automobile, nous mettons en place, le président de la République l'a annoncé hier, un plan qui est totalement inédit par sa profondeur, parce que ce n'est pas seulement aider les Français à acheter du véhicule électrique, c'est construire l'automobile de demain, c'est obliger les producteurs à investir 1 milliard d'euros pour relocaliser des productions en France, et c'est bien de ça qu'il s'agit, affronter aujourd'hui la crise, mais surtout construire demain, pour qu'il y ait encore une industrie automobile puissante en France.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Mais ce chiffre, 5000 suppressions de postes, sur l'échelle, l'échelle de valeurs, ça vous paraît envisageable ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je ne peux pas rentrer dans ces détails-là, mais c'est 10 % des effectifs de RENAULT, ils perdent 30 % de volume, 30 % de volume, demain matin vous perdez 30 % de votre rémunération, c'est massif, et c'est de ça qu'il s'agit. Je rappelle que, dans les autres pays du monde, vous avez aujourd'hui la même situation, c'est-à-dire que le marché s'est effondré en Chine, le marché s'est effondré en Europe, pour des raisons évidentes, le confinement fait que le marché s'est effondré.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Je vais me tourner vers vous François-Xavier PIETRI, ça va mal chez RENAULT, quelle est la situation effectivement du constructeur, on en est où ?

FRANÇOIS-XAVIER PIETRI
Oui, alors vous parliez des 2 milliards d'économies qui sont envisagés, c'est le plan de restructuration, c'est une cure d'austérité très forte, qui concerne plusieurs usines, quatre usines françaises qui sont dans le collimateur, dont l'une qui est très emblématique, c'est Flins, qui pourrait arrêter la production de véhicules pour devenir une usine spécialisée dans le recyclage, il y a aussi Maubeuge qui est au coeur des discussions, avec des activités qui pourraient être transférées à Douai. Ce plan il concerne aussi l'énorme centre de recherche de RENAULT à Guyancourt, le Technocentre, là ce sont 12.000 emplois. Alors, je rappelle que ce plan il est en discussion avec le gouvernement, quoi qu'on en dise, je rappelle que sur la table il y a un chèque de 5 milliards d'euros de prêt qui est garanti par l'Etat, mais que ce chèque n'est pas encore signé.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Et pourquoi Madame la ministre, pourquoi il n'est pas encore signé, quelles garanties attendez-vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Effectivement, nous souhaitons obtenir des garanties, Bruno LE MAIRE l'a indiqué très clairement, l'usine de Flins, par exemple, ne doit pas fermer, c'est une évidence pour nous, on est à la fois actionnaire, et là en l'occurrence… il ne s'agit pas d'un chèque fait par l'Etat, je veux juste éclaircir ce point, il ne s'agit pas d'un chèque fait par l'Etat à RENAULT, il s'agit d'un prêt fait par les banques de RENAULT, que nous garantissons, comme nous l'avons fait pour des milliers d'entreprises, simplement le montant est considérable, et nous obtiendrons des contreparties. Ces contreparties c'est des relocalisations, en particulier…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
S'il n'y a pas de relocalisations, vous ne signez pas, vous ne garantissez pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, nous devons avoir des relocalisations, nous devons renforcer la structure. On peut comprendre qu'une entreprise ait un trou d'air, on peut comprendre qu'aujourd'hui, vous, moi, tout le monde, n'ait pas le réflexe d'aller acheter une voiture, et c'est pour ça que nous faisons ce plan massif, pour relancer l'achat de voitures, et pour transformer notre parc électrique, parce que l'enjeu de RENAULT c'est à la fois sauver l'entreprise, mais c'est la transition écologique énergétique, vous savez qu'il faut changer complètement les motorisations, c'est un défi extraordinaire, et c'est également la voiture connectée, donc tout se concentre au même moment sur RENAULT…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Ça c'est l'avenir effectivement, et ça été dévoilé dans le plan automobile effectivement massif, de 8 milliards.

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'où ce plan qui est, je veux dire, sans égal, historique.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Juste, encore un mot sur RENAULT, donc, on a bien compris, il faut que RENAULT relocalise, c'est une condition sine qua none, est-ce qu'il y a aussi une ligne rouge à ne pas franchir en termes d'emplois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Là, nous, nous avons besoin d'avoir des éclaircissements de la part de RENAULT. Je le disais, ces 5000 emplois, c'est le chiffre que donnent les journaux, nous verrons exactement… il est, c'est une entrée en négociations, il est très clair que nous nous voulons des garanties, nous voulons un dialogue social qui soit le plus exemplaire possible, mais la filière automobile c'est 800.000 emplois, c'est 800.000 emplois, il va falloir se battre pour chacun de ces emplois, et c'est tout l'enjeu du plan automobile que nous mettons sur la table. 8 milliards d'euros, c'est un effort que l'Etat n'a pas d'égal, et moi me rappelle des enjeux de la sidérurgie, etc., on a regardé tomber notre industrie, les uns derrière les autres, aujourd'hui nous ne laisserons pas faire ça, et nous investissons massivement dans l'industrie du futur.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Voilà donc pour RENAULT, vous attendez des garanties, on l'a bien compris. Je voudrais aussi qu'on dise un mot d'un autre secteur qui souffre, c'est le secteur du textile, François-Xavier.

FRANÇOIS-XAVIER PIETRI
Oui, avec CAMAÏEU et LA HALLE qui annoncent des suppressions d'effectifs également, il y a plus de 6000, près de 6000 emplois qui sont concernés. CAMAÏEU, sous la protection du tribunal de commerce hier, 3400 salariés concernés, LA HALLE c'est 2200 salariés qui sont également concernés par la fermeture éventuelle de 300 magasins, ce ne sont pas les seules entreprises, il y a eu NAF-NAF avant, chaussures ANDRE, ORCHESTRA, en procédure judiciaire, ça c'est pour le textile, ALINEA dans l'ameublement, CONFORAMA qui attend toujours un prêt, qui ne vient pas, vous voyez Pascale, la liste est longue, des plans sociaux qui est en train de s'enchaîner, et ce n'est probablement pas fini.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Et que peut faire justement le gouvernement pour aider ces secteurs et ces entreprises en difficulté ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, en l'occurrence beaucoup de dossiers que vous mentionnez sont des dossiers qui étaient déjà en situation difficile, CONFORAMA, l'Etat l'a sauvé il y a 2 ans, dans une discussion extrêmement difficile qui a été menée par le CIRI, CAMAÏEU ça était également le cas, donc ce ne sont pas des entreprises qui sont en train de tomber du fait de la crise, la crise précipite les difficultés. La deuxième chose c'est qu'on travaille sur des repreneurs, moi j'ai mes équipes qui sont en contact avec différents repreneurs, parce que, je le dis ici, rentrer en procédure de redressement judiciaire c'est permettre aussi d'avoir une discussion avec les créanciers et les actionnaires, et de remettre les compteurs à zéro, et de repermettre à l'entreprise de redémarrer, et ça peut être une opportunité, il faut maintenant trouver les repreneurs, c'est aussi un signal d'évolution de consommation.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Bien sûr.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Notre rapport à ces marques-là a évolué, et donc il faut accompagner ces changements…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
J'ai une toute dernière question, il nous reste très peu de temps. Madame la ministre, est-ce que l'on va vers un plan de soutien pour les entreprises qui ont été durablement touchées par la crise, est-ce que vous y travaillez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah mais je crois que, nous avons mis déjà 110 milliards d'euros sur la table pour soutenir les entreprises, 110 milliards d'euros, c'est 5% de notre PIB, enfin je veux dire c'est une aide massive…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Mais, une aide publique pour les employeurs, en échange du maintien de leurs salariés, est-ce que vous y pensez, est-ce que vous y travaillez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, le chômage partiel c'est quoi ?

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Mais ça va s'arrêter.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le chômage partiel c'est exactement ça. Pardon, mais, les Etats-Unis, vous avez 40 millions chômeurs aujourd'hui, en plus, par rapport au démarrage de la crise. La France, l'Etat, a pris sa responsabilité, et fait en sorte qu'aujourd'hui près d'1 salarié sur 2 est sécurisé par l'Etat, sécurisé par l'Etat, c'est considérable, et évidemment je pense que vous pouvez chercher dans toute l'Europe, vous n'avez quasiment aucun pays, aucun pays, qui était allé aussi loin pour sauvegarder son d'économie.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Merci beaucoup Madame la ministre d'avoir été en direct avec nous ce matin, de nous avoir apporté vos précisions, votre regard sur cette situation en France pour RENAULT et bien d'autres secteurs qui souffrent des conséquences du coronavirus, merci.


source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2020