Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Info le 20 juillet 2020, sur les masques obligatoires, les tests, les éventuels reconfinements et le Ségur de la Santé.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Bienvenue dans le 8.302 de France-Info avec Jean-Jérôme BERTOLUS et notre invité, le ministre de la Santé. Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Vous exhorter les Français à porter leur masque désormais c'est obligatoire dans les lieux fermés, il faut aussi un message très clair ?

OLIVIER VERAN
oui il faut un message très clair, nous faisons confiance à l'esprit de responsabilité des Français semaine après semaine et nous sommes allés plus loin à la demande d'ailleurs d'une partie de la population qui le souhaitait sur recommandation de scientifiques en étendant l'obligation du port du masque et qui existait déjà depuis un certain nombre de mois dans différents lieux, par exemple les transports en commun, nous l'avons étendu au commerce, nous l'avons étendu aux établissements recevant du public comme les administrations qui reçoivent du public, mais encore les banques par exemple de manière à renforcer encore le niveau de protection des français. Ce matin en rentrant dans les locaux de Radio France, j'avais mon masque, dans l'ascenseur, j'avais mon masque, dans le couloir j'avais mon masque, nous sommes ici dans une salle qui ne reçoit pas à proprement parler du public ,vous avez organisé au sein de l'entreprise un protocole sanitaire, nous sommes à distance de 3 mètres les uns des autres, ceux qui nous regardent sur la chaîne France Info TV s'en rendent compte et donc j'ai pu ôté mon masque que je remettrai dès que je quitterai ce studio.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Les entreprises, vous l'avez dit effectivement, elles ne sont concernées pas à l'intérieur des locaux mais là où on reçoit du public, là où effectivement par exemple l'accueil, les gens sont concernés ?

OLIVIER VERAN
Il y a plusieurs sortes d'entreprises, les commerces par exemple voient l'obligation du port du masque opérationnelle à partir de ce matin sans conditions. par contre dans des entreprises, il y a des salles qui peuvent recevoir du public, je prends par exemple la banque avec une activité de guichet où le port du masque est obligatoire et au sein de l'entreprise pour les autres entreprises, la plupart d'entre elles d'ailleurs, il y a des protocoles sanitaires qui sont déjà en vigueur, travailler en lien avec le ministère en charge du travail depuis le mois de mai dans le cadre du plan de déconfinement est là-bas dans ces entreprises sont organisés les règles de distanciation sociale et ou de port du masque lorsque ce n'est pas possible.

NICOLAS TEILLARD
Emmanuel MACRON avait évoqué la date du 1er août, elle a été avancée, anticipée cette obligation depuis ce matin 20 juillet, pourquoi avoir attendu, c'est pourtant une question que certains Français se posent encore, certains spécialistes de la santé aussi, écouter notamment Romain DUFAU, c'est le chef des urgences de l'hôpital Jean-Verdier à Bondy.

ROMAIN DUFAU
les pouvoirs publics, moi je trouve sont un peu pas schizophrène, mais un peu spéciaux, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'une seule chose qui protège aujourd'hui, c'est le masque et je suis très surpris de voir que monsieur CASTEX décide seulement depuis quelques jours suite à son voyage en Guyane, il réaliste qu'il faut rende obligatoire le masque dans les lieux fermés alors que évidement depuis la sortie du confinement, on aurait dû avoir un discours clair en disant dès que vous sortez de chez vous, dans un lieu où vous croisez des gens que vous ne connaissez pas, vous porter de masque.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'il y a eu une forme de relâchement du côté des consignes des autorités à partir du déconfinement ?

OLIVIER VERAN
D'abord vous dire que le collègue, le confrère urgentiste raconte une sottise puisque lorsqu'il dit qu'il n'y a qu'un seul moyen de protection, c'est le port de masques, la réponse est évidemment non et les Français le savent, le virus circule par les mains, le virus circule lorsque vous touchez le visage et que vous avez du virus sur les doigts et c'est toujours la principale voie…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Les gants, c'est bien par exemple.

OLIVIER VERAN
Non pas du tout parce que les gants font que vous ne vous lavez pas les mains, et lorsque vous avez des gants, vous vous pensez faussement protégés or une fois par minute de manière automatique et sans vous en rendre compte vous allez mettre, porter les mains à votre visage. Donc il ne faut pas dire que le masque protège, d'abord il faut bien porter le masque, il faut le changer régulièrement et ça ne doit surtout pas limiter la distanciation physique. C'est d'ailleurs pour ça que l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé jusqu'au 5 juin de cette année ne recommandait pas le port de masque en population craignant que la conséquence du port de masques systématique soit que les gens arrêtent la distanciation sociale. Si vous serrer la main ou faites la bise en portant un masque, vous avez un risque de transmission élevée du virus si vous êtes face à quelqu'un qui est malade.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'il était compliqué de dire aux gens ne laissez pas tomber les gestes barrières, ne vous tapez pas dans la main, ne vous fait pas la bise mais porter un masque ce sera toujours ça de pris ?

OLIVIER VERAN
Nous l'avons dit, nous n'avons pas donné de signaux de relâchement dans la population, nous constatons qu'il n'y a un relâchement, un : parce que les Français sont usés de la crise épidémique, deux : parce que les Français sont pour un certain nombre d'entre eux, ne sont partis en vacances. Trois : parce qu'il ait eu la levée du confinement et que les gens ont envie de retrouver et c'est naturel, une forme d'habitude et d'habitude sociale et d'habitudes de vie et c'est parce que nous constatons qu'il y a des signes inquiétants de reprise épidémique dans certains endroits du territoire national que nous sommes amenés à entre guillemets durcir le positionnement par rapport aux messages sanitaires, en rendant obligatoire ce que nous recommandions jusqu'à présent.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous pouvez expliciter ce que vous venez de dire, ça veut dire des signes inquiétants de reprise de l'épidémie sur le territoire, bien sûr ceux qui nous écoutent ont envie d'en savoir un petit peu plus.

OLIVIER VERAN
Vous savez que nous suivons au quotidien, d'ailleurs heure par heure un certain nombre d'indicateurs, ce que j'appelle des signaux qui peuvent être des signaux faibles de circulation du virus, parmi lesquels il y a le facteur de reproduction du virus, combien de personnes je vais contaminer en moyenne lorsque je suis malade que nous sommes capables d'identifier à l'échelle de territoires de vie, de départements. Et il y a des territoires dans lesquels ce facteur de reproduction a augmenté, il est supérieur à un, ça veut dire qu'une personne va contaminer plus d'une personne ça veut dire qu'on est sur une pente croissante de circulation du virus, même si nous partons de taux de contamination qui sont bas…

NICOLAS TEILLARD
C'est-à-dire qu'en volume ça n'est pas inquiétant ?

OLIVIER VERAN
En volume ce n'est pas énorme, par contre en dynamique épidémique dès lors que c'est en augmentation, c'est nécessairement inquiétant. 2e type d'indicateurs, les appels à SOS médecins qui augmentent mais qui peuvent être aussi corrélés pour part au fait qu'il y a un certain nombre de médecins de familles qui sont parties et c'est normal en vacances. Le nombre d'appels au Samu ou aux urgences qui peut également augmenter, le taux de positivité des tests qui dans certains territoires, je pense, notamment j'ai reçu une alerte hier du Grand Est, hélas de notamment du territoire des Vosges où on constate qu'il y a davantage de tests qui sont positifs parmi ceux qui sont pratiqués. Et puis vous avez des territoires comme la Mayenne où vous le savez, j'irai d'ailleurs cet après-midi en Mayenne à la rencontre des élus du territoire et des soignants et vous savez qu'en Mayenne il y a un certain nombre de paramètres qui sont aussi plus dégradés qu'ils ne l'étaient les jours précédents. À ce stade il n'y a pas, nous sommes très loin de la vague évidemment épidémique mais toutefois nous constatons une dynamique de circulation du virus qui nous inquiète et qui doit inquiéter les Français pour qu'ils puissent réagir parce que ce sont les Français qui détiennent les clés du combat contre le virus, c'est l'application des gestes barrières.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'un mot et donc très concrètement le Grand Est, les Vosges, la Mayenne, le Finistère, la Bretagne…

OLIVIER VERAN
A minima parce que le taux, le nombre de malades est très très faible au départ donc il suffit que vous ayez un cluster de 20 ou 30 personnes dans un lieu de travail par exemple pour que ça vous fasse flamber entre guillemets vos paramètres sans que ce soit le reflet d'une dynamique épidémique très forte. donc on reste, l'objet n'est pas d'inquiéter outre mesure, l'objet de d'expliquer aux Français que d'abord nous traquons le virus, que deux, nous le surveillons, que nous allons le chercher partout où il est en augmentant les campagnes de tests avec des drive test, avec des envois de bons de l'assurance maladie pour que les Français puissent se faire tester sans besoin d'aller chercher leur médecin, que j'ai motivé, le mot est très faible l'ensemble des laboratoires que je remercie par ailleurs pour leur mobilisation, mais pour m'assurer que même au coeur de l'été, ils continueront d'augmenter leur capacité de tests et que surtout la vigilance citoyenne est importante. Regardez ce qui se passe autour de nous la Catalogne, la Catalogne …

NICOLAS TEILLARD
On va parler de nos voisins Olivier VERAN, on parlera frontière aussi d'ailleurs dans un instant.

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NICOLAS TEILLARD
Et notre invité le ministre de la Santé, Olivier VERAN. On évoquait ces départements, ces zones en France qui montrent quelques signes inquiétants d'une reprise épidémique, est-ce qu'on a aujourd'hui des chiffres précis une idée du nombre de foyers épidémiques ?

OLIVIER VERAN
Oui nous avons heureusement une idée précise par territoire ? Les directeurs généraux des ARS, l'assurance maladie savent combien de diagnostics sont fait…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc combien de clusters actifs en France aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
Combien de clusters actifs en France, je dirais il y a plusieurs centaines aux entre 400 et 500 clusters, je pourrais vous sortir les chiffres détaillés, ils sont publics d'ailleurs sur le site de santé publique France. Au-delà du nombre de classeurs, c'est comment, quelles sont les voies de contamination aujourd'hui qu'on constate, essentiellement dans les lieux clos d'où le port de masque rendu obligatoire, essentiellement 2 types de situations. D'abord des milieux professionnels particuliers, on le sait, vous connaissez la situation des abattoirs, on l'a vu en France et en Europe où on peut tout d'un coup identifier 20, 30 personnes contaminées, ce qui forcément gonfle vos chiffres de contamination sur un territoire…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Parce que les gestes barrières sont impossibles à respecter.

OLIVIER VERAN
Parce que c'est très compliqué, ça cumule beaucoup effectivement de situations à risque et sans que pour autant il y ait risque de dissémination à l'extérieur. Et puis le milieu familial, ce sont les réunions de famille, les directeurs d'ARS que j'ai au téléphone hier me disent on constate des réunions de famille parfois à l'intérieur, parfois à l'extérieur, les gens se retrouvent, on est en vacances. Ils viennent de différents coins du pays, certains sont malades sans le savoir, la plupart sont d'ailleurs asymptomatiques, on a très peu de formes graves pas, on n'est pas du tout en train de remplir les hôpitaux, ni les réas.

NICOLAS TEILLARD
C'est le réflexe de faire la bise tout simplement à ses parents.

OLIVIER VERAN
C'est le réflexe de se retrouver, c'est un réflexe est encore une fois puissamment humain et on ne va pas coller des amendes aux gens parce qu'ils se retrouvent en famille.

NICOLAS TEILLARD
Et ça on a vraiment des cas particuliers, des signes qui montrent que c'est un élément aujourd'hui de propagation.

OLIVIER VERAN
oui un certain nombre de clusters, le mot n'est pas beau, encore plus quand on parle de réunions de famille, il faut vraiment qu'on trouve autre chose pour décrire ça, mais oui ce sont des gens qui se retrouvent, qui ne se sont pas vus depuis longtemps et qui passent un bon moment ensemble, parfois au resto, parfois chez eux, parfois une semaine ensemble .mais souvenez-vous Contamines Montjoie en Haute-Savoie bien avant l'épidémie au mois de janvier février, c'était une famille anglaise dans un chalet qui avait retrouvé des amis, ils s'étaient contaminés, on sait que le virus, il se transmet plus facilement mais encore une fois au delà de ça, à côté de ces chiffres que je vous donne nous n'avons pas de facteurs inquiétants s'agissant des hospitalisations, des admissions en réanimation. La plupart des cas d'ailleurs sont asymptomatiques, ce qui a changé aussi au fond c'est que les gens se font plus facilement tester qu'il y a quelques semaines ou qu'il y a quelques mois.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On va venir aux tests mais les modes de contamination, vous le disiez c'est aussi quand on arrive de l'étranger, non ? Alors 2 questions en fait d'une part est-ce qu'il faut renforcer les contrôles vis-à-vis de certains pays, est-ce qu'il faut carrément par exemple fermer la frontière avec l'Espagne, l'Espagne, on le sait, en Catalogne qui se reconfinent, 2 millions d'Espagnols vont être confinés ?

OLIVIER VERAN
Pour être précis plusieurs situations ? Vous avez ce qu'on appelle des pays rouges dans lesquels le virus circule vraiment activement et où il n'y a pas de moyens de contrôle suffisants de l'épidémie. Ça va être par exemple le Brésil dont on parle beaucoup, ça flambe hélas pour les Brésiliens. Dans ces pays vous ne pouvez pas venir de ces pays en France à l'exception des binationaux, on n'a pas empêché les Français de rentrer en France. Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ? On demande aux personnes de se faire tester et de montrer un test négatif réalisé là-bas dans les 72 heures, mais parfois c'est impossible. Parfois il n'y a pas de tests dans certains pays rouges et parfois les gens n'ont pas pu y accéder, dans ce cas on leur propose 2 choses, d'abord on leur demande une quarantaine, une quatorzaine chez eux, une quatorzaine complète qu'ils doivent respecter sauf s'ils peuvent produire, réaliser et produire les résultats d'un test réalisé sur le sol national montrant qu'ils ne sont négatifs. Pour simplifier les choses, pour rendre plus accessible ces tests, nous avons et nous nous sommes l'un des seuls pays en Europe à le faire , pas le seul mais l'inverse seuls à le faire, nous avons organisé ce qu'on appelle des barnums de tests au sein même des aéroports…

NICOLAS TEILLARD
Ça marche ça ?

OLIVIER VERAN
Ils sont gratuits, sans prescription, accessibles. Écoutez, nous avons commencé la semaine dernière, voire un peu avant selon les aéroports, parfois nous faisons des tests systématiques sur tout un avion mais toute la période d'ouverture des aéroports, je pense à Roissy notamment, donc de 5h30 du matin jusqu'à tard le soir, vous pouvez aller vous faire tester.

NICOLAS TEILLARD
Vous pouvez où vous devez.

OLIVIER VERAN
Vous pouvez, un, vous devez, aucun pays ne le fait, deux la réalisation pratique et technique, j'entends…

NICOLAS TEILLARD
Je dis ça parce que j'imagine un touriste qui arrive en France, le premier réflexe, ce n'est pas d'aller se faire tester à la boutique de l'aéroport.

OLIVIER VERAN
J'entendais un médecin qui a sans doute tout à fait raison dans la théorie qui disait, je ne comprends pas pourquoi est-ce qu'on ne teste pas tout le monde dans un aéroport. Ok, en provenance de pays zone rouge, il y a plus de 20000 personnes, 20000 passagers qui arrivent…

NICOLAS TEILLARD
Combien de jours…

OLIVIER VERAN
20000 passagers par jour que vous testez au sein même d'un aéroport.

NICOLAS TEILLARD
Monsieur le Ministre, Olivier VERAN…

OLIVIER VERAN
On peut mobiliser 300 personnes et bloquer les gens cinq heures à la frontière. On essaye, on a à coeur d'avoir des solutions qui sont réalistes, que personne ne se retrouve sans solution.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Combien de tests quotidiens donc à Roissy vous pouvez nous donner une idée ?

OLIVIER VERAN
On est capable de monter à 2000 tests.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Quotidien ?

OLIVIER VERAN
Je n'ai pas les derniers chiffres parce qu'il y eut un week-end qui s'est passé là, donc j'aurai les chiffres dans la journée, a on les a généralement 2 fois par semaine pour savoir qu'elle est la montée en charge. Le premier jour, c'est essentiellement le personnel de l'aéroport qui s'est fait tester, le premier réflexe des gens qui sortent d'un avion n'est pas nécessairement d'aller se faire tester. C'est pour ça aussi que le Premier ministre l'a dit, nous sommes en train, nous faisons le maximum pour qualifier et valider ce qu'on appelle des tests salivaires qui permettraient, qui permettront je l'espère.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Quand on a une idée, vous pouvez nous donner…

OLIVIER VERAN
Croyez-moi, je suis sur le coup depuis un certain nombre de jours pour qu'on puisse expérimenter ces tests, c'est-à- dire qu'il faut faire des tests croisés PCR plus salivaire chez des malades diagnostiqués positifs.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'ici 6 mois vous pensez qu'on arrivera à invalider ces tests ?

OLIVIER VERAN
J'espère, je pourrais vous en parler longtemps…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et d'ici le mois d'août on va pouvoir se faire tester sans prescription médicale ?

OLIVIER VERAN
C'est déjà le cas dans beaucoup d'endroits.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Non, mais dans toute la France, en Ile-de-France par exemple où il y a des files d'attente.

OLIVIER VERAN
Nous y travaillons et c'est déjà le cas dans beaucoup d'endroits, il y a un million et demi de Franciliens qui ont reçu un bon CNAM en Mayenne, les 300000 habitants peuvent le faire sans test. Je vous parlais du Grand Est avec la directrice générale de l'ARS nous envisageons de pouvoir également débloquer la situation là-bas. Donc on évolue, on tend vers ça. Ce qu'il faut c'est faire attention à ce que les gens aient bien un suivi médical, il ne suffit pas de se faire tester puis de partir en vacances sans avoir le résultat et puis s'il est positif…

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'on s'approche des 700000 tests par semaine que vous aviez vous même évoqué début mai ?

OLIVIER VERAN
Nous sommes capables à l'échelle du pays, de tout le territoire national de les faire. Les laboratoires me l'ont confirmé encore. Il y a des endroits où on teste énormément parce qu'il y a une forte pression, l'Ile-de-France parce que les gens sont partis, avant de partir en vacances ont voulu se faire tester et puis des endroits où on teste beaucoup moins. Donc il y a des endroits où on est arrivés à quasi-saturation des capacités de tests localement, mais des endroits où il y a encore beaucoup de marges. Mais vous imaginez bien que quelqu'un qui veut se faire tester à Paris ne va pas prendre la voiture pour aller à Biarritz pour se faire tester. Et donc à l'échelle du pays on est capable de réaliser tout cela et je mobilise les laboratoires pour qu'ils travaillent davantage les uns avec les autres. J'ai aussi donné aux laboratoires une liste de communes qui en Ile-de-France, alors même qu'on fait des…, on ne fait plus, on n'a plus besoin de prescription pour se faire tester. eh bien des laboratoires ne font pas encore le moindre test, donc je leur ai dit ça c'est pas possible et puis il y a des laboratoires où il y a des heures qui sont beaucoup trop faibles dans la journée où on peut se faire tester, je leur ai dit là aussi il faut accentuer. Mais les équipes des labos sont fatiguées.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui le seul problème c'est le personnel aujourd'hui.

OLIVIER VERAN
C'est que les gens ont besoin aussi de souffler un peu, donc qu'est-ce que j'ai fait, j'ai signé un arrêté qui autorise des techniciens de laboratoire à faire des tests par écouvillonnage. Donc à chaque fois on identifie des solutions pour venir en aide à celles et ceux qui prennent soin de nous, personne n'est à incriminer, personne n'est à pointer du doigt, encore une fois la responsabilisation, pas la responsabilité de la responsabilisation, elle est collective, le moyen de lutter contre le virus, nous le détenons par notre comportement au quotidien.

NICOLAS TEILLARD
Le comportement, c'est notamment le port du masque, est-ce qu'on a aujourd'hui une idée précise du stock de masques en France ?

OLIVIER VERAN
Oui on a une idée précise, plus de 400 millions de masques chirurgicaux en stock national, plus de 60 millions de masques FFP 2, c'est les derniers chiffres dont je disposais. Nous avons acheté plus de 4 milliards de masques et puis surtout nous avons maintenant les masques grand public qui sont des masques lavables, réutilisables qui sont disponibles absolument partout.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce que ça va suffire parce que derrière ces chiffres l'idée c'est est-ce que ça va suffire dans une période où le port du masque …

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous vous posiez vous-même la question 14 juillet à Henri Mondor.

OLIVIER VERAN
Je vous dis, je vais vous dire une chose, on reste extrêmement vigilant face à toute situation qui pourrait dépasser tout ce qu'on a connu. Je n'ai pas la réponse à toutes les questions que vous posez, je me pose toutes les questions que vous me posez et je tâche d'y trouver des réponses, je tâche d'y trouver des réponses. Personne n'était prêt pour l'ampleur de cette première vague qui a frappé notre pays. L'Allemagne ne pensait pas une seconde être en obligation de devoir reconfiner en urgence quasiment un million d'habitants. La Catalogne n'aurait pas imaginé une seconde être obligée de mettre en place des couvre-feux en pleine période estivale, il y a encore 15 jours. donc nous devons rester vigilants, nous poser toutes ces questions, nous préparer et expliquer, maintenant je peux vous dire que nous avons des masques en quantité, que nous en produisons en quantité, que les Français sont équipés en quantité, que je fais attention à ce que sur les lieux de vacances, il y ait autant de masques disponibles pour les gens que ce qu'il y en a en Ile-de-France parce que les populations bougent avec la période estivale, que tout cela nous devons l'anticiper en permanence et en continu.

NICOLAS TEILLARD
Olivier VERAN, ministre de la Santé invité de 8.30

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NICOLAS TEILLARD
C'est le ministre de la Santé, Olivier VERAN qui est notre invité. Gouverner, c'est prévoir, est-ce que vous nous confirmez que différents scénarios sont à l'étude aujourd'hui s'il devait y avoir la nécessité de reconfinement plus ou moins généralisé ?

OLIVIER VERAN
Oui, mais tous les scénarios sont non seulement à l'étude, mais aboutis, nous avions travaillé avec le Conseil scientifique avant même le déconfinement, le Premier ministre pourrait vous en parler, il en était d'ailleurs le responsable, et ça a très bien fonctionné, il y a des mesures qui sont appliquées dans différents coins, endroits de notre territoire, nous étions avec le Premier ministre et le ministre en charge des Outre-mer, Sébastien LECORNU, en Guyane, dimanche dernier, pour un voyage express, sur place, où là-bas, des plans locaux de reconfinement avaient été mis en place…

NICOLAS TEILLARD
Qu'est-ce qui déciderait d'un plan de reconfinement ?

OLIVIER VERAN
Quand vous perdez des chaînes de contamination, quand vous voyez arriver aux urgences des malades dont vous ne savez pas comment ils ont été contaminés, quand vous avez un taux de positivité des tests très fort, aujourd'hui, sur 100 personnes que nous testons, 99 n'ont pas le virus. Ça veut dire qu'on teste très large, si dans un endroit, quand vous testez 100 personnes, il y en a 20 qui sont positives, et que vous êtes étonné de le constater, ça veut dire que vous avez perdu la trace des chaînes de contamination, là, vous vous dites : le virus circule trop, il faut mettre le couvercle, donc on a un plan gradué, on protège les personnes fragiles, dans les EHPAD, les personnes fragiles isolées, les personnes âgées, etc.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Olivier VERAN, Monsieur le Ministre, vous avez les moyens de reconfiner aujourd'hui, on n'est plus en état d'urgence sanitaire, est-ce que l'Etat a toujours les moyens d'imposer ça à des Français ?

OLIVIER VERAN
Je vais être tout à fait franc avec vous, Jean-Jérôme BERTOLUS, j'ai bataillé des heures durant, notamment au Sénat, pour pouvoir conserver dans le droit, tout en sortant de l'état d'urgence sanitaire, des mesures permettant d'agir activement et localement, ça a été une bataille compliquée avec les sénateurs, notamment les sénateurs de la majorité de droite, et on a été, je dirais, moins loin à l'arrivée que ce qu'on aurait espéré côté gouvernement, parce que les sénateurs ont considéré qu'il fallait limiter les pouvoirs, entre guillemets, d'action, ça ne nous nous empêche pas d'agir, exemple en Mayenne, où le préfet va devoir individuellement interdire tous les événements là où un décret…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Au cas par cas, vous voulez dire…

OLIVIER VERAN
Là où un arrêté aurait pu décider d'interdire globalement sur une zone donnée tous les rassemblements, donc ça nous complique, entre guillemets, la vie mais, ça ne facilite pas la vie du virus, puisque nous avons d'autres moyens pour agir.

NICOLAS TEILLARD
183 euros, c'est le montant de l'augmentation qui a été acté dans la phase de négociation salariale du Ségur de la santé avec les soignants, qui ne sont pas médecins aujourd'hui à l'hôpital, ces discussions, elles continuent. Ecoutez ce que vous dit Frédéric VALLETOUX, vous le connaissez, c'est le président de la Fédération hospitalière de France.

FREDERIC VALLETOUX, PRESIDENT DE LA FEDERATION HOSPITALIERE DE FRANCE - 9 JUILLET (DOC FRANCE INFO)
Le geste, il est réel, mais il ne faut pas oublier une chose, le Ségur de la santé, c'était des discussions salariales, mais ça n'était pas que des discussions salariales, la réussite du Ségur de la santé, ça sera certes la réussite des négociations salariales, mais ce sera surtout la réussite de la réforme du système de santé, et, finalement, qu'on simplifie, qu'on simplifie, qu'on fasse confiance aux hospitaliers de terrain.

NICOLAS TEILLARD
Il y a eu geste sur les salaires, est-ce que vous allez réussir dans cette deuxième phase à changer l'hôpital ?

OLIVIER VERAN
D'abord, il n'y a pas 183 euros de revalorisation, vous en oubliez, on en oublie toujours quand on en parle, il y a 3 échelles de revalorisation, 183 nets pour tout le monde, l'électricien, l'aide-soignante, l'infirmière, la sage-femme, kiné, tout le monde, plus d'un million et demi de salariés à l'hôpital et dans les EHPAD. Deuxième étage, un travail sur les grilles salariales, c'est plus 35 euros nets…

NICOLAS TEILLARD
C'est ce qui permet de ne pas faire une augmentation de 300 euros, qui était celle qui était demandée…

OLIVIER VERAN
Mais non, ce n'est pas ce qui permet, c'est la demande…

NICOLAS TEILLARD
C'est pour ça que les syndicats ont signé…

OLIVIER VERAN
C'est la demande des syndicats que d'avoir aussi une réévaluation des grilles, donc une infirmière a déjà 183, plus 35, en moyenne, 220. Troisième étage, l'intéressement, l'engagement collectif au service des soins qui peut augmenter de 100 euros nets par mois, dans ce cas-là, une infirmière, automatiquement, elle a déjà 220, dans un projet d'engagement collectif, elle est à 320, rajoutez à ça la majoration de 50 % des heures supplémentaires avec la capacité d'en faire 5 par semaine, une infirmière qui fait ça, elle dépasse les 400, 450 euros nets de plus par mois, on est loin des 180. On est loin des 180, j'insiste là-dessus, parce que dans les dépenses, dans les 7,6 milliards de hausse de salaire, la partie liée aux 183, elle est conséquente, mais enfin, il reste encore plus de 2 milliards pour les autres mesures, donc ça va vraiment, vraiment changer la vie des soignants, et j'insiste là-dessus, ça va changer la vie des soignants.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et est-ce que ça va changer la vie de l'hôpital, cela veut dire que la tarification à l'acte perdure, ça veut dire qu'on ferme toujours des lits, ça veut dire que même les syndicats mettent en cause les chiffres que vous avez donnés, 15.000 créations de postes, ils disent : on peut toujours créer des postes, ils ne seront pas pourvus.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas pour solde de tous comptes le plan de revalorisation, et demain, demain, je ferai la clôture du Ségur, Nicole NOTAT me remettra le rapport du Ségur de la santé, et je ferai des annonces transformantes pour le monde de la santé, en ville, à l'hôpital dans le secteur sanitaire et le secteur médico-social, et vous verrez qu'on ne s'arrête pas à une revalorisation massive, mais qu'on investit massivement dans l'outil…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Avec des créations de postes ?

OLIVIER VERAN
Les créations de postes, elles sont sur la table. 15.000 créations, vous savez, moi, ça fait un petit moment que je suis dans la partie, d'abord comme médecin, j'ai même fait du syndicalisme, il y a quelques années, et puis, ça fait un moment que je fais de la politique de santé, un discours, un discours de la majorité au pouvoir qui dit : on manque de lits à l'hôpital, on manque de soignants à l'hôpital, vous pouvez chercher, ça fait plus d'une décennie qu'on ne l'a pas entendu, moi, je le dis, et je vais donner les moyens, et nous allons donner avec le gouvernement les moyens de le faire, donc il y aura des annonces fortes, restructurantes réorganisatrices, il ne s'agit pas de tout chambouler, la feuille de route, on l'a « Ma santé 2022 », le plan de ma prédécesseur est très bon, nous allons amplifier, nous allons accélérer, nous allons accentuer, nous allons débureaucratiser, nous allons simplifier, j'ai entendu ce qu'ont dit les milliers de soignants mobilisés pendant la crise du Covid sur tous les points du territoire, en ville, comme à l'hôpital, la santé en ville ne sera pas oubliée, je le dis, pour que nous puissions simplifier et améliorer, l'objectif, c'est que tout le monde ait un objectif : bien soigner…

NICOLAS TEILLARD
La discussion continue sur les négociations. Bien soigner. On vous laisser aller en Mayenne, Olivier VERAN, ministre de la Santé, invité du « 8:30 de France Info. »


source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juillet 2020