Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à LCI le 16 juillet 2020, sur les agressions contre les pompiers, les violences sexuelles et la lutte contre les communautarismes.

Texte intégral

JULIEN ARNAUD
Bonjour Marlène SCHIAPPA. Soyez la bienvenue ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour. Merci.

JULIEN ARNAUD
On va commencer par cette information qui vient de tomber, information LCI : deux policiers impliqués dans la mort de Cédric CHOUVIAT sont mis en examen pour homicide involontaire, vous le savez, ce sont deux policiers qui avaient été entendus en début de semaine dernière par le juge d'instruction en charge de l'enquête de la mort de ce livreur de 42 ans, qui avait suscité beaucoup d'émotion, dont le nom était scandé au coeur des manifestations. Qu'est-ce que vous dites, vous, ce matin, finalement, il n'y a pas de traitement d'exception ?

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment pas, mais comme vous le savez, en vertu de la séparation des pouvoirs, j'appartiens au pouvoir exécutif, il y a, là, un début de travail de la justice, et donc, je ne suis absolument pas fondée à faire aucun commentaire sur cela, autre que de prendre acte de cette décision.

JULIEN ARNAUD
Mais juste sur l'émotion que ça avait pu susciter à ce moment-là, vous la compreniez cette émotion-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors bien sûr que je la comprends, la mort d'un homme suscite toujours une grande émotion, et donc je comprends cette émotion, j'ai vu les témoignages de la famille dans les médias, et évidemment, on est touché, et de la même façon que j'ai été extrêmement touchée quand le 14 juillet, avec Gérald DARMANIN, nous avons reçu au ministère de l'Intérieur les familles des forces de l'ordre qui sont mortes ou qui ont été très grièvement blessées dans l'exercice de leurs fonctions, et vous avez des petites filles qui sont des orphelines qui ont 6 ans, vous avez des veuves, vous avez des veufs, vous avez des parents qui ont perdu un de leurs enfants parce qu'il s'était engagé pour défendre la République et pour nous protéger, et que dans l'exercice de leurs fonctions, eh bien, ils ont péri, et ce sont des gens d'une très grande dignité et avec une immense tristesse, donc bien évidemment, on est des êtres humains, et on ne peut être qu'en empathie vis-à-vis de la mort d'un homme.

JULIEN ARNAUD
On suivra bien sûr tous ces développements et ces précisions sur LCI tout au long de la journée. Autre image qu'on voulait vous montrer ce matin, et déclaration concernant votre ministère directement, c'est Gérald DARMANIN qui s'est rendu hier soir à Etampes, auprès d'un pompier, en visite notamment en fin de journée après qu'un pompier ait été blessé par balle lors d'une intervention, avec cette phrase : les pompiers sont partout chez eux, on les protégera et on attaquera quiconque les attaques. Il fallait absolument un geste fort ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, et d'ailleurs, le ministre de l'Intérieur immédiatement s'est rendu sur place comme il le fait depuis une semaine ou 10 jours que nous sommes en responsabilité…

JULIEN ARNAUD
Se déploie beaucoup…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, c'est un ministre de terrain et qui veut protéger ceux qui nous protègent, et les pompiers, ils sont là pour nous protéger, pour aller au feu, et il est absolument incompréhensible qu'on s'attaque aux pompiers et que les pompiers reçoivent des manifestations agressives, d'hostilités très violentes, puisque là, on parle d'une agression extraordinairement violente vis-à-vis d'un pompier, et donc de quelqu'un qui est là, encore une fois, pour nous protéger.

JULIEN ARNAUD
Donc des plaintes qui vont être déposées après chaque agression de pompier, finalement, on pourrait se dire, comment c'est possible que ça n'existait pas déjà ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, c'est une vraie bonne question, mais je ne veux pas être là dans l'opposition vis-à-vis de ce qui s'est fait avant, et particulièrement depuis le début du quinquennat, il y a eu un travail important mené par les précédents ministres de l'Intérieur, mais on voit bien que c'est un problème de société, et qu'il y a maintenant une habitude de manifestation de la haine dans notre société, comme le président de la République l'a d'ailleurs dénoncée avec force lors de son discours du 14 juillet, et nous n'acceptons pas cette haine et nous n'acceptons pas ces manifestations de violences vis-à-vis de ceux qui défendent la République et qui protègent, encore une fois, les Françaises et les Français, parce que lorsqu'on est en danger, on appelle qui, on appelle la police, on appelle la gendarmerie, on appelle les pompiers, et on est heureux qu'ils arrivent, et d'ailleurs les pompiers bénéficient d'une forte popularité dans la population française, parce que la plupart des Françaises et des Français savent qu'ils se sacrifient, que tous les matins, ils se lèvent pour aller au feu, pour monter au front et pour nous protéger une fois encore.

JULIEN ARNAUD
Alors, si on a bien compris, le Premier ministre, le chef de l'Etat, alors, il y a l'emploi, certes, mais on voit bien que la sécurité, le retour de l'ordre public, ça fait partie des priorités pour cette fin de quinquennat, ce sont des dossiers majeurs, et pourtant, pendant qu'on porte ces dossiers, pendant que le ministre de l'Intérieur, votre ministère, porte ces dossiers, on voit des concerts de casseroles, on voit des manifestations, avec ces pancartes « DARMANIN, violeur », est-ce que c'est tenable dans ces circonstances de porter ces dossiers pour le ministre de l'Intérieur ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'abord, moi, je vois un ministre de l'Intérieur très actif 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, et je le suis également, et comme nous l'avons dit, les forces de l'ordre sont mobilisées 24 heures sur 24, nous travaillons 24 heures sur 24, et nous l'avons démontré depuis notre entrée en fonction.

JULIEN ARNAUD
Mais est-ce que sur la durée, c'est tenable Marlène SCHIAPPA, est ce que Gérald DARMANIN, il peut continuer à faire le job, on le répète, il y a présomption d'innocence, c'est une nouvelle enquête qui vient d'être ouverte, mais quand même, Gérald DARMANIN, voilà, il se trouve face à ces manifestantes, face à ces pancartes tous les jours lors de déplacements, est-ce que ça ne risque pas d'effacer le message de sécurité que veut donner le gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, peut-être, soyons un peu précis sur les faits, parce que quand on entend des slogans comme ceux que vous venez de rappeler, et qu'on ne connaît pas le dossier, qu'on ne connaît pas les affaires, on peut se dire : oh mon Dieu, que se passe-t-il, etc. Qu'est-ce qui se passe, il se passe qu'il y a eu 3 décisions de justice, et que sur ces 3 décisions de justice, on est en fait au-delà de la présomption d'innocence, on est là face à un homme qui est passé en jugement, il y a eu 2 non-lieux et un classement sans suite.

JULIEN ARNAUD
Et la plainte, la première en 2017…

MARLENE SCHIAPPA
Il y e eu 2 non-lieux et un classement sans suite. Donc c'est-à-dire qu'à aucun moment, la justice n'a considéré qu'il y avait eu un viol ou qui il y avait une culpabilité, donc moi, je regarde la justice, et là, on n'est même pas dans la présomption d'innocence, on n'est pas en train de se dire : on attend de voir ce que va dire la justice, la justice s'est déjà prononcée, et ensuite, le dossier a été rouvert pour une question de procédure. Donc là…

JULIEN ARNAUD
Mais vous voyez bien que ça crée malgré tout un malaise, Marlène SCHIAPPA, et notamment dans le combat que vous représentez depuis des années sur la lutte contre les violences faites aux femmes, j'imagine que ça doit vous toucher quand vous voyez les réactions d'un certain nombre d'associations féministes sur les réseaux sociaux, par exemple, et de dire : Marlène SCHIAPPA, vous nous avez trahis, quand vous entendez ça, j'imagine que ça doit quand même vous bouleverser.

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout, parce que, honnêtement, les gens qui disent… d'abord, je n'ai entendu personne dire cela, absolument personne…

JULIEN ARNAUD
Alors je peux vous dire que c'est des phrases qu'on lit sur les réseaux sociaux, alors, vous ne les avez peut-être pas entendues, vous n'avez pas lu ces messages, mais beaucoup de militantes féministes disent : aller travailler avec Gérald DARMANIN, c'est en quelque sorte trahir ce combat.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça veut dire que demain, je peux déposer une plainte contre vous pour viol, et peu importe le rendu de la justice, j'aurais déposé une plainte, et donc vous serez coupable et vous n'aurez plus le droit de travailler, ça veut dire qu'on bafoue le principe de justice, moi, quel est mon combat, et je suis féministe depuis toujours, toutes mes actions l'ont prouvé, j'étais présidente d'association, j'étais féministe quand ce n'était pas à la mode, quand ce n'était pas grand public, quand c'était bénévole, voire quand je devais payer pour cela, être féministe, ce n'est pas un accélérateur de carrière, donc moi, j'ai été élue locale sur ces questions, présidente d'association, j'ai écrit une vingtaine de livres, j'ai écrit l'un des premiers livres de France sur la culture du viol, pour décrypter les mécanismes de la culture du viol en France, qui s'appelait : « Où sont les violeurs ? », j'étais experte pour la Fondation Jean-Jaurès, je n'ai aucune leçon de féminisme à recevoir de qui que ce soit ; pendant 3 ans, au gouvernement, j'ai porté la grande cause du quinquennat, nous avons créé la Diplomatie féministe, nous avons été choisis par l'ONU pour porter au niveau mondial Génération Egalité, nous avons créé le Grenelle des violences conjugales…

JULIEN ARNAUD
Donc vous n'avez pas trahi la cause…

MARLENE SCHIAPPA
J'ai augmenté les budgets avec Gérald DARMANIN, c'est indécent de poser ce type de question, pardon…

JULIEN ARNAUD
Non, c'est ce qu'on lit sur les réseaux sociaux…

MARLENE SCHIAPPA
C'est indécent…

JOURNALISTE
En tout cas, ça vous met en colère, visiblement…

JULIEN ARNAUD
En tout ça, vous met en colère et ça vous touche…

MARLENE SCHIAPPA
Ça me touche, parce que c'est infondé et parce que je n'attends de brevet de féministe de personne, et je n'appartiens à personne, et si vous voulez, le Parti socialiste notamment, qui fait de la récupération politique, en disant : Oh, Marlène SCHIAPPA qui vient de la gauche, etc., je n'appartiens à aucun parti politique de gauche, je n'ai jamais été adhérente du Parti socialiste, il serait plus avisé de participer à la construction des lois que nous avons menée, nous sommes le premier pays à verbaliser le harcèlement de rue, grâce à une loi qui est dite loi Schiappa, c'est le premier pays du monde à faire cela. Avec Gérald DARMANIN, nous avons débloqué 5 millions d'euros supplémentaires pour les droits des femmes, dès son entrée en fonction au ministère de l'Intérieur, il a donné un objectif de 50 % de nominations de femmes aux plus hauts postes. Donc si vous voulez, commenter sur les réseaux sociaux, c'est facile, moi, je comprends l'émoi, et je comprends véritablement les questions de bonne foi de féministes qui sont engagées et qui se posent des questions, et elles ont le droit de se poser ces questions, et la réponse, ce sont les décisions de justice, et la réponse, c'est l'action que je vais mener au ministère de l'Intérieur, où j'aurai avec moi un budget de 230 millions d'euros et l'engagement des 290.000 femmes et hommes du ministère de l'Intérieur qui sont en première ligne pour protéger les femmes face aux violences conjugales.

JULIEN ARNAUD
Alors, juste précision, c'est bien 2 classements sans suite et un non-lieu dans cette affaire concernant Gérald DARMANIN. Vous avez peut-être lu la tribune signée de Rachida DATI, publiée hier, l'ancienne Garde des sceaux de Nicolas SARKOZY qui dit : Emmanuel MACRON envoie les pires symboles en considérant qu'une suspicion de viol, de harcèlement et d'abus de confiance ne serait pas un obstacle à diriger le pays. Quel message adressé aux victimes quand on sait le rôle de la police dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ; vous lui dites quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
On est au summum de la récupération politique, voilà, je ne sais pas quoi vous dire d'autre, comme je vous le disais, le ministère de l'Intérieur, c'est un ministère qui a été profondément engagé, Christophe CASTANER a mené des actions très fortes, main dans la main, ensemble, Christophe CASTANER et moi, nous avions créé la possibilité d'alerter les forces de l'ordre pour des violences conjugales pendant le confinement, via les pharmacies, je me rendrai bientôt dans des commissariats de police pour soutenir cet engagement des forces de l'ordre. Le ministère de l'Intérieur a créé et finance une plateforme qui s'appelle « arrêtonslesviolences.gouv.fr », je le dis pour les gens qui nous regardent et qui sont confrontés à ces questions de violences sexistes et sexuelles, vous avez 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, des forces de l'ordre qui sont mobilisées en ce moment même, à Guyancourt et à côté de Nantes, et qui vous répondent et qui vous aident à préparer vos plaintes. Et moi, ce que je veux, c'est que 100 % des plaintes des femmes soient prises, qu'elles déposent plainte contre un ministre, contre un cinéaste, contre le boulanger, contre leur mari, contre qui que ce soit, je veux que les plaintes soient prises, qu'elles soient instruites, qu'elles soient transmises bien évidemment au Parquet…

JULIEN ARNAUD
Que ça aille jusqu'au bout…

MARLENE SCHIAPPA
Et que ça aille jusqu'au bout. Et c'est pour cela que je vais m'engager avec les forces de l'ordre au ministère de l'Intérieur…

JULIEN ARNAUD
Vous travaillez main dans la main avec Gérald DARMANIN, est-ce que vous lui avez parlé d'homme à homme, pour reprendre l'expression du président de la République, ça a choqué d'ailleurs certains, certaines, cette expression, mais surtout, est-ce que, avant de vous dire, oui, dans ce ministère, vous avez, comme le président, eu une discussion avec Gérald DARMANIN, franche, d'homme à homme, ou de femme à homme ou d'homme à femme…

CHRISTOPHE BEAUGRAND
De femme à homme, a priori…

MARLENE SCHIAPPA
A priori.

JULIEN ARNAUD
Non, mais l'expression d'homme à homme existe pour tout le monde…

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Effectivement…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

JULIEN ARNAUD
Est-ce que vous avez dit banco tout de suite ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai eu une discussion, cette discussion de femme à homme, j'ai eu une discussion de femme à homme avec Gérald DARMANIN, cette discussion, je l'ai eue au moment où cette affaire est apparue, donc nous l'avions déjà eue, et comme je vous l'ai dit, contrairement à ce qui est écrit ou supputé ici ou là, j'ai toujours très bien travaillé avec Gérald DARMANIN, puisqu'il est intervenu à chaque fois pour faire augmenter les budgets de l'égalité femmes hommes, et donc nous sommes dans un travail ensemble sur les questions de laïcité, de protection des femmes face aux violences conjugales, de citoyenneté, nous nous sommes déplacés ensemble à La Chapelle, dans un quartier de reconquête républicaine de nuit, justement, dans un quartier où les femmes ne sont pas toujours en sécurité, les phénomènes de harcèlement de rue, d'outrages sexistes, la loi que j'ai créée et fait voter à l'unanimité, que nous évoquions tout à l'heure, eh bien, il y en a à La Chapelle, dans ce quartier de reconquête républicaine, et les forces de l'ordre se déploient de plus en plus massivement pour y protéger la population face à des délits et à des crimes.

JULIEN ARNAUD
Alors Marlène SCHIAPPA, on va revenir sur le discours de politique générale de Jean CASTEX et ses annonces hier, notamment, celle de la création de postes de juges de proximité dédiés à la vie quotidienne, il était temps, en fait, on recrée ces postes qui existaient auparavant ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que ce qui caractérise la politique que va mener le Premier ministre Jean CASTEX, et chacun a pu le voir dans sa déclaration de politique générale, hier, c'est effectivement la proximité, ce sont les territoires…

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Ça, il l'a répété les territoires, 26 fois…

MARLENE SCHIAPPA
Il l'a répété, oui, mais je crois que c'est ce qu'il incarne en fait, c'est un maire d'une petite ville du Sud-ouest, chacun a pu gloser sur les accents des uns et des autres. Et je crois qu'il nous a demandé, en tout cas, à nous les ministres, de nous déployer sur les territoires en lien avec les élus, en lien avec les préfets, avec les sous-préfets, avec les collectivités et les citoyens, c'est un homme du territoire, du dialogue, eh oui, peut-être aussi de l'autorité, parce qu'effectivement, vous le notiez tout à l'heure, le régalien a tenu une place importante dans son discours.

JULIEN ARNAUD
Et ces juges de proximité, les élus locaux, ils les réclamaient depuis longtemps, et là, ils se disent : ah, enfin ! Est-ce que ça veut dire que le gouvernement a entendu qu'il était temps ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ça veut dire que le gouvernement, oui, a entendu, et je crois que ce qui va caractériser aussi ce gouvernement, c'est l'écoute, on nous a reprochés parfois de ne pas assez écouter, et je ne blâme personne, et je dis nous, parce que j'ai appartenu à tous les gouvernements d'Emmanuel MACRON et d'Edouard PHILIPPE. Et parfois, il nous a été dit : vous n'écoutez pas assez, c'est ce qui nous a été dit au moment des gilets jaunes, et c'est pourquoi dès le début, dès le mois de novembre, à l'époque, moi, j'avais voulu recevoir au Mans, en Sarthe, là où j'ai été élue, recevoir des délégations de gilets jaunes pour les écouter, et en disant : dites-moi, dites-moi ce qui se passe, ce qui ne va pas, ce qu'on peut faire. C'est pour ça que nous avions travaillé avec eux sur notamment le paiement des pensions alimentaires pour les mères isolées, c'est suite à la demande des gilets jaunes et à leur rencontre, donc, oui, écouter les élus, écouter, les territoires, leur répondre avec des véritables actions de politiques publiques, c'est important, et cette justice dite de proximité, je crois que ça va être aussi la manifestation de l'Etat, du régalien dans les territoires.

JULIEN ARNAUD
Encore quelques questions, parce que le temps file, notamment, la France et la République, a dit Jean CASTEX, je sais que ça vous tient aussi à coeur, vous avez publié notamment un ouvrage là-dessus, et sur cette lutte contre les séparatismes, les communautarismes, alors, un texte en projet est attendu à la rentrée, alors ça a été repoussé, parce que si j'avais bien compris, ça aurait dû être en cette période, là, maintenant, alors pourquoi, 1°) : c'est repoussé, et qu'est-ce qu'il va y avoir dans ce texte et quel va être votre rôle à vous ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, moi, vous savez, je vous remercie de le dire, je suis profondément républicaine, mon origine politique, c'est la gauche républicaine, et j'ai écrit effectivement 2 livres, un qui s'appelait « Une et indivisible, l'urgence de défendre la République », et l'autre : « Laïcité, point », absolument, ce sont des valeurs qui me tiennent à coeur, et je suis très heureuse que les valeurs de la République soient au coeur de l'action de ce gouvernement. Et dans les valeurs de la République, il y a la laïcité, il y a l'égalité femmes hommes, et il y a aussi le fait que cette République, elle est une et indivisible, et donc je crois qu'il nous faut lutter pied à pied contre le communautarisme, contre le séparatisme, c'était d'ailleurs un engagement fort…

JULIEN ARNAUD
Ça gangrène la France aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un engagement fort du président de la République, et vous savez que le gouvernement a déjà commencé à agir, il y a environ 200, environ 200 lieux qui ont été fait fermer, soit des débits de boissons, soit des écoles hors contrat, illégales, qui pour des faits de radicalisation, qui voulaient s'organiser en marge de la République, et je crois qu'il y a, là, un combat culturel à mener pour rappeler qu'aucune coutume, aucune loi, ne seraient…

JULIEN ARNAUD
En 18 mois, c'est possible ça, en 18 mois…

MARLENE SCHIAPPA
Ne seraient supérieures aux lois de la République, bien sûr que c'est possible, à coeur vaillant rien d'impossible, et je crois que nous avons une volonté farouche d'agir pour défendre la République et pour unir le pays. Je crois que nous ne voulons pas de ce que Jérôme FOURQUET appelle le puzzle français, d'une France morcelée avec des simili-communautés qui ne se parlent pas, qui se détestent, qui s'insultent sur les réseaux sociaux, comme vous l'évoquiez, qui se menacent dans la rue…

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Mais en tant que ministre de la citoyenneté, c'est vous qui allez piloter ce projet ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, tout ce que je fais est fait avec Gérald DARMANIN, main dans la main, et donc, oui, c'est évidemment au ministère de l'Intérieur qu'il incombe cette grande responsabilité de lutter contre les séparatismes et contre le communautarisme…

JULIEN ARNAUD
Parce qu'on le voit, séparatisme, comme le rappelait Christophe, laïcité, la citoyenneté, on vous a vu vous déplacer notamment au Teknival, sur le port du masque aussi, sur les incivilités, etc, ça fait à la fois, j'allais dire, ne le prenez pas mal, ça fait un peu fourre-tout, et on peut se dire : oh lala, la tâche est immense…

CHRISTOPHE BEAUGRAND
C'est ça, qu'est-ce qu'elle fait en fait, ça veut dire quoi ministère de la Citoyenneté ?

MARLENE SCHIAPPA
Oh, vous savez en 2017, quand j'ai été nommée secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes hommes, les commentateurs sur les plateaux télé, les réseaux sociaux disaient : qu'est-ce que c'est que cette fille de 30 ans de la société civile, elle ne durera pas 3 semaines dans la vie politique, et 3 ans après, me voilà, et je vous parle, là, au nom du ministère de l'Intérieur. Donc je crois que… faites-moi confiance, faites confiance dans l'énergie que je mets dans ces combats. Ce n'est pas du tout fourre-tout, il y a un volet de citoyenneté et un volet de valeurs de la République, de laïcité, un volet de protection des femmes via l'engagement des forces de l'ordre, et je suis ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, donc je suis évidemment fondée à intervenir sur tout ce qui concerne le ministère de l'Intérieur…

JULIEN ARNAUD
Et à vous déplacer avec ou sans Gérald DARMANIN. Il nous reste moins d'une petite minute, on va revenir à l'égalité femmes, hommes, ça vous tient à coeur, et à juste titre, que pensez-vous de cette déclaration d'Elisabeth MORENO, qui vous a succédé : il n'y a pas de plus grande complémentarité contre les femmes et les hommes, ça a été aussi, là, très commenté et critiqué sur les réseaux sociaux, vous souscrivez à ce qu'a dit la ministre ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, vous savez, il y a quelque chose contre lequel j'ai toujours lutté depuis l'adolescence, et depuis que j'ai découvert les mouvements féministes, c'est le fait que dans certains mouvements féministes, on passe plus de temps à se taper les unes les autres, qu'à s'unir et à lutter ensemble malgré nos différences sémantiques, et donc moi, Elisabeth MORENO, qui me succède, elle a mon entier soutien, ma pleine…

JULIEN ARNAUD
Même sur cette phrase-là, vous l'auriez dite ? Non, vous ne l‘auriez pas prononcée ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais peu importe, nous sommes deux personnes différentes, et c'est pour ça que c'est intéressant, et je crois que vous avez, là, dans ce gouvernement, vous avez une ministre qui est en charge de l'Egalité femmes, hommes, vous avez deux anciens ministres qui ont porté ce projet, moi Roselyne BACHELOT précédemment, on l'oublie parfois, elle a été à la Santé, elle a été dans plusieurs portefeuilles ministériels, aujourd'hui, à la Culture, elle a aussi été aux Droits des femmes, et ma vision du féminisme, c'est la sororité, la solidarité, je n'attaquerai jamais une femme qui combat pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

JULIEN ARNAUD
Vous n'allez pas lâcher ce combat. On le sent bien. Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA d'avoir été notre invitée ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2020

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