Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à France Info le 7 septembre 2020, sur le port du masque dans les transports en commun et le plan de relance de l'économie.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

MARC FAUVELLE
Bienvenue sur France Info. Le port du masque dans les transports en commun est-il globalement bien respecté en France ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, depuis le 11 mai, à 95%, dès le 11 mai, les Français l'ont porté, et ça ne s'est pas tari depuis, en tout cas, pas démenti depuis, pendant les grandes vacances, il y a eu, vous le savez, 20 millions de voyageurs sur les trains longue distance, les TGV, et je crois que nous avons su créer un environnement contrôlé sur le plan sanitaire avec le port du masque, évidemment, avec le gel en gares, mais aussi, nous avons beaucoup travaillé pour afficher les quais en avance, pour éviter que les flux se croisent, donc je crois que l'ensemble de ces mesures, et évidemment le masque comme pierre angulaire de ce système de protection est très bien respecté, et permet d'apporter une protection aux Français.

MARC FAUVELLE
95% le portent, si je calcule bien, ça fait 5% qui ne le portent pas, si mon voisin dans le bus, le métro, le tramway, ne le porte pas, comment est-ce que je dois réagir ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, vous savez qu'au tout départ, nous avons mis des forces de sécurité pour justement filtrer ceux qui refusaient de le porter ou qui n'en étaient pas dotés, nous avions d'ailleurs distribué à l'époque 10 millions de masques, et il y a un très fort contrôle social aussi, on peut le dire comme ça, les gens s'attendent…

MARC FAUVELLE
C'est aux citoyens de se contrôler entre eux, de le faire remarquer ou pas…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, je dis juste que ça existe aussi, quand vous voyez 10 personnes autour de vous qui portent le masque, vous vous sentez peut-être plus en capacité ou en obligation de le porter, et donc, je dis que ça marche plutôt bien, et que, par ailleurs, nous avons distribué des masques, ça reste aujourd'hui, tant qu'on n'a pas de vaccin, tant que le virus circule, tant que nous n'avons pas du traitement, ça restera un élément particulièrement important de protection, et donc moi, je me réjouis qu'il y ait aussi un élan citoyen et d'adhésion pour cette mesure particulière.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste DJEBBARI, combien d'amendes pour non-port du masque ont été dressées jusqu'à présent ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, alors j'avais le chiffre sur le premier mois, entre le 11 mai et le 12 juin, c'était environ 2.000… c'était 14 000 PV dressés, et c'était 2 000 reconduites hors des systèmes de transport pour des gens qui refusaient de porter le masque, donc en dépit du fait que nous leur proposions, les services de transport, les élus et les régions, que nous leur proposions un masque, ils refusaient, donc c'était un volume finalement très marginal par rapport aux centaines de milliers de personnes qui fréquentent les gares chaque jour, mais donc c'est ça, c'est quelques dizaines de milliers de PV sur l'ensemble de la période, France entière.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors le port du masque, il sera obligatoire jusqu'à quand, est-ce qu'on le sait, est-ce qu'on a une date ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc d'abord, vous avez vu que chaque semaine, quasiment, nous tenons un conseil de défense au cours duquel nous refaisons l'état de l'art sur les connaissances scientifiques, sur évidemment ce que font nos voisins, les Allemands, les Italiens, avec lesquels je m'entretiens évidemment très fréquemment, et tant que le virus circule, et c'est le cas en ce moment, avec plusieurs milliers de cas nouveaux chaque jour, tant que le virus circule, tant que nous n'avons pas évidemment a fortiori de vaccin…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous n'avez pas de visibilité ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, disons que ça marche bien, les Français ont confiance, ça semble porter ses fruits sur le plan sanitaire, donc tant que nous n'avons pas, à la fois de vaccin, et surtout, tant que le virus circule, notamment dans les zones rouges, et vous savez que nous avons beaucoup de zones rouges actuellement, le port du masque reste un élément essentiel de la politique de protection sanitaire en France.

MARC FAUVELLE
Pourquoi au cinéma, dans les zones rouges, on laisse des fauteuils vides, mais pas dans un métro ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce que vous savez que, d'abord, il y a une dimension essentielle à l'activité économique, les transports ne se sont jamais arrêtés, par exemple, jamais, il y avait une fréquentation qui était réduite évidement, du fait du faible nombre d'activités qui était alors en cours, mais les transports ne se sont jamais arrêtés, et nous avons toujours veillé à ce qu'il y ait plus de transports, plus d'offres que de personnes dans les véhicules, dans les wagons, dans les trains, dans les bus, et nous avions recommandé qu'il y ait un siège sur deux qui soit à ce moment-là…

MARC FAUVELLE
Ce qui n'est plus d'actualité…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce que, d'abord, les transports, principe de réalité, vous avez des pointes le matin, des pointes le soir, et donc forcément, des moments où il y a de l'afflux…

MARC FAUVELLE
Donc dans un monde idéal où on respecterait parfaitement les règles sanitaires, il faudrait continuer à le faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais, dans un monde idéal, si vous voulez que les gens ne se croisent jamais, les gens restent chez eux…

MARC FAUVELLE
Des cinémas vides dans un monde idéal, mais pas les transports…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le monde qui n'est pas idéal aujourd'hui, dans lequel le virus circule, consiste à essayer de vivre avec le virus, alors c'est vrai pour les transports, c'est vrai pour l'événementiel, pour la culture…

SALHIA BRAKHLIA
Alors, pourquoi on accepte dans les transports que les gens s'agglutinent et pas dans les théâtres, dans les cinémas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais pas s'agglutinent, c'est-à-dire que dans les transports…

SALHIA BRAKHLIA
C'est le cas ! Vous les prenez ou pas les transports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous avons fait en sorte d'avoir un continuum, c'est-à-dire d'avoir le masque, les gels, je vous le disais tout à l'heure, éviter les croisements des flux. J'étais hier soir à Brive, pour un match de rugby, il y avait 9 000 personnes sur les 14 000 places du stade, tout le monde portait le masque, les gens étaient à côté les uns des autres, tout le monde portait le masque, il y avait vraiment du gel qui était disponible. Je le dis parce que c'est une obligation aussi peut-être, ou en tout cas, une volonté d'apprendre à vivre, à revivre aussi, et d'avoir une vie sociale, d'aller assister à des événements culturels et sportifs en sécurit, et là encore, une fois de plus, le port du masque est essentiel.

MARC FAUVELLE
En voiture, à plusieurs, on porte le masque ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En voiture, à plusieurs, alors il y a d'abord ce qui est du règlement, vous prenez un taxi, oui, vous portez le masque, en voiture à plusieurs, mais en général, les gens ne portent pas le masque parce qu'ils se connaissent, parce qu'ils sont en famille…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il faudrait le faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ecoutez, nous avons essayé de poser un cadre qui soit aussi pratique, qui respecte ce que font réellement les gens dans la vraie vie, et donc dans la vraie vie, quand vous prenez un taxi, que vous prenez un VTC, vous portez le masque, parce qu'il y a du brassage de la clientèle…

MARC FAUVELLE
Vous comprenez qu'on puisse avoir du mal à comprendre pourquoi un scooter au feu rouge porte un masque et la voiture à côté à 4 personnes dedans ne les portent pas…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, en moyenne, les gens sont seuls ou quasiment seuls dans leur voiture, en moyenne, je crois qu'il y a 1,1 personne par voiture, donc vous voyez qu'en moyenne, les gens sont seuls. Par ailleurs, en général, ils voyagent ou se déplacent avec des gens qu'ils connaissent, souvent leur famille…

MARC FAUVELLE
Ça peut être aussi des collègues de bureau pour ne pas prendre les transports justement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais ce qu'on observe, d'ailleurs, c'est intéressant, il y a plutôt, quand je regardais les chiffres ce matin avant de venir chez vous, on a aujourd'hui 66% de la fréquentation dans les transports en commun, donc vous voyez…

MARC FAUVELLE
Qui est revenue…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui est revenue.

MARC FAUVELLE
Donc les deux tiers en gros, mais d'avant Covid…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On a quasiment plus de 90% de l'activité aujourd'hui économique, 66% des personnes qui reviennent, ça traduit aussi forcément une forme d'anxiété, en revanche, on a 96% du trafic routier qui est revenu, ça traduit certainement le fait que dans votre voiture, vous êtes en général seul, malheureusement, parce qu'on aimerait qu'il y ait plus de gens qui voyagent ensemble, mais vous êtes en général seul, et donc, vous vous sentez peut-être plus protégé encore dans la voiture, je le dis parce que ça participent peut-être en ce moment dans la reprise de l'activité économique avec chacun qui trouve, finalement, le bon moyen de se protéger.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste DJEBBARI, depuis l'obligation du port du masque dans les transports, on recense de nombreux cas d'agressions, notamment sur les conducteurs de bus, est-ce que vous avez des chiffres précis qui regroupent tous les incidents à nous communiquer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, on a eu les chiffres précis, et on a même tenu un conseil commun avec Gérald DARMANIN au cœur de l'été, on a reçu tous les transporteurs, c'était suite évidemment à un certain nombre d'événements, notamment l'événement tragique de Bayonne, tout le monde s'en souvient, et nous avons fait en sorte de poser des actes concrets avec parfois du recours à de la sécurité privée, pour vraiment faire en sorte que l'activité reparte, et que les salariés se sentent en sécurité, à Bayonne, nous nous y sommes rendus, et c'est vrai qu'il y avait beaucoup d'émotion, la sécurité, évidemment, le recours à la vidéosurveillance, et puis, souvent, des choses qu'on ne fait pas encore assez bien, c'est-à-dire de mettre les bonnes forces de sécurité là où il y a des points de blocage, là où on sait que, particulièrement des zones sont fragiles ou donnent lieu à des violences, des incivilités…

SALHIA BRAKHLIA
Et donc les chiffres ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas les chiffres en tête, en tout cas, ce que je sais, c'est que si les violences aux biens diminuent en France, les violences aux personnes sont en augmentation, ont été en augmentation en 2017…

SALHIA BRAKHLIA
Vous parlez d'ensauvagement dans les transports publics ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, moi, je parle de violences, vous savez, je crois que la personne qui est agressée, qui est victime, elle ne se dit pas : j'ai été agressée par un violent, un délinquant, un criminel, un sauvage, elle se dit…

SALHIA BRAKHLIA
Parce qu'ensauvagement, c'est le terme utilisé par le ministre de l'Intérieur, est-ce que vous aussi, vous le reprenez ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'y reviens… Simplement, d'abord, il y a les termes et il y a les faits, les fait, je crois que la personne ne se demande pas effectivement si elle a été agressée par un sauvage ou par quelqu'un de violent, la personne qui a été agressée, elle veut que ça ne se reproduise plus, elle veut se sentir en sécurité partout en France, et notamment dans les transports, le terme ensauvagement, vous savez, il y a un sondage aujourd'hui, et 70% des Français disent comprendre ce terme quand il désigne l'augmentation des violences et de la délinquance, comprendre ce terme…

MARC FAUVELLE
Vous faites partie de ces 70%-là ?

MARC FAUVELLE
Non, mais je dis que je comprends les Français qui sentent, et je veux dire, objectivement, il y a une augmentation depuis 2 ans, mais probablement depuis plus longtemps, des violences aux personnes, c'est factuel en France, et je crois que Gérald DARMANIN avec qui d'ailleurs j'ai échangé ce matin…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous, vous ne reprenez pas le terme d'ensauvagement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je reprends les faits, et c'est vrai que, factuellement, ça augmente, et donc quand une réalité se détériore, en l'occurrence, la montée des violences, actes de délinquance, elle doit être, cette réalité, en tout cas, ces éléments combattus, et, oui, l'autorité doit être respectée en tous lieux de la République, et oui, les violences doivent être combattues parce qu'elles délitent, elles fragilisent notre pacte social à tous.

MARC FAUVELLE
Beaucoup de questions à vous poser encore Jean-Baptiste DJEBBARI, qui concernent le quotidien des Français, que ce soit le train, les avions, les transports du quotidien, justement mais d'abord le fil info à 08h41 avec Mélanie DELAUNAY.

///

Un mot encore, puisqu'on parlait des conducteurs de bus, de tramways de trains agressés cet été, Jean-Baptiste DJEBBARI, c'est à eux de faire respecter la loi sur le port du masque ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais non, ça s'est vu à Bayonne, moi, quand j'y suis allé, j'ai discuté avec eux, et eux me disaient, en fait, depuis 20, 30 ans, ceux qui faisaient respecter la loi dans le bus, c'était nous, sauf qu'ils s'aperçoivent qu'ils sont un peu au bout de ce modèle, et donc, ils ont demandé à ce que le cadre évolue, et d'ailleurs, il y a souvent…

MARC FAUVELLE
Je vous pose la question différemment, un passager qui refuse de mettre un masque dans un bus, il peut monter sans que le conducteur ne lui dise : vous descendez immédiatement, Monsieur, Madame ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce qu'on a prévu, c'est que le conducteur peut refuser que le passager monte, mais ce n'est évidemment pas à lui de s'assurer que la personne sort, en pratique, c'est souvent ce qui a été fait, ce qui a été pratiqué, pas forcément pour le port du masque, mais pour un ticket qui n'était pas oblitéré…

SALHIA BRAKHLIA
Là, il y a une consigne qui a été donnée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc nous, ce que nous essayons de faire, c'est que nous travaillons d'abord avec les opérateurs de sûreté des transporteurs c'est quand même eux qui s'occupent de ça. Quand on voit…

MARC FAUVELLE
C'est comme un commandant de bord d'un avion, il peut dire : je ne démarre pas mon bus, si tout le monde n'est pas masqué…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a ça, il y a des boutons d'alerte dans les bus, il peut évidemment contacter les services de police, les services de police connaissent les lieux qui sont parfois plus sensibles, où vous avez des gens qui tentent de monter sans billet ou sans masque ; donc vous voyez, c'est tout ça qu'il faut travailler, donc c'est ça que nous avons mis en œuvre avec l'ensemble des opérateurs, et je dois dire que les choses dans la très grande majorité des cas, on le disait, se passent très bien, 95% des Français portent le masque, il n'en reste pas moins qu'il y a effectivement des actes tout à fait intolérables et qui doivent être combattus par toutes les mesures que j'ai pu citer précédemment.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste DJEBBARI, Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, annonce ce matin que les chiffres de la délinquance seront dévoilés tous les mois à partir d'octobre, dont les chiffres de la délinquance dans les transports publics. Est-ce que vous trouvez que c'est la bonne méthode ou alors, ça va être la course à la com', la course aux chiffres ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais non, mais la course à la com', c'est la course sémantique, et ça vient… ça finit par Marine LE PEN qui parle de barbarie, ça, c'est la course sémantique.

MARC FAUVELLE
Et ensauvagement, ce n'est pas de la sémantique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais moi, je pense qu'il faut revenir aux faits, vous savez, en politique, c'est quand même l'art d'appréhender le réel, et donc les faits, qu'on ait des chiffres chaque mois qui disent exactement combien on a eu de vols, d'agressions aux personnes dans les transports publics, et dans la vie, en général, je trouve que ça permet d'apaiser justement la course à l'échalote sémantique, au moins les gens savent de quoi on parle. Et on essaye en face de poser des actes de politique publique pour réduire cette délinquance réelle.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf si les chiffres ne cessent d'augmenter…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais au moins, on le saura. Vous voyez, ça évite de toujours être dans une escalade verbale entre les opposants politiques, qui, je crois, pour le coup, cette escalade verbale ne sert pas les Français, ça ne suscite qu'une forme d'hystérie dans notre société collective…

MARC FAUVELLE
Le plan de relance, Jean-Baptiste DJEBBARI, sur les 100 milliards d'euros débloqués par le gouvernement, un peu plus de 4,5 milliards vont servir au ferroviaire. Est-ce qu'ils peuvent servir à éponger les dettes de la SNCF à cause de la crise sanitaire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce n'est pas le principe, d'abord, 11 milliards et demi pour les transports, c'est important, et c'était nécessaire, avec évidemment l'ensemble des secteurs qui sont bénéficiaires, la conversion des véhicules, enfin, bref, tout ce que vous savez déjà, et effectivement, quasiment 5 milliards pour le mode ferroviaire…

MARC FAUVELLE
Donc dans les caisses de la SNCF.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc dans les caisses de la SNCF, pour faire les investissements.

MARC FAUVELLE
Ça tombe bien, la SNCF a un trou à peu près du même montant à combler à cause du manque de passagers depuis le printemps…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça tombe bien, avant qu'on arrive, il y avait un trou qui s'appelait 46 milliards, en tout cas, qui faisait 46 milliards d'euros, et nous sommes le gouvernement qui, depuis 2017, a repris 35 milliards de dette à la SNCF, donc je pense qu'en la matière, nous savons où nous nous trouvons. Nous voulons accélérer les investissements dans le ferroviaire pour continuer à régénérer le réseau, vous savez que le réseau est vétuste, en France, quand on le compare notamment aux Allemands, nous, il a en moyenne 30 ans d'âge, certaines petites lignes ont plus de 80 ans d'âge, en moyenne en Allemagne, c'est 17 ans, donc on a aujourd'hui un travail immense qui a commencé en 2017, pour régénérer le réseau. Et donc nous allons encore accélérer, et puis, nous avons des nouvelles priorités politiques, que j'avais proposées au président de la République, qui en avait parlé le 14 juillet dernier, sur les petites lignes ferroviaires, le réseau secondaire, vous savez qui a beaucoup fait débat à un moment sur le fret ferroviaire pour lui redonner un peu de vigueur et sur évidemment les trains de nuit.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire qu'il n'y aura plus de fermetures de lignes jusqu'à la fin du quinquennat ou de fermeture de gares ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça veut dire que depuis le 20 février dernier, ça n'a pas commencé avant… enfin, ça a commencé avant le Covid évidemment, avant le plan de relance, j'avais proposé un pacte aux régions et 2 l'ont déjà signé pour sauver les 9.000 kilomètres de petites lignes ferroviaires, 2 régions l'ont signé le 20 février dernier, Grand Est et Centre-Val de Loire. L'idée, c'est vraiment de signer le maximum, là, de contrats avec les régions pour offrir un avenir très clair…

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas tout à fait répondu à ma question, il n'y aura pas de fermetures de lignes ou de gares ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, je réponds, tous ceux qui veulent signer des contrats sont les bienvenus, et la signature du contrat permet d'assurer, de sauvegarder ces lignes dans, je crois, un équilibre entre l'Etat et les régions sur le plan des responsabilités.

SALHIA BRAKHLIA
La nouveauté avec ce plan de relance, c'est la reprise des trains de nuit, drôle d'idée, alors qu'on sait que justement, ça a été arrêté parce que ce n'était pas rentable.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, je dois vous dire que j'avais eu une discussion, il y a 2 mois peut-être avec le président de la République qui était très en faveur de la reprise des trains de nuit, probablement parce qu'il avait des souvenirs de jeunesse, donc nous avions parlé…

MARC FAUVELLE
Je crois qu'on a tous des souvenirs de jeunesse dans les trains de nuit, mais on en parlera une autre fois…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais en fait, voilà, c'est incroyablement populaire d'ailleurs cette mesure, et nous avons regardé ce qu'au fond notamment les Autrichiens, ils ont 28 lignes de trains de nuit, nous, plus que 2, et nous avons regardé aussi si ça correspondait à un modèle économique, et il se trouve que des jeunes ont envie de prendre les trains de nuit, mais pas que des jeunes, des gens qui ont envie de voyager un peu différemment, de reprendre le temps, et donc il y a un modèle économique, nous avons 2 lignes qui vont évidemment continuer à circuler…

SALHIA BRAKHLIA
Qui existent déjà…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Voilà, nous allons rouvrir la ligne entre Paris et Nice qui s'est arrêtée, il y a un peu plus de 3 ans, et puis, la ligne entre Paris-Tarbes et Hendaye…

MARC FAUVELLE
Et tant pis si elles perdent de l'argent ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais elles ne perdront pas de l'argent, j'en suis convaincu, parce que quand vous regardez les taux de remplissage, ce sont des trains qui sont remplis à plus de 70%, ce qui permet déjà d'avoir de l'espoir sur le plan du modèle économique, et par ailleurs, encore une fois, toutes les études que nous avons faites nous montrent qu'il y a un marché de jeunes, des petits prix, disons-le comme ça, et puis, des gens qui ont envie de voyager différemment, peut-être vous…

SALHIA BRAKHLIA
C'est vrai qu'il y aura des wagons uniquement pour les femmes dans ces trains de nuit ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, je n'ai pas cette information-là, si elle existe…

SALHIA BRAKHLIA
Je pose la question, c'est pour ça, au ministre. Vous l'envisagez ou pas, comme ce sont des trains de nuit ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je sais qu'il y avait des demandes qui avaient été faites, mais en l'état, j'aurais un peu du mal à vous répondre. Donc je préfère ne pas dire de bêtise.

MARC FAUVELLE
Quelques mots également sur la ligne Lyon-Turin dont le nouveau maire écologiste de Lyon, Grégory DOUCET, ne veut pas, il demande qu'on arrête les travaux, vous êtes d'accord avec lui ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais je pense que Grégory DOUCET a une vision assez particulière de ce qu'on appelle le report modal, c'est-à-dire de mettre les trains de marchandises, finalement, des containers sur les trains de marchandises, et il est en train de nous dire que, alors que c'est l'ambition écologique du gouvernement d'ouvrir une grande ligne ferroviaire pour passer des marchandises entre la France et l'Italie, alors que seulement 8% de ces marchandises passent par le mode ferroviaire, je pense là qu'il y a une forme de contradiction, de la même façon que monsieur DOUCET ne veut pas implanter un centre de recherche pour la santé à Lyon, vous voyez, c'est des conceptions comme ça sur l'activité économique, sur les modes de transports, qui, parfois, rentrent en contradiction avec ce qu'il semble défendre.

MARC FAUVELLE
Techniquement, on peut encore les arrêter les travaux du Lyon-Turin ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, techniquement, ils ont commencé, vous savez que les tunnels sont creusés, moi, j'étais allé…

SALHIA BRAKHLIA
Depuis 2016…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr, faire l'inauguration du tunnel de base, et donc le gouvernement français s'est engagé sur le projet, le gouvernement italien qui à un moment avait été un peu hésitant pour le dire comme ça, a confirmé le projet, donc nous travaillons, et ce projet continue, c'est plus qu'un projet d'ailleurs, ce sont des travaux qui sont en cours actuellement.

SALHIA BRAKHLIA
La CGT Cheminots qui appelle à faire grève le 17 septembre prochain, c'est le bon moment ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, j'irai débattre avec eux, en tout cas, enregistrer le débat pour la fête de l'Huma tout à l'heure, avec la CGT, notamment cheminots, son leader Laurent BRUN, donc j'aurai l'occasion de débattre en détail de tout ça. Non, mo, j'ai du mal à comprendre très honnêtement cette grève, alors elle se raccroche au mouvement confédéral, mais c'est un peu, j'ai l'impression, une grève par habitude, si je le dis comme ça, et c'est dommage parce que je crois qu'en ce moment, dans un moment quand même compliqué pour la France, singulièrement compliqué pour les transports publics, et notamment le mode ferroviaire, dans un moment où le gouvernement fait confiance au groupe SNCF, évidemment à ses cheminots pour investir plus que jamais dans le mode ferroviaire, j'aurais espéré qu'il y ait une forme de paix sociale souhaitable pour tous, mais je note qu'ils ont décidé en liberté de faire autrement, c'est bien leur responsabilité.

MARC FAUVELLE
Vous craignez que ça vienne en quelque sorte casser la relance économique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je ne sais pas si c'est grève sera suivie, ce que je dis, c'est que quand on est dans une crise profonde, ce qui est le cas, une crise sanitaire, une crise économique, sociale profonde, tout le monde doit s'y mettre, et ça veut dire parfois…

MARC FAUVELLE
Y compris la CGT…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais ça veut dire parfois peut-être questionner des matrices idéologiques ou des préconceptions politiques qui aujourd'hui n'ont pas lieu d'être quand on voit la politique qui est menée par ce gouvernement, qui est très politique pour le coup de relance et qui fait en plus la part belle à ces belles entreprises publiques, comme la SNCF pour relancer les choses dans un sens écologique et vertueux sur le plan social.

/// Fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste DJEBBARI, ministre délégué aux Transports est notre invité. Il y a un autre secteur qui souffre, l'aéronautique, c'est la catastrophe pour les compagnies aériennes, la catastrophe dans les aéroports aussi, est-ce que le plan de relance pour les transports va servir à renflouer les compagnies aériennes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pas spécifiquement le plan de relance, il sert surtout à préparer la génération d'avions de demain.

SALHIA BRAKHLIA
L'avion du futur, vous dites.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'avion du futur et très concrètement un avion hybride à horizon 2027 pour le transport régional et puis l'avion qui sera le successeur de l'A320 qui sera un avion probablement à hydrogène et qui sera pour le coup zéro carbone.

MARC FAUVELLE
C'est quoi un avion hybride ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un hybride, c'est un avion qui, un peu comme d'ailleurs sur les véhicules, sur les voitures, qui travaille…

MARC FAUVELLE
Du carburant électrique.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui génère du carburant électrique exactement.

MARC FAUVELLE
Et on le branche avec une grosse prise, c'est quasiment ça.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non il a rechargé pendant le vol, mais c'est le même principe.

SALHIA BRAKHLIA
Ça intéresse beaucoup Marc, l'avion hybride.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça permet de gagner entre de 30 et 40% de la consommation en carburant, donc évidemment ça a des impacts tout à fait immédiats.

SALHIA BRAKHLIA
Donc plus d'argent pour AIR FRANCE, c'est terminé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non alors Air FRANCE, il y a eu ces prêts vous savez les prêts de 7 milliards qui permettaient à la France de passer le plus dur de la crise, aujourd'hui on a un trafic qui est quand même assez faible, qui est revenu pour le trafic domestique autour de 50% mais la moitié des avions sont remplis et sur le long courrier du fait des restrictions des frontières beaucoup plus d'ailleurs que les restrictions sanitaires, nous avons un trafic qui reste. En décroissance d'environ 80%. et on sait que les modèles économiques des compagnies aériennes reposent essentiellement sur les vols long-courriers et essentiellement sur les voyageurs d'affaires, or les voyageurs d'affaires mais c'est vrai dans l'avion comme dans les TGV aujourd'hui ne reviennent pas encore et ça je pense que ça renvoie effectivement on aura des premiers éléments fin du mois et puis il faudra regarder comme les choses évoluent fin d'année, mais je pense que avant, d'ici au début de l'année prochaine nous verrons pas un retour total des voyageurs qui habituellement prennent l'avion et le TGV.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous diriez à quelqu'un qui souhaite réserver un vol pour l'étranger pour des vacances notamment que ce soit pour la Toussaint ou pour Noël de prendre sommes ses billets ou d'attendre encore un peu ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je leur dis de bien regarder quelles zones sur le site du ministère des Affaires étrangères qui est très bien fait, quelles sont les zones qui sont au rouge, quelles sont les restrictions qui sont posées…

MARC FAUVELLE
Sachant qu'elles peuvent changer d'un jour à l'autre.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Sachant qu'on l'a vu notamment avec le Royaume-Uni, vous voyez nous avons un certain nombre de difficultés à convenir de ce qu'on appelle un corridor sanitaire pour trouver la bonne façon, de manière à ce que les passagers et les voyageurs circulent, donc encore aujourd'hui et je le dis, c'est un défi européen, nous devons davantage harmoniser les mesures sanitaires de manière à créer de la visibilité.

MARC FAUVELLE
Tous les gens qui avaient pris un vol pendant le confinement ont pu être remboursés ou toujours pas ou c'est toujours sous forme d'avoir à dépenser dans l'année.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si je dis tous, je vais me faire, évidemment être dans l'erreur, mais c'est vrai que le système d'avoir a plutôt bien fonctionné pour les vols qui ont été réservés avant, après le confinement et il reste encore je crois à résorber des personnes qui avaient voyagé des, réserver pardon des voyages avant le confinement et qui pour la plupart ont été remboursées, soit ont des avoir effectivement à valoir pendant les 18 prochains mois, mais ça reste effectivement encore à faire, un système à parfaire.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste DJEBBARI, j'imagine qu'hier vous avez bloqué votre après-midi pour écouter Marine LE PEN, elle faisait sa rentrée, son discours politique de rentrée à Fréjus.

- Extrait Marine LE PEN -

SALHIA BRAKHLIA
Dans la 2e partie pardon, elle parlait d'insécurité, si je résume donc vous êtes incompétent, amateur et vous ne faites pas grand-chose.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui ça fait, ça fait passer un bon dimanche mais moi je constate, Marine LE PEN, elle parle, d'abord elle parle avec violence toujours et elle incante des discours de division, sur le plan économique et de division sur le port sociétal. Elle a parlé hier par exemple beaucoup de racisme anti-Blanc, sans parler de racisme qui est un sujet de racisme en France évidemment parlons de tous les racismes, elle a parlé du racisme anti-Blanc un peu comme le faisait TRUMP à l'époque en 2016 lors de sa première campagne. Donc voilà c'est un discours faible sur le plan économique, vraiment faible, elle oppose le localisme ou globalise, elle essaie de créer des frontières en dur sur tous les sujets et je pense que la France, les Français n'ont pas besoin de ce type de discours de division, n'ont pas besoin de ce discours en plus qui n'appréhende pas le réel et je pense que c'est un mirage politique, Marine LE PEN. C'est un mirage qui s'est positionné sur l'anxiété, la peur des Français et malheureusement…

MARC FAUVELLE
… second tour de l'élection et qui dure.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui dure parce qu'effectivement quand les Français sont inquiets pour leur avenir, quand les Français ont peur pour leur travail évidemment ce type de discours rhétorique basé sur la peur rencontre des personnes.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'en allant sur les plates-bandes de Marine LE PEN en parlant par exemple d'ensauvagement qui est un terme qui a été utilisé en partie en premier par l'extrême droite, certains membres du gouvernement ne la légitiment pas encore un peu plus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense qu'il faut parler de sécurité, d'insécurité et apporter des réponses concrètes, c'est ça que les Français attendent, mais peut-être qu'effectivement d'une manière générale sur les 10, 15 dernières années, nous, la classe politique en général a trop laissé le FN s'accaparer les thèmes de l'insécurité, du patriotisme et qu'effectivement que tout ça doit être aujourd'hui rééquilibré.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Jean-Baptiste DJEBBARI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2020