Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à RMC le 6 octobre 2020, sur les mesures de distanciation Covid dans les transports en commun et les protocoles sanitaires dans les aéroports internationaux.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Et face à vous, c'est Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous dans ce studio. Vous êtes ministre délégué aux Transports, il y a plusieurs questions ce matin, mais il y en a quand même une qui est immédiate, pourquoi les restaurants, pourquoi les bars, et pas les métros et les trams ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, d'abord, peut-être redire qu'en fait, depuis le 11 mai, le jour du déconfinement, on a posé un protocole sanitaire extrêmement strict, vous le savez, je ne reviens pas dans le détail, mais nettoyage de l'ensemble des matériels roulants plusieurs fois par jour avec des produits virucides, extrêmement performants, évidemment, port du masque obligatoire et très bien porté, de nombreux contrôles, on a eu depuis le 11 mai plus de 15.000 verbalisations pour non port du masque à la RATP, plus de 8 000 à la SNCF, et puis, vous le savez, la science nous dit actuellement que les lieux de contamination les plus importants sont des lieux clos où les gens ne portent pas le masque…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors, là, c'est clos, ils portent le masque, mais ils sont très, très proches les uns des autres, c'est-à-dire que quand on nous dit distanciation, gestes barrières, enfin, honnêtement, je veux dire, quand vous prenez le métro aux heures de pointe, à Paris, vous vous rendez compte qu'il n'y a pas de distanciation possible.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais d'abord, deux choses, d'abord, les images qu'on voit sont souvent des images effectivement où il y a des dysfonctionnements, les images de la ligne 13, hier, il y avait un dysfonctionnement, un métro arrêté, ça a créé de l'engorgement, aujourd'hui, vous avez 100% des trains, et 60% des voyageurs, comparativement à ce qu'on vit d'habitude, et ça, c'est stable depuis le début du mois de septembre, vous avez des gens qui ont opté pour la voiture, pour la marche, pour le vélo, qui font du télétravail qui est encouragé par ailleurs, qui ne prennent pas le métro…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais pourquoi seulement encouragé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
60% des voyageurs, comparé à 100% des voyageurs d'habitude, ça veut dire que l'offre…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça suffit ? Pour vous, ça suffit, il ne fallait pas dire : allez, maintenant… enfin, moi, ce que je ne comprends pas, c'est que soit, il y a urgence, soit, il n'y a pas urgence, s'il y a vraiment urgence, si on est en alerte maximale, pourquoi on ne se donne pas tous les moyens de lutter ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais d'abord, je crois qu'on se donne tous les moyens de lutter, et toutes les études scientifiques, que je lis, croyez-moi, tous les jours, nous disent que, je l'ai dit, les lieux, les transports en commun ne sont pas des lieux de contamination particuliers, les études nous disent que moins de 1%, pour être précis, des contaminations se passent dans les transports en commun. Pour autant, moi, j'ai décidé de réunir ce matin les différents opérateurs…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous les réunissez à 9h, donc le président de la SNCF et de la RATP, qu'est-ce que vous allez leur demander ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, d'abord, je veux qu'on refasse un point très précis sur les mesures qui sont prises, les forces de sûreté qui font aujourd'hui les contrôles, savoir où elles sont positionnées, est-ce que ça correspond vraiment aux points d'affluence, et je vais leur demander de mettre des personnels supplémentaires sur les points dont on sait qu'ils peuvent être des zones d'engorgement particulières, je pense notamment au bout de la ligne 13, le matin tôt, à certains points du RER D et B…

APOLLINE DE MALHERBE
Et ils feront quoi, ils feront quoi ces personnels ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ils se mettent en amont des quais et ils aident à canaliser les flux de voyageurs pour éviter justement en cas de dysfonctionnement les afflux de voyageurs, c'est complémentaire, mais je le dis, la façon très structurelle dont on gère le virus, notamment en Ile-de-France, qui est la région la plus dense en population, c'est en mettant le plus de trains possible, en ayant des personnes qui ont recours au télétravail le plus souvent possible, et surtout, en cette succession de mesures sanitaires, c'est la seule façon, et d'ailleurs, c'est démontré scientifiquement, de mettre des barrières successives, d'abord des barrières d'hygiène, des barrières de gestion des flux, vous savez qu'on évite au maximum que les gens se croisent…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais enfin, une barrière, ça veut dire forcément derrière aussi un attroupement, c'est-à-dire que, Jean-Baptiste DJEBBARI, plutôt que de demander qu'il y ait plus de gens qui éventuellement orientent le flux de voyageurs, est-ce qu'il ne faudrait pas beaucoup, beaucoup plus de trains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord… vous ne pouvez pas mettre beaucoup, beaucoup plus de trains, on a rajouté par exemple des cadences sur le bus quand c'était possible, on a fait, je crois, le maximum qu'il était possible de faire en la matière, et je l'ai dit, et c'est aussi un sujet d'ailleurs économique, vous savez aujourd'hui 40% des passagers qui pratiquaient habituellement les transports en commun qui ne sont pas là, ça nous a amené à compenser très largement la région Ile-de-France à hauteur de 2,6 milliards…

APOLLINE DE MALHERBE
Encore aujourd'hui, donc 40% qui ne prennent plus les transports en commun…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Entre 35 et 40% qui ne prennent plus les transports en commun, notamment en région parisienne, donc c'est tout à fait considérable, vous savez, je crois que, en politique, la conciliation entre des impératifs sanitaires d'un côté et les impératifs économiques de l'autre, ce n'est pas tout à fait une théorie, c'est ce qu'on essaie de faire tous les jours, je peux vous garantir que le protocole qu'on a mis dans les transports qui d'ailleurs est stable depuis le 11 mai, il est de nature d'abord à redonner confiance, il ne gomme pas les moments d'affluence, mais il est solide…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que fondamentalement, ce n'est pas aussi parce qu'en fait, on va réduire nos vies à métro, boulot. Donc vous laissez le métro, vous laissez le boulot, vous laissez le dodo, mais vous enlevez tout le reste ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, on a dit les lieux dans lesquels il y a le plus de contaminations, ce sont les lieux clos où les gens ne portent pas le masque, les salles de gym, les bars, les restaurants, et croyez-moi, pour être un grand consommateur de tout ça, ça me frustre tout autant que les autres, non, je pense que c'est un effort collectif que nous devons faire, quand il y a des moments où il y a une circulation particulièrement active, comme maintenant, comme en ce moment, on fait un peu cet effort collectif pour qu'on puisse retrouver le plus rapidement une vie normale. Les restaurants vont rester ouverts sous certaines conditions, voilà, on essaie de continuer à vivre en se donnant le maximum de chances de combattre ce virus le plus intensément possible et reprendre rapidement une vie normale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous nous appelez au 32.16, c'est le cas d'Hervé par exemple, qui nous a appelés du Calvados. Bonjour Hervé.

HERVE
Oui, bonjour Apolline. Bonjour Monsieur le Ministre…

APOLLINE DE MALHERBE
Bienvenue sur RMC. On vous écoute.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

HERVE
Je voulais juste un tout petit témoignage, je reviens de Dubaï, j'ai passé quelques jours à Dubaï parce qu'il ne faut pas s'arrêter, et il faut battre tout ça, sauf que, on nous force à faire des tests, ce qui est normal, effectivement, à l'étranger des tests Covid qui ont été faits à Dubaï, et quand je suis rentré, personne, quand je dis bien personne, ne m'a contrôlé, ni à Dubaï, ni à l'arrivée à Roissy, ni à la police des frontières, personne ne nous a contrôlé nos tests, et donc il y avait un tas de gens qui étaient là qui n'avaient pas fait de test et qui sont passés, et je trouve ça un tout petit peu dangereux, je pensais qu'effectivement, quand j'ai fait l'inverse à Dubaï, on m'a contrôlé mes papiers, à l'aéroport de Roissy, personne ne m'a contrôlé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On vous contrôle quand vous sortez de France, mais alors pour ceux qui arrivent, rien ?

HERVE
Eh bien écoutez, moi, je suis le témoignage que personne ne m'a contrôlé à Roissy.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Hervé. Monsieur le Ministre.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deuxième réponse à Hervé, d'abord, comme Hervé d'ailleurs, ceux qui se déplacent aujourd'hui dans la plupart des pays dans le monde sont ceux qui en ont besoin pour leur travail ou pour d'autres raisons médicales, de santé…

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'il faut bien y aller, comme dit Hervé, il y a un moment…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce qu'il faut bien y aller, et Hervé a fait son choix, et je pense qu'il a eu raison de continuer à vivre s'il en avait le besoin express, disons-le comme ça, en revanche, vous savez que seuls les déplacements professionnels ou pour motif impérieux sont permis, et vous avez aujourd'hui 130 pays dans lesquels il y a obligation d'avoir, quand vous venez ici, soit, un protocole sanitaire particulier, soit des tests PCR au départ ou à l'arrivée…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on nous avait dit qu'il y avait des tests, vous le voyez, là, il n'y a pas de contrôle…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si, si, si, mais il y a des tests, alors, moi j'y suis allé contrôler à plusieurs reprises, et il y a des tests…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors, Hervé, il n'a pas été testé…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous avez des pays qui sont classés en rouge, en rouge écarlate, une trentaine de pays dans le monde, où vous avez obligation d'avoir un test PCR au départ, 72 heures avant ou à l'arrivée.

APOLLINE DE MALHERBE
Et s'il n'y a pas de contrôle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des contrôles, je ne veux pas qu'on laisse… peut-être qu'à Dubaï, parce que la situation sanitaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, non, à l'arrivée, Hervé dit : il n'y a pas eu de contrôle quand je suis arrivé…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais parce que ce qu'on applique en ce moment au niveau mondial, c'est que quand vous avez des pays ou des zones entre l'Europe et d'autres zones dans le monde où les circulations de virus sont identiques, on considère que les mesures qui sont mises en place dans les aéroports, parce qu'il y en a, distance sociale, le port du masque, le gel sont suffisantes, mais il y a des pays dans lesquels le virus circule activement, et nous avons bien dans l'aéroport des personnels de l'AP-HP qui sont mobilisés et qui pratiquent les tests PCR à l'arrivée et la prise de température à l'arrivée, et donc il ne faut pas laisser s'installer l'idée que la France, c'est une passoire dans laquelle on rentre comme ça, ce n'est pas le cas. Et nous l'avons contrôlé et vérifié plusieurs fois…

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, une question sur la situation dans les Alpes-Maritimes, les moyens de transport, on le voit bien, dans la vallée de la Roya et de la Vésubie sont complètement mis à mal, est-ce que vous allez faire en sorte qu'ils soient restaurés le plus rapidement possible, je pense aux routes, je pense aux voies ferrées ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, vous savez que le président de la République s'y rend demain, nous avons une réunion un peu plus tard dans la matinée justement pour faire l'audit des travaux de reconstruction à réaliser, on a plus d'une quarantaine de routes départementales métropolitaines qui sont détruites ou très endommagées, donc nous allons très certainement mobiliser et notamment des fonds du plan de relance pour faire tout ce qu'il est possible de faire pour rétablir les routes, vous l'avez dit, et les voies ferroviaires…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous prendrez une partie de ce qui était prévu comme fonds de relance pour cette catastrophe…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous avons un budget sur nos routes par exemple, et en urgence, il est possible de débloquer des fonds, nous verrons si c'est le fonds de relance ou d'autres fonds budgétaires que nous avons par ailleurs, mais en tout cas, nous ferons l'effort nécessaire pour que les habitants des Alpes-Maritimes retrouvent le plus rapidement possible la capacité de se déplacer normalement.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup. Merci Jean-Baptiste DJEBBARI d'être venu dans ce studio de RMC, ce matin, je rappelle que vous êtes le ministre délégué aux Transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2020