Interview de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, à BFM Business le 9 septembre 2020, sur les efforts du gouvernement en faveur des exportations et le Brexit.

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Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A 08h18, c'est Franck RIESTER, le nouveau ministre délégué en charge du Commerce extérieur, qui est notre invité. Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce ce que le plan export, 250 millions d'euros, est le parent pauvre du plan de relance du gouvernement ?

FRANCK RIESTER
Comme vous y allez Christophe JAKUBYSZYN !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas beaucoup 250 millions. 20 milliard d'euros de déficit au deuxième trimestre, la balance commerciale.

FRANCK RIESTER
Mais au contraire, vous devriez saluer, Christophe JAKUBYSZYN, la volonté très claire du gouvernement de miser sur l'export. Pourquoi le président de la République et le Premier ministre ont souhaité qu'il y ait un ministre délégué en charge du commerce extérieur et de l'attractivité ? C'est la première fois depuis 2012 qu'il y a un ministre, et qu'en plus…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dont acte.

FRANCK RIESTER
… c'est inédit, de l'attractivité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et derrière, il faut le budget.

FRANCK RIESTER
Non, mais ça veut dire que c'est un signal fort envoyé à nos chefs d'entreprise, à celles et ceux qui travaillent dans nos entreprises, que oui on veut consolider l'économie française en France, on veut relocaliser un certain nombre de filières industrielles, mais on veut se projeter à l'international. Mais pour que les entreprises se projettent à l'international, il faut qu'elles aient les meilleures conditions pour se développer en France, d'où la force du plan de relance pour donner des moyens aux entreprises pour être plus fortes, avec par exemple la baisse de l'impôt de production.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
10 milliards ?

FRANCK RIESTER
De conforter la baisse de l'impôt sur les sociétés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En fait c'est ça le plan export, ce n'est pas les 250 millions, c'est 10 milliards de 250 millions.

FRANCK RIESTER
Non mais le plan export c'est d'abord de donner aux entreprises les meilleures conditions pour se développer en France. Et puis deuxièmement, c'est d'augmenter les moyens vers les outils qui depuis 2017 ont été développés pour permettre un meilleur accompagnement des entreprises, pour qu'elles prospectent des nouveaux marchés, pour qu'elles aient une information pour bien connaître tel ou tel marché sur lesquels elles ont des ambitions, pour donner des moyens, pour qu'il y ait des jeunes qui s'investissent davantage dans les entreprises à l'export. Pour leur permettre qu'elles aient des outils…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec le BIE, avec, je le rappelle, le plan, le volontariat de… à mon époque ça s'appelait VSNE, maintenant ça s'appelle VIE, Volontaire…

FRANCK RIESTER
International Entreprise.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est-à-dire qu'en fait, les jeunes diplômés notamment, sont engagés par des entreprises françaises pour développer un marché export ou aller dans une filiale à l'export, et…

FRANCK RIESTER
Eh bien là on veut qu'il y en ait 3 000 de plus, on veut qu'il y en ait 3 000 de plus. On veut que les jeunes qui, vous le savez, sont une priorité du gouvernement, parce que nous avons besoin d'accompagner cette jeunesse qui est victime en tout premier lieu de cette de crise sanitaire d'un point de vue économique et social. Donc nous devons les accompagner et notamment les accompagner vers une projection à l'international. Il faut qu'un certain nombre de jeunes passent 2 ans dans les entreprises, pour les accompagner à l'exportation. On veut qu'il y en ait 3 000 de plus. On veut aussi que les entreprises aient davantage de financements pertinents pour sécuriser leurs exportations, pour sécuriser leurs échanges, pour sécuriser leur investissement à l'international. Donc d'abord, donnons aux entreprises françaises les moyens de développer leur business en France, et ensuite accompagnons-les de la meilleure façon possible, pour qu'elles se projettent à l'international. Parce que nous ne pourrons pas gagner la bataille économique en se repliant sur nous-mêmes. Soyons déterminés à davantage de souveraineté économique, relocalisons un certain nombre de filières stratégiques, mais en même temps projetons-nous à l'international.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'ai une question. Quand les entreprises viennent vous voir, qu'est-ce qu'on demande à un ministre du Commerce extérieur ? C'est intéressant de savoir effectivement quels sont les besoins d'entreprises exportatrices, à l'égard d'un gouvernement ?

FRANCK RIESTER
Eh bien je vous dis, d'avoir des moyens pour les accompagner dans la prospection, de leur donner de l'information sur les marchés…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça c'est pour les PME et surtout les ETI.

FRANCK RIESTER
Oui, et puis d'avoir des financements adaptés, des financements qui les sécurisent. Quand vous allez vendre à l'étranger, vous êtes inquiet, parce que notamment dans une période troublée comme celle-là, que vous… vous êtes inquiet de ne pas être payé. Donc si vous avez une bonne assurance…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous allez donner plus de moyens à la COFACE ?

FRANCK RIESTER
Alors, ce qui était avant la COFACE, qui est maintenant BPI France, a des outils de plus en plus adaptés, et là on renforce les moyens justement de cette assurance crédit. Et puis ils demandent des fois très concrètement de donner un coup de pouce sur un contrat qui est en cours de signature, mais qui n'est pas signé. Et le fait qu'un ministre se déplace dans un pays ou tout simplement a un échange avec un homologue, ou simplement reçoive un investisseur étranger, permet d'accéder souvent la signature ou la conclusion du contrat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tiens, d'ailleurs, est-ce que l'épidémie, la pandémie vous empêche de faire autant de déplacements que vous le souhaiteriez ?

FRANCK RIESTER
Bien sûr. Bien sûr, puisqu'il y a un nombre important de pays qui ont des quatorzaines ou quarantaines, et donc oui, ça limite évidemment énormément mes déplacements. Priorité à l'Europe, parce qu'il ne faut jamais oublier que les premiers pays, qui sont les pays cibles de nos exportations, sont les pays européens, et donc j'ai toute une série de voyages en Europe de prévus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, l'Europe avec la perspective d'un no deal avec nos amis britanniques à la fin de l'année. D'abord, comment vous jugez l'attitude de Boris JOHNSON et de son ministre de l'Irlande du Nord, qui a dit hier, qui a assumé le fait de ne pas respecter l'accord de sortie de l'Union européenne, l'annonce de lundi ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, c'est très clair qu'à partir du moment où il y a eu un accord de retrait, cet accord doit être satisfait, il doit être respecté…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais ils assument, ils disent : on ne va pas respecter tout le droit international et on assume ça.

FRANCK RIESTER
Oui mais vous savez, quand on veut un accord, quand on veut trouver des compromis, il faut être deux, et donc il y a un partenaire qui est l'Union européenne, et il y a un a un autre partenaire qui est un partenaire britannique. Et donc nous devons faire en sorte que ce partenaire britannique respecte ses engagements, pour qu'on puisse organiser des échanges futurs, prévoir et négocier avec les Britanniques des accords d'avenir. Nous devons nous assurer qu'ils respectent ce qui a été signé, et c'est dans cet état d'esprit que les 27 sont.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Franck RIESTER, est-ce que vous êtes prêts, vous êtes préparés à un échec des négociations avec le Royaume-Uni ? Est-ce que les entreprises françaises doivent craindre le no deal ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, les Britanniques, notamment Boris JOHNSON, est toujours dans une stratégie un peu parfois de bluff, de coups de menton etc. Il faut rester calme là-dessus, mais effectivement il faut se préparer, parce que dans l'éventualité d'un no deal, il faut absolument qu'on se prépare aux conséquences, qui seront difficiles effectivement s'il y a un no deal.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et on est prêt à assumer les queues à la frontière, dans le tunnel sous la Manche, les droits de douane, est-ce que nos douaniers ils sont … ?

FRANCK RIESTER
Alors bien sûr il y a tout un tout un plan d'action, de préparation, de gestion des frontières, de contrôle des produits qui rentrent sur dans l'Union, tout ça est en préparation, on fait le point par exemple avec Clément BEAUNE, régulièrement, qui est le secrétaire d'Etat en charge des Affaires européennes, en lien avec les autres ministres, bien sûr tout ce qui concerne les douanes, tout ce qui concerne la fiscalité et tout ce qui concerne les normes sanitaires et environnementales. Tout ça est en préparation en travail interministériel, et il faut préparer, il faut travailler aussi que les entreprises en termes d'information, j'ai eu l'occasion lors de la rentrée du MEDEF d'échanger avec notamment les chef d'entreprise du MEDEF International, pour bien voir avec eux, et puis du MEDEF, pour voir avec eux comment on peut mieux informer les entreprises des conséquences du no deal.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est demain, c'est dans moins de 4 mois maintenant.

FRANCK RIESTER
Oui, 1er janvier 2021, et je dois dire aussi que même s'il y a un deal, les choses seront différentes Christophe JAKUBYSZYN, il y aura des contrôles, ça ne sera pas aussi fluide que ça ne l'est évidemment dans le marché unique. Donc préparons-nous, nous, nous y travaillons d'arrache-pied au sein du gouvernement et on veut encore davantage échanger avec les chefs d'entreprise pour qu'ils se préparent aussi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il y a un débat qui monte au sein du gouvernement, et sans doute de la majorité dont vous faites partie, c'est celui des contreparties qu'il faudrait demander aux entreprises dans le cadre du plan de relance. Bruno LE MAIRE, a dit ce week-end que, pourquoi pas finalement parler de contrepartie, une partie de la République En Marche aussi a envie de faire des amendements dans le projet de loi de finances qui intégrera le plan de relance pour contraindre les entreprises qui bénéficieraient d'aides, à certaines, je ne sais pas, s'engager sur l'emploi. Est-ce que c'est une bonne idée ? Est-ce qu'il ne faut pas tout simplement laisser les entreprises faire leur boulot ?

FRANCK RIESTER
Ma conviction c'est que pour que les entreprises se développent, pour qu'elles se projettent vers l'avenir, il faut leur donner le maximum de libertés. Ça j'en suis absolument convaincu, et leur envoyer un message de confiance, et franchement, ce plan de relance est d'abord et avant tout un message de confiance aux acteurs économiques, aux entreprises et à leurs salariés, et donc nous devons continuer sur cette ligne-là. Pourquoi on ne veut pas modifier la fiscalité…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc imposer une contrepartie ça serait un signe de…

FRANCK RIESTER
Mais attendez, c'est très important Christophe JAKUBYSZYN, pourquoi on veut continuer à maintenir la baisse de la fiscalité sur le capital ? Pourquoi on veut maintenir l'assouplissement du marché du travail avec les ordonnances. Pénicaud ? Pourquoi on veut continuer d'investir massivement dans l'information et dans la recherche développement ? C'est parce qu'on est convaincu, même si ce n'est pas toujours populaire, que c'est essentiel pour l'économie, et essentiel pour les entreprises. Alors maintenant on est dans un monde où on doit aussi avoir des engagements. On ne peut pas se comporter en tant que chef d'entreprise ou en tant qu'entreprise, comme on se comportait peut-être il y a quelques années. Nous devons avoir davantage…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ils sont responsables les chefs d'entreprise.

FRANCK RIESTER
Oui, mais je ne dis pas l'inverse, mais cette responsabilité elle se traduit par un engagement, par exemple là très clairement de garder ses salariés. On a mis en place des dispositifs d'assurance chômage, de chômage partiel, qui permettent de maintenir les équipes dans les entreprises. Et donc on appelle les chefs d'entreprise à faire le choix de maintenir les salariés en priorité. Parfois ça n'est pas possible, par nécessité…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, il y a un certain nombre de suppressions d'emplois depuis le début de l'année, vous le savez.

FRANCK RIESTER
Oui, des fois il y a nécessité de restructurer l'outil industriel, l'outil économique, mais avec une priorité quand même de maintenir dans les choix, de maintenir les équipes et donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
S'il y a des amendements pour contraindre, vous ne les voterez pas.

FRANCK RIESTER
S'il y a des amendements qui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
AGIR ne les votera pas.

FRANCK RIESTER
D'abord, s'il y a des amendements, il faut y réfléchir, regarder d'une façon très concrète ce que seront ces amendements, mais la philosophie générale c'est : faisons confiance aux entreprises, assouplissons-leur les contraintes, ne leur rajoutons pas des contraintes, ça ne peut fonctionner que si le retour des chefs d'entreprise, le retour des entreprises, c'est de faire attention en matière de développement durable, en matière de respect des engagements d'emploi, c'est ça qui est important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça s'appelle peut-être tout simplement la confiance, il n'y a pas forcément besoin d'amendements. Merci Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ministre délégué en charge du Commerce extérieur et de l'Attractivité, d'avoir été notre invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 septembre 2020