Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 16 juillet 2020, sur les violences contre les pompiers et les forces de l'ordre et la lutte contre le séparatisme.

Texte intégral

PIERRE DE VILNO
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
Merci d'être là dans ce studio, alors qu'hier encore vous étiez à Etampes pour marquer le coup après qu'un pompier pardon a été blessé par balle en intervention, ça vous a mis en colère ?

GERALD DARMANIN
Ça m'a choqué comme beaucoup de Français évidemment et vous savez ce pompier, il a été agressé 3 fois la même année, ce sergent-chef à Etampes 3e agression, la dernière par balle, elle aurait pu être mortel la même année. Et l'année dernière il y a eu 2045 agressions sur des pompiers. Moi je pense que c'est 2045 agressions contre la République. Il y a dans le pays, une société de plus en plus violente, une minorité de plus en plus agissante, souvent récidiviste et qui attaque tous les symboles de la République et les premiers de ces symboles de cette République, c'est les pompiers, c'est les gendarmes et les policiers, ces gens qui portent l'uniforme de la République. Donc moi je suis protégé ceux qui nous protège.

PIERRE DE VILNO
Vous avez utilisé le mot de dégoût, ça vous dégoûte ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr ça me dégoûte, ce pompier, il a une famille, le matin quand il se lève il sait qu'il peut mourir au feu, si j'ose dire c'est conforme à sa vocation. Mais il n'est pas ni payé, ni engagé pour pouvoir subir des tirs à balles réelles qui touchent à son intégrité physique, à sa psychologie évidemment, quand on est pompier on veut servir les autres et je pense qu'aujourd'hui il y a un dégoût qu'inspire manifestement ces actes antirépublicains.

PIERRE DE VILNO
Déplacement à Etampes mais c'est un déplacement de plus, on vous voit beaucoup courir depuis que vous êtes à ce poste de ministre de l'Intérieur, ça rappelle d'ailleurs un ancien ministre de l'Intérieur que vous avez bien connu, qui est devenu président de la République.

GERALD DARMANIN
Non, moi je ne cherche pas à singer quelqu'un, les comparaisons sont flatteuses mais je souhaite être le premier d'entre eux, le premier des policiers, le premier des gendarmes, le premier des pompiers, le premier des sous-préfets qui en territoires ruraux sont aujourd'hui aussi le symbole de la République. Pas pour rassurer mais parce que quand on est chef, on est devant, on n'est pas derrière.

PIERRE DE VILNO
Et aussi parce que votre prédécesseur a déclenché les polémiques.

GERALD DARMANIN
Christophe CASTANER a eu un moment extrêmement difficile à gérer. Il a géré la crise sociale des Gilets jaunes très difficile, il a eu à gérer l'incendie de Notre-Dame, il a eu à gérer l'attentat islamiste de la préfecture de police de Paris, il a eu à gérer le confinement et le déconfinement.

PIERRE DE VILNO
Ça excuse sa maladresse ?

GERALD DARMANIN
Non mais il a été un grand ministre de l'Intérieur, il a travaillé, moi j'ai des dossiers qu'il m'a légués et ce qui me permet aujourd'hui de faire des annonces ou des avances et moi je remercie Christophe CASTANER.

PIERRE DE VILNO
Mais il a choqué les policiers ce que vous voulez rattraper.

GERALD DARMANIN
Ce qui est important me semble-t-il aujourd'hui, c'est de considérer qu'il y ait une société effectivement extrêmement violente. Vous savez on parle de violence, mais moi je pense que la première des violences, c'est celle que subissent les policiers. Il y a eu l'année dernière, excusez-moi de le dire une nouvelle fois 11 000 policiers et gendarmes qui ont été agressés, il y a eu 7 morts parmi les policiers et des gendarmes, la première des choses quasiment que j'ai fait en tant que ministre de l'Intérieur, c'est d'aller rencontrer la brigade de gendarmerie dans le Lot-et-Garonne, présider à l'enterrement de cette jeune gendarme de 25 ans parce qu'elle a été fauchée…

PIERRE DE VILNO
Mélanie LEMEE.

GERALD DARMANIN
Par un chauffard, qui lui a arraché la jambe et elle est morte à 25 ans alors qu'elle servait uniforme de la République pour nous protéger toutes et tous. Donc les premières victimes des violences, c'est bien les policiers, les gendarmes, et les pompiers.

PIERRE DE VILNO
Des policiers, des pompiers, des gendarmes qui réclament des moyens, des équipements des renforts supplémentaires qu'allez-vous faire ?

GERALD DARMANIN
Eh bien président de la République l'a annoncé, d'abord sur les caméras piétons qui est une grande nouvelle parce qu'elle était demandée par les policiers et les gendarmes depuis longtemps, elle va protéger les policiers, les gendarmes. Le Premier ministre hier dans son discours de politique générale a annoncé des moyens supplémentaires en matériel pour la police et la gendarmerie, c'est le cas de nouvelles voitures, c'est le cas de meilleure vie dans les casernes. Moi je vais m'occuper du quotidien des policiers, des gendarmes.

PIERRE DE VILNO
C'est-à-dire ?

GERALD DARMANIN
Je crois que quand on est policier ou gendarme ou pompier, on a envie, un de vivre dans des endroits qui sont respectables, les endroits où vivent les gendarmes par exemple aujourd'hui ne sont pas toujours respectables. Il y a parfois de la moisissure, il y a parfois des difficultés alors qu'on y vit avec sa famille. Il y a des policiers qui aujourd'hui, je le sais au commissariat de Tourcoing et ailleurs, ont des voitures qui ont 200 000 kilomètres, on a beaucoup fait depuis 3 ans, mais il faut quand même accélérer encore ces choses extrêmement concrètes. Moi je vais changer concrètement la vie des policiers et des gendarmes.

PIERRE DE VILNO
Et en attendant pour les caméras piétons puisque vous en avez parlé brièvement, quand vous entendez LE BARS, dans le journal de 8h00 qui dit, qui critique la qualité de ces caméras, qu'est-ce que vous lui répondez ?

GERALD DARMANIN
Qu'il a raison. C'est des caméras de qualité assez moyennes.

PIERRE DE VILNO
Ça veut dire qu'on va en prendre d'autres ?

GERALD DARMANIN
Je vais bientôt, c'est-à-dire aujourd'hui, réunir les services pour appliquer ce qu'a dit le président de la République, ce commissaire a raison c'est des caméras assez moyennes, qui ont une durée à peu près de 3 heures de batterie parce que vous devez rentrer votre numéro, ce qui est assez normal d'ailleurs pour vous identifier avant l'intervention, donc comme vous ne le faites pas pendant l'intervention parce qu'évidemment c'est très compliqué pendant une intervention, vous le faites avant, la batterie se décharge, une brigade qui fait son tour, sa patrouille, c'est plus de 3 heures, donc elle ne peut pas tout filmer. Tout le monde ne l'a pas, voilà je trouve qu'effectivement on pourrait faire mieux.

PIERRE DE VILNO
Et ensuite la guerre des images, image contre image.

GERALD DARMANIN
Mais moi, il n'y a pas image contre image.

PIERRE DE VILNO
C'est-à-dire que l'image de la caméra piétons, c'est ce qui fait foi, tout ce qui a été filmé autour c'est…

GERALD DARMANIN
Par définition moi je suis pour les policiers et les gendarmes, le jour où il y a quelqu'un qui est en dehors de sa déontologie la plus nette, évidemment il doit quitter la police et la gendarmerie et l'uniforme, bien sûr, mais ce que je sais c'est que par nature les policiers et les gendarmes ont la confiance du gouvernement. Et ils vivent dans une pression constante désormais, ils ne savent pas s'ils reviennent chez eux embrasser leurs femmes et leurs enfants ou leurs maris, ils ne savent pas si on les accusera de violences entre guillemets alors que manifestement ils sont intervenus dans des milieux extrêmement hostiles, à chaque fois qu'ils font désormais un contrôle d'identité, on les films, donc il va falloir régler également ce problème.

PIERRE DE VILNO
Les images.

GERALD DARMANIN
J'y réfléchi mais je ne veux pas prendre de décision hâtive, j'écoute d'abord les syndicats et j'écoute d'abord le terrain. Et je voudrais constater avec vous que ces policiers et ces gendarmes, ils protègent les plus faibles entre nous.

PIERRE DE VILNO
Est-ce que ces images vous aurez le droit de les diffuser à la télévision sur les réseaux sociaux parce que pour l'instant la loi ne le permet pas ?

GERALD DARMANIN
Moi j'entends qu'on vit dans un monde effectivement où tout est en direct, où tout le monde devient journaliste et tout le monde diffusent n'importe quelle image. Ce qu'il faut c'est de ne pas subir la dictature de l'émotion, ce qui est important, c'est que le policier et le gendarme puissent être protégés. Et vous savez quand vous avez une caméra qui filme votre intervention, c'est une très bonne chose pour les policiers, les gendarmes parce que ça va démontrer ce qu'il se passe, vous savez juste avant ce qui en général est sur Twitter et juste après, juste avant on n'a pas vu…

PIERRE DE VILNO
Mais démontrer comment, vous ne me répondez pas pour l'instant.

GERALD DARMANIN
Si parce que vous avez… d'abord à la justice, d'abord à la hiérarchie de la police ou la gendarmerie.

PIERRE DE VILNO
Et aussi dans les médias.

GERALD DARMANIN
Et puis à la justice on aura l'occasion de voir comment le ministère de l'Intérieur peut davantage communiquer pour protéger en effet des policiers et des gendarmes.

PIERRE DE VILNO
Le Premier ministre a tenu hier son discours de politique générale devant les députés, Jean CASTEX annonce notamment un projet de loi contre le séparatisme, comment est-ce que vous définissez le séparatisme ?

GERALD DARMANIN
Il y a dans notre République des attaques extrêmement violentes de groupes qui se revendiquent et c'est le contraire même de la République, d'ethnie ou de religion dont la foi serait supérieure à la loi, c'est totalement inacceptable. Il y en a plusieurs types, il y en a un qui est évidemment très connu et très inquiétant, qui est l'islamisme politique, que je ne confonds en aucun cas avec nos compatriotes musulmans qui vivent leur foi et c'est bien logique et le ministre de l'Intérieur doit protéger la vie de n'importe quel croyant sur le territoire national, mais à la condition stricte que la loi est toujours au dessus de la foi. Et donc le communautarisme islamiste, le projet politique de l'islamisme politique doit être absolument combattu. Les financements étrangers doivent être limités. Nous devons imaginer une sécularisation de toutes les religions dans notre pays, mon prédécesseur avait beaucoup travaillé sur cette question, le président de la République m'a chargé effectivement d'y travailler pour la rentrée septembre et j'aurai l'occasion d'y revenir.

PIERRE DE VILNO
Et quand Jean CASTEX veut que la laïcité soit la valeur cardinale, le fer de lance de la cohésion de la société, pourquoi amener la laïcité sur ce terrain, on est tous Français, non ?

GERALD DARMANIN
Ça n'a rien à voir avec la nationalité, on en est bien d'accord, ce que j'ai compris moi, c'est que je suis à la fois le ministre qui va avec Marlène SCHIAPPA appliquer ce principe fondamental qui est celui de la liberté totale de croire ou de ne pas croire dans notre pays, d'aller ou de ne pas aller à un culte religieux, qu'importe il n'y a pas de religion officielle dans notre pays, en revanche jamais, jamais La République ne doit accepter des accommodements, ne doit accepter des communautés qui revendiquent d'être en dehors de la République parce que leur foi serait au dessus de la loi. La République française, vous savez, elle a. Intégré de tous les horizons et de toutes les religions des enfants. Moi je n'oublie pas que mon grand-père était Harkis, il était musulman et il portait l'uniforme de la République. J'oublie pas les tirailleurs sénégalais, je n'oublie pas Monte Cassino, mais je n'oublie pas non plus qu'il y a des gens qui souhaitent utiliser la religion à des fins politiques et ceux-là doivent être strictement combattus.

PIERRE DE VILNO
Gérald DARMANIN, vous êtes ministre de l'Intérieur, vous avez reçu la confiance du Premier ministre et celle du président de la République, mais est-ce que vous l'avez également en tant qu'homme, en tant qu'individu, Gérald DARMANIN, la confiance d'Emmanuel MACRON ?

GERALD DARMANIN
Le président de la République, je pense, ne m'aurait pas nommé au gouvernement depuis 3 ans et singulièrement au ministère de l'Intérieur dont chacun s'accorde à dire que c'est un ministère très important, s'il ne me faisait pas confiance ne semble-t-il.

PIERRE DE VILNO
Car vous faites l'objet de critiques notamment de certaines personnalités, eu égard à cette plainte pour viol qui vous concerne, ma question c'est qu'est-ce qu'il vous a dit Emmanuel MACRON sur ce sujet ?

GERALD DARMANIN
Moi je fais l'objet d'une calomnie, monsieur, je ne je ne souhaite à personne d'être accusé à tort et je ne serais même pas à mon pire ennemi d'être victime de la chasse à l'homme à laquelle je suis aujourd'hui, je suis l'objet.

PIERRE DE VILNO
Chasse à l'homme.

GERALD DARMANIN
Vous savez ça fait depuis 3 ans qu'il y a eu trois décisions de justice, dans la même décision qui ont conclu à une absence totale d'infractions, 3 décisions de justice et aujourd'hui pour des raisons politiques, je vois Madame DATI, je vois madame PECRESSE, pour des raisons politiques désormais on se on cherche à affaiblir et après tout peut-être est-ce le jeu politique et le jeu médiatique. On cherche à affaiblir le gouvernement du président de la République, mais moi je remercie le président de la République et le Premier ministre, la majorité parlementaire et y compris des personnalités de l'opposition, pour voir qu'effectivement dans cette chasse à l'homme, il y a une grande injustice. Alors moi je suis n'importe quel citoyen, peut-être encore plus citoyen que les autres et je répondrai à toutes les convocations de tous les juges et de tous les procureurs s'il le faut, il n'y a strictement aucun problème, mais je me demande de temps en temps effectivement si on se rend compte de ce qu'on fait de l'honneur de quelqu'un.

PIERRE DE VILNO
Merci Gérald DARMANIN, merci d'avoir été l'invité d'Europe 1 ce matin.

GERALD DARMANIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2020
 

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