Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à France Info le 28 juillet 2020, sur la proposition de rallonger la durée du congé paternité jusqu'à un mois.

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Adrien Taquet - Secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Bienvenue dans le 8:30 de France Info, avec Jean-Jérôme BERTOLUS et notre invité. Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles. On en parlera au cours des prochaines minutes. Revenons d'abord sur le déplacement d'Emmanuel MACRON, c'était hier soir, dans un commissariat du 18ème arrondissement. C'est aussi à la police que Jean CASTEX avait réservé sa première visite lorsqu'il a été nommé Premier ministre. Gérald DARMANIN est omniprésent ces derniers jours. Est-ce qu'il y a un tournant sécuritaire du gouvernement ?

ADRIEN TAQUET
Pas question de tournant sécuritaire, je pense que ce qui est en jeu ici c'est l'ordre républicain, et le rétablissement d'un certain ordre républicain. Et pourquoi c'est important ? Parce que l'ordre républicain c'est le ferment de notre cohésion nationale.

NICOLAS TEILLARD
Parce qu'il y avait du désordre ?

ADRIEN TAQUET
Et quand on voit ce qui se passe dans certains quartiers, quand on voit ce qui s'est passé à Dijon, quand on voit ce qui s'est passé encore dans certains quartiers de Nice, quand on voit que dans notre pays il y a certains mouvements séparatistes, d'extrême droite, d'extrême gauche parfois, oui il y a un enjeu de maintien de la cohésion nationale dans notre pays, et ça passe aussi notamment par la restauration de l'ordre républicain. Je pense que c'est tout ça le sens de l'action, et du ministre de l'Intérieur, mais au-delà, du gouvernement et du président de la République, au travers de son déplacement hier, qui voulait aussi apporter son soutien à ce qu'on appelle les nuiteux, c'est les policiers qui travaillent de nuit et dont on sait que les conditions de travail sont probablement encore un peu plus compliquées que leurs collègues.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce que le soutien des policiers, ce ne sont pas des postes plutôt qu'une visite dans un commissariat ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, vous avez, d'une part il y a un certain nombre de postes qui ont été créés depuis le début de ce quinquennat, et je ne vais pas empiéter sur les compétences de mon collègue de l'Intérieur. Et puis vous avez noté qu'hier le président de la République a annoncé une prime supplémentaire pour ces nuiteux, pour ces policiers qui travaillent de nuit justement, pour…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors, Adrien TAQUET, votre collègue du ministère de l'Intérieur, comme vous dites, effectivement, Gérald DARMANIN il est omniprésent depuis sa nomination au ministère de l'Intérieur. Les féministes sont également omniprésentes à chacun de ses déplacements. Est-ce que vous pensez comme votre collègue Elisabeth MORENO, qui est en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes au sein du gouvernement, que Gérald DARMANIN est un boulet pour l'exécutif ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi j'entends ce que peuvent dire les uns et les autres et je pense notamment aux mouvements féministes qui s'expriment, parfois de façon d'ailleurs pas forcément inappropriée, appropriée pardon, je veux dire, je pense notamment à cette célébration du Vel d'Hiv le week-end dernier. Pour autant, moi il y a un principe, j'en suis désolé, auquel je suis très attaché, ce n'est pas un principe politique, c'est un principe juridique sur lequel repose notre Etat de droit, c'est la présomption d'innocence. Et je suis désolé, moi je refuse que l'on se dirige vers une démocratie d'opinion, parce que la prochaine étape c'est effectivement de jeter sur la place publique pour lapidation les personnes. Donc la présomption d'innocence c'est un principe cardinal de notre Etat de droit. Il s'avère que dans ce cas précis, Gérald DARMANIN a bénéficié de trois décisions de justice, je crois qui ont, sauf erreur, qui ont staté de son innocence. Alors, il y a une procédure qui est en cours, qui va aller à son terme, laissons-là aller à son terme et nous en tirerons toutes les conséquences. Mais vraiment respectons, mais ça vaut pour le ministre de l'Intérieur, ça vaut pour vous, ça vaut pour moi, ça vaut pour chacun des Français. Si on contrevient à ce principe-là, je vous assure…

NICOLAS TEILLARD
En clair, tant qu'on n'est pas condamné, on peut faire ce que l'on veut et garder son poste.

ADRIEN TAQUET
Mais ce n'est pas « on peut faire ce qu'on veut, on peut garder son poste », tant qu'on n'est pas condamné, on est innocent, bien sûr. Enfin, ça vaut pour vous, ça vaut pour moi. Enfin, demain, la moindre…

NICOLAS TEILLARD
Ça vaut juridiquement, mais politiquement est-ce que c'est la même chose ?

ADRIEN TAQUET
Mais juridiquement, une fois encore, c'est un des principes de notre Etat de droit, demain quelqu'un peut aller sur votre plateau, sur les réseaux sociaux, et m'accuser moi, de je ne sais quoi. Et alors quoi ? Je suis tout d'un coup coupable sur la place publique parce que quelqu'un m'a jeté en opprobre de cette façon ? Notre démocratie ne peut pas fonctionner sur cette base-là. Je suis désolé. J'entends bien. Et une fois encore j'entends les sensibilités, j'entends ce que disent un certain nombre de personnes, mais véritablement, faisons attention aux glissements progressifs. Mais vous voulez que je vous dise, je ne vais pas faire de l'archéologie politique, mais souvenez-vous la jurisprudence Balladur dès 93, qui disait que dès qu'un ministre était mis en examen, il devait démissionner. Déjà, là, moi je suis désolé, peut-être que ce n'est pas politiquement correct ce que je vais vous dire, mais déjà là moi je trouvais, je peux comprendre politiquement, mais je…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Déjà vous trouviez que cette coutume…

ADRIEN TAQUET
A partir du moment où vous êtes mis en examen, vous n'êtes pas encore jugé coupable.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc par exemple vous regrettez que François BAYROU ait été évincé du gouvernement en 2017.

ADRIEN TAQUET
Non, mais je ne regrette rien, et on ne va pas rentrer dans les cas particuliers, je vous dis juste que notre démocratie est fondée sur un certain nombre de principes de droit, oui de droit, et qu'il faut veiller à les respecter.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Bon, là, la petite ambiguïté c'est qu'effectivement Gérald DARMANIN est ministre de l'Intérieur et que ça peut susciter des questions pour les policiers chargés de conduire l'enquête. Mais on a bien compris que vous avez dit, vous l'avez dit effectivement avec une certaine force. Une dernière question, Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, parle de l'ensauvagement d'une partie de la société. Vous qui êtes à la fois proche du président de la République, mais qui venez plutôt de la gauche, « l'ensauvagement », c'est un terme que vous employez ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi je ne veux pas, vous m'excuserez, vous allez trouver que botte en touche, mais je ne veux pas m'enfermer dans des débats ou des polémiques de sémantique, même si les mots ont un sens, ce n'est pas un terme que j'utilise moi, mais ce qui compte derrière les mots c'est une réalité que cela se traduit et c'était le sens de votre première question, il y a effectivement un certain nombre de comportements d'individus dans notre société, qui ne sont plus possibles, et un sentiment d'insécurité croissant d'une partie de la population. Mais vous savez, vous vous référez à mon histoire politique, et effectivement, qui vient plutôt de la gauche, et donc on ne peut pas me soupçonner d'être particulièrement sarkozyste par exemple, mais il avait mis je pense le doigt, il avait mis les mots sur une réalité que la gauche d'ailleurs n'avait pas été en mesure de faire, c'est que l'insécurité ça touche avant tout les plus précaires d'entre nous. Ce n'est pas vous ni moi qui vivons dans les beaux quartiers, que l'insécurité touche, ce sont les personnes les plus pauvres de notre pays, les personnes qui sont dans les situations les plus précaires, les personnes qui vivent dans les quartiers et qui sont emmerdées par les dealers de drogue qui sont dans les cages d'escaliers. Voilà. Et c'est ça qu'il faut combattre. Voilà. Et ça j'y adhère. J'y adhère parce que ça touche les populations plus vulnérables de notre population.

NICOLAS TEILLARD
Vous avez parlé séparatisme, en parlant extrême-droite, parfois extrême gauche. A votre place dimanche dernier, Marlène SCHIAPPA parlait clairement d'islam politique.

ADRIEN TAQUET
Oui, alors…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous la suivez là-dessus ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je vais laisser la ministre déléguée à la Citoyenneté, le ministre de l'Intérieur, travailler sur ces sujets qui sont des sujets complexes, sensibles. Evidemment complexes, vous le savez, il y a un projet de loi qui sera présenté à la rentrée. Ce que je vois, c'est que d'un point de vue politique y a effectivement, je vois…

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'on a des chiffres, là-dessus, du concret plutôt que des mots ? Parce qu'en occurrence on a beaucoup parlé de listes communautaristes il y a quelques mois, il n'y a absolument eu aucun effet aux élections municipales.

ADRIEN TAQUET
Vous avez raison de le dire, et sans nier le fait d'un islam politique qui aurait des vocations séparatistes, je pensais plus à un séparatisme politique d'extrême, qui a plutôt été d'extrême-droite ces dernières années, et dont je constate que plus récemment il est plutôt d'extrême gauche. Alors je n'ai pas de chiffres, mais je vois, j'écoute les manifestations, je vois ce qu'il s'y dit, ce qu'il s'y passe. Vous l'avez vu, ces mouvements de black-blocks pendant les Gilets jaunes notamment, qui venaient avec véritablement une ambition de faire tomber la République. Moi je le dis sans ambages, souvenez-vous début décembre, au plus fort de la crise des Gilets jaunes, où on sentait que ça pouvait vaciller, que ça pouvait tomber, soulever…

NICOLAS TEILLARD
En l'occurrence, les black-blocks n'ont jamais été cités comme une cible du séparatisme jusqu'à présent.

ADRIEN TAQUET
Moi je vous dis simplement qu'il y a un certain nombre de forces, individuelles, ou bien plus organisées, qui ont comme ambition de faire tomber la République, oui.

NICOLAS TEILLARD
On va parler d'un texte que vous défendez, Adrien TAQUET, dans un instant…

ADRIEN TAQUET
Avec d'autres ministres.

NICOLAS TEILLARD
... la loi de bioéthique, avec d'autres ministres, évidemment. Vous restez avec nous, le Fil info à 08h40, c'est avec Lauriane DELANOË.

-Le Fil info-

NICOLAS TEILLARD
Notre invité, Adrien TAQUET, secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles, des familles qui évoluent…

ADRIEN TAQUET
« Des familles », vous avez bien noté le pluriel de mon titre auquel je tenais particulièrement.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui, mais dites-nous, dites-nous pourquoi ce pluriel ? Ce n'est pas un peu une…

ADRIEN TAQUET
Pluriel, parce que justement il traduit de façon un peu symbolique, mais néanmoins…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ça veut dire qu'il n'y a plus une famille maintenant.

ADRIEN TAQUET
Non, il y a des familles, la réalité, et on n'a pas attendu la loi de bioéthique, enfin c'est une réalité des familles françaises, il y a des familles diverses, variées, il y avait des familles monoparentales, on le sait, c'est près de 20 % de nos enfants qui vivent dans une famille monoparentale, des familles homoparentales, des familles recomposées, bref toute cette diversité qui fait la richesse des Familles de France, absolument.

NICOLAS TEILLARD
Et qui sont notamment au coeur du texte de révision sur la loi de bioéthique, qui prévoit notamment l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Un texte de retour en deuxième lecture à l'Assemblée depuis hier, ce sera en débat tout au long de la semaine, et ça n'est pas le moment pour le député LR de l'Ain, Xavier BRETON.

XAVIER BRETON, DEPUTE LES REPUBLICAINS DE L'AIN
La question, c'est pourquoi le passer au coeur de l'été, alors qu'on risque d'avoir effectivement beaucoup de collègues qui sont absents, alors que la liberté de manifestation est encore encadrée en ce moment puisqu'on est toujours sur un régime particulier ? Donc on voit bien qu'il y a une volonté de passage en catimini, et c'est dommage, pour un sujet qui est important.

NICOLAS TEILLARD
Deux choses Adrien TAQUET : est-ce que c'est un texte passé en catimini et est-ce que vous regrettez cet hémicycle aux ¾ vide hier lors des débats ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je l'ai dit d'ailleurs au député BRETON hier soir, enfin, nous sommes au mois de juillet, au mois de juillet il y a plein de Français qui travaillent. Et puis le gouvernement, les députés, sont aussi au travail. Donc…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ils n'avaient pas l'air. Excusez-moi, mais hier, vu les images, ils n'avaient pas l'air d'être au boulot.

ADRIEN TAQUET
Non, mais vous savez très bien, vous avez suffisamment d'expérience pour savoir que les députés qui sont en première ligne mobilisés, sont les députés qui ont travaillé sur le texte en commission, ça a été le cas hier, hier nous étions plus sur la discussion générale, c'est-à-dire pas encore dans les débats, nous avons uniquement discuté 4 amendements sur les 2 300 amendements qui nous attendent cette semaine, donc je n'ai aucun doute que l'hémicycle, sur les sujets importants comme la PMA notamment, sera bien plus garni. Pour autant, on ne peut pas parler de catimini. Ecoutez, ça fait 9 mois que ce texte est en discussion, il y a déjà eu... nous en sommes à deuxième lecture à l'Assemblée nationale, il y a eu 4 rapports, 4 semaines d'examen en première lecture à l'Assemblée, 2 semaines au Sénat, des auditions, bref. Ce débat est mené en toute transparence, en tout respect aussi de part et d'autre, une grande qualité des débats jusqu'à présent et j'espère, je pense, j'en suis convaincu, il lancera de même cette semaine.

NICOLAS TEILLARD
La conférence des évêques de France évoque, à propos de la PMA, un eugénisme libéral, un acte antirépublicain. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, les lois de révision de la bioéthique, sont les textes importants, fondamentaux. Ils passent le progrès technologique au prisme de nos principes éthiques, que sont au premier rang desquels la dignité humaine, la non-marchandisation du corps. Ce sont des textes qui interrogent l'évolution de notre société, c'est aussi des textes qui nous interrogent chacun de nous individuellement, avec nos convictions, avec notre part d'intime aussi, notre histoire personnelle, et d'ailleurs on l'a beaucoup vu dans les débats en hémicycle. Il faut respecter évidemment chacune de ces histoires, chacune de ces convictions, on connaît celles de l'Eglise, des évêques, il faut d'ailleurs les remercier pour l'apport qu'ils ont contribué dans ces débats, comme toutes les autres obédiences religieuses d'ailleurs. Bon. Au final, notre République, ce sont les parlementaires qui sur la base de ces contributions débattent et décideront, et rappeler que les lois de bioéthique, c'est quelque chose d'unique dans le monde, ce sont des lois d'interdiction, ce sont des lois qui pose justement des bornes, des limites pour éviter toute dérive libérale. Et nous devons être fiers de ce modèle bioéthique français.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Justement, à propos de ces limites, très vite, deux questions, vous nous répondez par oui ou par non. Faut-il reconnaître la filiation des enfants nés à l'étranger de GPA ? Vous savez que c'est un parcours du combattant, que c'est même une humiliation pour certains parents de devoir adopter leurs propres enfants. Première question. Et deuxièmement, vous avez défendu ce texte au Sénat, est-ce que vous réaffirmer aujourd'hui que la PMA doit être remboursée pour toutes les femmes ?

ADRIEN TAQUET
Alors, je vais commencer par la deuxième question, qui elle, peut-être simplement, à laquelle on peut apporter une réponse simple par oui ou par non, la réponse est oui, nous allons rétablir effectivement le remboursement par la Sécurité sociale de la PMA, pour toutes les femmes. La première question est un peu plus complexe, pour une réponse uniquement par oui ou par non. Ce qui est important, c'est de sécuriser, et je vous le dis de là où je suis, c'est de sécuriser la filiation pour les enfants. La Cour européenne des droits de l'homme, vous le savez, a estimé que le système français qui passait par l'adoption, si tant est que cela soit fait dans de bonnes conditions, dans des conditions rapides, et c'est probablement là où nous devons, dans les faits, dans la pratique, nous améliorer, répondait aux exigences de la Convention européenne des droits de l'homme. La Cour de cassation, par la suite, a été un peu plus loin. Le garde des Sceaux, hier, a réaffirmé qu'il voulait que l'on se tienne à la décision, à l'arrêt pardon, de la Cour européenne des droits de l'homme. Ça fera l'objet de débats. Ce qui est important c'est de pouvoir sécuriser la filiation des enfants, et que les choses soient claires, le garde des Sceaux l'a dit : la GPA est et reste une ligne rouge, sans ambiguïté.

NICOLAS TEILLARD
En l'occurrence, quelles que soient les familles aujourd'hui, ce sont les femmes qui sont principalement au chevet de leurs enfants lors des premières semaines, des premiers mois qui suivent la naissance. Est-ce que vous êtes favorable à l'extension d'un congé parental pour les hommes ?

ADRIEN TAQUET
Alors, du congé paternité. Absolument.

NICOLAS TEILLARD
Du congé paternité.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Peut-être le rendre obligatoire.

ADRIEN TAQUET
Alors, favorable, non seulement favorable…

JEAN-JEROME BERTOLUS
11 jours aujourd'hui.

ADRIEN TAQUET
Vous avez raison, 11 jours de congé paternité et 3 jours de ce qu'on appelle de congé de naissance, qui sont donc financés par l'employeur.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Par l'entreprise.

ADRIEN TAQUET
Voilà, exactement. J'y suis non seulement favorable, mais nous y travaillons. Nous y travaillons avec pour objectif de pouvoir présenter les premières propositions probablement à la rentrée. A la rentrée sera remis au président de la République, le rapport de la commission dite Cyrulnik, autour des 1 000 premiers jours de la vie de l'enfant. Voilà.

NICOLAS TEILLARD
L'idée ça serait de passer de deux semaines à un mois, un peu plus ?

ADRIEN TAQUET
Voilà, une des hypothèses sur lesquelles nous travaillons, c'est effectivement de doubler le congé actuel et de passer à un mois de congé parental global, c'est-à-dire intégrant à la fois le congé paternité stricto sensu et les congés de naissance...

JEAN-JEROME BERTOLUS
Sans le rendre obligatoire ou…

ADRIEN TAQUET
Alors, sur la question de... Moi je suis assez convaincu, et pour en avoir beaucoup discuté avec mes homologues suédois, finlandais, que le caractère obligatoire a un effet décisif. Moi j'ai rencontré ces 6 derniers mois, énormément de familles françaises, énormément de parents, j'ai été très marqué par le témoignage d'un père qui me disait, c'était à Béclère, il venait d'avoir un enfant prématuré, qui se portait très bien, et qui me m'a dit : « vous savez, moi je suis magasinier, moi j'ai un CDD, et moi quand j'ai dit que ma femme était enceinte, mon patron m'a dit « c'est pas toi qui es enceinte ». Voilà. Donc cette pression sociale qui fait que les plus précaires ne vont pas oser prendre le congé paternité, de peur de perdre leur boulot, c'est un vrai sujet sur lequel il faut que nous travaillions. Après, sur le côté obligatoire, à l'inverse, il faut faire attention que ça ne conduise pas à de la perte de pouvoir d'achat pour les personnes et notamment pour ces plus précaires. Voilà donc c'est sur tout ça que nous travaillons en ce moment.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Un tout petit mot encore, parce qu'on ne peut pas ne pas vous poser la question. Il y a des assises concernant les violences sur…

ADRIEN TAQUET
Des états généraux, oui, tout à fait.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Des états généraux sur les enfants, plusieurs dizaines de milliers sont victimes de violences chaque année. Est-ce que vous souhaitez que ces états généraux débouchent sur des décisions concrètes ?

ADRIEN TAQUET
Alors, si je peux me permettre, il y a déjà beaucoup de décisions concrètes qui ont été prises. Pour être très clair, le 20 novembre dernier à l'occasion du 30ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, nous avons présenté un plan de lutte contre les violences faites aux enfants, avec 22 mesures très concrètes, sur la lutte contre la pédocriminalité, la prostitution infantile, meilleure prévention à l'école…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous souhaitez aller plus loin sur le plan…

ADRIEN TAQUET
Et alors l'idée, justement, mais ce plan qui a été salué par tous les acteurs, qui a été bâti avec eux d'ailleurs…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Je n'en doute pas, mais d'un mot…

ADRIEN TAQUET
Et l'idée justement, l'idée justement c'est en mi-octobre prochain, d'aller plus loin, plus vite, de pousser un cran plus loin, de renforcer nos effectifs pour lutter contre la pédocriminalité sur Internet, qui est une vraie menace, de s'attaquer enfin à la prostitution infantile qui est en train d'exploser dans notre pays, de renforcer encore les moyens du 119, le numéro de l'enfance en danger, dont je rappelle qu'il est anonyme et gratuit, et qui a explosé, qui nous a été très utile pendant le confinement, et dont il faut renforcer encore les moyens. Voilà. Oui, aller plus loin encore et mettre ce sujet de la violence faite aux enfants, à la Une de l'actualité, de vos journaux, de l'esprit des gens, parce qu'on aura déjà fait un grand pas, quand ça deviendra un enjeu de société, c'est même fondamental, en fait l'enjeu il est là.

NICOLAS TEILLARD
Rendez-vous à l'automne.

ADRIEN TAQUET
Merci beaucoup.

NICOLAS TEILLARD
Adrien TAQUET, secrétaire d'Etat chargé de l'enfance et des familles, merci d'avoir été l'invité du 8 :30 de France Info.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2020