Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à BFM Business le 19 octobre 2020, sur le plan de relance économique, la simplification administrative et le télétravail dans la fonction publique.

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Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est 08h18, et mon invitée, c’est la ministre qui vaut 100 milliards, celle chargée par Emmanuel MACRON de faire en sorte que les 100 milliards du plan de relance soient bien dépensés par les ministres. Bonjour Amélie de MONTCHALIN. Déjà, je vais vous demander comment vous allez, puisque vous êtes cas contact ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, je dois m’isoler quelques jours, mais je vais très bien, et j’ai été testée négative. Donc je travaille, comme beaucoup de Français, en télétravail aujourd’hui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes en télétravail avec nous. Pardon pour l’effet écho, on a un peu de mal avec la liaison sonore, mais en tout cas, on vous entend bien. Christine LAGARDE qui enjoint les Européens à déclencher au plus vite possible le plan de relance pour que dès début 2021, l’argent aille dans l’économie, car l’économie va mal, dit Christine LAGARDE, avec ce reconfinement, ce couvre-feu. La croissance, la reprise s’essouffle. Vous aussi, Amélie de MONTCHALIN, vous êtes chargée par le gouvernement de faire dépenser les 100 milliards par les ministres.

AMELIE DE MONTCHALIN
On a un objectif collectif qui est que ces 100 milliards, ce ne soit pas juste, voyez, une ligne dans le budget, mais que ça soit bien une réalité pour toutes nos entreprises, pour tous nos élus, pour tous nos territoires, et que dès le 1er janvier, ce soit réel, tangible. Dans toutes les entreprises, quand on a un nouveau projet, on réorganise ses forces, et donc nous avons pris la décision d’amener du renfort au plus près du terrain, notamment avec des sous-préfets à la relance qui seront déployés dans tous les départements, parfois, ce seront des gens déjà bien connus des élus et des entreprises, qui prendront cette charge pour être le point de contact unique des élus et des entreprises, et parfois, ce seront des nouvelles personnes qu’on amène, voilà, sur le terrain. On a ouvert avec Gérald DARMANIN les candidatures la semaine dernière pour s’assurer qu’on ait des personnes, voilà, prêtes à aller animer des projets de territoire, aller échanger avec les élus, aller échanger avec les entreprises. Notre objectif, et c’est le mien, c’est que dans tous les départements où je me déplace semaine après semaine, nous nous organisions pour que, élus, entreprises, citoyens, services de l’Etat au plus près du terrain, nous soyons en capacité de faire que ces projets, cette relance, deviennent réalité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais Amélie de MONTCHALIN, vous savez, c’est souvent dans le détail, dans la mise en oeuvre des plans ou des lois du gouvernement que ça pose un problème, regardez l’OFCE, qui dit que le plan de relance mis en place en 2020, 100 milliards, ne fera pas de miracle, en tout cas, pas en 2021, dit l’OFCE, du fait de la multiplicité des mesures qu’il contient, de l’étalement dans le temps, et du délai nécessaire à la mise en oeuvre. L'OFCE qui dit : en vérité, ça ne fonctionnera peut-être qu'au mieux en 2022.

AMELIE DE MONTCHALIN
Tout notre objectif, c’est effectivement qu'on simplifie en parallèle qu'on relance, tous les entrepreneurs, tous les élus de notre pays le savent, on a souvent des procédures sur le terrain qui sont longues, c'est-à-dire qu'on est d'accord pour le faire, mais entre le moment où on est d'accord et le moment où ça se passe, il y a du temps. L'objectif avec le gouvernement, et ça a été mon action, là, depuis maintenant trois mois, de manière extrêmement résolue, c’est que nous puissions s'assurer que les décisions sont prises sur le terrain et qu'on arrête de dire aux gens : on est d'accord, mais vous savez, pour être vraiment sûr, il faut que le dossier remonte à Paris, on a voté une loi de simplification, a été votée une loi de simplification, il y a quelques jours maintenant à l'Assemblée, qui permet que 99 % des décisions administratives individuelles qui peuvent concerner les sujets pour les entreprises comme les brevets, comme les installations industrielles, comme des projets même d'urbanisme se prennent au niveau local, ça veut dire qu'on remet des interlocuteurs en face des entreprises, en face des élus, là où ils sont, et on évite de faire que ça soit très long, parce qu’il y a des allers-retours administratifs qui, objectivement, ne se justifient pas, la simplification, c'est aussi ces sous-préfets à la relance qui vont l’amener, quand vous avez quelqu'un en face de vous qui peut s’assurer que l’argent est bien dépensé concrètement, eh bien, ça va aller beaucoup plus vite, et ça va nous permettre aussi d'identifier si des choses doivent être changées dans la loi, dans les règlements tout de suite, ce qui doit l'être, pour que, je le répète, ce plan de relance, il soit bien en capacité de créer des emplois, de relancer notre pays, de reconstruire aussi un Etat compétitif qui réussit sa transition écologique, et qui forme des Français pour que, voilà, on se remette dans une dynamique positive, alors qu’on sait que la crise sanitaire est très dure pour tout le monde.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce qu’à un moment donné, il ne faut pas un peu se poser, Amélie de MONTCHALIN, et regarder quel est l'impact des lois qui ont été votées sur les entreprises, sur les citoyens, parce qu'on accumule, on empile des lois, et en fait, on ne regarde jamais dans le rétroviseur quel est leur effet ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on fait beaucoup de travail, et vous savez que c'est un combat, moi, je l'ai mené dès que j'étais députée, dès 2017, d'évaluation, on cherche justement à ne pas rajouter de la norme ou rajouter la complexité, c'est aussi une question vraiment de mise en oeuvre sur le terrain, vous savez, aujourd’hui, moi, je suis persuadée d’une chose, les lois, en elles-mêmes, ne posent pas tellement de problème, ce qui est difficile, c'est leur mise en oeuvre, et quand on empile des procédures, c'est pour ça que tout l'objectif, avec le Premier ministre, cette année, c’est la première fois que ça arrive depuis 15 ans, on a laissé des fonctionnaires sur le terrain, dans les préfectures, dans les sous-préfectures… l'Etat déconcentré dans l'Etat territorial, et on a, du coup, réorganisé nos forces pour qu’on ait des agents publics en première ligne, agents de la relance là où sont les entreprises, là où sont les élus, plutôt que d'avoir des gens qui font la norme en plus à Paris…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais Amélie de MONTCHALIN, concrètement, nous, on a des entrepreneurs, par exemple, dans la rénovation des bâtiments qui nous disent : en fait, on ne va même pas déclencher Ma Prime Rénov’, c'est tellement compliqué à obtenir qu'on préfère, à la limite, faire un petit geste commercial pour encourager les Français à rénover leur bâtiment, leurs fenêtres, leur chauffage, plutôt que d'aller chercher les mécanismes de l'Etat qui sont trop compliqués.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est exactement cette démarche-là qu'il faut qu’on travaille, c'est si les professionnels sur le terrain nous font remonter que telle ou telle procédure n’est pas viable, n’est pas réaliste, est trop longue, il faut qu’on soit en capacité de nous réorganiser. C’est tout mon enjeu, c’est que, vous savez, les premières victimes des lourdeurs, avant même les entreprises, c’est les agents publics, les agents publics, ils ont comme mission et comme volonté, comme vocation, d'apporter des solutions aux Français, c’est avec eux et avec les entreprises et avec les citoyens que nous améliorons les choses, on le fait notamment dans le domaine du numérique, je pense notamment à ce qu’on va faire sur le guichet unique des formalités pour les entreprises, ce qu’on va faire en rapprochant les paiements fiscaux et sociaux, on est en train de travailler, voyez, non seulement de notre côté, administration, et on travaille toujours, toujours, avec les entreprises, mais la simplification, il y a deux manières de le faire, soit on le fait par les grands tableaux de bord à Paris, et ensuite, on se félicite nous-mêmes d’avoir simplifié des choses que les Français, que les entrepreneurs ne voient pas, soit, on le fait avec les citoyens, on le fait avec les entreprises, on le fait en étant vraiment spécialisé, concentré sur ce qui est le plus irritant, sur ce qui est le plus long. Et ce que je veux rajouter, c’est que moi, je mets les moyens, dans le plan de relance, j’ai obtenu plus de 500 millions d’euros pour faire de la mise à niveau numérique, à la fois des outils de travail des agents, mais aussi des démarches numériques elles-mêmes, et enfin, des collectivités. Parce qu’on voit bien que par le numérique, on doit pouvoir automatiser beaucoup de choses, d’ailleurs, on l’a vu pendant le confinement, les prêts garantis de l’Etat, les fonds de solidarité, ça s’est déployé très vite, parce qu’on a fait du numérique efficace.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous êtes aussi ministre de la Fonction publique, vous l'avez rappelé, Jean CASTEX, le Premier ministre, qui préconise 3 jours de télétravail par semaine dans la Fonction publique, est-ce que ce n'est pas beaucoup, sachant que, en plus, vous rémunérez les fonctionnaires qui sont en télétravail de la même manière, est-ce qu’on n’en fait pas trop en matière de télétravail dans la Fonction publique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, on va reprendre les choses séquentiellement, le télétravail pour des gens qui sont bien équipés, c’est-à-dire qui ont le matériel pour le faire et qui peuvent effectivement remplir leur mission de chez eux comme au bureau, aujourd'hui, on le préconise de manière impérative dans les métropoles, 2 à 3 par semaine, ça ne peut pas concerner tout le monde par définition, puisque nous avons en parallèle la même obligation que les Français connaissent de continuité du service public ; aujourd'hui, je veux vraiment le dire, il n’y a pas d’agent public aujourd’hui qui serait en chômage partiel, on a, à l’inverse, des agents publics qui mettent les bouchées doubles, parce qu'il y a, à la fois, le retard du confinement qui a pu être pris dans certains domaines à rattraper, plus la relance à déployer. Donc on est aujourd'hui extrêmement mobilisé, les agents publics travaillent énormément, on a doublé le nombre d'agents publics qui peuvent travailler chez eux dans de bonnes conditions, contrairement à ce qui était le cas au mois de mars, donc c’est aussi un effort massif qu’on fait. Mais je suis bien d'accord avec vous, tous les agents publics, et nous tous, partageons l’objectif d’avoir un service public extrêmement efficace dans cette période, parce que nous le voyons, les entreprises, les citoyens, parce que c’est la relance, parce que la crise sanitaire reprend, nous devons être tous sur le pont ; c’est la réalité. Et moi, je ne veux pas qu’on oppose, voyez, les Français entre eux, les systèmes entre eux, les obligations, qui ne sont pas la même chose, et l’astreinte de continuité de service public, elle est vraiment très forte pour les agents publics.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une question parce qu’elle divise le gouvernement, est-ce qu'il faut continuer à La République En Marche d'être le parti de la réforme, est- ce qu'il faut par exemple relancer la réforme des retraites en décembre, comme c'est prévu, ou bien, est-ce que, compte tenu de la crise, il faut mettre tout ça entre parenthèses et être plutôt le parti du conservatisme et de panser les plaies des Français ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous ne serons pas et nous ne sommes pas le gouvernement qui met les réformes sous couvre couvre-feu, nous poursuivons extrêmement activement déjà le déploiement de toutes les réformes que nous avons votées depuis 3 ans, moi, je publierai dans les prochaines semaines un baromètre de nos résultats département par département, de ce qui a le plus d'impacts dans la vie des Français, les entreprises. Et par ailleurs, évidemment que sur le sujet des retraites, nous continuons à travailler, vous l'avez vu, le Premier ministre, Bruno LE MAIRE, le président de la République lui-même, continuent bien sûr de préparer le terrain, le calendrier sera fixé un peu par les événements, aujourd'hui, la priorité, c'est la relance, mais nous ne sommes pas un gouvernement qui renonce à réformer. La crise sanitaire, d’une certaine manière, nous oblige à accélérer le plan de relance, nous permet d'ailleurs d'accélérer beaucoup de réformes, beaucoup de plans que nous avions lancés. Et mon rôle, c’est de m’assurer que dans tous les départements, pour tous les Français, pour toutes les entreprises, tout cela devient réel, concret, et je publierai les résultats. C’est une demande du président de la République, parce que pour qu’il y ait confiance démocratique, pour qu'il y ait confiance politique, il faut que ce qu'on dit puisse être mesuré dans les faits.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci Amélie de MONTCHALIN, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, d’avoir été ce matin l'invitée de "Good Morning Business".


source : Service d’information du Gouvernement, le 20 octobre 2020