Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à BFM TV le 16 octobre 2020, sur la politique économique du gouvernement face à l'épidémie de Covid-19.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être là. Hier matin le directeur général de la santé devait être à votre place, il n'a pu venir, j'ai eu l'explication une heure plus tard, je voudrais donner toutes ces explications à toutes celles et ceux qui nous regardent ou qui nous écoutent, perquisition à son domicile et dans son bureau, Olivier VERAN, Edouard PHILIPPE, Agnès BUZYN, d'autres perquisitions à la demande de la commission d'enquête de la Cour de justice de la République, enquête sur la gestion de la crise du coronavirus. Le garde des Sceaux n'a pas été mis au courant de ces perquisitions qui sont intervenues entre l'intervention télévisée du président de la République et la conférence de presse d'hier après-midi, perquisitions qui viennent brouiller la communication du gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
C'est une question ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Est-ce que ces perquisitions sont venues brouiller.

BRUNO LE MAIRE
Ma réponse est clairement non ? Je pense que les Français savent faire le partage entre ces perquisitions et ce que nous avons annoncé pour eux comme réponse notamment économique aux difficultés supplémentaires liées aux restrictions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hasard ou volonté des juges ?

BRUNO LE MAIRE
Vous leur poserez la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez un doute, non, je dis ça comme ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne vais pas… Vous savez j'ai déjà beaucoup de travail dans la journée pour ne pas aller sonder l'esprit des juges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les juges grondent contre le Garde des Sceaux.

BRUNO LE MAIRE
Il y a un principe de séparation des pouvoirs auquel je me tiens strictement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon Bruno LE MAIRE, regardons les mesures qui ont été annoncées pour lutter contre le coronavirus, je ne vais pas entrer dans toutes les mesures, je vais simplement commencer avant de parler de votre secteur et de l'économie, je voudrais vous poser deux questions. Est-ce que les jeunes sont les principaux responsables de la progression du virus parce qu'il y a des vérités à dire qu'on ne dit pas toujours ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne suis pas épidémiologiste, ce que je sais en revanche, c'est que les jeunes sont très touchés par la crise économique. Ceux qui sont aujourd'hui les plus angoissés parce qu'ils rentrent sur le marché du travail, je le vois d'ailleurs avec mes propres enfants, ils se disent, est-ce que je vais trouver un stage, est-ce que j'ai trouvé une place d'apprenti ? J'étais il y a quelques jours à Verdun, j'ai rencontré un certain nombre de jeunes, ils m'ont tous se poser la question, est-ce qu'on va trouver une place en apprentissage, est-ce qu'on va trouver un CDD, est-ce qu'on va trouver une place d'intérim, comment est-ce qu'on va rentrer sur le marché du travail ? Donc il y a beaucoup de désarrois, beaucoup d'inquiétudes chez les jeunes, nous y avons répondu avec les primes pour l'embauche d'un jeune à 4.000 euros, le soutien aux apprentis, 8.000 euros pour les plus de 18 ans, 5.000 euros pour les moins de 18 ans et nous allons continuer à soutenir les jeunes, en particulier ceux qui sont les plus en difficulté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Continuer, c'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Continuer ça veut dire que demain le Premier ministre s'exprimera sur le plan pauvreté, sur les précaires, et je crois, le président de la République l'a dit très clairement qu'il serait légitime que les jeunes fassent l'objet d'une attention particulière dans les décisions qui seront prises dans les heures qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les heures qui viennent mais je vais y revenir Bruno LE MAIRE. J'ai entendu dire, vous allez me dire, attention à ce qu'on raconte ici ou là, que mardi soir autour du président de la République, il y avait eu un vaste débat autour du couvre-feu ou du reconfinement nocturne comme on voudra, c'est vrai entre ministres, certains partisans de ce reconfinement et d'autres opposés, vous étiez partisan du reconfinement ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
C'est normal qu'il y ait un débat, ça fait partie de la vie d'une équipe. Nous sommes une équipe gouvernementale autour du Premier ministre et du président de la République, vous me permettrez de garder secrètes ces discussions qui sont des discussions d'équipe lorsque l'équipe de foot de France se rassemble autour de son entraîneur, elle ne dévoile pas sa tactique à tout le grand public. Simplement ma position a été claire depuis le début, ce que nous devons éviter impérativement Jean-Jacques BOURDIN, c'est le reconfinement général des Français parce que ça aurait un impact social et psychologique considérable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y en aura pas donc.

BRUNO LE MAIRE
Et un impact économique insupportable pour l'économie française. Donc je préfère, je vous dis là aussi en toute transparence ma conviction profonde, je préfère qu'on prenne des mesures fortes comme le président de la République les a annoncées, avec un couvre-feu de 21h00 à 6h00 pour stopper nette la progression du virus en se disant pendant quelques semaines on va faire cet effort, il est considérable cet effort, je le mesure parfaitement notamment pour les restaurateurs, pour les hôteliers, pour les bars, pour les jeunes qui ne vont plus pouvoir sortir, c'est un effort absolument considérable que nous demandons. Mais je préfère cet effort-là et qu'on se dise que d'ici quelques semaines on aura stoppé la circulation du virus, plutôt que de faire preuve d'irresponsabilité, de laisser courir le virus, parce qu'on n'aurait pas le courage de prendre les décisions et de se retrouver dans un mois, dans 2 mois avec des urgences totalement engorgées, des services de réanimation totalement dépassés et là l'obligation de procéder à un reconfinement total. Ce sont de bonnes décisions et des décisions nécessaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, vous prenez aussi ces décisions parce que l'hôpital manque de personnel, manque de moyens humains et manque de moyens matériels.

BRUNO LE MAIRE
Nous prenons ces décisions tout simplement parce que la circulation du virus explose, enfin les chiffres qui ont été donnés, 30000 contaminations par jour ne peuvent pas ni laisser indifférents, ni laisser impuissants les pouvoirs publics qui ont pris les bonnes décisions. Je me suis prononcé très clairement pour que nous prenions des décisions fortes, rapides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez donc favorable à ce reconfinement nocturne.

BRUNO LE MAIRE
J'étais favorable et je soutiens totalement la décision du président de la République à ce que nous prenions toutes les mesures nécessaires pour stopper sans délai la circulation du virus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Regardons les mesures pour les uns et les autres, personnels soignants, je vais décliner rapidement enfin Ségur 90 euros en septembre bien, mais ça va être, la prochaine augmentation de salaire va être avancée, 93 euros avant la fin de l'année, les indemnités proposées aux soignants qui ne peuvent pas prendre leurs congés, de 110 à 200 euros brut par jour, vous m'arrêtez si je dis des bêtises, tiens question jour de carence provisoirement supprimé comme au printemps ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Ça il faudra le demander au ministre de la Santé, au ministre du Travail qu'elles seront les décisions sur ce sujet. La seule chose qui compte pour moi c'est que nous soutenions y compris financièrement en plus de les soutenir moralement les personnels soignants. Croyez-moi, avoir une deuxième vague comme celle-là, à nouveau avoir un afflux aux urgences, un afflux dans les services de réanimation, s'occuper de patients qui demandent beaucoup de soins, quand on a un patient qui est intubé, c'est beaucoup de soins, c'est beaucoup de fatigue, c'est beaucoup de risques aussi pour les personnels soignants, c'est normal que la nation marque sa reconnaissance y compris sa reconnaissance financière. Et comme ministre des Finances, je veille à ce que cet argent arrive le plus vite possible aux personnes qui sont concernées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il serait logique que le jour de carence soit supprimé provisoirement.

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons quelle sera la décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quoi qu'il en coûte, tiens je n'ai pas oublié ce fameux quoi qu'il en coûte, d'ailleurs vous le répétez, vous le dites, le coût des mesures prises, restaurant, café, hôtel, culture, événementiel, sport, quels nouveaux coût pour le budget du pays ?

BRUNO LE MAIRE
Un milliard d'euros pour la durée du couvre-feu ? Donc c'est une somme qui est très importante, je voulais juste donner un élément de comparaison. Si nous procédions à un vrai confinement dans les zones où le virus circule activement, uniquement dans ces zones-là, le coût serait de l'ordre de 5 milliards d'euros. Si nous avions un reconfinement généralisé, le coût serait en fonction de la réaction du monde économique de 15 à 20 milliards d'euros par mois. Donc je préfère, je préfère de loin au-delà de l'aspect sanitaire qui est évidemment la priorité absolue, que nous prenions des mesures fortes rapides circonscrites, immédiates et que nous soutenons comme nous l'avons annoncé hier fortement les secteurs qui sont plus concernés plutôt que d'être dans cette situation de reconfinement général qui serait insupportable psychologiquement, socialement et pour les finances publiques. Mais c'est vrai que pour les restaurateurs, pour les hôteliers, pour les bas, pour les salles de cinéma, pour les théâtres, toutes ces personnes que j'ai eu hier au téléphone par dizaines, c'est un drame, on en a conscience. En fin le restaurateur qui s'était dit, ça y est ça redémarre, j'ai redémarré en juillet et en août, je refais des couverts, j'ai espacé mes tables, j'ai acheté du gel, j'ai fait une nouvelle carte dématérialisée et en plus j'ai rajouté un nouveau protocole en demandant aux gens de s'inscrire à l'entrée et puis rebelote je dois fermer. C'est très dur et je veux leur dire que je comprends à quel point c'est dur pour eux. Je serais juste après notre émission auprès de restaurateurs parisiens pour discuter avec eux de la manière dont on peut les accompagner et de veiller à ce que nos mesures soient le plus efficaces possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais entrer dans le détail des mesures.

BRUNO LE MAIRE
Nous avons fait le maximum, nous continuerons à faire le maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettez-vous à la place d'un restaurateur, que se dit-il ? Je suis ouvert à midi avec un protocole sanitaire et je ne peux pas ouvrir le soir avec un protocole sanitaire. Alors le virus circule le soir plus qu'à midi.

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, je ne vis pas dans ma grotte, je vois des gens, je discute, je les ai au téléphone et j'ai eu des restaurateurs par dizaines hier au téléphonie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je pose la question, oui mais ils vous ont dit ça.

BRUNO LE MAIRE
Du grand chef étoilé jusqu'au patron du petit restaurant m'a circonscription. Ils m'ont tous dit, écoutez-nous on a du mal à comprendre pourquoi est-ce qu'on fermerait, on applique des règles sanitaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi on est ouvert à midi et fermé le soir ?

BRUNO LE MAIRE
Tout simplement parce qu'il faut une règle simple, claire, lisible qui puisse réduire le nombre de contacts sociaux et il faut l'assumer parce que c'est ce qui permettra de bloquer la circulation du virus. Donc je comprends parfaitement. Qu'il puisse y avoir, je dirais même un sentiment d'injustice et je le comprends, je l'entends, je discute avec eux. Mais c'est pour le bien général, pour stopper la circulation du virus et pour qu'on ne se retrouve pas dans quelques semaines dans une situation de reconfinement général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Bruno LE MAIRE, certains demandent un régime différent pour les salles de spectacle, je ne sais pas moi les théâtres, les opéras.

BRUNO LE MAIRE
D'abord si vous permettez je voudrais rappeler ce que nous avons fait et ce que nous avons décidé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, attendez, je vais le rappeler, ne vous inquiétez pas, je vais le rappeler.

BRUNO LE MAIRE
Vous le rappellerez parce que ce sont des mesures importantes, et un milliard d'euros ce n'est pas de la roupie de sansonnet, c'est beaucoup d'argent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais rentrer dans le détail parce que j'ai des questions, mais cette exemption demandée par le spectacle, je ne sais pas moi le théâtre, l'opéra.

BRUNO LE MAIRE
Je verrai Roselyne BACHELOT, la ministre de la Culture dans quelques heures, je pense que ce qui fait la force d'une règle, c'est sa clarté et sa simplicité et si vous commencez à multiplier les exemptions, à dire mais attendez pour tel secteur d'activité, ce ne sera pas 21h00, ce sera 22h00, pour les autres ce sera 22h30, pour les autres ce sera 23h00, on ne va pas s'en sortir. Il faut en politique avoir une seule priorité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes toute exemption.

BRUNO LE MAIRE
Je suis contre toute exemption sauf comme on l'a déjà indiqué pour les personnels de santé, pour des urgences, si vous devez aller voir quelqu'un qui est très malade, il y a toujours des exemptions possibles, des exceptions possibles qui sont justifiées par des circonstances exceptionnelles, bien entendu, mais de manière générale, une règle doit être simple lisible pour tous les Français pour qu'elle soit efficace. Et nous ne devons avoir aujourd'hui qu'un seul objectif stratégique, si on en a deux, on se prend les pieds dans le tapis, c'est réduire la circulation du virus qui est un virus dangereux qui inquiète les Français et notre responsabilité comme gouvernement, notre responsabilité collective de Français, c'est de faire tous ensemble le maximum pour que ce virus arrête de circuler et qu'on n'ait pas 30000 nouveaux cas par jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, quoi qu'il en coûte, un milliard d'euros, aide, 1.500 euros, quels critères pour cette aide de 1.500 euros ?

BRUNO LE MAIRE
C'est très simple, vous faites partie des zones sous couvre-feu, vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires, quelle que soit votre activité, quel que soit votre secteur d'activité, nous réactivons le fonds de solidarité. Donc nous mettons en place un filet de sécurité général économique pour toutes les entreprises qui sont dans les zones de couvre-feu ; elles peuvent toucher jusqu'à 1.500 euros. Et pour les restaurateurs, c'est la même règle, ça se déclenche, soit parce que vous vous êtes fermé, soit parce que vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires, mais là, ce n'est pas 1.500 euros par mois, c'est jusqu'à 10.000 euros par mois, et ça couvre les hôtels, les cafés, les restaurants, les salles de cinéma, les salles de théâtre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
50 % de perte de chiffre d'affaires…

BRUNO LE MAIRE
Tout le secteur de la culture, tout le secteur de l'événementiel, parce que, évidemment, on n'organise plus d'événements, tout ce qui est lié à l'événementiel, je pense aux fleuristes, je pense aux graphistes qui font des cartons d'invitation, je pense aux photographes, ça vaut pour les salles de sport, parce que je sais que les salles de sport sont très inquiètes. Donc elles à leur disposition ce fonds de solidarité jusqu'à 10.000 euros dès lors qu'elles ont perdu 50% de leur chiffre d'affaires. J'ajoute à ça les exonérations de charges sociales patronales, c'est la même règle : vous êtes fermé, exonération totale, vous avez perdu 50% de votre chiffre d'affaires et vous êtes dans le secteur hôtellerie, café, restauration, exonération totale, on complète par des exonérations sur les charges sociales salariales pour que, dans le fond, il n'y ait plus de charges du tout à payer. Donc on fait le maximum, je précise un point qui paraît technique, mais pour tous ceux qui bénéficient de ce fonds, ils verront que c'est une décision absolument majeure, quand je dis que pour le secteur de l'hôtellerie, des cafés, de la restauration, vous pouvez bénéficier jusqu'à 10.000 euros si vous avez perdu jusqu'à 50% de votre chiffre d'affaires, nous avons supprimé le plafonnement à 60% du chiffre d'affaires, ce plafond est supprimé, ce qui donne une mesure encore plus puissante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les loyers ?

BRUNO LE MAIRE
Les loyers, ils sont couverts en partie par ces 10.000 euros, mais en partie seulement. Donc on va travailler sur ce sujet-là, parce que je sais que c'est un point très dur pour ceux qui ont des loyers très élevés, ce n'est pas l'immense majorité, mais il y en a, et je suis ouvert à toutes les solutions, y compris un crédit d'impôt pour les bailleurs, si on voit que ça peut être efficace.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, les congés payés aussi, important, les congés payés ?

BRUNO LE MAIRE
Les congés payés, on le sait, c'est une bombe à retardement pour beaucoup de restaurateurs. Nous allons avec Elisabeth BORNE travailler sur ce sujet et essayer d‘apporter une solution dans les jours qui viennent, parce que j'ai compris que c'était un motif d'inquiétude très profond pour beaucoup de restaurateurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les PGE, les prêts garantis par l'Etat, accessibles jusqu'en juin 2021, jusqu'en juin 2021…

BRUNO LE MAIRE
Tout à fait, au lieu du 31 décembre cette année…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. Est-ce que ces prêts devront être remboursés, parce que ça peut servir de trésorerie ?

BRUNO LE MAIRE
Ils devront être remboursés, simplement, là aussi, j'entends toutes les inquiétudes. Et je vois des restaurateurs qui me disent : attendez, il y a l'échéance qui se rapproche, là, mars 2021, il va falloir que je rembourse mon près, je ne peux pas, et qui me demandent, non seulement de pouvoir prolonger la durée du prêt, et me disent : ça ne suffit pas, nous, ce qu'on voudrait, c'est rembourser le prêt, non pas au bout d'un an, mais au bout de deux ans, ce n'est pas autorisé par la Commission européenne, parce que c'est perçu comme une aide d'Etat, puisque ce prêt est garanti par l'Etat français, eh bien, je vais prendre mon bâton de pèlerin une nouvelle fois, prendre le train, aller à Bruxelles ou téléphoner à Margrethe VESTAGER, la commissaire européenne qui est responsable de ce sujet, et je vais lui dire : voilà, vu la gravité de la situation, je souhaite que les prêts garantis par l'État puissent être remboursés non pas au bout d'un an, mais au bout de deux, comme ça, ça laissera deux années aux restaurateurs, aux hôteliers, à tous les secteurs qui sont concernés, à tous ceux qui ont pris un prêt pour commencer le remboursement de leur prêt. Je pense que ça serait un sacré bol d'air pour eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre sujet sensible, les assureurs, les assureurs qui ne couvrent pas les risques de pandémie. Qu'allez-vous faire ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu que des assureurs commençaient à écrire aux entrepreneurs, j'ai vu les lettres, je regarde attentivement, et puis, surtout, j'écoute les gens, c'est toujours ce qu'il y a de mieux pour savoir exactement ce qui se passe, j'ai lu ces courriers dans lesquels les assureurs disent : on ne couvrira plus le risque d'assurance pandémie. Deux choses, d'abord, tous les assureurs qui se sont engagés à couvrir les pertes d'exploitation au titre de la pandémie doivent le faire, un contrat est un contrat, et ce contrat doit être respecté, et l'Etat fera respecter ces contrats. La deuxième chose, c'est qu'il faut accélérer sur la mise en place d'un régime d'assurance pandémie, parce que cette pandémie est la première du genre, il y en aura d'autres, nous le savons, et ce serait irresponsable de ne pas mettre en place un régime d'assurance pandémie, nous y travaillons, et j'espère que dans les prochains mois, c'est un sujet qui est très complexe, très lourd financièrement. Je souhaite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il n'y aura pas de rétroactivité, j'imagine ?

BRUNO LE MAIRE
Il n'y aura pas de rétroactivité, mais je souhaite que dans les prochains mois, la France mette à disposition de tous les entrepreneurs un régime d'assurance pandémie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais dire un mot d'hommes et de femmes dont on parle peu, les indépendants, celles et ceux qui vivent en partie grâce aux frais de route, par exemple, les hôtels, les restaurants, quelle aide pour eux, rien ?

BRUNO LE MAIRE
Beaucoup d'indépendants ont accès au fonds de solidarité, on a élargi le fonds de solidarité justement pour tenir compte de la situation des indépendants, donc ils peuvent bénéficier de cette aide. Là, encore, nous faisons évoluer le dispositif au fur et à mesure, et nous ne laisserons personne de côté, je dis bien personne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes favorable au report des élections locales et régionales ?

BRUNO LE MAIRE
Ça dépendra, d'abord, c'est une décision qui ne doit être prise que par le président de la République, le Premier ministre, en consultation avec tous les partis politiques, ce n'est pas le moment de se diviser sur un sujet politique, il faut se rassembler, ça dépendra de la situation sanitaire que nous aurons au début de l'année prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne veux pas, et j'y reviens, je ne veux pas oublier la pauvreté, parce que les conséquences de cette crise sanitaire sont terribles pour beaucoup de Français, plus de 5 millions de Français ont maintenant recours à l'aide alimentaire, les demandes d'aide au logement explosent, ainsi que les inscriptions au RSA, alors, des mesures vont être annoncées, on parle d'un chèque Covid pour les plus pauvres, oui ou non ?

BRUNO LE MAIRE
C'est le Premier ministre qui précisera tout ça demain, je veux simplement insister sur un point qui me paraît essentiel dans la politique que nous menons, nous soutenons les entrepreneurs, parce qu'ils créent des emplois, parce que l'avenir du pays en dépend. Nous apportons aussi et nous continuerons d'apporter une aide à tous ceux qui sont les plus touchés par la crise, ceux qui ont les revenus les plus modestes, ceux qui sont en intérim, ceux qui ont des qualifications faibles, ceux qui travaillent dans les services, et qui ont été les premiers à être licenciés. Quand on augmente allocation de rentrée scolaire, ça coûte un demi-milliard d'euros, c'est une aide significative que nous apportons, quand le président de la République fait les annonces qu'il a faites hier sur le RSA, c'est une annonce importante qu'il fait, et le Premier ministre – j'en suis certain – fera demain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
RSA, + 150 euros…

BRUNO LE MAIRE
+ 150 – fera demain des annonces importantes aussi pour les publics les plus fragiles, parce que c'est vrai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas plus, 150 euros pour les bénéficiaires des APL, si j'ai bien compris ?

BRUNO LE MAIRE
Sur les APL, c'est pour les bénéficiaires des APL. Alors, je vois le début de polémique qu'il y a ce matin, sur les jeunes qui ne pourraient pas en bénéficier, nous y répondrons demain, le Premier ministre y répondra demain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, c'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de jeunes qui sont en situation de précarité, qui ne trouvent pas d'emploi, qui n'arrivent pas à financer leur logement, qui sont en situation de grande détresse et de grandes difficultés, je suis convaincu que le Premier ministre apportera une réponse concrète demain à ce sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas verser le RSA aux moins de 25 ans ?

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que ce n'est pas notre philosophie, ce n'est pas ce que nous voulons pour le pays, nous, ce que nous voulons, c'est qu'on sorte de la pauvreté par l'emploi, et c'est bien pour cela que nous avons décidé de maintenir le chômage partiel et de faire un dispositif de chômage partiel le plus généreux, là aussi, regardons les chiffres, Jean-Jacques BOURDIN, parce que c'est très important, il y a 14% de personnes qui sont sous le seuil de pauvreté en France, hélas, cela augmente à cause de la crise, il y a 37% de chômeurs qui sont sous le seuil de pauvreté. Donc il y a un lien direct entre le chômage et la pauvreté. Et la meilleure façon de lutter contre la pauvreté, c'est de lutter contre le chômage, ça restera la politique du gouvernement, et quand le président de la République dit, à juste titre, qu'il ne veut pas augmenter massivement et définitivement les minima sociaux, c'est parce que sinon, vous enfermez les gens dans la pauvreté et dans le chômage ; donc on apporte une aide ponctuelle, ciblée, ça, oui, parce que c'est efficace, c'est juste et c'est nécessaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de rallonge sur la prime de Noël ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous verrons là aussi au fur et à mesure de la situation, je dis simplement que ces aides doivent être ciblées, justes, efficaces sur ceux qui sont réellement les plus fragiles, sinon, vous ne sortez pas la France du chômage de masse, alors que c'est un défi qui est probablement l'un des plus importants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf qu'il y a des urgences, et qu'un chèque Covid pour les plus pauvres serait peut-être une solution…

BRUNO LE MAIRE
Mais quand on augmente l'ARS, quand on augmente le RSA, on fait face à l'urgence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Bruno LE MAIRE, plan de relance et budget, évidemment, alors, sur le budget, tiens, nouvelle taxe sur les véhicules les plus lourds, ça y est, c'est décidé ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, il y aura une taxe sur les véhicules de plus de 1.800 kilos, je veux bien préciser les choses, qu'on a eu un débat là aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis, ça sera revu chaque année ?

BRUNO LE MAIRE
Ce sera pour le moment à 1.800 kilos, et j souhaite que ça reste sur des véhicules très lourds, parce que si c'est une taxe sur les véhicules lourds, ça doit rester une taxe sur les véhicules lourds. Mais je veux apporter deux précisions importantes, il y a une alternative, c'est-à-dire que nous ne voulons pas taxer tous les véhicules de plus de 1.800 kilos, ceux qui sont électriques ou qui sont hybrides rechargeables, donc qui émettent peu de CO2 seront exclus de cette taxation, et par ailleurs, parce que je suis sensible à ce sujet, pour les familles nombreuses, tous les véhicules de 7 places, qui sont pour les familles nombreuses, auront une réduction de cette taxe, de façon à ce que les familles nombreuses ne soient pas pénalisées, mais vous voyez, c'est une taxe qui envoie un signal aux Français en leur disant : avoir des véhicules trop lourds, ce n'est pas bon pour la planète, ça use les routes, ça émet davantage de CO2…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un impôt, quoi…

BRUNO LE MAIRE
Il y a des alternatives, non, parce que vous pouvez parfaitement y échapper en choisissant des véhicules électriques ou hybrides rechargeables ou en prenant des véhicules plus légers, et si vous êtes une famille nombreuse, on vous réduit cette taxe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Bruno LE MAIRE, puisqu'on parle de taxe, parlons de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce, qui donne l'impression à l'Union européenne de surtaxer les importations américaines, et notamment BOEING. E st-ce que vous êtes favorable à une surtaxe des importations américaines en Europe ?

BRUNO LE MAIRE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le demander ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, nous allons le demander et je vais en parler dès aujourd'hui avec mon homologue allemand, Peter ALTMAIER, on a de longues discussions sur le sujet. Rappelons simplement les choses, les Etats-Unis imposent des sanctions à l'Europe au titre de ce fameux conflit BOEING, AIRBUS. L'Organisation mondiale du commerce vient de nous donner la possibilité de riposter, et Donald TRUMP a dit hier soir absolument sans ambages qu'il continuerait, lui, à riposter. Eh bien, l'Europe a la possibilité d'imposer des sanctions aux Etats-Unis au titre de ce conflit entre BOEING et AIRBUS, elle doit s'y préparer et elle doit le décider, et doit le décider dans les semaines qui viennent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc surtaxer les produits américains qui entrent en Europe ?

BRUNO LE MAIRE
Tout simplement riposter aux sanctions américaines sur BOEING, AIRBUS par des sanctions européennes aux décisions américaines, c'est un choix politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur quoi ? Sur tous les produits américains ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un choix politique majeur, sur un certain nombre de produits que nous préciserons plus tard ; mais le choix politique, c'est de savoir si nous restons impuissants face aux sanctions américaines, ou est-ce que nous sommes capables de montrer notre force, alors même que le droit nous y autorise. L'OMC autorise l'Europe à imposer des sanctions aux Etats-Unis, les Etats-Unis ne se sont pas gênés pour imposer des sanctions, il faut que l'Europe se prépare à imposer des sanctions aux Etats-Unis, parce qu'elle en a le droit, et parce qu'elle en a la force.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, j'ai une dernière question sur VEOLIA, SUEZ. En pleine crise sanitaire, voir deux géants français s'affronter, dépenser beaucoup d'argent en communication par exemple, n'est-ce pas indécent, je vous pose la question parce que beaucoup de Français le pensent ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je le pense aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est indécent ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, je le pense aussi. J'ai tout fait pour éviter ce conflit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez tout fait…

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr, j'ai tout fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais l'Etat est actionnaire d'ENGIE, ENGIE est allé contre votre avis, contre votre avis…

BRUNO LE MAIRE
Je regrette la décision d'ENGIE, je l'ai dit, je regrette cette décision prise par le conseil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes impuissant ?

BRUNO LE MAIRE
Nous ne sommes absolument pas impuissants. D'abord, nous verrons comment cette histoire se terminera, nous ne sommes pas impuissants, nous sommes Etat actionnaire, nous avons pris nos responsabilités, et nous avons dit non au conseil d'administration, en disant : il ne faut pas considérer uniquement l'intérêt financier de l'opération, il faut aussi regarder l'intérêt social, l'emploi, la nécessité d'avoir de la concurrence sur ce marché de l'eau, nous avons pris nos responsabilités. Je note par ailleurs, Jean-Jacques BOURDIN, qu'on m'avait dit : il faut aller très, très vite, c'est extrêmement urgent, on est à 24 heures, près, et on a voulu précipiter la décision, à l'heure où je vous parle, la décision est bloquée, parce qu'il y a des affrontements entre eux les deux sociétés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est indécent !

BRUNO LE MAIRE
Il aurait peut-être valu mieux prendre un peu plus de temps, faire preuve d'un peu plus de sagesse pour avoir une opération amicale qui se déroule bien entre ces deux champions industriels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous engagez, il n'y aura pas de suppressions de postes nulle part à ces fusions…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est aux entreprises de s'engager, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, mais oui, mais vous, vous allez surveiller ça de près, j'imagine…

BRUNO LE MAIRE
Mais que chacun…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le consommateur ne sera pas le payeur dans tout cela…

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, que chacun prenne ses responsabilités, l'Etat a pris les siennes, s'est engagé pour que l'opération se fasse sur une base amiable, une autre décision a été prise, je regrette cette décision du conseil d'administration d'ENGIE, ce n'est pas ma vision du capitalisme, ça n'est pas ma vision de la relation entre deux grandes entreprises françaises, je suis bien obligé de constater qu'on nous avait dit qu'il fallait aller vite, on a confondu vitesse et précipitation, aujourd'hui, l'opération est bloquée, sans doute aurait-il été plus sage et plus responsable de prendre davantage de temps pour discuter et pour trouver un accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est 8h55, merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFMTV.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2020