Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à France Info le 15 septembre 2020, sur la 5G, le jour de carence des fonctionnaires, les sous-préfets à la relance, la simplification administrative, la réforme de l'ENA et le télétravail .

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Après plusieurs jours de débats, une tribune signée par plusieurs dizaines de personnalités de gauche demandant un moratoire sur la 5G, Emmanuel MACRON a pris position hier soir, pas question de renoncer à cette technologie, dit le chef de l'Etat.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE (HIER, DEVANT LES ACTEURS DU NUMERIQUE)
J'entends beaucoup de voix qui s'élèvent pour nous expliquer qu'il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à l'huile, je ne crois pas au modèle amish. Et je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l'écologie contemporaine.

MARC FAUVELLE
Les amish, c'est cette communauté, je sors ma casquette de spécialiste des religions, qui refuse un certain nombre de technologies. C'est qui les amish aujourd'hui en France ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Bon, je pense qu'on voit bien qu'il y a aujourd'hui un débat sur les technologies, et certains – et c'est légitime dans l'histoire d'ailleurs – ont peur des technologies. Nous, avec le président, on n'est pas des technologistes, ce n'est pas la technologie pour la technologie, on est des progressistes, et ça veut dire qu'on assume qu'on a besoin d'innovation, qu'on a besoin de progrès, que la technologie peut nous apporter des choses, mais on assume aussi de créer une vision sociale, sociétale des usages de la technologie. Moi, je voudrais juste, sur la 5G, dire des choses un peu simples, parfois, qui ne sont pas dans le débat. La 5G, ce n'est pas la 4G en plus vite, la 5G, c'est une technologie qui doit nous permettre de répondre à des usages très concrets, notamment très liés à la gestion des ressources, par exemple en eau, par exemple dans la gestion pour les agriculteurs des différents intrants qu'ils ont à amener dans les champs. Et donc on voit bien qu'on est sur un sujet où on a fait une forme d'idéologie autour de la technologie alors que nous, ce qu'on veut, c'est résoudre des problèmes concrets, c'est créer un débat, c'est expliquer, mais ce n'est pas nier…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on crée le débat en disant : ceux qui sont contre sont des amish, est-ce que ce n'est pas un tout petit peu méprisant pour ceux qui pourraient douter aujourd'hui des effets sur la santé, des effets sur l'environnement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il n'y a aucun mépris, mais ce qui est certain, c'est que nier en bloc une technologie parce qu'elle suscite des débats, ce n'est pas notre façon de concevoir la politique et le progrès. Bien sûr qu'il y a des questions, et bien sûr qu'il faut qu'on y réponde. Mais ce n'est pas parce qu'on va dire, voyez, aujourd'hui, 15 septembre 2020, on est contre la 5G, que, d'abord, on pourra imaginer vivre sans, et que 2°) : on répondra aux peurs qui sont derrière. Donc moi, je préfère qu'on ait une position de principe, l'innovation apporte des choses positives, donc il faut l'encadrer…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous dites oui au moratoire demandé par les écologistes et par les élus de gauche ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi, je ne dis pas oui à un moratoire, je dis oui à un débat. Et il faut qu'on réfléchisse aux usages ; ce que je vous dis sur les usages concrets, sur les réseaux d'eau, sur cet Internet des objets, qu'est-ce que ça nous apporte dans notre vie quotidienne, à quoi ça sert au fond, parce qu'on n'a pas ce débat-là, on a aujourd'hui un débat qui est un peu totémique, oui ou non…

MARC FAUVELLE
Mais le débat, on le confie à qui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On le confie aux parlementaires, on le confie aux industriels, on le confie à tous ceux qui ont, au fond, une part de choses à dire.

MARC FAUVELLE
Aux Français aussi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On le confie bien sûr aux Français.

MARC FAUVELLE
Sous quelle forme ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur les technologies, je pense qu'il y a bien de manières d'organiser, vous avez bien sûr des comités consultatifs, constitués, vous avez le CESE, vous avez le Parlement, vous avez des organismes d'ailleurs qui amènent des informations dans le débat public, mais je pense que c'est un débat de société…

SALHIA BRAKHLIA
Et au final qui va trancher ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le président a tranché, nous ne disons pas non à une technologie…

SALHIA BRAKHLIA
Donc on y va…

AMELIE DE MONTCHALIN
En revanche, nous assumons – et nous allons le faire – de devoir expliquer quels sont les…

MARC FAUVELLE
Alors, sur quoi on débat, si, au final, on sait qu'il y aura la 5G en France, quels sont les termes, les enjeux du débat ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Les enjeux du débat, c'est : à quoi ça sert, qu'est-ce que ça nous apporte…

MARC FAUVELLE
Donc en fait, on va convaincre ceux qui sont contre qu'il faut être pour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le progrès…

SALHIA BRAKHLIA
Donc il n'y a plus de débat…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais si, mais un débat, ça veut dire qu'on apporte des questions et qu'on doit légitimement y répondre…

SALHIA BRAKHLIA
C'est de la pédagogie, ça, alors, selon vous, ce n'est pas un débat…

AMELIE DE MONTCHALIN
Répondre à des questions, opposer des arguments, se dire qu'il y a peut-être des gens qui vont dire : eh bien, moi… vous savez, il y a peut-être des gens qui vont dire : moi, je ne veux pas avoir de 5G sur mon téléphone, mais c'est un choix personnel, il faut qu'il soit possible. Donc ce que je veux dire, c'est que l'innovation, et c'est au coeur d'une vision progressiste de la société, nous considérons que nous pouvons innover, nous considérons que nous pouvons faire mieux, nous considérons que le progrès, notamment technologique, doit permettre d'organiser, notamment face au défi écologique et à la transition environnementale, doit pouvoir nous aider, ça, c'est un postulat, voyez, politique, mais ensuite, on n'est pas des gens qui considérons que les question qu'on nous oppose sont des questions qui ne sont pas légitimes, il faut qu'on puisse y répondre.

SALHIA BRAKHLIA
Donc la 5G verra quand même le jour en France. Amélie de MONTCHALIN, en annonçant le maintien du jour de carence en cas d'arrêt maladie pour les agents publics atteints de Covid-19, vous venez de vous mettre à dos tous les syndicats de la Fonction publique ; pourquoi cette décision alors que ce jour de carence avait été supprimé pendant la crise ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce que nous ne sommes plus comme exactement dans la crise, le jour de carence, c'est un mécanisme qui existe dans le privé, qui existe dans le public, qui est un outil qui a sa part d'efficacité face à l'absentéisme et qui avait été suspendu pendant l'état d'urgence sanitaire, donc entre le 23 mars et le 10 juillet. Depuis le 10 juillet, nous sommes en déconfinement, nous avons essayé par tous les moyens de reprendre une vie la plus normale possible, nous sommes revenus au droit commun.

SALHIA BRAKHLIA
Et l'épidémie reprend…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc ce jour de carence est revenu comme il était, là, avant le 23 mars. Ce qui est certain, c'est que vous me parlez des organisations syndicales, moi, je tiens à avoir avec elles un dialogue suivi, je les rencontre aujourd'hui comme je les rencontre tous les 15 jours pour suivre le retour au fond au travail, voir s'il y a des difficultés. Ce qui est très important, c'est qu'aujourd'hui, les agents publics puissent être bien protégés et qu'ils puissent remplir leurs missions, et c'est aussi important que les usagers trouvent des services publics qui répondent, dans cette période en particulier de relance, ouverts. Sur ce point spécifique, je vais être très claire avec vous, on voit bien qu'on est dans une situation où il n'y a pas de toujours ou de jamais, il n'y a pas de totem. Je ne suis pas en train de vous dire : nous ne serons pas réalistes ou pragmatiques si les choses venaient à empirer…

MARC FAUVELLE
Vous pourriez le supprimer à nouveau ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On l'avait supprimé pendant une situation qui s'appelait l'état d'urgence sanitaire, si nous revenions à un état qui nous amenait à reprendre des mesures de l'ordre de celles que nous avions pendant l'état d'urgence sanitaire, évidemment, mais ça, c'est…

MARC FAUVELLE
En attendant, Amélie de MONTCHALIN, un fonctionnaire qui est par exemple placé à l'isolement en quatorzaine, pendant 7 jours, il est payé ou pas le premier jour ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors ça, c'est très important, et je profite d'ailleurs que vous me posiez la question pour le dire très clairement, ça concerne tous les salariés, tous les agents publics, quand on est en quarantaine, quand on attend de faire un test, quand on est isolé, on n'a aucune conséquence financière, il n'y a pas de jour de carence quand on attend…

SALHIA BRAKHLIA
On ne perd pas d'argent…

MARC FAUVELLE
Donc si je résume, si on est en quarantaine, on est payé dès le premier jour, mais si on est malade, on n'est pas payé le premier jour ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le régime, c'est que quand on a une maladie…

SALHIA BRAKHLIA
C'est un peu bizarre, non ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On a un régime d'arrêt maladie, c'est le droit commun. Ce que je tiens à dire vraiment, ici, c'est que notre principal objectif collectif, c'est que tous ceux qui ont un doute sur le fait qu'ils sont contagieux ou pas doivent pouvoir respecter cet isolement sans conséquences financières. C'est donc pour ça que, dans ce cas-là, ce fameux jour de carence ne s'applique pas, il s'applique quand on est malade, c'est…

MARC FAUVELLE
Donc pas de quatorzaine donc sur l'isolement (sic), pour être bien clair…

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, pas de jour de carence…

MARC FAUVELLE
Pardon, je vais le refaire dans le bon ordre, pas de jour de carence sur l'isolement, on est payé dès le premier jour, et en revanche, un jour de carence si on est malade du Covid ou d'autre chose d'ailleurs…

AMELIE DE MONTCHALIN
Si on est malade, c'est le droit commun. Là, j'insiste vraiment, on des gens pragmatiques, et donc, aujourd'hui, on observe qu'en fait, il y a assez peu de personnes malades dans notre pays, si vous comptez en nombre de cas à rapporter au nombre de personnes qui travaillent…

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous comprenez que ça peut dissuader certains agents publics de ne pas déclarer d'être malades et d'avoir été cas contact avec ce jour de carence, parce qu'ils y perdent de l'argent ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est pour ça que je différencie bien, toutes les personnes qui sont cas contacts, toutes les personnes qui attendent de se faire tester, toutes les personnes qui ont un doute sont des personnes qui en attente d'un test ne sont pas concernées par le jour de carence, ensuite, il y a, quand on est malade, c'est un médecin qui considère que vous êtes malade, et là, s'applique ce qui s'appliquait avant le 23 mars, très simplement, qui est un régime que les Français connaissent très bien, qu'ils soient dans le privé ou dans le public, et nous sommes aujourd'hui revenus à ce droit commun sur le point spécifique civique de la maladie.

MARC FAUVELLE
Amélie de MONTCHALIN, ministre de la Fonction publique avec nous jusqu'à 9h.

/// Le fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Amélie de MONTCHALIN, ministre de la Transformation et de la Fonction publique est avec nous. Le plan de relance de 100 milliards a été dévoilé par le Premier ministre Jean CASTEX il y a quelques jours maintenant, et c'est vous qui devez vous assurer qu'il se déploie bien sur tout le territoire, et donc vous allez créer des sous-préfets à la relance. C'est quoi des sous-préfets à la relance ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on voit bien que ce plan de relance il est à la fois majeur, notamment pour financer l'accélération de notre transition écologique, on en parlait à l'instant, on entendait certaines voix qui s'élèvent pour que nous fassions plus. C'est bien d'ailleurs l'enjeu de ce plan, c'est que nous puissions accélérer un certain nombre d'investissements, accélérer la transformation de notre pays, et on voit bien qu'il y a donc une masse d'argent qui a été mise de côté. Maintenant, on sait bien que les Français ils ne vont pas nous juger sur l'argent qu'on a mis de côté pour ce plan, ils vont nous juger sur : est-ce que là où j'habite, là où je suis, est-ce que les entreprises, les PME, est-ce que les élus locaux qui m'entourent, ont accès au fond à ces…

MARC FAUVELLE
Il faut que ça ruisselle, comme dirait Emmanuel MACRON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il faut que ça arrive, il faut que ça percole, si vous voulez. Il faut que l'argent qui est mis dans les budgets, au fond, à l'état, au centre de notre vie collective, arrive là où les gens vivent ; On voit bien aujourd'hui qu'on a dans notre pays des acteurs de terrain, que sont les sous-préfets, qui sont partout dans le pays, et qui sont des personnes que les élus, que les entreprises connaissent très bien, ce sont ceux qui sont capables en général de lever les blocages. Et donc, ce qu'on dit, c'est que dans cette relance on a besoin d'acteurs de terrain, en l'occurrence des fonctionnaires qui sinon auraient fait, pris des postes à Paris dans les administrations centrales, et qu'on va amener sur le terrain pour apporter des renforts.

SALHIA BRAKHLIA
Donc ce sont des personnes qui viennent de Paris, qui vont être déployées sur le territoire, ou alors ce sont déjà des sous-préfets qui existent déjà dans les territoires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Les préfets de région, on leur fait confiance pour savoir de quel type de renforts ils ont besoin. Parfois ils vont choisir des personnes qui sont déjà sur le terrain, à qui ils vont confier cette mission en plus, parfois ils vont nous dire, et c'est légitime qu'ils ont besoin de bras, d'hommes et femmes en plus à leurs côtés, parce que les défis sont peut être plus importants, et donc nous, ce qu'on dit, c'est que comme dans une entreprise quand on a un nouveau projet, on réalloue ces moyens, on se réorganise, eh bien l'Etat, sans créer de postes, sans que ça coûte plus cher, j'allais dire, à la collectivité, cherche des compétences, des personnes qui sont volontaires, des jeunes hauts fonctionnaires. Pourquoi ? Parce que je pense que c'est aussi très important pour que dans leur carrière ils aient une expérience de terrain. On ne peut pas toute sa vie faire sa carrière de fonctionnaire dans les ministères parisiens, il faut qu'à un moment donné on en voit ce que ça produit ou ce que ça ne produit pas assez sur le terrain. Et donc c'est aussi, vous voyez, une vision de la compétence qu'on doit voir, qui sont ceux qui nous administrent, quelles expériences ils ont eues, et je pense que en 2021/2022, notre priorité collective c'est que la relance se passe, qu'elle se passe bien, et donc c'est important eh bien que de manière prioritaire on y envoie des fonctionnaires qui sinon auraient pris des postes à Paris et où objectivement peut-être que c'est un peu moins la priorité aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
Dans le même temps, Amélie de MONTCHALIN, un milliard d'euros du plan de relance vont être consacrés à la simplification administrative, vous annoncez notamment que les 250 procédures les plus utilisées par les Français seront toutes disponibles sur Internet d'ici 2022. Est-ce que vous n'avez pas hérité du plus gros serpent de mer de l'administration de ces dernières années ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors…

MARC FAUVELLE
Parce que des chocs de simplification, pardon, ça ne fait pas très longtemps que je suis sur le plateau, mais on a posé la question 250 fois.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est quoi la simplification ? C'est trois choses. D'abord c'est : qu'est-ce qu'on peut faire dans la loi ? Et c'est ce que nous faisons d'ailleurs actuellement au Parlement avec Agnès PANNIER-RUNACHER, j'étais hier toute la journée et toute la soirée à l'Assemblée, où nous retirons du droit tout ce qui est complexe, dans des domaines de commissions administratives. On supprime un quart des commissions consultatives administratives de notre pays, en ce moment, c'est des choses que les Français voient bien comme étant des sources de complexité. Deuxième chose qu'on fait pour la simplification, c'est qu'on remet des décideurs plus proches des endroits où ça se passe. Parce que c'est parfois très compliqué d'imaginer que sur un problème d'urbanisme ou sur des décisions à prendre, il faut que ça aille à Paris pour que ça revienne là où vous êtes. C'est pour ça d'ailleurs que dans les préfectures…

SALHIA BRAKHLIA
La décentralisation…

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans les sous-préfectures on remet, vous avez vu, donc des sous-préfets à la relance, on leur donne aussi plus de pouvoir, et on déconcentre, c'est-à-dire qu'on arrête de concentrer toutes les décisions à Paris. Et puis troisième chose…

MARC FAUVELLE
Sur les démarches administratives…

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a une troisième chose, c'est la numérisation. On a parlé d'innovation au début de cet échange, on doit pouvoir avec le numérique rendre les choses plus simples. Ce n'est pas le numérique que pour le numérique, c'est pour ça que dans ces enveloppes il y a aussi dans le plan de relance, un gros investissement pour les Maisons France services, pour que les Français soient accompagnés s'ils ne savent pas faire les démarches, ou s'ils n'arrivent pas à faire les démarches tout seul. Mais sur le…

MARC FAUVELLE
Question toute bête par exemple, quand est-ce qu'il sera possible de contester une amende en ligne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Eh bien, sachez que sur ce sujet, nous avons en ce moment une équipe qui travaille, pour qu'au mois de décembre nous ayons sur le sujet par exemple de la contestation des amendes ; la possibilité de le faire de manière simplifiée, en ligne, et on le fait que les usagers.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire sans avoir besoin d'affranchir la moindre enveloppe.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, donc c'est pour ça que mon projet sur ces 250 démarches, déjà il en a beaucoup qui sont aujourd'hui déjà numérisés. La question c'est : est-ce qu'elles sont bien numérisées ? Est-ce que les Français, quand ils…

SALHIA BRAKHLIA
Vous faites des tests, apparemment, vous-même…

AMELIE DE MONTCHALIN
Ah oui moi je suis…

SALHIA BRAKHLIA
Vous essayez les procédures.

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, je suis une citoyenne qui comme tous les Français a des démarches à faire…

MARC FAUVELLE
Alors, ça marche ou pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a des démarches où ça marche très bien, d'ailleurs les Français nous disent qu'ils sont très satisfaits. Il y a des démarches qui sont assez moyennes, parce qu'en fait à un moment donné quand vous êtes un cas un peu compliqué on vous demande d'imprimer le formulaire, de le signer, de le renvoyer, ce n'est pas ce qu'on appelle le numérique.

MARC FAUVELLE
Ce qui pour une démarche numérique, du coup… Voilà.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et puis il y a aussi des démarches, et c'est un combat qu'on mène, qui ne sont pas accessibles à certain Français, notamment en situation de handicap. Moi je veux que toutes ces 250 démarches dont on parle, elles soient accessibles à tous, qu'elles soient faites de bonne qualité, que ce soit de la vraie numérisation, et que les personnes en situation de handicap puissent avoir, dans la manière dont on a conçu la démarche, la possibilité de le faire aussi.

MARC FAUVELLE
Est-ce que plus de démarches en ligne, ça veut dire moins de monde derrière les guichets, pour ceux qui ne peuvent pas accéder à internet ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ça veut dire aussi beaucoup moins de temps pour les agents publics, consacré à faire des choses répétitives, à trier du courrier, à trier du papier, et tout ce temps qu'on libère, ça nous permet notamment d'avoir des espaces France services, qui sont des lieux où vous pouvez aller et retrouver sous le même toit les services sociaux, les services des impôts, les services de la justice, et bref avoir un endroit, un point unique, un guichet unique, où vous avez non seulement accès aux démarches mais vous êtes accompagné pour les faire. On a beaucoup de finançais aujourd'hui…

SALHIA BRAKHLIA
Il y en a combien des Maisons France services ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y en a aujourd'hui, à peu près plus de 500, l'objectif c'est qu'on en ait 2 000 en 2022, et dans les prochaines semaines on a à nouveau des nouveaux lieux qui seront ouverts, qui donc auront cette qualité d'accueil qui permettra à beaucoup de Français, beaucoup plus proches de chez eux, d'avoir accès aux services et d'avoir accès à un accompagnement pour notamment que ces 250 démarches numériques, s'ils n'ont pas la capacité ou s'ils veulent être guidés pour les réaliser, qu'ils puissent l'être.

MARC FAUVELLE
On parlait des fonctionnaires il y a quelques instants, Amélie de MONTCHALIN, où en est aujourd'hui la réforme de l'ENA, qui a fait l'objet d'un rapport remis en début d'année, qui préconisait notamment une dose de discrimination positive au sein de l'Ecole Nationale d'Administration. Il est enterré ce rapport ou il est encore sur la table ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, il est totalement sur la table. Le président de la République m'a demandé de lui faire des propositions, je lui ai remis il y a quelques semaines maintenant. Nous avons un échange sur plusieurs axes, un en particulier qui est l'égalité des chances, vous avez entendu le président à Clermont-Ferrand la semaine dernière annoncer que nous allons faire une petite révolution de l'accès aux concours des grandes écoles, des universités, mais aussi bien sûr de la Fonction publique. Pour moi il est essentiel que ceux qui nous administrent, nous ressemblent. Que toute notre diversité sociale, territoriale, qu'en termes de féminisation notre Fonction publique et en particulier notre Haute Fonction publique, soient à l'image de la France.

MARC FAUVELLE
Donc discrimination positive ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a plein de moyens de le faire, il y a plein d'amener plus de Français, notamment de tous les territoires, aux concours, qui puissent ensuite avoir des carrières. Il y a aussi déjà aujourd'hui, je tiens à le dire, beaucoup de talents dans la Fonction publique qu'il faut qu'on repère mieux et qu'on amène jusqu'aux postes de Direction. Parce qu'il y a ce qu'on pourra faire pour les prochaines générations, mais aussi ce qu'on doit faire immédiatement, pour que les talents qui sont déjà dans la Fonction publique, eh bien puissent avoir des carrières à la hauteur de leurs compétences. La Fonction publique française, elle a au coeur de son modèle, la méritocratie, la reconnaissance de la compétence. Et moi je veux qu'on revienne à ça, c'est pas du tout ringard, c'est pas du tout un retour en arrière, je crois que c'est une valeur très forte de notre égalité. Notre égalité des chances c'est au fond ce qui fait la République, et c'est notre combat.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, concrètement, comment on fait, est-ce qu'on fait comme pour Sciences-Po. où il y avait un concours particulier pour certains élèves venant des quartiers populaires, venant de ZEP, pareil pour l'ENA ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui vous avez par exemple des classes préparatoires intégrées dans certaines écoles de service public, qui ont déjà des formes d'ouverture maximale pour les boursiers, pour les élèves qui viennent de quartiers prioritaires. Ces mécanismes existent, est-ce qu'on peut les renforcer, est-ce qu'on peut les faire mieux connaître ? Est-ce qu'on veut en augmenter la taille ? Il y a beaucoup de choses sur la table, j'ai fait donc des propositions et je suis certaine…

SALHIA BRAKHLIA
Et la réforme, c'est pour quand ?

AMELIE DE MONTCHALIN
… que d'ici, de toute façon au début de l'année 2021, les choses seront présentées, clarifiées, et surtout derrière c'est vraiment l'ambition que dans notre pays, tout le monde, sans discrimination, sans autocensure, sans limitations financières, puisse se préparer au concours et les passer, et que tous les talents qui sont aujourd'hui dans la Fonction publique, notamment celui des femmes et de beaucoup d'acteurs qui ont tout à fait envie d'accéder aux postes de Direction, puissent le faire, et que personne ne soit sous une forme de plafond de verre.

MARC FAUVELLE
On va parler du télétravail dans un instant, si vous le voulez bien, Amélie de MONTCHALIN, d'abord le Fil info à 08h50, Mélanie DELAUNAY.

/// Fil info ///

Amélie de MONTCHALIN, est-ce que la ministre de la Fonction publique encourage aujourd'hui encore le télétravail des fonctionnaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, je l'encourage dès qu'il est possible de vraiment travailler chez soi comme dans son bureau, moi, je suis très attachée à ce qu'on donne aux agents publics qui sont en télétravail les moyens de faire leur travail, ce qui est leur demande, et je crois qui est une demande plus que légitime, ce n'est pas parce que vous avez un ordinateur que vous pouvez télétravailler, ce n'est pas parce que vous avez un téléphone que vous pouvez télétravailler, donc mon combat, c'est qu'on augmente la proportion d'agents publics qui ont vraiment la possibilité de travailler de chez…

MARC FAUVELLE
On est à combien aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, on est à peu près à 20 % d'agents qui peuvent travailler chez eux comme s'ils étaient au bureau, c'est une proportion qui a doublé, on était 12 % au mois de mars, on sera à 25 % à la fin de l'année, donc, voyez, c'est une progression très, très rapide, maintenant, je suis très consciente du fait qu'on a beaucoup de progrès à faire, c'est d'ailleurs pour ça que dans le plan de relance, il y a plus de 200 millions d'euros qui sont mis à disposition pour qu'on accélère les outils de travail à distance…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que vous allez payer des téléphones, des abonnements ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Là, je ne vous parle pas des équipements, je vous parle de quand vous ouvrez votre ordinateur, est-ce que vous avez accès à un système de partage de documents, est-ce que vous avez accès à de la visioconférence, est-ce que vous avez accès à votre réseau, est-ce que vous avez accès à vos applications de travail, c'est ce qui apparaît sur votre ordinateur…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, si tout ça est possible, est-ce que vous, vous équipez les agents publics d'ordinateurs, de payer l'abonnement Internet…

AMELIE DE MONTCHALIN
On équipe massivement, on équipe aujourd'hui massivement les agents, notamment les agents de l'Etat en région, par exemple, c'est un plan extrêmement ambitieux qui est en train de se déployer…

MARC FAUVELLE
Il y a encore des agents de l'Etat qui aujourd'hui travaillent sur leur ordinateur perso ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, quand on est en télétravail aujourd'hui, je ne peux pas vous dire que ça n'arrive pas ponctuellement, mais la règle, c'est qu'on vous équipe pour le faire dans de bonnes conditions, donc on vous donne du matériel pour le faire, on vous donne aussi accès à votre réseau de travail, ce n'est pas juste un e-mail, on n'est pas juste là pour… sinon, on a l'impression que le télétravail, ce n'est pas exactement le travail, par ailleurs, j'ouvre, et je vous l'ai dit, de manière très continue, un dialogue avec les organisations syndicales, nous ouvrons une grande réflexion sur aussi ce qui doit accompagner le télétravail, la formation des managers, la formation des agents aussi, personne ne sait d'emblée, par automatisme, travailler de chez soi, ce n'est pas quelque chose qu'on a de manière innée, donc il y a aussi un accompagnement à fournir. Aujourd'hui, la règle, c'est qu'on peut travailler jusqu'à 3 jours de chez soi par semaine, et donc il y a des choses qu'on est en train de négocier, qui sont aussi négociées à l'échelle nationale entre les organisations patronales et syndicales. Je pense que c'est une réflexion intéressante, on a vu que ça apportait du bon, mais que ça avait aussi des limites, et donc on essaie de faire les choses, là aussi, de manière équilibrée.

SALHIA BRAKHLIA
Amélie de MONTCHALIN, dans une enquête IPSOS SOPRA-STERIA, qui vient d'être publiée sur les fractures françaises, on apprend qu'une large majorité des Français estiment que le pays est en déclin, à 78 %, plus d'un quart d'entre eux pensent même que c'est irréversible ; comment vous pouvez leur redonner espoir à ces Français ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je crois, au fond, que ce plan de relance, il est là pour nous prouver le contraire…

SALHIA BRAKHLIA
… Vous n'avez pas réussi pendant trois ans…

AMELIE DE MONTCHALIN
On a dans notre pays beaucoup de ressources. Pendant trois ans, vous savez, on a réussi à atteindre le plus bas taux de chômage depuis dix ans, on a réussi à être le pays le plus attractif en Europe, pour faire revenir notamment de l'emploi industriel ; donc les choses ne sont pas irréversibles, c'est d'ailleurs pour ça qu'on fait de la politique, si on pense qu'on ne peut rien changer, ce n'est pas la peine de s'engager pour son pays. Moi, je crois fondamentalement qu'on a toutes les ressources pour réussir, et je pense que si on se met ensemble, on peut réussir, mais se mettre ensemble, ça veut dire être capable d'identifier les priorités, ce plan de relance, il en identifie trois, il dit comment notre pays peut être plus fort dans sa transition écologique, comment notre pays peut être plus compétitif, créer plus d'emplois, des emplois durables, et comment notre pays peut assurer une meilleure cohésion sociale ; on a trois priorités, sur ces priorités, on investit dans des proportions inégalées dans l'histoire de France récente, 100 milliards d'euros, c'est ce qu'on a fait, peu ou prou, après la deuxième guerre mondiale, donc on est vraiment dans un effort massif, moi, je pense que les choses ne sont pas irréversibles, mais ça demande qu'on s'y mette ensemble. Ça veut dire que tout ce qu'on est en train de faire en mobilisant les entreprises, les élus locaux, la société civile, bien sûr, les organisations syndicales, c'est majeur, vous savez, on ne reconstruit pas un pays, on ne redevient pas un pays pleinement, vous voyez, à la pointe notamment de l'innovation, mais aussi d'un modèle social qui est le nôtre, et je crois qu'on valorise tous, si on le fait uniquement quand on est ministre ou membre du gouvernement ou membre de la majorité, c'est un projet de nation, c'est un projet collectif, et donc on entend ce que nous disent les Français, mais je crois que tout ce qu'on en train de leur proposer, c'est justement pour aller contre cette idée que c'est irréversible.

MARC FAUVELLE
Un mot et une question, Amélie de MONTCHALIN, à l'ancienne secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, ça fait plus de 6 mois que le Parlement européen ne s'est plus réuni à Strasbourg, l'une des deux capitales européennes, le Parlement reprend ses travaux, mais uniquement à Bruxelles, officiellement, pour des raisons sanitaires, est-ce que c'est normal ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ce n'est pas normal, ça a été un combat pour moi à la fin de mes fonctions au mois de juillet de m'assurer qu'en septembre, si les conditions sanitaires le permettaient, ce qui est le cas aujourd'hui, la situation sanitaire est meilleure à Strasbourg qu'à Bruxelles…

MARC FAUVELLE
Alors, pourquoi cette décision ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce que, derrière, il y a quelque chose qu'on ne tolère pas, c'est que, en ce moment, on ne respecte pas les traités européens. Et donc le président de la République l'a dit très fortement, le siège du Parlement est à Strasbourg, ce n'est pas une invention française, ce n'est pas une lubie, c'est écrit dans les traités, c'est écrit dans les traités parce qu'on a considéré que l'Europe n'avait pas une capitale unique, que les administrations, que les fonctions européennes étaient réparties sur tout le territoire.

MARC FAUVELLE
Qui est le « on » qui ne respecte pas les traités ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je crois qu'aujourd'hui, il y a eu des échanges très clairs avec le président du Parlement européen, tout est fait pour que dès le mois d'octobre, les sessions reprennent à Strasbourg, et qu'on ne se cache pas derrière des raisons sanitaires, parce que certains, effectivement, depuis longtemps, préféreraient que tout soit centralisé à Bruxelles, ce n'est pas notre modèle de conception de ce qu'est la démocratie et le modèle…

MARC FAUVELLE
La sécurité sanitaire est la même pour vous à Strasbourg qu'à Bruxelles.

AMELIE DE MONTCHALIN
Elle est aujourd'hui, je crois, meilleure à Strasbourg qu'à Bruxelles, donc ce n'est pas vrai qu'on serait plus en risque quand on viendrait à Strasbourg. Ensuite, on a travaillé avec tous les élus locaux, avec toutes les autorités locales pour que les choses se fassent dans des bonnes conditions, en termes de transport, en termes d'accès, en termes d'accueil ; donc les choses vont continuer à être travaillées, mais Clément BEAUNE, mon successeur, était hier à Strasbourg, et a réaffirmé très fortement que s'il y a une chose à laquelle la France est attachée, c'était le traité européen, je pense que c'est quand même un point de départ utile à notre fonctionnement collectif.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Amélie de MONTCHALIN, et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2020