Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à RMC le 31 août 2020, sur la perturbation du trafic TGV entre Dax et Bordeaux le 30 et le port du masque dans les transports en commun.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Tout de suite notre invité, c'est Jean-Baptiste DJEBBARI. Merci d'être avec nous. Vous êtes le Ministre délégué aux Transports. Vous répondrez d'ailleurs aux questions de tous ceux qui nous écoutent à 8 heures 10, vous pourrez interroger directement le ministre des Transports. Vos questions bien sûr au 32 16, ce sera face aux auditeurs. Mais tout de suite cette question : plus de 2 500 voyageurs véritablement, des naufragés cette nuit dans les TGV du Sud-Ouest, certains y sont encore à l'heure où on se parle. Ils ont passé la nuit dans des TGV bloqués. Qu'est-ce qui s'est passé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous. Donc Ministre aussi des avaries en TGV, ça arrive. Effectivement c'est un peu la loi des séries parce qu'hier, vous avez eu un premier train qui s'est engagé et qui a eu un problème électrique, pour le dire simplement, autour de Dax. Nous avons utilisé la voie de secours et un deuxième train a eu un autre problème sur la voie de secours, ce qui a effectivement entraîné la situation que vous dites, avec des passagers qui ont dû être amenés à Hendaye puis acheminés via Bordeaux. Et puis la SNCF qui a évidemment réagi pour essayer de rendre les conditions de transport les plus efficaces et les plus confortables possibles en distribuant évidemment de l'eau, des plateaux repas, en distribuant 4 000 masques aussi pour pouvoir évidemment assurer la sécurité sanitaire, et qui remboursera à titre exceptionnel les billets à hauteur de 300% de leur prix. C'est donc ce que je voulais dire ce matin aussi parce que ça compte en ces moments compliqués.

APOLLINE DE MALHERBE
300% du prix des billets. C'est-à-dire qu'au fond vous allez donner des billets gratuits. Enfin, ce sera un avoir ? Ce sera carrément des sous directement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce sera un remboursement effectivement à valoir sur l'achat de billets SNCF. La SNCF communiquera plus précisément dessus. J'ai vécu cette histoire il y a quelques années en étant bloqué toute la nuit dans un train. C'est particulièrement désagréable et, par ailleurs, on est dans des circonstances que vous connaissez de rentrée, avec peut-être parfois aussi un peu de stress supplémentaire à l'idée de ne pas arriver à l'heure au travail ou d'être avec ses enfants bloqués pendant une nuit dans des conditions compliquées, donc il fallait être à la hauteur de l'inconfort d'une situation comme ça.

APOLLINE DE MALHERBE
300% donc de remboursement du prix des billets. Peu d'information, c'est ce qui ressort visiblement de ce qu'ont vécu tous ces naufragés des TGV. Peu d'information, pas de bouteilles d'eau, coincés et évidemment dans des conditions, vous évoquiez la rentrée : des trains bondés et dans le cadre du coronavirus. On se dit que c'est quand même assez lunaire d'imaginer que, d'un côté, on nous dit qu'il faut être extrêmement prudent, garder ses distances de sécurité et les gestes barrières et, en même temps, on a là 2 500 passagers qui sont enfermés dans des trains, sans ouverture, les uns sur les autres.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parfois les trains ont été à quai. Evidemment de l'eau a été distribuée. Vous savez qu'il y a de l'eau en général en surabondance dans les trains. Donc de l'eau a été distribuée, des paniers repas ont été distribués, des masques, je l'ai dit, notamment pour rafraîchir les masques. 4 000 masques ont été distribués et, évidemment, la situation est particulière parce que nous sommes dans ce contexte de circulation du virus et notamment dans les transports depuis le 11 mai, d'un cadre très protecteur. Mais oui, ce ne sont jamais des moments qui sont faciles à vivre dans le contexte particulier, d'où l'action exceptionnelle de la SNCF notamment s'agissant du remboursement.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc remboursement à 300%. Encore un mot là-dessus pour savoir ce qu'il en sera de la suite. Est-ce que le trafic va reprendre ? A quel moment ? Ceux qui sont encore bloqués à Bayonne vont-ils pouvoir rentrer à Paris ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Tout le monde va être évidemment acheminé aux frais de la SNCF et la SNCF a déjà commencé, nous l'avons dit, à rapatrier des passagers via Bordeaux. Les voies, en l'état des connaissances aujourd'hui, pourraient rouvrir mardi matin mais les travaux qui sont à faire sont assez conséquents. On a plus de 60 kilomètres de voies principales qui ont été endommagées au niveau des caténaires donc nous allons regarder tout ça très lucidement ce matin. A priori effectivement, le trafic sera perturbé jusqu'à mardi matin.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'on connaît quand même… C'est un incident technique, humain ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un incident technique, matériel, qui a effectivement endommagé la caténaire, qui nécessitera des travaux assez lourds puisque vous savez qu'évidemment ce sont des caténaires qui supportent de très hauts voltages.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, la raison aussi pour laquelle on voulait vous entendre ce matin, c'est que bien sûr c'est la rentrée. Rentrée des classes demain, rentrée au travail très massivement à partir d'aujourd'hui, et les Français sont plutôt inquiets à l'idée de devoir reprendre les transports en commun dans ce contexte évidemment. 74%, c'est un sondage Elabe pour BFM TV, 74% des Français qui se disent inquiets à l'idée de reprendre les transports en commun. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Est-ce que vous les comprenez ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors peut-être donner quelques chiffres sur l'été. C'est intéressant parce que les Français ont voyagé cet été, beaucoup en France, beaucoup et souvent à la dernière minute et on a environ 15% de moins, de fréquentation en moins par rapport à l'année dernière, mais c'est quand même sur le train 20 millions de voyageurs qui ont pris le train cet été. C'est à peu près pareil sur la route et c'est moins sur l'avion. On a environ là pour le coup 25% des passagers quand on compare le mois de juillet 2020 au mois de juillet 2019. Donc les Français ont voyagé. Mais c'est vrai que ce chiffre de 15%, ça correspond assez aux personnes qui nous disent être très anxieuses à l'idée de reprendre les transports en commun à trois mois, à six mois, à un an. Donc ça, ça sera évidemment un sujet pour nous en lien avec les collectivités parce que vous savez que les transports en commun sont très largement financés, subventionnées, donc il faudra regarder ça de près. En attendant notre mission, si je puis dire, c'était de construire un environnement sanitaire contrôlé depuis le 11 mai. Nous l'avons fait avec le port du masque, nous l'avons fait évidemment avec la distribution du gel. Nous avons beaucoup progressé sur le nettoyage, la désinfection des rames, des bus, des cars. J'étais encore dans une entreprise vendredi de cars scolaires et je crois que ça donne confiance, notamment pour les usagers. Et puis nous avons beaucoup travaillé sur les flux de croisement dans les gares, de manière à éviter de se croiser tant que faire se peut entre les arrivées et les départs.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous avez changé les horaires de trains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça veut dire qu'on a un peu changé les horaires de train, qu'on a affiché les quais plus longtemps à l'avance, plutôt plus d'une demi-heure par rapport à moins de 20 minutes précédemment, et que ça a évité au flux de se constituer, aux queues de se constituer, et donc évidemment ça amenuise le risque sanitaire d'autant.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, hier François HOLLANDE s'est dit favorable à une distribution gratuite des masques à l'école et, au fond, on se demande pourquoi pas dans les transports, c'est-à-dire pourquoi pas dans le métro ? Quand on regarde aujourd'hui le coût du ticket de métro, il est augmenté du coût du masque puisque chacun aujourd'hui doit se prémunir quand il arrive dans le métro ou dans les transports en commun, partout d'ailleurs en France, non seulement d'un ticket, d'un titre de transport mais également d'un masque. Est-ce que ça ne devrait pas à un moment être pris en compte ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord François HOLLANDE a fait autant de préconisations que de mesures qu'il n'a pas mises en œuvre quand il était président de la République. C'est toujours gênant mais j'ai l'impression que c'est à peu près sa méthode.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, c'est de bonne guerre politique, mais enfin sur le fond franchement, c'est quand même un coût pour les Français.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais sur la justice, sur la sécurité, il préconisait stricto sensu ce qu'il n'avait pas fait, voire ce qu'il avait défait, donc c'est un sujet. Sur les transports en commun, nous avons très rapidement, dès le 11 mai, souhaité, l'Etat en lien avec les collectivités, distribuer des masques. C'est dix millions de masques qui ont été distribués, cinq millions en région parisienne, cinq millions partout dans les territoires en province pour justement accompagner ce mouvement de don du masque quand les personnes n'en étaient pas équipées et très peu de personnes n'en étaient pas équipées. 95% des personnes se présentaient équipées du masque de façon systématique. Il y a toujours eu une très forte adhésion au masque. Et par ailleurs, vous le savez, il y a une politique sociale du masque pour les plus précaires, pour les plus vulnérables.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça suffit ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est cent millions de masques qui vont être distribués, qui vont viser notamment à équiper les 9 millions de Français les plus précaires et je crois qu'il est satisfaisant d'avoir eu à la fois pour accompagner à compter du 11 mai un premier mouvement, notamment s'agissant des transports, et puis très largement une politique à destination de ceux qui sont les plus fragiles dans notre pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, est-ce qu'à partir d'aujourd'hui l'offre des transports est véritablement de 100% partout ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, pas de 100% partout notamment parce que la fréquentation dans certains services du territoire a été un peu diminuée. Nous avons par exemple 100% de l'offre à Paris mais 60% de la fréquentation aujourd'hui sur le réseau de la RATP. Ça va sensiblement augmenter avec le phénomène de rentrée.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous pensez que ce sera encore le cas aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous prévoyez ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Aujourd'hui, on prévoit à peu près 70% de la fréquentation, peut-être un peu en augmentation demain avec le scolaire et puis peut-être un peu au fi de la semaine.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc d'ici la fin de la semaine, on aura atteint quasiment 100% de fréquentation d'après vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, je ne crois pas. Plutôt effectivement autour de 80, 85%, peut-être d'ailleurs de façon plus progressive. On va regarder tout ça, il y a une part d'incertitude qui est quand même assez forte sur le transport public parisien mais, effectivement, nous avons dû, notamment pendant l'été, parfois adapter l'offre tout en essayant d'avoir toujours une offre très largement supérieure à la demande, de manière évidemment à avoir plus d'espace notamment pendant les heures de pointe parce que vous savez que ça fonctionne comme ça en pointe.

APOLLINE DE MALHERBE
Et sur toutes ces questions-là, n'hésitez pas à nous appeler au 32 16, notamment sur cette politique du un siège sur deux qui a visiblement été levée à la RATP, même si les autocollants sont toujours là dans le métro et dans les bus. Qu'en est-il ? Est-ce qu'il faut respecter des distances de sécurité et comment faire si tout simplement l'espace ne le permet pas ? Toutes ces questions évidemment au 32 16, vous pourrez interroger directement Jean-Baptiste DJEBBARI à 8 heures 10. Question également sur cette grève, Jean-Baptiste DJEBBARI, grève SNCF prévue le 17 septembre par la CGT Cheminots, également par la RATP qui a déposé un préavis de grève. Donc ce serait pour le 17 et le 18 septembre prochains. Est-ce que vous comprenez cette grève ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ecoutez, moi je dis deux choses ou trois choses. D'abord je dis que c'est leur liberté constitutionnelle de vouloir protester contre ce qu'ils protestent et que c'est absolument effectivement leur responsabilité. Je trouve que c'est étonnant, dans un moment où on n'a jamais autant investi dans le ferroviaire depuis 2017 : 3 milliards par an investis dans le réseau et singulièrement à l'occasion du plan de relance, puisque vous savez que nous aurons un plan de relance de plusieurs milliards pour soutenir le ferroviaire. Et donc je dis très concrètement que c'est assez difficilement compréhensible et assez désolant de ne pas avoir, dans ce moment particulier, l'engagement et l'adhésion de chacun, sachant que le ferroviaire sera un des grands bénéficiaires du plan de relance.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous les appelez à lever ce préavis ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je n'appelle personne à lever rien du tout parce que ce sont de grandes personnes, responsables, qui par ailleurs depuis longtemps défendent des positions qui sont assez, vous l'avez compris, orthogonales aux miennes. Mais je constate que dans le moment particulier que nous vivons, sur des secteurs en plus qui sont assez protégés - je rappelle que par exemple 110 000 cheminots ont bénéficié du chômage partiel - je trouve dommage que nous n'ayons pas un moment de cohésion et d'engagement collectif sur ce sujet.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI. Vous restez avec nous puisque vous répondrez directement aux questions de tous ceux qui nous écoutent. Ce sera à 8 heures 10 sur RMC et RMC Découverte, vos questions bien sûr au 32 16.


source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2020