Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à Public sénat le 15 octobre 2020, sur la politique économique du gouvernement et l'épidémie de Covid-19.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin, c'est Olivier DUSSOPT. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Ministre délégué, chargé des Comptes publics, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée par Jefferson DESPORT de Sud-ouest. Bonjour Jefferson.

JEFFERSON DESPORT
Bonjour Oriane. Bonjour Olivier DUSSOPT.

ORIANE MANCINI
Et on va bien sûr commencer par cette intervention d'Emmanuel MACRON, Olivier DUSSOPT, Emmanuel MACRON qui voulait faire un exercice de clarté, de pédagogie. Alors, on a senti dès le début de son intervention qu'il a voulu faire prendre conscience aux Français de la gravité de la situation, de la gravité de l'épidémie. Il a demandé de limiter des dîners à 6 personnes. Il a instauré un couvre-feu, mais dans le même, il dit qu'il ne limite pas les déplacements inter régions, qu'il faut aller au travail, qu'il faut continuer à aller à l'école, qu'il faut partir en vacances à la Toussaint. Est-ce que vous pensez vraiment qu'on peut y voir plus clair ce matin ?

OLIVIER DUSSOPT
Je pense qu'on y voit clair, et c'est avant tout un exercice de responsabilité et de confiance, nous sommes face à une crise qui est inédite, une épidémie qui est inédite, qui évolue et qui est dangereuse, dangereuse parce que le virus tue, dangereuse, parce que le virus se propage, qu'il circule et qu'il touche toutes les classes d'âge. Nous devons, cela a toujours été dit, apprendre à vivre avec le virus, et vivre avec le virus, c'est aussi limiter sa diffusion, et donc malheureusement, parce que. personne n'est heureux de devoir prendre des mesures de restriction, malheureusement, limiter les interactions, limiter les contacts, d'où les conseils, les recommandations, d'où aussi des mesures là où le virus est extrêmement présent, des mesures plus fortes pour restreindre un certain nombre de contacts, obliger à être chez soi et à rentrer chez soi, à ne pas être au restaurant, à ne pas être cinéma, rien qui soit agréable en réalité, mais autant de mesures qui sont nécessaires pour limiter la diffusion du virus.

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il n'est pas un peu resté dans un entre deux, est-ce qu'il n'aurait pas fallu prendre des mesures plus fortes pour éviter cette deuxième vague, qu'il dit lui-même forte…

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas, nous avons un objectif, c'est d‘éviter un reconfinement général, parce que socialement, c'est extrêmement compliqué, économiquement, c'est très dur, c'est très dur pour tout le monde, tout simplement, nous l'avons vécu, nous savons ce que cela cause, à la fois pour l'économie, mais aussi pour le moral et la santé de tous. Donc notre objectif est d'éviter ce reconfinement général, nous avons des mesures qui sont différentes d'un territoire à l'autre, nous comptons aussi sur la responsabilité des Français.

JEFFERSON DESPORT
Justement, Olivier DUSSOPT, ce couvre-feu, est-ce que ce n'est pas, là, justement la dernière étape avant le reconfinement, c'est ce qu'on a compris ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est une mesure qui est nécessaire aujourd'hui, et je le dis, je le répète, ça n'est pas une mesure agréable, ni à prendre ni à vivre, c'est une mesure nécessaire avec des chiffres qui sont extrêmement importants.

JEFFERSON DESPORT
En tout cas, là, on voit bien qu'il n'y a plus d'étape après, si ça se passe mal…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a une illustration qui montre que c'est une mesure qui est nécessaire et qui est importante, quand on voit les réactions ; les réactions politiques au niveau national des oppositions sont parfois extrêmement décalées, voire irresponsables, et puis, quand on regarde les réactions des maires concernés, je pense à la réaction d'Anne HIDALGO, par exemple, qui dit : oui, la situation est grave, et il faut accompagner la mise en oeuvre des mesures du gouvernement, celles et ceux qui sont confrontés directement à la réalité de l'épidémie, à la réalité du nombre de malades, à la circulation du virus, savent que ces mesures sont nécessaires, et savent que si on ne prend pas ces mesures, alors, on ira vers un reconfinement général. Aujourd'hui, et depuis hier, Emmanuel MACRON annonce un certain nombre de mesures, le Premier ministre avec Elisabeth BORNE, le ministre du Travail, avec Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, va annoncer cet après-midi les précisions, les modalités et les mesures d'accompagnement. Et comment nous allons, ensemble, faire face à cette nouvelle situation.

ORIANE MANCINI
Et justement, ces mesures, elles ont un coût aussi économique, vous êtes en charge des Comptes publics, vous examinez actuellement le budget. Chômage partiel pour les secteurs en difficulté a rappelé hier Emmanuel MACRON, et il dit qu'il y aura des dispositifs de soutien supplémentaires qui seront annoncés dans les prochains jours. Comment ça s'intègre dans le budget ?

OLIVIER DUSSOPT
L'Etat a toujours fait face, vous le savez, dès le début de l'épidémie, nous avons pris les dispositions nécessaires, l'année 2020 a été marquée par un fait inédit, nous avons procédé à l'examen de 3 lois de Finances rectificatives, ça n'était jamais arrivé, nous l'avons fait pour financer les dispositifs au cours de l'année 2020. Aujourd'hui, quelle est la situation, et pardon d'entrer dans la technique à la fois parlementaire et budgétaire, l'Assemblée nationale débat actuellement du projet de loi de Finances de l'année 2021, nous avons annoncé des mesures, et le président de la République a dit qu'il y aurait des mesures de soutien, d'accompagnement, notamment le chômage partiel, mais pas seulement, ça sera précisé cet après-midi…

ORIANE MANCINI
Qui seront dans le budget de 2020 ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est sur le budget 2020, et justement, où en sommes-nous du budget 2020 ? Le Parlement a adopté 3 lois de Finances rectificatives, la dernière date de fin juillet, et avec cette loi de fin juillet, nous avions prévu pour l'année 2020 des crédits pouvant aller jusqu'à 31 milliards d'euros pour le chômage partiel. Aujourd'hui, ces 31 milliards d'euros, sur ces 31 milliards d'euros, 22 ont été dépensés, ce qui signifie qu'il en reste 9 pour les deux mois et demi qui viennent, qui nous séparent de la fin de l'année 2020…

JEFFERSON DESPORT
Ça suffira, Olivier DUSSOPT ?

OLIVIER DUSSOPT
Aujourd'hui, je pense que cela peut suffire effectivement, puisque nous ne sommes pas dans la logique de confinement général que nous avons connue en avril-mai lorsque l'Etat a financé jusqu'à 11 millions, 12 millions de salaires, et donc le salaire de 11 à 12 millions de personnes. Donc je pense que cela suffit, mais j'ai eu l'occasion…

ORIANE MANCINI
Pourtant, Jean CASTEX, qui était au Sénat hier, pour les Questions d'actualité au gouvernement, il a parlé d'un budget rectificatif 4…

OLIVIER DUSSOPT
Alors, j'allais y venir, j'ai eu l'occasion de dire à l'Assemblée que quoi qu'il arrive, et quelles que soient les hypothèses, nous avons, à la fin du mois de novembre, à examiner une loi de Finances rectificative numéro 4, pas une loi de Finances rectificative numéro 4 parce que la crise est là et que nous l'avions prévue pour la crise, parce que chaque année, et vous le savez parfaitement comme journaliste parlementaire, chaque année, en fin d'année, on a une loi de Finances rectificative qui permet d'ajuster la répartition des crédits, de redonner, rendre des crédits là où il en faut pour finir l'année, au contraire, d'annuler des crédits là où ça n'a pas été consommé. Ce qui signifie que si les mesures qui ont été annoncées hier, si les mesures d'accompagnement, qui vont être annoncées cet après-midi, dans le champ social avec l'aide aux foyers les plus fragilisés, dans le champ économique, Bruno LE MAIRE aura l'occasion de préciser, les questions de chômage partiel, les questions de fonds de solidarité, les questions d'accompagnement de la trésorerie. Si ça devait être des mesures suffisamment lourdes pour que ce que nous avons prévu en PLFR 3 au mois de juillet s'avère insuffisant, alors, nous avons cette loi de Finances de fin de gestion qui nous permettra, pardon de l'expression, mais de recharger les crédits et de recharger les batteries. Nous saurons faire face, je pense que les crédits qui ont été votés par le Parlement au mois de juillet sur le fonds de solidarité pour 9 milliards d'euros, sur l'assurance chômage pour 31 milliards d'euros, sur la capacité de l'Etat à prendre des participations dans les entreprises stratégiques, pour 20 milliards d'euros, qui sont disponibles, que l'Etat peut actionner, ces crédits nous permettent de faire face et j'ai en tête, il y a maintenant un peu plus d'un mois, lorsque nous avons présenté le budget, le fait que beaucoup de parlementaires, notamment dans des groupes d'opposition, nous disaient : vous êtes un peu trop prudent sur les perspectives de croissance, sur la manière dont économiquement l'année va se terminer, on voit malheureusement qu'avec ce ressaut de l'épidémie, nous avons certainement bien fait d'être prudents, donc, nous avons les outils pour faire face, à la fois en 2020, parce que des crédits ont été votés par le Parlement et qu'en cas de besoin, nous pourrons compléter, et pour 2021, parce que le budget que nous présentons est un budget de relance, avec des outils très forts pour soutenir l'économie sur l'année 2021, à la fois en termes de baisse des impôts de production, de baisse d'impôts des Français, mais aussi des dispositifs d'accompagnement, je pense par exemple au dispositif d'activité partielle ou à la prime pour l'embauche des jeunes ; autant de choses qui sont prévues et financées dans le budget 21…

ORIANE MANCINI
Justement, on va en parler avec Jefferson, mais ce PLFR 4, dont a parlé hier Jean CASTEX, c'est le budget rectificatif classique du mois de décembre…

OLIVIER DUSSOPT
Ce qu'on appelle le collectif budgétaire, mais il peut être bien utile si nous avons besoin de recharger les crédits, on verra comment se passent les choses dans les semaines qui viennent.

JEFFERSON DESPORT
Pour rester sur la question financière, Olivier DUSSOPT, qu'est-ce que vous dites ce matin aux propriétaires, aux patrons de bars et de restaurants, qui vont être une fois encore en première ligne avec ce couvre-feu, de 21h à 6h du matin, est-ce que vous craignez des faillites, clairement, puisque le service du soir risque d'être compromis ?

OLIVIER DUSSOPT
Je leur dis deux choses, d'abord, que nous allons être à leurs côtés, comme nous l'avons fait, et il y a d'ores et déjà des dispositions qui existent, d'autres qui vont être annoncées dans les heures qui viennent, je leur dis que nous avons déjà annoncé, pas plus tard qu'avant- hier, avant l'intervention du président, mais parce que nous savons que dans certaines grandes villes, comme Paris, comme Marseille, que des mesures de restrictions ont déjà été prises depuis plusieurs semaines. Nous avons annoncé que nous allons renouveler et remettre en place les reports d'échéances fiscales et sociales, sociales du côté de l'URSSAF, fiscales avec par exemple la taxe foncière qui devait être payée au 15 octobre. Nous allons prendre des dispositions pour les accompagner, ça, c'est la première chose, parce que nous savons qu'ils en ont besoin. La deuxième chose, c'est un discours aussi de vérité, personne ne peut dire que la situation est simple, et personne ne peut dire que la situation n'aura pas de conséquences…

JEFFERSON DESPORT
Pourtant, ces professionnels-là, et le président l'a reconnu, appliquent un protocole sanitaire, Olivier DUSSOPT, alors, vous n'êtes pas ministre de la Santé, bien entendu…

OLIVIER DUSSOPT
Vous avez raison de le rappeler, mais ils appliquent un protocole sanitaire, ils travaillent, s'engagent, ils n'ont qu'une envie, je crois, c'est de vivre de leur travail et d'accueillir leurs clients, malheureusement, on sait aussi, et comme vous l'avez dit, je ne suis pas ministre de la Santé, mais je suis encore moins scientifique, mais on sait qu'il y a un certain nombre de risques, parce qu'il y a des interactions, parce que l'on se retrouve, parce qu'on est – ce n'est pas la faute des restaurateurs, ni des cafetiers – dans une forme de proximité qui peut malheureusement être un terrain de contamination. Mais il y a des risques qui justifient…

JEFFERSON DESPORT
Pourtant, on a beaucoup parlé de la sphère privée hier soir, Olivier DUSSOPT…

OLIVIER DUSSOPT
Aussi. Aussi, mais, pardonnez-moi, évitez d'être binaire, l'un n'est pas exclusif de l'autre. Et malheureusement, l‘un n'est pas exclusif de l'autre, et si nous savions exactement que le virus ne s'attaquait, si je puis dire, aux personnes que dans un lieu et un endroit, la situation serait certainement plus facile à affronter. Donc oui, c'est compliqué, oui, c'est difficile parce qu'il est hors de question de se mettre la tête dans le sable et de dire : tout va bien parce que ce que nous avons permettra à tout le monde de s'en sortir de manière indemne, par contre, faire le maximum pour accompagner, mettre en place des leviers et des outils, nous l'avons fait, nous allons continuer à le faire, je le répète, dans les heures qui viennent, nous aurons à informer à la fois les Français, mais aussi les parlementaires, c'est le rôle de la représentation nationale que de contrôler l'action du gouvernement, des nouvelles mesures qui seront prises.

ORIANE MANCINI
Et Jefferson, on va parler des mesures annoncées hier pour les plus précaires.

JEFFERSON DESPORT
Oui, parce qu'il va y avoir des aides pour les familles les plus pauvres, pour les plus démunies, là encore, on parle beaucoup du RSA, avec une question : est-ce que vous attendez que les départements viennent au soutien de l'État

OLIVIER DUSSOPT
Les départements sont engagés et exercent leurs compétences…

ORIANE MANCINI
Mais ces aides exceptionnelles annoncées hier, elles seront financées par qui ?

OLIVIER DUSSOPT
Je vais y venir. Leurs compétences aux départements, pour les départements, c'est à la fois de gérer le RSA, l'insertion, de le verser, il y a des débats sur les clés de financement qui datent depuis 15 ans et sur lesquels nous travaillons encore, la compétence des départements, c'est aussi une compétence d'action sociale, et beaucoup d'entre eux, la plupart, le font, ils le font avec leur priorité politique, et c'est la démocratie qui veut cela. Et puis, il y a ce que l'Etat peut faire, le président de la République a annoncé hier que les ménages les plus fragiles, bénéficiaires des minima sociaux ou bénéficiaires d'APL avec des enfants, auraient, dans les semaines qui viennent, une prime pour les aider à traverser cette période difficile et qui pèse sur tout un chacun. Nous avons déjà procédé à cela, et donc, nous allons le refaire, nous avons procédé à cela avec des lois de Finances rectificatives que j'ai évoquées entre le mois de juin et le mois de juillet. C'est un coût d'à peu près un milliard d'euros, un petit peu moins d'un milliard d'euros, c'est l'Etat qui prend en charge, c'est l'Etat qui prend en charge et qui l'a payé, comme nous l'avons payé à la fin du printemps, et donc au début de l'été, ça fait partie des mesures qui vont aider les ménages à traverser cette crise…

JEFFERSON DESPORT
Donc les départements ne seront pas sollicités sur ce terrain-là ?

OLIVIER DUSSOPT
Comme au mois de juillet, et nous avons, ça me permettra de faire une parenthèse, mais nous avons voulu mettre en place cette aide, parce que la France est le pays, ce n'est pas nous qui le disons, c'est l'OCDE, qui a le mieux protégé le pouvoir d'achat des salariés, qui a le mieux protégé les salaires notamment grâce au chômage partiel et la prise en charge à 100%. Mais nous savons aussi qu'il y a beaucoup de familles, soit éloignées du travail, et allocataires des minima sociaux, soit, bénéficiaires d'APL, avec des niveaux de rémunération qui ne permettent pas d'être confortables, c'est le moins qu'on puisse dire, et qui, dans une période de confinement, dans une période de crise, parce que l'activité a ralenti, peuvent rencontrer des difficultés, nous voulons les aider. Et les collectivités, puisque vous parlez des départements, sont aussi accompagnées par l'Etat, nous avons mis en place des dispositifs, qui n'ont jamais existé, de garantie du niveau des recettes par rapport à la moyenne 2017, 2019, mais c'est un filet de sécurité qui n'a jamais existé, nous avons renforcé les moyens d'investissement, et les collectivités locales ont, comme l'ensemble des acteurs de l'économie française, à connaître une forme de dégradation, elle est moins importante que celle que connaît l'Etat, moins importante, et bien moins importante que celle que connaît la Sécurité sociale, mais nous avons fait ce choix de les soutenir, car leur action au quotidien est importante…

ORIANE MANCINI
Pourtant, elles sont inquiètes, vous les entendez, vous entendez ces associations d'élus dire leur inquiétude sur le budget, dire leur inquiétude sur l'autonomie financière…

OLIVIER DUSSOPT
Tout le monde est inquiet, tout le monde est inquiet, et c'est normal, par contre…

ORIANE MANCINI
Mais vous dites, elles n'ont pas de raisons d'être inquiètes ?

OLIVIER DUSSOPT
Les collectivités locales, je le répète, dans les lois de Finances rectificatives, que nous avons votées, nous avons mis en place des garanties de recettes pour les recettes de fonctionnement, nous avons mis en place des soutiens supplémentaires à l'investissement, un milliard d'euros sur la dotation de soutien à l'investissement local, la loi de Finances pour 2021, que le Parlement examine actuellement, garantit, comme depuis que, Emmanuel MACRON a été élu, le maintien des dotations de fonctionnement, au même niveau que les années précédentes et le renforcement de l'investissement, et pour ce qui concerne les questions d'autonomie, à chaque fois que nous aidons les entreprises en diminuant les impôts, nous compensons les collectivités, et avec une compensation qui est dynamique, ce qui n'a jamais été le cas précédemment. Que des collectivités puissent rencontrer des difficultés, parce que certaines communes, très touristiques, ont perdu la taxe de séjour, parce que certaines communes, certaines collectivités, qui perçoivent de la cotisation sur la valeur ajoutée, savent que le ralentissement de l'activité économique va se traduire par une forme de tassement, je peux l'entendre, mais nous estimons que la baisse des recettes des collectivités locales au cours de l'année 2020 va être extrêmement mesurée, extrêmement modérée, peut-être 3%, 2,5%, sans commune mesure avec l'Etat, que si cela représente un coût de 3 ou 4 milliards pour l'ensemble des collectivités, ce qui est beaucoup, il faut avoir en tête que pour l'Etat, c'est plus de 120 milliards, le coût uniquement pour 2020, et sans compter les nouvelles mesures que nous allons annoncer.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler justement de ce budget 2021, que vous examinez en ce moment même à l'Assemblée, un budget évidemment particulier, avec une dette et un déficit record, mais particulier aussi, puisque la crise sanitaire va durer, au moins jusqu'à l'été 2021, a dit Emmanuel MACRON. Du coup, est-ce que vous êtes un ministre des Comptes publics serein pour l'année prochaine ou est-ce que vous naviguez à vue sur ce budget ?

OLIVIER DUSSOPT
Je suis avant tout un ministre des Comptes publics concentré et en responsabilité, le budget 2021, il a plusieurs caractéristiques, c'est d'abord le budget de la relance, puisque c'est le vecteur principal du plan de relance à 100 milliards d'euros pour les 2 ans, c'est un budget d'engagements tenus, nous nous finançons nos priorités, nous donnons plus de moyens aux ministères régaliens, avec une augmentation des crédits pour l'Intérieur, pour la Justice, avec une augmentation inédite pour la Justice, pour les Armées, nous continuons à augmenter des crédits pour l'avenir ; quand je dis avenir, c'est l'Education nationale, la Recherche, la Transition écologique, et nous devons le faire en ayant en tête que, certes, il y a une relance, que nous la finançons, 100 milliards d'euros, c'est là aussi inédit, mais que pour tout ce qui relève des politiques ordinaires, des missions classiques, avec les priorités que j'ai évoquées, il faut aussi penser à l'avenir, penser que demain, il faut avoir des comptes publics qui soient en bon état, avoir une trajectoire de comptes publics qui soit crédible, parce ce qu'aujourd'hui, l'effort incroyable que l'Etat fait pour faire face à la crise, 100 milliards, 100 milliards d'euros de relance, et, au total, 400 milliards engagés pour la réponse à la crise, un peu plus de 120 milliards de crédits purs et durs, et ensuite, des garanties d'emprunt.. Cet effort, nous pouvons le faire parce que nous sommes crédibles, et parce que les marchés financiers, sur lesquels nous nous finançons tous les jours, nous font confiance et nous permettent d'emprunter encore aujourd'hui avec des taux particulièrement…

ORIANE MANCINI
Mais jusqu'à quand, il est soutenable jusqu'à quand ce quoi qu'il en coûte ?

OLIVIER DUSSOPT
Justement, c'est là où il faut être particulièrement vigilant, ma responsabilité, c'est de faire en sorte que les crédits, que nous engageons pour répondre à la crise qui sont nécessaires, et vraiment, on tape très fort, on n'a jamais engagé autant d'argent pour répondre à la crise, soient des crédits qui soient ponctuels, c'est-à-dire qu'on répond à la crise, mais ça ne veut pas dire que la dépense que nous faisons pour répondre à la crise, l'Etat va la garder, j'allais dire, la traîner, mais ça aurait été vulgaire, pendant des années et des années et des années, il ne faut pas sédimenter la dépense publique, il ne faut pas faire en sorte que ce que nous dépensons pour répondre à la crise devienne une dépense obligatoire tous les ans, parce que sinon, ce seront nos enfants et nos petits-enfants qui hériteront de ce boulet et de ce fardeau, ça a été le cas tout le temps dans le passé. Et c'est comme ça aussi qu'on est crédible, il y a une autre manière de rester crédible, c'est de continuer à réformer, de continuer à faire des économies quand on peut faire des économies sans remettre en cause la qualité du service public, c'est à la fois…

ORIANE MANCINI
Alors, vous allez les faire où, ces économies ? Jean CASTEX, il dit : pas de hausse d'impôts, pas de hausse d‘impôts…

OLIVIER DUSSOPT
Aucune hausse d'impôts…

ORIANE MANCINI
Jusqu'à la fin du quinquennat…

JEFFERSON DESPORT
Donc vous continuez çà dépenser, mais il n'y a pas de hausse d'impôts…

ORIANE MANCINI
A un moment, il va bien falloir trouver des économies, est-ce que vous allez vous attaquer à l'épargne des Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous ne voulons pas de hausse d'impôts, car nous considérons qu'on ne répond pas à la crise en augmentant les impôts, ça a été fait avant. Le quinquennat Nicolas SARKOZY…

ORIANE MANCINI
Mais ça, on a bien compris, pas de hausse d'impôts, est-ce que vous allez vous attaquer à l'épargne des Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Le quinquennat de Nicolas SARKOZY, c'est presque 50 milliards d'euros de hausses d'impôts après la crise de 2008, 2009, le début du quinquennat précédent, c'est 30 milliards d'euros d'impôts en 2 ans, nous ne voulons pas de hausse d'impôts, parce que nous pensons que pour répondre à la crise, il faut relancer l'activité, que plus on a de la croissance, plus on crée de la richesse, plus on crée de la richesse, sans augmenter les impôts, plus on a des recettes pour faire face à la crise, ça n'empêche pas de faire des économies. Je suis, avec Bruno LE MAIRE, à la tête d'un ministère qui fait des économies, qui se réorganise, le prélèvement à la source, c'est une économie, et la Direction générale des finances publiques continue de se restructurer, nous avons demandé à un certain nombre d'opérateurs de l'Etat de se restructurer aussi. Au 1er janvier, nous allons faire en sorte que les APL soient versées en fonction du revenu des ménages, pas du revenu d'il y a 2 ans, mais du revenu au moment où ils les touchent, ça sera plus juste, plus efficace, et ça permet aussi des économies de fonctionnement…

ORIANE MANCINI
Pardon, Olivier DUSSOPT, mais Jefferson, juste… on a une dette, on a une dette à 116% du PIB, on a un déficit à plus de 6% du PIB…

OLIVIER DUSSOPT
A 10% même, 10% pour 2020…

ORIANE MANCINI
Oui, enfin, à 6 % pour 2021…

OLIVIER DUSSOPT
Et 6,7%…

ORIANE MANCINI
… A priori, mais enfin, c'est votre chiffre dans le budget…

OLIVIER DUSSOPT
C'est notre objectif…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ça va suffire de réorganiser l'Etat ?

OLIVIER DUSSOPT
Réorganiser, ça compte, faire en sorte surtout, et c'est là, le point le plus important, pardon, parce que c'est la technique budgétaire, mais si ce budget , si ce déficit, pardon, est aussi important en 2020 et en 2021, c'est pour deux raisons, la première, c'est que nos recettes ont baissé, quand il y a arrêt de l'activité, il y a un arrêt de la production de richesses, et donc les impôts, les taxes qui sont collectées sr la richesse diminuent, par ailleurs, nous avons aidé l'économie en reportant ,et parfois en annulant des cotisations sociales ou des échéances fiscales, ce sont des recettes en moins, les administrations publiques dans leur ensemble en 2020 perdent 70 milliards d'euros de recettes. Et dans le même temps, nous faisons des dépenses supplémentaires, forcément, ça augmente le déficit. L'enjeu, c'est de relancer la machine pour faire en sorte que nous puissions retrouver nos niveaux de recettes sans augmenter les impôts, et l'enjeu, c'est de faire en sorte que les dépenses que nous faisons pour répondre à la crise soient des dépenses qui soient efficaces, qui soient ciblées, mais qui ne soient pas durables dans le temps, de manière à ce que, après la crise, nous retrouvions le niveau et la trajectoire de finances publiques que nous avions avant.

JEFFERSON DESPORT
Alors justement, Olivier DUSSOPT, avant que la crise, là, du Covid ne frappe la France, la dépense publique était assimilée à de l'endettement, aujourd'hui, on parle d'investissement dans le gouvernement, ce glissement sémantique, comment on le traduit, c'est un tournant dans ce quinquennat, on redécouvre les vertus de l'Etat ?

OLIVIER DUSSOPT
Dans la dépense publique, il y a tout, et on n'a attendu personne pour redécouvrir les vertus de l'Etat, au contraire…

JEFFERSON DESPORT
Au départ de ce quinquennat, le mantra, c'était les 3% de Bruxelles de déficit, aujourd'hui, ces 3% ont été envoyés par-dessus bord…

OLIVIER DUSSOPT
Le mantra des 3%, pour reprendre votre expression, c'est un mantra évoqué par tout le monde depuis 20 ans, mais nous sommes les seuls à l'avoir tenu, là, c'est une réalité. Aujourd'hui, l'Union européenne, elle-même, la Commission a suspendu les règles pour permettre aux Etats de faire face à la crise, il n'y a pas que la France qui est touchée par ce virus, tout le monde est touché, nous, nous disons, nous répond que lorsqu'on met de l'argent pour le chômage partiel, ça permet de sauver des emplois, ça permet de préserver les revenus, ça permet de maintenir les compétences dans les entreprises, parce qu'il n'y aurait rien de pire, c'est ce qui s'est passé en 2008, 2009. Et c'est ce qui a fait la différence avec l'Allemagne d'ailleurs. Il n'y aurait rien de pire que les entreprises soient obligées de licencier massivement, et que dans 6 mois dans 1 an, au moment de la reprise, elles soient coincées, parce qu'il leur faudrait à nouveau recruter et retrouver des compétences qu'elles auraient perdues après les avoir licenciées.

JEFFERSON DESPORT
Mais est-ce que l'idée, ce sera de revenir à ces 3% à un moment ou à un autre ?

OLIVIER DUSSOPT
Donc ça, c'est un investissement, ça, c'est un investissement. Le retour à 3%, ça ne sera pas en 2022, nous le savons, nous le savons parce que le déficit qu'on a évoqué il y a un instant, la réponse à la crise nécessite qu'il y ait un peu de temps. Nous devons reconstruire une trajectoire pluriannuelle. Est-ce que les 3%, c'est 2025, est-ce que c'est avant, est-ce que c'est après. Plus c'est tôt, plus il faut faire des efforts pour y arriver. Et cette décision, cette trajectoire, nous ne pourrons pas la construire seuls, je pense qu'il faut la construire avec tout le Parlement et avec toutes les forces politiques, parce que s'engage l'Etat. Ça engage le pays sur des années et des années. Et puis, il faut aussi le reconstruire dans un cadre européen. La Commission européenne a, et c'est une bonne mesure, décidé de suspendre l'application des traités, notamment sur les 3% de déficit, sur les 60% d'endettement, en considérant qu'à circonstances exceptionnelles, il faut des réponses exceptionnelles prévues par les traités, et que les Etats devaient être en capacité de répondre. Récemment, la Commission a décidé de prolonger la période de suspension, il faut que l'on voie avec elle, que tous les Etats membres voient avec elle, à partir de quel moment, ces clauses vont rentrer à nouveau en vigueur. Et il faut que ce soit progressif, puisque nous ne sommes – je le répète – pas les seuls, loin s'en faut, à avoir un déficit comme jamais, un déficit exceptionnel en 2020 et encore en 2021, et donc évidemment, lorsque vous avez des déficits moyens qui sont aussi élevés, on n'y revient pas du jour au lendemain…

ORIANE MANCINI
Olivier DUSSOPT, il nous reste peu de temps, un mot sur les impôts de production, il y a une baisse de 10 milliards des impôts de production qui est qui est prévue dans ce budget, la question des contreparties se pose, Bruno LE MAIRE dit : il n'y aura pas de conditions à la baisse des impôts de production, mais cette question des contreparties, elle se pose jusque dans vos rangs, il y a une mission trans-partisane qui a été créée à l'Assemblée, la trans-partisane, c'est-à-dire également avec des députés de La République En Marche, d'ailleurs, la rapporteur de cette mission est une députée de La République En Marche ; est-ce que vous leur dites : vous allez travailler pour rien, ou est-ce que la question des contreparties, elle sera intégrée dans la seconde lecture de ce budget ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord, un mot pour dire que la baisse des impôts de production, c'est une nécessité, puisque les impôts de production en France sont trois fois supérieurs à la moyenne européenne, et nous avons fait le choix de baisser deux impôts, non pas pour le plaisir de baisser ces deux impôts en particulier, mais en baissant ces deux impôts, nous permettons un bénéfice maximum pour les entreprises de taille intermédiaire et les petites et moyennes entreprises qui sont celles qui créent de l'emploi, que l'on veut relocaliser, et tout particulièrement dans le secteur de l'industrie et de l'industrie manufacturière, c'est-à-dire la production de richesses, c'est ciblé, et ça s'inscrit dans une logique de souveraineté industrielle et de relocalisation des activités sur le territoire. Ensuite, se pose la question des contreparties de manière générale dans le plan de relance. La plupart des mesures ont des contreparties, la prime à l'embauche des jeunes, si vous n'embauchez pas un jeune, vous n'avez pas la prime, pareil pour l'apprentissage, quand on baisse les impôts, on les baisse pour tout le monde, ça ne peut pas être entreprise par entreprise, nous travaillons aujourd'hui, avec la majorité, avec les députés de la majorité parlementaire, pour voir comment nous pouvons demander aux entreprises en général des engagements, sur la question du dialogue social, de l'information des instances sur l'utilisation des aides et le bénéfice de ces aides, sur la question de l'égalité entre les femmes et les hommes à la tête des grandes entreprises, ou encore, sur une trajectoire en matière d'émissions de gaz à effet de serre, nous travaillons en bonne intelligence avec la majorité. Et ce budget sera l'occasion…

ORIANE MANCINI
Et ça veut dire que, concrètement, il y aura plus de contreparties lors de la seconde lecture ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous pensons que les contreparties doivent être vues à un niveau général, si c'est prêt avant la deuxième lecture et qu'on peut le faire en première lecture, c'est très bien…

ORIANE MANCINI
Mais il y aura plus de contreparties ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais nous continuons à travailler, par contre, nous ne voulons pas une usine à gaz, nous ne voulons pas faire en sorte que trop de conditions tue la condition, et que trop de conditions tue la relance que nous voulons mettre en oeuvre…

ORIANE MANCINI
Mais il y en aura, y compris dans cette première lecture…

OLIVIER DUSSOPT
Mais notre priorité absolue, c'est la relance, sauver l'économie, sauver les emplois, et créer de la richesse pour que ce pays puisse sortir de l'ornière et sortir de la crise dans laquelle il est plongé.

ORIANE MANCINI
Et la dernière question pour Jefferson.

JEFFERSON DESPORT
Une dernière question politique, Olivier DUSSOPT, vous avez rejoint le mouvement Territoires de Progrès avec Jean-Yves LE DRIAN. Est-ce que l'aile gauche de la Macronie est en train de se structurer ?

OLIVIER DUSSOPT
Je l'ai un peu plus que rejoint, puisque, avec Jean-Yves, nous avons participé à sa création…

JEFFERSON DESPORT
Avec Gilles SAVARY, l'ex-député de Gironde…

OLIVIER DUSSOPT
Avec un ami, Gilles SAVARY, effectivement, et plus plusieurs autres. La Macronie, comme vous dites, et je n'aime pas ce terme, mais la majorité présidentielle et le mouvement autour d'Emmanuel MACRON, c'est un mouvement de dépassement des clivages et de rassemblement d'hommes et de femmes qui viennent de tous les horizons…

JEFFERSON DESPORT
Enfin, là, c'est plutôt… de gauche…

OLIVIER DUSSOPT
Avec Jean-Yves LE DRIAN, avec les amis de Territoires de Progrès, on va faire en sorte que tous les socio-démocrates et les progressistes de la majorité puissent parler ensemble, nous voulons surtout faire en sorte que tous les socio-démocrates et les progressistes en France, qui souhaitent aider à la réussite du quinquennat, qui souhaitent aider le pays, qui souhaitent participer à la réélection d'Emmanuel MACRON, puissent nous rejoindre et élargir la majorité, et c'est ainsi que nous travaillons.

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Olivier DUSSOPT d'avoir été avec nous ce matin. Merci Jefferson.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 octobre 2020