Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à CNews le 16 juin 2020, sur les violences urbaines, les manifestations de policiers et la politique gouvernementale.

Texte intégral

GERARD LECLERC
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

GERARD LECLERC
Tout de suite, cette actualité toute récente de cette nuit, quatrième nuit de violences à Dijon, entre des Tchétchènes et des bandes locales sur fond de trafic de drogues, des vidéos assez incroyables où on voit des jeunes brandir des armes. Est-ce que tout ça est admissible ? Que fait le gouvernement ?

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas admissible, voir des jeunes qui brandissent des armes, voir 100 personnes qui se tapent dessus, qui s'agressent, c'est inacceptable. Et moi, je veux avoir une pensée pour les forces de l'ordre, les forces de sécurité, pour la police, pour ceux qui étaient sur place. Quand certains dans les manifestations, le samedi, crient, sifflent, hurlent contre la police, quand d'ailleurs certains responsables politiques de l'opposition les montrent du doigt, on a vu cette nuit, qui était là pour rétablir l'ordre, qui était pour mettre la sécurité dans les quartiers à Dijon ? C'était les forces de sécurité, à qui je veux vraiment rendre hommage. Voilà où nous mène le communautarisme, voilà où nous mène le séparatisme dont ont parlé le président de la République. Donc cela montre bien que la République, c'est notre force, notre pacte républicain est essentiel, et que nous ne pouvons pas supporter dans la République des lieux de non-droit, des quartiers de non-droit, des bandes, des trafics, et évidemment, nous ne pouvons pas supporter la juxtaposition des communautés. La France, ce n'est pas la juxtaposition des communautés. La France, c'est la République, c'est la nation française ; on est dans ce pays et on applique les règles de ce pays.

GERARD LECLERC
C'est la quatrième nuit de violences, est-ce qu'il n'y a pas eu un retard à l'allumage du gouvernement, est-ce qu'il n'aurait pas fallu intervenir davantage, plus tôt et mieux ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, retard à l'allumage, du gouvernement, non, je pense qu'à la fois, Christophe CASTANER et Laurent NUNEZ suivent les choses de très près…

GERARD LECLERC
Oui, mais ils ne sont pas allés sur place, ça fait quatre jours que ça dure, ça fait beaucoup quand même !

DIDIER GUILLAUME
Laurent NUNEZ sera sur place ce matin, mais c'est évidemment le préfet, les responsables de la sécurité départementales et locales qui s'en occupent aux côtés de François REBSAMEN, le maire de Dijon, ça fait beaucoup et ça fait beaucoup trop…

GERARD LECLERC
Il faut une réponse ferme…

DIDIER GUILLAUME
La réponse a été ferme cette nuit, les ordres ont été donnés, je le pense, nous ne pouvons pas accepter cela. Le président de la République a été montré du doigt lorsqu'il a évoqué ces sujets dimanche soir par un certain nombre de responsables politiques de l'opposition, il a raison de dire cela, il a raison de remettre la République au coeur de notre dispositif, au coeur de notre réflexion, on ne peut pas laisser cela, vous savez, qui se fait cracher dessus, qui se fait jeter des pierres, qui se fait agresser lorsqu'ils vont dans certains endroits de la République, ce sont les policiers, ce sont les forces de sécurité. Donc nous avons besoin, à la fois, de les défendre, et à la fois, de dénoncer ces actes qui sont inacceptables ; apparemment, si j'ai bien compris, ce sont des vengeances de trafic de drogues ou je ne sais trop, bref, nous devons faire le travail, il ne doit pas y avoir un centimètre carré de la République qui ne soit pas en République.

GERARD LECLERC
Les policiers qui manifestent, alors que le directeur de la police nationale a donc annoncé que, finalement, la technique controversée de l'étranglement, eh bien, continuera d'être mise en oeuvre. Est-ce que ce n'est pas un désaveu pour Christophe CASTANER ? Est-ce qu'il n'est pas, clairement, sur la sellette ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais Christophe CASTANER comme Laurent NUNEZ ont fait le travail au ministère de l'Intérieur dans un moment pas facile, vous avez vu ce qui s'est passé que les gilets jaunes, et puis, les manifestations sur le travail, les manifestations sur les retraites, là, le Covid, et puis… bon, donc ils font travail, moi, je suis solidaire d'eux, parce que je pense qu'il n'y a pas de place aujourd'hui pour des aventures en disant ceci, en disant cela non, nous devons être collectivement responsables. En même temps, nous avons bien vu ce qui s'est passé, la sensibilité, les policiers et les gendarmes, les forces de sécurité ont mal compris ce qui a été dit par le ministre de l'Intérieur, il y est revenu hier, il a écrit une lettre aux forces de sécurité, bon, il faut que tout cela s'apaise, et puis que les choses reprennent leur sens.

GERARD LECLERC
Alors beaucoup de réactions et de critiques après l'intervention du Président MACRON : travailler et produire davantage, reconstruire une France forte, souveraine, écologique, solidaire beaucoup disent : c'est des mots, c'est flou, c'est du, en même temps, stérile, comment vous… qu'est-ce que vous avez compris, vous ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais, moi, j'ai été très satisfait, alors, ça ne va pas vous surprendre, mais très satisfait de l'intervention du président de la République, il a tracé des perspectives, il a donné du sens à son action, il a parlé d'un nouveau chemin, c'est ce dont nous avons besoin, nous sommes à moins de deux ans de l'élection présidentielle, ça ne doit pas être le souci quotidien, mais ce que nous devons faire aujourd'hui, c'est de se dire : tirer les leçons de ce qui s'est passé pendant ces trois ans et comment se passe, vous savez, on est dans la dernière ligne droite, on accélère, on met le coup d'accélérateur, et on fonce, et donc, qu'a-t-il dit, il a simplement dit que, après ce Covid, cette pandémie qui a mis la France à terre, comme l'Europe, comme le monde à terre, pensez-vous, la moitié de l'humanité était confinée, en France, 60 % des Français ont eu recours au chômage partiel, ça n'a jamais été fait dans aucun autre pays du monde, les personnes âgées dans les EHPAD, c'est un drame, ça fait trois mois maintenant qu'elles ne peuvent pas voir les familles sans rendez-vous, sans masque, etc., il faut reprendre une vie normale, et le président de la République, fort des explications du comité scientifique, du Conseil de défense, a souhaité que nous reprenions une vie normale, l'art de vivre à la française, mais en même temps, l'économie européenne est à terre, et lorsqu'il parle pour notre économie, de reconstruction écologique, de souveraineté, de solidarité, c'est absolument indispensable. Et lorsqu'il dit : il faudra travailler plus, bien sûr qu'il faudra travailler plus mais il faudra travailler tous. Quand il dit il faudra travailler plus, c'est pour dire il faudra travailler tous. Il faut que plus de gens travaillent. Nous risquons d'avoir à la rentrée un vrai problème de chômage. On dit 800 000, 900 000, je ne je ne sais trop. Eh bien, il faut faire en sorte que les entreprises aidées par l'Etat - et l'Etat a fait beaucoup - que les entreprises puissent continuer à prendre des jeunes, prendre de l'apprentissage, prendre des stages, prendre des alternances parce qu'on ne peut pas sacrifier une génération. La génération qui va sortir sur le marché de l'emploi en septembre doit trouver du travail, et cette reconstruction devra se faire comme cela.

GERARD LECLERC
La crise du Coronavirus, l'impact sur l'agriculture. Il semble que pas mal de filières ont été impactées notamment du fait que les restaurants étaient fermés. On parle de la pêche, des fruits et légumes, de la viande, de la viticulture. Est-ce que vous avez des données et qu'est-ce que vous faites ? Est-ce qu'il faut aider ces filières ?

DIDIER GUILLAUME
Oui. Alors nous savons à peu près aujourd'hui ce qu'il a été. Le décret d'état d'urgence sanitaire a fait que les hôtels-restaurants ont été fermés et donc ceux qui fournissent les autres hôtels-restaurants comme le poisson, comme les fromages, comme le vin notamment, l'alimentation, ont eu de grandes difficultés. Nous y avons répondu. La chaîne alimentaire a tenu, je veux le dire. Les agriculteurs ont continué à produire, les distributeurs à distribuer, les entreprises intermédiaires a transformé la nourriture. Nous avons tenu. La force de notre pays, c'était la résilience de son agriculture et de son alimentation. Mais nous devons réfléchir à ce qui se passera demain. Mais nous avons mis des plans d'urgence pour les aider, sur la viticulture par exemple qui a eu l'arrêt total de ses ventes puisqu'ils n'avaient plus la possibilité de vendre du vin dans les restaurants. Vous avez évoqué la pêche, ç'a été terrible pour eux. 80 % de la pêche a été totalement à l'arrêt.

GERARD LECLERC
Et donc on les a aidés ? On les a aidés ?

DIDIER GUILLAUME
Donc nous avons mis des plans spécifiques en place, évidemment toutes les mesures : chômage partiel, des aides directes que nous avons faites. Au bout du compte je crois, et nous avons fait encore un point hier après-midi à Bercy avec l'ensemble des filières, au bout du compte maintenant nous arrivons à peu près à avoir la situation. Ce qu'il faut maintenant la meilleure relance, le meilleur plan de relance, ce sont les Françaises et les Français. Allez dans les restaurants, mangez, achetez des produits français, allez vous nourrir de façon équilibrée. C'est comme cela que les choses reprendront mais l'agriculture a tenu et maintenant nous devons penser à ce qu'est la souveraineté alimentaire. Le président de la République l'a évoqué, c'est très important.

GERARD LECLERC
Alors justement effectivement, il a dit qu'il fallait se réinventer, il a parlé de souveraineté, d'indépendance en matière agricole. Concrètement ça veut dire quoi ? Il y a des productions stratégiques en agriculture qu'il faut développer ?

DIDIER GUILLAUME
Oui. Je pense que nous avons besoin de réfléchir à ce qu'est notre souveraineté agricole. Le président de la République a évoqué cet hiver en janvier, lorsqu'il s'agit des accords internationaux, de dire : l'agriculture n'est pas un produit commercial comme les autres, donc il faut une exception agricole. On ne peut pas dans un accord international, on ne peut pas échanger des voitures contre de l'alimentation ou contre de l'agriculture, donc nous allons avancer là-dessus. Deuxièmement, nous ne vivrons pas en autarcie. Nous continuerons à vendre des produits, à vendre du blé, vendre du vin, vendre des spiritueux, vendre d'autres choses et nous serons amenés à en acheter. Je prends l'exemple du poulet par exemple : nous consommons, nous produisons 50% seulement du poulet que nous consommons, donc nous aurons des réflexions à mener là-dessus. Donc il y a des productions stratégiques qu'il faudra relocaliser pour une chose très claire : nous devons nourrir la population, la masse de la population, pas un segment. Nous avons besoin d'une agriculture segmentée, bio, haute valeur environnementale évidemment de très haut niveau, et nous avons cela parce que la France fait de l'agriculture de très haut niveau, mais la France fait aussi une agriculture pour le plus grand nombre. L'agriculture française, elle est sûre, elle est durable et notre alimentation elle est tracée. Et donc nous allons réfléchir à quelles productions françaises pour alimenter nos concitoyens. On a vu pendant la crise du Covid qu'il y a 22 millions de Français qui mangeaient à la cantine, ont mangé à la maison. Lorsqu'un enfant paye un euro, enfin les parents payent un euro pour leur enfant à la cantine, lorsqu'ils sont à la maison ça coûte plus cher. Donc il faut penser à tout cela

GERARD LECLERC
Alors quelques questions rapides et réponses rapides s'il vous plaît parce qu'on n'a plus beaucoup de temps. L'ours des Pyrénées tué en Ariège, il y a un problème avec les éleveurs.

DIDIER GUILLAUME
Oui, il y a un problème de cohabitation entre l'ours et…

GERARD LECLERC
Et qu'est-ce qu'on fait ? Comment on le résout ?

DIDIER GUILLAUME
L'ours est une espèce protégée, on n'a pas le droit de tuer. Il y a une enquête qui est faite La préfète a fait ce qu'elle avait à faire.

GERARD LECLERC
L'affaire du sanglier Morris en Corrèze, c'est une Corrézienne qui avait recueilli un marcassin blessé, qui l'a élevé, qui l'a domestiqué. Le préfet veut l'euthanasier parce qu'on n'a pas le droit d'avoir des animaux sauvages.

DIDIER GUILLAUME
Dites-donc, on a des questions ce matin !

GERARD LECLERC
Oui, Brigitte BARDOT s'est saisi de cela.

DIDIER GUILLAUME
J'ai vu cela, j'ai vu cela oui.

GERARD LECLERC
Brigitte BARDOT veut sauver…

DIDIER GUILLAUME
Le sanglier Morris.

GERARD LECLERC
Voilà. Pas vous ?

DIDIER GUILLAUME
J'aurais tendance à dire que, oui, il faut sauver tous les animaux évidemment, mais il n'empêche qu'on n'a pas le droit d'avoir des animaux sauvages à la maison.

GERARD LECLERC
Et donc on va le laisser euthanasier ?

DIDIER GUILLAUME
Il va y avoir des discussions.

GERARD LECLERC
Bon, allez, et un mot sur les municipales, la chronique d'une déroute annoncée pour la République En Marche ?

DIDIER GUILLAUME
Ah, les municipales ne seront pas bonnes pour la majorité présidentielle, mais nous le savions depuis le début, toutes les majorités, tous les partis au pouvoir perdent les élections intermédiaires, nous, ce qui compte, certes, c'est l'organisation du parti, mais c'est surtout l'avenir du pays.

GERARD LECLERC
Merci Didier GUILLAUME. Bonne journée.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2020