Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à RTL le 8 juin 2020, sur la question des masques.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie. Depuis le début de la crise sanitaire vous êtes en pointe sur toutes ces questions, celles de nos masques, ce qui vus vaut le surnom de « Madame masques » au gouvernement, et puis je salue aussi Eric BOEL qui est avec nous par téléphone, bonjour Monsieur BOEL.

ERIC BOEL
Bonjour Monsieur CALVI. YVES CALVI Vous dirigez Les Tissages de Charlieu près de Roanne.

(…) Entretien avec Eric BOEL.


YVES CALVI
EEE, merci infiniment de cette première photographie de la situation. Agnès PANNIER-RUNACHER, je me tourne évidemment vers vous, comment l'Etat peut-il décemment demander un effort aux industriels français et en même temps s'approvisionner à l'étranger, puisque c'est le cas aussi parfois, notamment à LA POSTE ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, peut-être plusieurs choses. D'abord, et je crois qu'Eric BOEL l'explique très bien, cette production de masques elle a sauvé des centaines d'entreprises et des milliers d'emplois en France, c'est-à-dire que les entreprises qui ont converti leurs chaînes de production pour fabriquer des masques ont, du coup, été en capacité de continuer à travailler, là où elles étaient à l'arrêt, totalement, et, vous savez, il y a plus de 450 entreprises qui ont réussi, comme ça, à passer ce cap difficile.

YVES CALVI
Tout en jouant un rôle très important sur le plan sanitaire dans le pays.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout en jouant un rôle essentiel. La deuxième chose c'est que le gouvernement a pris ses responsabilités, c'est-à-dire, lorsque le 13 avril le président de la République annonce que le déconfinement aura lieu le 11 mai, nous avons, nous, accompagné toutes les entreprises françaises, et celles qui produisaient à l'étranger, puisqu'une partie de ces entreprises françaises produisent à l'étranger, pas en Chine, comme on l'entend beaucoup, mais plutôt au Maroc, en Tunisie, au Portugal, et ces entreprises françaises nous ont dit "on est incapable de vous livrer, on n'a pas les volumes, débrouillez-vous." On a dit Ok, on prend nos responsabilités, on se charge, avec d'autres entreprises françaises, d'approvisionner le démarrage, de façon à ce que le 11 mai on n'ait pas de problème d'approvisionnement en masques. Donc ça ce sont les commandes que nous avons passées pour donner cet élan du démarrage, puisque nous n'avions pas le volume. La troisième chose c'est qu'évidemment nous avons accompagné les entreprises qui produisent en France, tout au long de cette aventure, moi j'ai toutes les semaines des reporting, justement qui fait le point sur les surcapacités le cas échéant, sur est-ce qu'elles veulent continuer, est-ce veulent s'arrêter. Et j'avais, dès le 15 mai, alerté la filière sur ce risque de surproduction en disant c'est quand même incroyable, il le dit encore très bien Monsieur BOEL, on a un produit qui est écologique, on a un produit qui a un rapport qualité-prix imbattable, imbattable, et néanmoins on n'arrive pas à convertir les grandes entreprises à passer et utiliser ce masque, on préfère le masque chirurgical, qui lui est importé de Chine.

YVES CALVI
La question qui vous est posée ce matin c'est que fait-on de ces stocks, dont nous parlons, et qui ont permis en effet à nos entreprises, un, de participer, je dirais au sauvetage sanitaire du pays, mais en même temps de se mettre dans une situation aujourd'hui dont on comprend qu'elle est extrêmement difficile ? alors, je sais par ailleurs, je fais une petite parenthèse, qu'on demande tout à l'Etat en ce moment, on est devenu un pays totalement nationalisé, c'était nécessaire et c'est une période, mais que peut-on répondre à ceux qui ont joué le jeu et qui aujourd'hui se retrouvent avec des stocks que par millions sur les bras ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, il n'y a que 10 % des entreprises qui se retrouvent avec des stocks sur les bras, je pense que c'est important aussi le préciser puisque nous nous avons un suivi assez précis de cela, mais je vais vous poser une question, Monsieur CALVI. Vous utilisez quel masque, quel masque votre employeur vous fournit aujourd'hui ?

YVES CALVI
En ce moment mon employeur, ici, me fournit un masque qui est un masque traditionnel, qui est probablement vient d'un pays asiatique, donc ceux que vous connaissez, les masques bleus, et j'utilise à titre personnel, moi dans ma vie quotidienne, des masques en tissu que je lave.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà. Donc, votre employeur qui fait des gros volumes, puisqu'il doit couvrir l'ensemble de ses employés, utilise un masque chirurgical à usage unique, cet employeur il faut le convaincre d'utiliser des masques textiles, lavables, réutilisables.

YVES CALVI
C'est gentil de me renvoyer la question, mais en l'occurrence c'est vous qui en avez la responsabilité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, non, mais je vais jusqu'au bout. Donc, qu'est-ce qu'on peut faire, c'est ça, c'est-à-dire que nous avons une mission, avec deux ambassadeurs, Yves DUBIEF et Guillaume GIBAULT, dont l'objectif, avec notre appui, est de convaincre les gros acheteurs de convertir et de passer du masque à usage unique au masque textile lavable, réutilisable, et donc d'expliquer que d'abord c'est bien un équipement de protection individuelle, puisque vous savez que quand vous êtes employé vous avez des exigences, il y a une norme, oui c'est fait, on l'a fait, donc on peut switcher du masque à usage unique vers le masque lavable, et d'avoir, je dirais cette transition qui est absolument essentielle.

YVES CALVI
Qu'est-ce que vous dites à LA POSTE qui n'utilise pas ces masques, par exemple, en tissu ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je suis à LA POSTE, effectivement, même démarche, c'est-à-dire cette démarche de transition. Ce produit il n'existe que depuis 2 mois, donc je peux comprendre que les employeurs n'aient pas fait tout le travail, de qualifier, les organisations syndicales ont plus, à certains endroits, être méfiantes, et il y a cet accompagnement qui doit être fait.

YVES CALVI
Il a fallu répondre à l'urgence, ça on l'a tous compris, maintenant on n'est plus dans cette période-là, donc c'est la question c'est comment fait-on demain ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et voilà ! Et c'est pour ça, encore une fois, moi je réunis la filière à peu près toutes les deux à trois semaines, et nous travaillons sur ces sujets. Il y a une mission, sur ce sujet spécifique des masques, comment on équipe, comment on prépare des stocks, comment on s'assure que les entreprises basculent, et il y a une mission qui est de plus long terme, que nous confions à quatre professionnels du secteur, et qui va viser à travailler l'installation de textiles durables en France, parce que l'histoire des masques a montré qu'on était capable d'être compétitif.

YVES CALVI
Est-ce qu'il va falloir reconstituer des stocks, est-ce qu'il est concevable de faire des stocks qui soient aussi des stocks de masques en tissu ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

YVES CALVI
On sait les préserver, les conserver, vous comprenez ce que je veux dire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, les masques tissu, par construction… on a tous dans nos armoires des masques en… enfin, des biens en tissu, ça se conserve plus longtemps qu'un masque sanitaire qui doit respecter un certain nombre de caractéristiques, il est plus rare d'avoir des moisissures sur un tee-shirt que sur un masque chirurgical et à usage unique, par exemple.

YVES CALVI
L'Etat peut passer des commandes, ou en tout cas orienter des commandes publiques ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'Etat a passé des commandes vers des masques 100 % français, puisque l'UGAP ne commande qu'en France.

YVES CALVI
Que dites-vous à la filière aujourd'hui, notamment la filière du tissu qui vous a accompagné, qui nous a accompagnés dans cette épreuve, en quelques mots s'il vous plaît avant de nous séparer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je leur dis d'abord qu'on a fait un travail formidable ensemble, qu'on a, après avoir été en sous-capacité, on est, pour un nombre réduit d'entreprises, et je le redis, puisque pour beaucoup d'entreprises, moi je le suis très régulièrement, toutes les semaines j'ai un reporting, nous devons les accompagner, et qu'on va le faire, pas plus tard que cet après-midi, puisque nous recevons une réunion avec l'ensemble de la filière, pour préparer le plan d'action future.

YVES CALVI
Alors je précise que c'est vrai bien entendu aussi pour l'entreprise CHANTECLAIR à laquelle nous avons consacré ce matin un reportage, et je remercie à nouveau Eric BOEL des Tissages de Charlieu qui était avec nous. Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, on a compris que vous avez en charge aujourd'hui, maintenant, de gérer nos futurs stocks, et par ailleurs vous-même, en ce moment, de voir comment vous pouvez accompagner les entreprises qui sont dans la difficulté, et vous nous dites pas plus de 10% du marché, j'ai bien compris ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être venu nous voir ce matin, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, bonne journée à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2020