Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à Sud Radio le 15 septembre 2020, sur le tourisme face à l'épidémie de Covid-19.

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Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

PATRICK ROGER
Avant de parler du tourisme, d'abord la situation actuelle face au Covid, tout de vis du côté de Marseille, des Bouches-du-Rhône et Bordeaux, des interdictions notamment qui concernent la vie privée, des rassemblements de plus de 10 personnes, mais aussi des interdictions de soirées dansantes, les Journées du patrimoine, etc. Ce sont des décisions utiles selon vous, Jean-Baptiste LEMOYNE, pour éviter un éventuel reconfinement général ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, effectivement, vous l'avez dit, le but c'est éviter un reconfinement général, et ça veut dire prendre un certain nombre de mesures pour essayer d'endiguer cette circulation plus active du virus. Donc c'est vrai que ce sont des efforts qu'on demande, mais je crois que pour la sécurité sanitaire de tous, eh bien il y a besoin que chacun nous faisions toujours attention, avec ces gestes barrières, qu'on évite les grands flux de populations qui se croissent, c'est pourquoi la jauge d'un certain nombre d'événements a été ramenée de 5000 à 1000 personnes, dans ces départements en particulier, et qu'il est demandé de faire très attention dans sa vie sociale. Encore une fois, regardez, il y a des pays qui ont annoncé un reconfinement total, c'est le cas d'Israël, et donc je crois qu'il faut tout faire…

PATRICK ROGER
C'est le seul pour l'instant je crois.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, oui, mais il faut tout faire pour éviter cela, on se souvient de ces mois qui ont été, je crois, très compliqués, en mars-avril, et puis aussi de toutes les conséquences économiques et sociales qui découleraient d'un tel reconfinement.

PATRICK ROGER
Oui. Jean-Baptiste LEMOYNE, ce qui est difficile aussi, c'est la jeunesse, évidemment les étudiants qui ont envie de se rassembler, de se retrouver, parce que c'est la rentrée étudiante, ils ont été en partie verrouillés pendant quelques mois, on ne peut pas les empêcher quand même de se retrouver, non ? Ce serait une jeunesse sacrifiée.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je suis désolé, l'appel à la responsabilité il concerne tout le monde, il concerne les jeunes, je sais que quand on est jeune on a envie parfois, effectivement, de se retrouver entre amis, de faire la java si je puis dire, mais aujourd'hui on doit apprendre à vivre avec le virus, et c'est une vie qui est un peu différente, on doit s'adapter. Et d'ailleurs cet été…

PATRICK ROGER
Donc vous leur dites rencontrez-vous, mais ayez les bons gestes, les bons réflexes quoi !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Cet été, de beaucoup de maires, aussi, ont pris des arrêtés, ont fait en sorte qu'il n'y ait pas de fêtes nocturnes, clandestines, etc., parce que ça favorise la diffusion du virus, quand c'est fait, effectivement, sans précautions.

PATRICK ROGER
La doctrine c'est, maintenant, territoire par territoire, ce n'est pas une décision nationale et ce n'est pas Jean CASTEX qui va nous dire on arrête tout, on reconfine ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La situation elle est très évolutive, effectivement, selon les territoires, et le Premier ministre porte profondément en lui cette approche girondine des choses, il faut à chaque fois des réponses qui soient sur mesure, adaptées, à chacun des territoires.

PATRICK ROGER
Alors, Jean-Baptiste LEMOYNE, vous vous occupez du tourisme notamment, avant de voir le bilan de l'été, peut-être un point sur cette arrière-saison. En règle générale le mois de septembre est plutôt bon, là nous étions avec un patron des restaurants-hôtels à Marseille, il disait « bah, évidemment, avec toutes ces annulations, on le ressent en fait aujourd'hui, il y a moins de monde quoi ! » Quelle est la situation ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, la situation elle est contrastée, c'est-à-dire que, il y a une extrême sensibilité des gens par rapport justement à la situation sanitaire, donc des territoires, dont on a parlé, par exemple Marseille, la Gironde, c'est dans l'actualité nationale, eh bien il y a souvent un contrecoup dans les annulations, dans les chutes de réservations, à l'inverse d'autres territoires, dans lesquels la situation est perçue comme sécuritaire, à ce moment-là, rencontrent toujours un succès, donc ce qu'on peut dire c'est qu'il y a vraiment cette volatilité selon l'état de la situation sanitaire, et donc, par exemple, du côté de la Nouvelle Aquitaine, mais côté Pyrénées-Atlantiques, j'ai de bons échos sur l'arrière-saison…

PATRICK ROGER
Un petit peu plus bas…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout ça est très contrasté, et ça renvoi aussi d'ailleurs au bilan de l'été, qui a été un bilan globalement positif, je dirais qu'on a sauvé les meubles, on a sauvé la saison, mais il y a eu de très belles performances, par exemple sur le littoral, dans le Var…

PATRICK ROGER
Est-ce que vous avez des chiffres Jean-Baptiste LEMOYNE ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Quelques chiffres, par exemple. On a eu, globalement, un taux d'ouverture des hôtels de 80%, avec, sur les zones littorales, ça frôlait les 100%, mais, en revanche, quand je parlais de contrastes, c'est que, à Paris, dans l'hôtellerie haut de gamme, il y en avait seulement 29 % qui étaient ouverts, donc on voit bien que les choses sont très différentes selon les territoires. Globalement les Français ont entendu cet appel à un été bleu blanc rouge, puisqu'ils ont été 94% à partir en France, c'est quasiment 25 points de plus qu'en temps normal, donc les Français ont redécouvert la France, et, vous savez, on peut faire le tour du monde en faisant le tour de France tellement il y a une variété justement de paysages, d'expériences possibles, et donc…

PATRICK ROGER
On a un chiffre, en revanche, du nombre de touristes étrangers qui sont venus cet été ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, ce qu'on peut dire c'est que, sur les touristes étrangers, les recettes internationales, on les a divisées par deux, les recettes internationales, d'habitude sur cette période-là on fait 25 milliards d'euros, là on en a fait 12,5, ça veut dire -50%, parce que les clientèles lointaines, les Chinois, les Américains, les Russes, ne pouvaient pas venir, et donc c'est un manque à gagner, notamment pour beaucoup de métropoles, Paris, le Louvre, le Musée de Versailles par exemple, ont accueilli seulement 20% des publics qu'ils accueillent d'habitude, mais je dirais que quand on se regarde, on se fait peur, mais quand on se compare, on se rassure, parce que nos voisins Italiens ou Espagnols, eux, ils ont plongé de l'ordre de 75 à 80% en matière de tourisme international. Donc, je crois que la France a quand même bien résisté, grâce à des clientèles européennes de proximité.

PATRICK ROGER
Et là, aujourd'hui, est-ce qu'ils reviennent ces touristes étrangers, où en est-on justement pour les touristes mondiaux, est-ce qu'ils peuvent revenir, est-ce qu'ils ont le droit de revenir en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Aujourd'hui, les clientèles européennes, il y a une circulation qui est plus facile que les clientèles extra-européennes, parce que, aujourd'hui, nous avons encore des frontières qui demeurent fermées avec beaucoup de pays, en dehors de l'espace Schengen, et ça veut dire que, concrètement, sur ces clients, encore une fois Américains, Chinois, Russes, etc., on est dans une situation qui reste encore difficile et entravée.

PATRICK ROGER
Mais il y en a quand même, il y a des touristes Chinois, non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y a uniquement des dérogations possibles pour certains cas professionnels, etc., mais, très clairement, aujourd'hui le moteur du tourisme c'est un moteur français et c'est un moteur européen de proximité, moi j'avoue que je vais continuer, avec Atout France, à faire la tournée des Etats membres de l'Union européenne, pour dire à ces Européens que la France reste une destination qui leur déroule le tapis rouge et qui prend toutes les précautions sanitaires, je veux le dire, les professionnels, ils mettent en place des protocoles, depuis le début ils sont hyper responsables, et donc l'expérience client elle peut être là aussi.

PATRICK ROGER
A propos d'étrangers, est-ce qu'il y a encore des personnes qui n'ont pas été remboursées des voyages annulés, aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, on a mis en place, en mars, justement ce qu'on appelle un avoir, donc les agences de voyages ont proposé, lorsqu'elles ont vendu des forfaits, eh bien de reporter le déplacement, et d'ailleurs il y a eu pour 1 milliard d'euros de voyages qui ainsi ont fait l'objet d'avoir, de report, et donc les personnes feront, ont fait, ou feront, ces voyages la situation le permettra à nouveau…

PATRICK ROGER
Et oui, si ça le permet, sur 18 mais, mais là on est dans l'inconnu…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait, et en cas de pépin, au bout de 18 mois, ils peuvent demander à être remboursés, donc voilà. Donc, ce qui est sûr c'est que, en tous les cas les agences de voyages, je peux vous dire, elles se sont mises en quatre pour satisfaire le client, au mieux, ils se réunissent d'ailleurs en assemblée générale tout à l'heure, les entreprises du voyage, je serai à leurs côtés parce que, ils connaissent… je dirais dans les acteurs du tourisme c'est ceux qui ont des situations les plus compliquées, parce que les Français sont partis en France, mais du coup ils ne sont pas partis à l'étranger, or ces agences de voyages elles vendent des séjours à l'étranger, et donc ils se retrouvent avec un chiffre d'affaires de 5 ou 10 %, et c'est très compliqué, je veux leur dire, à votre antenne, eh bien qu'on continuera à être à leurs côtés dans la durée.

PATRICK ROGER
A leurs côtés, c'est-à-dire ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
A leurs côtés ça veut dire continuer à les accompagner avec du chômage partiel…

PATRICK ROGER
Du chômage partiel, de nouveau…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà, exactement, aussi travailler sur le fonds de solidarité, je pense qu'il y a peut-être des petits curseurs qu'on peut bouger, j'y travaille avec Alain GRISET, pour que plus d'entreprises y aient accès, au sein de ces entreprises du voyage, parce que, encore une fois, on a là des talents, des savoir-faire, la France elle a, je dirais un appareil de distribution de voyages qui est très performant, donc il faut le maintenir.

PATRICK ROGER
Est-ce que les grands établissements sont en danger aujourd'hui, je pense au Château de Versailles, au Musée du Louvre par exemple, tous ces grands lieux qui reçoivent une clientèle internationale qui n'est plus là aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, naturellement ces grands lieux subissent de plein fouet cette crise, ils sont néanmoins adossés à un certain nombre d'acteurs publics, mais c'est vrai que les recettes liées au tourisme international ont quasiment disparu, et puis aussi beaucoup d'entreprises ont revu toutes les politiques de mécénat, ou d'événementiel, l'événementiel reste un secteur qui est aussi, je dirais touché, très gravement, et donc il y a des manques à gagner, indéniablement, mais je sais que la ministre de la Culture, Roselyne BACHELOT, est également très mobilisée pour accompagner ces acteurs du patrimoine et de la culture. Il y aura des Journées du patrimoine d'ailleurs dans quelques jours, sauf dans les endroits où ça a été annulé…

PATRICK ROGER
Et oui, il peut y avoir d'autres annulations…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
A Marseille, en Gironde notamment.

PATRICK ROGER
Est-ce que c'est raisonnable d'ailleurs de maintenir ouvertes ces Journées du patrimoine ce week-end, sur tout le territoire ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui compte c'est la mise en place de protocoles très rigoureux, qui permettent la circulation…

PATRICK ROGER
Mais est-ce que, alors qu'aujourd'hui on est en train de dire holà là, l'épidémie repart, on maintient ces Journées du patrimoine ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, il faut qu'on apprenne à vivre avec le virus, ça veut dire s'adapter, ça ne veut pas dire mettre fin à toute activité, et s'adapter…

PATRICK ROGER
Oui, mais ces Journées du patrimoine, est-ce que c'est indispensable ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ah ben écoutez, ça fait partie en tous les cas de la vie sociale, et encore une fois il faut faire en sorte que cette vie sociale puisse être adaptée, mais ça ne veut pas dire la supprimer, et on a là affaire aussi à des professionnels de la gestion des flux, et je crois qu'il faut savoir leur faire confiance, ils sont eux-mêmes éminemment responsables, et quelque part il faut aussi montrer que triompher du virus c'est triompher d'une atmosphère un peu mortifère qui circule.

PATRICK ROGER
Mais, là vous ne conseillez quand même pas d'aller à Bordeaux et à Marseille ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ah non, mais d'ailleurs il a été… un certain nombre d'événements liés aux Journées du patrimoine, dans ces villes, ont été suspendus, ont été annulés, donc, encore une fois, c'est le terrain qui commande, c'est la situation sanitaire dans chacun des départements, 42 départements sont en zone rouge, mais ça veut dire qu'il y en a près d'une soixantaine qui ne le sont pas, donc je crois qu'il faut avoir des appréciations, encore une fois basées sur la réalité des faits dans chacun des territoires.

PATRICK ROGER
Le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS, Jean-Baptiste LEMOYNE.

CECILE DE MENIBUS
Oui, le Tour de France, qui est l'une des compétitions sportives les plus regardées dans le monde, excellente surtout pour le tourisme, a été taxée de polluante et machiste par le maire écolo de Lyon Grégory DOUCET, est-ce que dans ce contexte, un peu compliqué pour le tourisme, c'était vraiment le moment de faire ça et est-ce que les élus ne doivent pas plutôt se serrer les coudes ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi j'avoue que, ce Tour de France, c'est une chance énorme pour la France, parce que ça permet à des dizaines et centaines de millions de gens, dans le monde, de découvrir la France vue du haut, filmée par les hélicoptères, par les motos, qui sont autour des coureurs, et c'est une vitrine pour la France qui est formidable. Donc, total respect à Christian PRUDHOMME, à toutes les équipes qui font vivre le Tour de France, et je trouve que les polémiques des élus Verts…

CECILE DE MENIBUS
Ce n'est pas très malin.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je trouve, sont très mal placées, il y a celle-là… vous savez, moi qui suis un élu de l'Yonne, nous avons le Morvan, avec beaucoup de sapins qui l'hiver prennent la route…

PATRICK ROGER
Il faut les laisser les sapins, il ne faut plus les couper maintenant…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ou prennent la Seine pour justement pavoiser nos maisons, quand je vois le maire de Bordeaux qui s'en prend aux sapins, écoutez, ils n'ont rien demandé les sapins, il y a des traditions qui méritent d'être respectées, c'est le cas du Tour de France.

CECILE DE MENIBUS
Voilà, c'est dit.

PATRICK ROGER
Eh bien voilà, c'est clair. Merci, Jean-Baptiste LEMOYNE était notre invité ce matin, secrétaire d'Etat en charge du tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie. A propos des Français de l'étranger, il y en a encore qui sont bloqués ou pas, qui ne peuvent toujours pas rentrer, d'un mot ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Nous sommes à leurs côtés, ceux qui étaient de passage, qui étaient bloqués, ont pu revenir, maintenant il y a aussi une communauté qui vit à l'étranger, et nous avons déployé, avec Jean-Yves LE DRIAN, un plan, à la fois sanitaire, pour pouvoir les accompagner, parce qu'il y a des pays dans lesquels il est compliqué d'avoir accès à des soins, on fait des évacuations sanitaires en cas de besoin, et puis aussi un plan pour accompagner les familles, qui sont touchées économiquement, pour qu'elles puissent continuer à scolariser leurs enfants, notamment dans les lycées français, parce que c'est des coûts de scolarité qui sont souvent importants, et donc ce que je veux dire, c'est que la rentrée s'est quand même bien passée aussi là.

PATRICK ROGER
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2020