Interview de M. Alain Griset, ministre des petites et moyennes entreprises, à Sud Radio le 22 septembre 2020, sur les aides en faveur des entreprises confrontées à l'épidémie de Covid-19.

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Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Alain GRISET.

ALAIN GRISET
Bonjour.

PATRICK ROGER
On annonce des faillites et des cessations d'activité dans les PME, où en est-on d'ailleurs précisément, est-ce qu'on peut éviter le pire, des signes de reprise peut-être ici et là, ou le pire est-il en train de se produire ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord, le constat, c'est que la reprise a été globalement meilleure que ce que tout le monde envisageait. Bruno LE MAIRE a indiqué que, au bout du compte, même si c'est difficile, en tout cas, on constate qu'il n'y a pas, je veux dire, des défaillances beaucoup plus nombreuses en chiffres qu'on en a d'habitude…

PATRICK ROGER
Oui, qu'on en a d'habitude à la même période ?

ALAIN GRISET
Oui, parce que la vie de l'entreprise…

PATRICK ROGER
Bon, eh bien, alors, on dit que c'est la catastrophe, alors, finalement, ce n'est pas la catastrophe économique alors ?

ALAIN GRISET
Non, la vie de l'entreprise est comme la vie courante, il y a tous les ans à peu près 50.000 entreprises qui ferment, parce qu'il y a des départs en retraite, ainsi de suite, il y en aura au moins autant cette année, notre objectif, c'est qu'il n'y en ait pas beaucoup plus, et pour l'instant, donc, simplement, je dis bien pour l'instant, c'est difficile, c'est difficile pour les entrepreneurs, mais on n'a pas en faillites un nombre plus élevé que d'habitude.

PATRICK ROGER
Pourquoi, parce qu'elles sont sous perfusion grâce aux aides de l'Etat notamment ?

ALAIN GRISET
Pourquoi, parce que, effectivement, depuis le mois de mars, en France comme nulle part ailleurs, on a mis en place des dispositifs pour accompagner les entreprises, et on continue de regarder pour les secteurs les plus en difficulté comment on peut continuer de les accompagner, mais, naturellement, il faut être prudent, c'est ce que je fais dans mes propos, parce qu'on n'est pas au bout encore.

PATRICK ROGER
Oui, et puis, il y a des entreprises qui disent : oui, mais les dispositifs sont quand même un peu complexes, il y a François ASSELIN, par exemple, le patron de la CPME, mais le MEDEF, je crois, le dit également, que, au quotidien, les chefs d'entreprise n'ont pas le temps de mettre le nez dans tous les dispositifs qui existent ; est-ce qu'on peut les simplifier ?

ALAIN GRISET
Je pense que j'aurais peut-être dit pareil dans mes fonctions précédentes…

PATRICK ROGER
Oui, eh bien, bien sûr !

ALAIN GRISET
Donc François et Geoffroy ont sûrement, sur une partie, raison, la difficulté aujourd'hui telle que moi, je la vis, c'est qu'en réalité, il y a des dispositifs transversaux qui sont globalement accessibles assez facilement, là où ça se complexifie, c'est quand on rentre dans des secteurs particuliers et où on doit mettre en place des dispositifs vraiment très particuliers pour eux, et que donc, quand on juxtapose le transversal et le particulier, au bout du compte, c'est vrai que ça peut être un peu complexe.

PATRICK ROGER
Et comment on peut simplifier alors, est-ce que vous pouvez leur dire : on va simplifier les choses ?

ALAIN GRISET
Ah, de toute façon, tout ce que je peux simplifier, avec mes collègues, avec l'administration, on le fait au maximum, sans aucun doute, et d'ailleurs, le Premier ministre, là, a réaffirmé la volonté d'aller beaucoup plus loin dans la décomplexification, je vais prendre un exemple de simplification, on a pris une décision de passer de 40.000 à 70.000 le montant en dessous duquel les collectivités ne sont plus obligées de faire un marché public, c'est une simplification considérable pour les entreprises.

PATRICK ROGER
Oui, il y a un certain nombre de décisions pour ces entreprises qui vont dans ce sens, l'activité partielle, alors, jusque quand également, le chômage partiel ?

ALAIN GRISET
Bon, déjà, là, il y a des dispositifs qui sont prévus jusqu'à la fin de l'année pour les secteurs les plus en difficulté, avec une prise en charge totale, ensuite, il y a ce qu'on appelle le nouveau dispositif APLD, l'activité partielle de longue durée, qui permet aux entreprises qui le peuvent d'avoir une visibilité au moins jusqu'à 2 ans, et avec des périodes de 6 mois renouvelées, avec ou un accord de branche ou un accord d'entreprise, et donc, ça, ça donne 2 ans d'accompagnement.

PATRICK ROGER
Oui, de perspectives. L'une des demandes et des craintes aussi des PME, eh bien, ça concerne souvent les loyers commerciaux, parce que ça reste évidemment une charge assez importante, qu'est-ce que vous pouvez mettre en place, des garanties, des prises en charge, des reports de loyers, c'est qui a déjà un peu existé ?

ALAIN GRISET
Alors, tout d'abord, nous avons demandé à chaque préfet de regarder comment il pourrait y avoir des médiations entre bailleurs et loueurs, il y en a eu un certain nombre qui ont réussi, mais c'est vrai qu'il y a encore beaucoup de cas aujourd'hui qui ne sont pas satisfaisants. Il y a une réponse quand même, je souhaite attirer votre attention et celle de vos auditeurs sur le fait qu'il y a dans le fonds de solidarité, deux niveaux, niveau 1 : 1.700.000 entrepreneurs ont bénéficié de 6.500 euros maximum, et puis, il y a un niveau 2, pour l'instant, non pas 1,7 million, mais 32.000 entreprises ont pu bénéficier du niveau 2. Le niveau 2, c'est jusqu'à 5.000 globalement et 10.000 pour les secteurs les plus en difficulté. Donc j'ai un peu regardé, 1,7 million, 32.000, il y a quelque chose, bon, 1.500 d'un côté, 5.000 de l'autre. Donc en réalité, bon, c'est vrai que le dispositif a évolué, là aussi, a été modifié à plusieurs reprises. Et bon, on peut faire mieux en termes d'accès. Donc hier, je rencontrais Renaud MUSELIER, qui est le président de Régions de France, puisque le niveau 2 est géré par les régions. Et on va, dans les tout prochains jours, simplifier l'accès à ce niveau 2, et je pense que ça peut résoudre en partie le paiement des loyers pour ceux qui sont en difficulté.

PATRICK ROGER
C'est-à-dire, alors ces entreprises, qu'est-ce qu'elles pourront avoir alors ?

ALAIN GRISET
Elles pourraient avoir jusqu'à 5.000 euros, il était prévu que ce niveau 2 soit accessible jusqu'au 15 octobre, on va décaler jusqu'au 31 décembre, donc on va prolonger l'accès à ce niveau 2 à tous ceux qui auront eu accès au niveau 1, pour pouvoir avoir accès au niveau 2. Donc jusqu'à 5.000, encore une fois, demande auprès du Conseil régional en essayant au maximum, et c'est dans les prochains jours, ça devrait sortir, de simplifier le dispositif.

PATRICK ROGER
Oui, parce que quand je vous entends en parler, en fait, de tous ces dispositifs, je me dis que quand on est une grosse boîte, eh bien, on a le personnel pour s'en occuper, ça doit être plus simple, mais alors une petite PME, ça ne doit pas être simple quand même.

ALAIN GRISET
Alors, ce n'est pas simple, enfin, globalement…

PATRICK ROGER
Eh bien, attendez, Alain GRISET, vous-même, vous avez travaillé dans les petites entreprises, vous connaissez en fait la paperasse, la difficulté évidemment…

ALAIN GRISET
Je ne vais pas dire le contraire, on est vraiment dans le cas de figure qu'on évoque, on essaie de faire au maximum pour que ça soit simple. En gros, sur le niveau 2, c'est de justifier d'une facture qui a été acquittée pour laquelle on n'avait pas les moyens de la payer. Ça, je pense que c'est accessible à la majorité des entreprises.

PATRICK ROGER
Il faut à tout prix en tout cas éviter un reconfinement, Alain GRISET, les PME françaises auraient sans doute beaucoup de difficultés à y survivre, je pense par exemple à tout ce secteur de l'hôtellerie, restauration, les bars, restaurants qui se voient appliquer des fermetures dans les grandes métropoles, on en a parlé pour Lyon, pour Toulouse, vous êtes d'accord avec ça ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord, le confinement total est quelque chose qu'on n'imagine pas, parce que, pour les entreprises, mais pour le pays, on ne sait pas comment ça finirait, bon, c'est catastrophique.

PATRICK ROGER
En tout cas, ce n'est pas envisagé au sein du gouvernement, ce confinement total…

ALAIN GRISET
Non, clairement. Deuxième chose, on voit bien qu'il y a une augmentation de la propagation du virus, et donc, il faut, à la fois, travailler sur la sécurité sanitaire, et à la fois travailler pour que l'économie reprenne au mieux, donc, c'est ce qu'on essaye de faire, cette ligne de crête, ensuite, naturellement, je ne peux pas dire que je suis satisfait d'interdire tel ou tel d'exercer son activité, bon. Néanmoins…

PATRICK ROGER
Vous pensez aux bars, restaurants, notamment…

ALAIN GRISET
Bars, restaurants, bon, mais on a quand même des heures de fermeture dans lesquelles 23h-minuit, on peut penser, dans les restaurants, une grande partie, a pu être faite, bon, dans les bars, c'est vrai qu'il y a des bars qui travaillent plus tard, mais on voit bien aussi que c'est à ces moments-là où en particulier les plus jeunes peuvent attraper le virus, et ensuite, le transmettre, donc c'est une mesure, qui n'est pas une mesure agréable, mais c'est une mesure nécessaire pour éviter le développement du virus.

PATRICK ROGER
La transition écologique, là, on en parle beaucoup en ce moment, est-ce que c'est le moment pour les PME de passer à la transition écologique et d'adopter de nouvelles normes parfois, ou est-ce qu'il ne faudrait pas repousser certaines choses ?

ALAIN GRISET
Je ne suis pas sûr qu'il faille parler de normes, moi, je ne suis pas un fervent partisan de normes, je suis…

PATRICK ROGER
Oui, eh bien, on en a déjà beaucoup, effectivement…

ALAIN GRISET
Oui, c'est pour ça. Et au contraire, on essaie d'en retirer. Par contre, je pense que les PME, les TPE, les plus petites entreprises sont intellectuellement favorables à contribuer à améliorer la vie du quotidien, que donc, dans le plan de relance, il y a des moyens très importants dans ce domaine-là, donc je ne peux qu'inciter les chefs d'entreprise à utiliser ce qui existe pour améliorer leur process, et au bout du compte, de faire de leur entreprise des exemples en termes écologiques.

PATRICK ROGER
Et est-ce que vous craignez, on parle de la fermeture de BRIDGESTONE en ce moment à Béthune, c'est votre région, votre grande région là-bas, vous craignez beaucoup de conséquences comme souvent dans ces situations pour le tissu local des PME, et puis, des sous-traitants ?

ALAIN GRISET
D'abord, vous parlez de BRIDGESTONE, permettez-moi d'avoir une pensée réelle, émue pour les hommes et les femmes qui travaillent dans cette entreprise, leur famille, leur famille et tout l'écosystème qui tourne autour, quand vous avez 1.000 personnes dans une boîte qui ferme, ça sera dramatique pour la ville, pour l'arrondissement. Deuxième chose, le gouvernement ne se résout pas à entendre une fermeture aussi brutale…

PATRICK ROGER
Oui, mais qu'est-ce qu'il peut faire, mis à part, donc reculer un petit peu l'échéance, mais bon…

ALAIN GRISET
Peut-être, écoutez, on a vu par exemple à ASCOVAL, toujours dans les Hauts-de-France, que les efforts communs de la région et du gouvernement ont permis de maintenir le site d'ASCOVAL, alors qu'il y a quelque…

PATRICK ROGER
Vous espérez encore qu'on puisse maintenir ce site ?

ALAIN GRISET
Mais naturellement, sinon, si on n'espère pas, on baisse les bras.

PATRICK ROGER
Il y a des PME françaises qui pourraient s'en saisir, vous avez eu des dossiers déjà ?

ALAIN GRISET
Non, enfin, bon, ce n'est pas moi directement qui suis ce dossier, c'est ma collègue Agnès PANNIER-RUNACHER, mais je peux vous dire qu'au gouvernement, il y a une détermination totale pour essayer de trouver toutes les solutions imaginables permettant de sauver ce site et permettant d'accompagner ce territoire, les hommes et les femmes de ce territoire, qui le méritent autant que les autres.

PATRICK ROGER
Alain GRISET, le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS. Cécile.

CECILE DE MENIBUS
Oui, vous évoquiez la fermeture des discothèques, mais est-ce que vous n'avez pas peur des dérives, là, ce week-end, à Paris certains établissements ont ouvert en catimini et ils sont passés plutôt, en matière de réglementation, de bars de nuit plutôt que de discothèques, mais ça change quoi, quand on voit tout ce qui s'est passé sur les réseaux sociaux qui ont été postés ?

ALAIN GRISET
On est en France, c'est vrai qu'aujourd'hui, ceux qui sont fermés, alors, excusez-moi de la technicité, ce sont les entreprises classées P, qui sont fermées, il y en a 1.600 en France, et après, vous avez celles qui sont…

CECILE DE MENIBUS
Qui sont les discothèques ?

ALAIN GRISET
Qui sont les discothèques.

PATRICK ROGER
Les boîtes de nuit…

ALAIN GRISET
Les boîtes de nuit. Après, il y a les N, qui, en réalité, aujourd'hui ne sont pas fermées, de façon administrative, mais j'attire l'attention de ces responsables que leur responsabilité peut être très gravement engagée si jamais effectivement les gestes ne sont pas respectés et si derrière, il y a des conséquences sanitaires. Donc moi, je ne peux qu'appeler la prudence auprès de ces responsables, parce que…

CECILE DE MENIBUS
Mais il n'aurait pas fallu plutôt les encadrer en fait plutôt que de les fermer, encadrer, puisqu'il vaut mieux être encadré que définitivement fermé ?

ALAIN GRISET
Ecoutez, il y a eu des négociations, il y a eu des propositions faites par la discothèque pour essayer de trouver des solutions, il y a une décision qui a été prise par le ministère de la Santé au regard des conditions sanitaires aujourd'hui, je ne peux qu'appliquer cette décision et la faire appliquer, c'est le domaine santé qui est aujourd'hui prioritaire, et donc quel que soit ce qui a pu être proposé, la décision a été prise de ne pas les rouvrir. Donc ce qu'on a fait, moi, je les ai déjà rencontrés trois fois, c'est de mettre en place des dispositifs très particuliers pour les discothèques pour les accompagner le moins mal possible, même si je sais bien que ce n'est pas satisfaisant pour un chef d'entreprise d'entendre le fait qu'on ne va pas ouvrir.

PATRICK ROGER
Les accompagner, c'est-à-dire, c'est quoi ?

ALAIN GRISET
Financièrement, financièrement, faire sauter tous les critères bloquants pour avoir accès aux fonds de solidarité, aux cotisations sociales aux exonérations…

PATRICK ROGER
Transformation éventuellement des discothèques alors en bars ou en autres commerces…

ALAIN GRISET
Eventuellement, je leur ai dit vendredi : ceux d'entre vous, même si, encore une fois, ça ne peut pas être totalement satisfaisant, qui envisageraient de se reconvertir, l'Etat vous accompagnera dans la transformation de vos établissements. Donc on regarde tout ce qu'on peut faire, et encore une fois, en disant bien que je suis conscient que pour eux, c'est dramatique et que ce n'est pas facile.

PATRICK ROGER
Oui, les boîtes de nuit, c'est fini dans l'immédiat, quoi.

ALAIN GRISET
Dans l'immédiat, ce n'est pas fini, mais en tout cas, il n'y a pas d'ouverture prévue…

PATRICK ROGER
Ah ben, si, oui !

ALAIN GRISET
Pas d'ouverture prévue, mais après, derrière, il peut y avoir de l'espoir quand même pour l'avenir.

PATRICK ROGER
Merci Alain GRISET, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie, des finances et de la relance, chargé des PME, était l'invité ce matin de Sud Radio.

ALAIN GRISET
Merci à vous. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2020