Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à RTL le 7 septembre 2020, sur la lutte contre le séparatisme islamiste et la violence faites aux femmes.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ALBA VENTURA
C'est quoi le séparatisme parce que beaucoup de Français se posent la question, vous, c'est entré dans votre vocabulaire, mais pas pour les Français.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, le séparatisme, celui contre lequel on lutte au gouvernement, c'est l'action de constituer un groupe qui a pour but de s'organiser en marge de la République et de manière hostile à la République, et souvent, de façon violente.

ALBA VENTURA
Mais c'est qui, les Corses, les Basques, les islamistes ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je vous remercie de me poser la question, parce que ce week-end, j'ai regardé la télévision et j'ai entendu 5 fois des références aux Corses, j'aimerais bien qu'on laisse les Corses un peu tranquilles, s'il vous plaît, ils n'ont rien demandé…

ALBA VENTURA
Vous avez un médaillon corse…

MARLENE SCHIAPPA
Je suis corse, absolument. Les Corses ne s'organisent pas de manière hostile pour renverser la République et imposer des lois dans le groupe, on parle par exemple de l'islam politique, et on ne parle par exemple d'un nombre de dérives sectaires qui veulent faire en sorte que les lois…

ALBA VENTURA
C'est l'islamisme politique…

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, qu'ils veulent faire en sorte que les lois d'un petit groupe s'imposent et soient plus importantes, soient supérieures aux lois de la République, nous, nous défendons que les lois de la République s'appliquent à toutes, à tous, quelles que soient leurs origines, leurs religions, leurs croyances, leurs organisations, y compris en groupe.

ALBA VENTURA
Alors, on attend un projet de loi sur le séparatisme, quand d'ailleurs ?

MARLENE SCHIAPPA
D'ici l'automne, le président de la République a indiqué au Panthéon qu'il souhaitait que le projet de loi soit présenté d'ici l'automne.

ALBA VENTURA
Avec le sentiment, Marlène SCHIAPPA, quand même, qu'on est les champions dans notre pays pour empiler les lois, je pense à un sujet qu'on évoque depuis des années, alors il n'y a pas forcément une loi, mais l'interdiction des imams étrangers, le contrôle du financement des mosquées, ça va être dans cette loi ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ça fait partie des grands sujets, oui, bien sûr, et donc nous sommes en train avec Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, de finaliser les contours de cette loi, mais moi, ce que j'observe, c'est qu'il y a un gros travail qui a été fait par le gouvernement depuis 3 ans contre le séparatisme, près de 250 lieux problématiques ont été faits fermer par exemple…

ALBA VENTURA
Des mosquées fermées, des caves… ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je pense par exemple, oui, à des débits de boissons, des écoles, des lieux qui prêchaient une idéologie séparatiste, mais on voit qu'il reste des zones grises, et que, parfois, on ne peut pas agir, et les services ne peuvent pas agir faute de cadre juridique, et c'est la raison pour laquelle nous faisons cette loi qui va combler un certain nombre de vides juridique et nous permettra d'être beaucoup plus fermes dans cette lutte contre les séparatismes et le communautaire.

ALBA VENTURA
Donc vous dites, en gros, on n'a pas les outils, c'est ce que vous dites. Une piscine qui différencie les horaires pour les hommes et pour les femmes, on ne peut pas la fermer, enfin, en tout cas, on ne peut pas sanctionner ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais non, pour l'instant, non, et de la même manière, on ne peut pas si vous avez par exemple quelqu'un qui se présente comme un imam et qui va dire dans une salle d'une association : les femmes qui portent des parfums sont des fornicatrices qui méritent les flammes de l'enfer, c'est un exemple réel, eh bien, vous pouvez engager des poursuites pour appel à la haine à raison du sexe vis-à-vis de cette personne, mais vous ne pouvez pas faire fermer le lieu, nous, nous voulons faire fermer le lieu, par exemple, nous voulons aussi interdire les certificats de virginité qui sont encore produits, et ils seront interdits, et nous engagerons des poursuites pénales grâce à cette loi…

ALBA VENTURA
Alors, un certificat de virginité, il faut expliquer, c'est que pour faire un mariage religieux, un homme demande à un médecin…

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, ou la famille demande à un médecin ou à qui que ce soit de dresser un certificat médical de virginité, c'est une atteinte grave à la citoyenneté, et à la dignité des femmes…

ALBA VENTURA
On punit qui, le médecin qui établit le certificat ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, bien sûr, absolument, on lance des poursuites…

ALBA VENTURA
Mais qu'est-ce qu'on fait, on le radie ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, des poursuites pénales, donc tout ça sera débattu devant le Parlement au moment de la loi, et de la même manière, sur la question des associations, nous voulons avec Gérald DARMANIN un contrat d'engagement sur les valeurs de la République et la laïcité, pas un euro d'argent public pour les ennemis de la République, si une association ne respecte pas l'égalité femmes-hommes, ne respecte pas la dignité des femmes et des hommes, ne respecte pas la liberté de conscience, elle n'aura plus un centime…

ALBA VENTURA
Comment vous allez surveiller ça, vous allez mettre un policier dans chaque association…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, alors il y a des services de renseignements qui existent, il y a des services de l'Etat, ils vont partout sur les territoires, les préfectures et les sous-préfectures, si vous voulez, on peut donner de l'argent aux associations, soit directement, via les ministères au service central, soit, ce qu'on appelle de façon déconcentrée, dans les territoires, et donc les services des préfectures et des préfectures feront signer ces contrats d'engagement, et le ministère de l'Intérieur aura un droit d'opposition si nous constatons que les valeurs de la République ne sont pas respectées par ces associations.

ALBA VENTURA
Marlène SCHIAPPA, que fait-on quand un homme à l'hôpital refuse que sa femme soit prise en charge par un médecin homme ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que c'est inadmissible, donc là aussi, on doit pouvoir agir dans le respect de chacun…

ALBA VENTURA
Et qu'est-ce qu'on fait vraiment ?

MARLENE SCHIAPPA
Justement, ça fait partie de ce que nous allons débattre dans cette loi contre les séparatismes avec le Parlement, mais moi, je crois que c'est inadmissible, et donc là, très clairement, ça fait partie des atteintes à la dignité des uns et des autres, et ça fait également partie d'une atteinte à la liberté de conscience, un homme, quel qu'il soit, n'a pas à décider pour sa femme par qui elle peut être prise en charge…

ALBA VENTURA
Oui, mais on ne va pas le mettre en prison pour ça, donc… ?

MARLENE SCHIAPPA
Il ne s'agit pas forcément de mettre en prison immédiatement, le panel des choses qui sont possibles de faire, il est très large…

ALBA VENTURA
Une amende ?

MARLENE SCHIAPPA
Et nous, ce que nous voulons faire, c'est également aider les élus, il y a beaucoup de maires, parce que cette question, très souvent, elle est réglée à l'échelon local, il y a beaucoup de maires qui sont très courageux et qui sont démunis juridiquement face à ces questions de séparatisme, parce que, parfois, l'exemple que vous prenez est très judicieux, et parfois, ça peut même devenir violent, et les maires parfois sont démunis, donc nous, nous voulons aussi donner plus de pouvoirs aux maires, aux élus locaux, pour qu'ils et elles puissent s'en saisir et intervenir.

ALBA VENTURA
Beaucoup demandent d'avoir accès aux fichiers des fichés S, c'est envisageable ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il faut rappeler ce que c'est qu'un fichier de fiché S, une personne fichée S n'est pas une personne qui a été condamnée, donc là, on rentre dans une question de libertés publiques, fiché S, ça veut dire que c'est quelqu'un qui est sous surveillance…

ALBA VENTURA
Surveillé…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Donc, parfois, j'étais à la DGSI avec Gérald DARMANIN, et nous avons une longue session de travail, notamment et puis Laurent NUNEZ, qui est désormais Coordonnateur du renseignement national, parfois ça peut entraver le travail des services de renseignement et de sécurité intérieure, que de dire : voilà qui nous surveillons, voilà comment nous surveillons, voilà pourquoi, donc il y a un travail de renseignements qui est mené par les services, c'est ça qui a permis d'ailleurs de déjouer 17 attentats récemment, et ce travail ne doit pas être entravé.

ALBA VENTURA
Les élus qui se compromettent, ceux qui ferment les yeux, qu'est-ce qu'on prévoit pour ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que, autant, on doit…

ALBA VENTURA
Contre ça…

MARLENE SCHIAPPA
Autant, je crois qu'on doit aider vraiment les élus qui sont courageux sur le terrain et les outiller, mais je crois qu'on doit pouvoir aussi être très ferme et quand un élu ne remplit pas son rôle, eh bien…

ALBA VENTURA
Les dénoncer ?

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, eh bien, l'Etat doit pouvoir avoir un pouvoir important pour y compris à agir à la place de l'élu quand l'élu a abandonné lâchement les habitantes et les habitants et les a laissés aux prises avec ces groupes qu'on appelle séparatistes qui souvent sont violents par ailleurs.

ALBA VENTURA
Marlène SCHIAPPA, Eric DUPOND-MORETTI, c'est TAUBIRA en pire, ça, ce sont les propos de Marine LE PEN qui faisait sa rentrée hier, sans aller jusque-là, il a eu tort le ministre de la Justice de parler de sentiment d'insécurité ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi, ce que j'observe, et j'ai regardé le discours de Madame LE PEN, j'observe que, Eric DUPOND-MORETTI qui lui a répondu a eu tout à fait raison dans sa réponse, de dire qu'il n'y a rien de neuf sous soleil de Fréjus, Marine LE PEN a repris ses vieilles lunes, elle court après le gouvernement, parce qu'elle voit que le gouvernement agit sur les questions de sécurité…

ALBA VENTURA
Marlène SCHIAPPA, si vous lisez le Figaro ce matin, vous verrez les syndicats de police sont hérissés, c'est ce qu'ils disent, DARMANIN, l'élu de terrain est dans la reconnaissance du réel, DUPOND-MORETTI, l'avocat multimillionnaire est dans le déni, l'aveuglement idéologique, le premier est pragmatique, l'autre est dans sa bulle.

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, il n'y a pas deux lignes différentes, ce gouvernement…

ALBA VENTURA
Ce sont les syndicats de police qui disent ça…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais j'entends, et ils ont tout à fait le droit de s'exprimer, nous sommes en démocratie, on a le droit de critiquer également les membres du gouvernement, il y a une seule ligne au gouvernement, c'est celle qui fait de la sécurité une priorité, c'est pour ça que c'est le thème du séminaire gouvernemental du 9, et nous appliquons, Eric DUPOND-MORETTI, Gérald DARMANIN…

ALBA VENTURA
Mercredi…

MARLENE SCHIAPPA
Moi-même, toutes et tous la politique décidée par le président de la République et par le Premier ministre, mais j'observe, si vous me permettez d'être un peu positive, que les syndicats de police disent du bien du ministre de l'Intérieur, saluent son travail et sa présence, et ça c'est quelque chose dont on peut se réjouir.

ALBA VENTURA
Et on remarque que vous le soulignez. Marlène SCHIAPPA, dans votre portefeuille, il y a aussi les violences faites aux femmes, alors dans le Grenelle qui a été présenté, il y a un an, il était prévu 1.000 places d'hébergement d'urgence dans l'année, ce week-end, le journal, La Voix du Nord a fait les comptes dans sa région, le département du Nord en avait demandé 113, il en a eu 10, et 20 seulement pour le Pas-de-Calais, on est quand même loin du compte.

MARLENE SCHIAPPA
Alors les 1.000 places qui ont été annoncées ont toutes été ouvertes, et c'est un dossier qui est désormais suivi par ma successeur, Elisabeth MORENO et par la ministre du Logement Emmanuelle WARGON…

ALBA VENTURA
Et pourquoi ils en ont moins alors dans le Nord et dans le Pas-de-Calais ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, honnêtement, il faudrait regarder le maillage territorial, moi, j'avais fait créer, quand j'étais en charge de l'Egalité femmes-hommes une géo-localisation des places d'hébergement d'urgence pour qu'on puisse justement avoir accès, y compris quand on est par exemple élu local, policier, travailleur social, accès en temps réel à l'hébergement d'urgence, mais moi, ce que je peux vous dire, pour ce qui relève de mon domaine de compétences, c'est qu'au ministère de l'Intérieur, nous mobilisons les forces de l'ordre pour mieux protéger les femmes face aux violences conjugales. Le 3 septembre, à l'occasion du premier anniversaire du Grenelle des violences conjugales, j'ai reçu au ministère de l'Intérieur des policiers, des gendarmes, qui, tous les jours, sont mobilisés pour protéger les femmes, et qui ont créé des solutions innovantes en marge du Grenelle des violences conjugales…

ALBA VENTURA
L'accueil en commissariat de police et en gendarmerie était très critiqué…

MARLENE SCHIAPPA
Il était très critiqué, un audit a fait savoir qu'il y avait 90 % des cas où ça se passait bien, 10 % des cas où ça se passait mal, et moi, je veux travailler sur ces 10 % des cas où ça ne se passe pas bien, mon objectif, et mes instructions que j'ai données, c'est que 100 % des plaintes soient prises, 100 % des plaintes soient bien qualifiées, et 100 % des plaintes soient transmises au Parquet. Et pour cela…

ALBA VENTURA
Suivies…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, suivies d'une enquête, suivies par la justice. Et pour cela, nous avons outillé les forces de l'ordre avec une grille d'évaluation du danger qui permet d'évaluer en temps réel le danger imminent…

ALBA VENTURA
Mais il paraît qu'on manque de moyens pour suivre…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais ça, ça fait partie des moyens, également, nous avons lancé des formations initiales avec plus de 120 heures de formation initiale pour les policiers et les gendarmes sur les violences sexistes et sexuelles, c'est important, c'était une revendication des associations. Nous le faisons avec le Grenelle des violences conjugales.

ALBA VENTURA
On avait aussi parlé à cette époque-là dès 1.000 bracelets anti-rapprochement, on en est où ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Alors, c'est Eric DUPOND-MORETTI, ministre de la Justice, qui suit ce dossier, et ils seront ouverts à partir de l'automne, pour expliquer peut-être simplement, il y a eu un temps de vote de loi, un temps d'ouverture de marchés publics, ce ne sont pas des bracelets qu'on va acheter au CARREFOUR du coin, et ensuite, un temps de mise en oeuvre, mais ça fait partie de la centaine de nouvelles mesures très fortes pour mieux protéger les femmes, et le ministère de l'Intérieur est le premier ministère qui protège les femmes en moyens humains et financiers.

ALBA VENTURA
En tout cas, merci, Marlène SCHIAPPA, d'être venue nous parler de tous ces sujets sensibles.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2020