Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à Public Sénat le 29 septembre 2020, sur les résultats des élections sénatoriales et les relations avec les "territoires".

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin c'est Marc FESNEAU. Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous. Ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne. On est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Stéphane VERNAY. Bonjour Stéphane.

STEPHANE VERNAY, DIRECTEUR DE LA REDACTION DE OUEST-FRANCE A PARIS
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Qui dirige le bureau parisien du journal Ouest-France. On commence bien sûr Marc FESNEAU par les sénatoriales qui ont eu lieu dimanche. 15. Quel enseignement principal, quelle leçon vous retenez, vous, de ce scrutin ?

MARC FESNEAU
Peut-être plusieurs leçons. La première, c'était d'ailleurs attendu en tout cas pour ce qui nous concerne, une forme de stabilité au Sénat mais on a toujours vu ce mouvement-là au Sénat. C'est une chambre, la Haute Assemblée est une assemblée qui est plutôt stable parce que le corps électoral est plutôt stable. Il n'y a pas de grand mouvement, donc ça c'est un premier élément dans les données générales et les équilibres généraux. Deuxième élément signalé pour ce qui est de ceux qui se présentaient sous différentes étiquettes, mais en tout cas qui étaient plutôt en soutien de la majorité contrairement à ce qui avait été annoncé parfois avec joie pour certains sur certains plateaux, le fait que le groupe En Marche voit ses positions consolidées. Je voudrais quand même saluer au passage la victoire de François PATRIAT que tout le monde n'attendait pas, la victoire des deux ministres LECORNU et LEMOYNE et un certain nombre de territoires. Je pense à Patricia SCHILINGER, je pense à Michel CANEVET ou la deuxième de liste vient du groupe LREM. On a pu voir une forme d'ancrage et puis des résultats, au fond la question n'est pas savoir qui a gagné qui a perdu, on voit bien que la majorité est assez stable. On voit bien que là aussi, quand il y a eu des candidats qui étaient assez implantés, les scores même s'ils n'ont pas donné forcément des résultats escomptés, c'est-à-dire la victoire d'un sénateur ou d'une sénatrice, un ancrage territorial qui commence à s'amorcer. Je pense aux Bouches-du-Rhône où le candidat soutenu par la majorité présidentielle est à deux doigts de faire le siège. Je pense à Jean-Pierre CUBERTAFON du MoDem en Dordogne où à 20 voix près, il manque d'être élu sénateur, donc c'est intéressant de regarder que là où il y a eu une forme d'union et une forme d'ancrage finalement, les résultats sont plutôt au rendez-vous. Et puis le deuxième fait sans doute à noter, mais c'était attendu là aussi d'une certaine façon, ce qui était le moins attendu c'était que le groupe En Marche soit plutôt plus solide que ce qui avait été dit, et 2 : c'est l'émergence d'un groupe écologiste mais là, c'était plutôt attendu compte tenu de ce qu'avaient été les épisodes électoraux du mois de mars et de juin.

ORIANE MANCINI
Mais honnêtement, est-ce qu'il y a eu du soulagement dans la majorité présidentielle dimanche soir ? De voir que finalement le groupe En Marche se maintenait à peu près ?

MARC FESNEAU
Du soulagement, non. On était plutôt raisonnablement confiant, on va dire ça comme ça, sur l'idée. Alors après, vous savez, le sort des urnes pour l'avoir vu à plusieurs reprises dans ma vie politique, il faut toujours être prudent. Donc ce n'est pas une forme de soulagement mais, en tout cas, c'était une confirmation de ce que nous pensions et ce que nous sentions. Mais après les électeurs sont souverains et parfois, on a des surprises bonnes ou mauvaises.

STEPHANE VERNAY
Mais vous vous êtes quand même amusé, entre guillemets, à vous faire un peu peur dans cette élection. Dans les messages il n'y avait pas que les commentateurs ou les opposants à la République en Marche ou à la majorité présidentielle qui prédisaient une débâcle. Il y avait aussi des gens au sein de votre propre rang qui étaient un peu inquiets de voir les résultants en se disant qu'après les municipales, après ce qui vous est arrivé aux municipales en toute logique ça pouvait mal se passer.

MARC FESNEAU
Oui, mais il y a quand même une logique implacable. Il y avait très peu d'élus du MoDem ou de la République en Marche avant les municipales, il y en a mécaniquement plus après les municipales même si les municipales n'ont pas été couronnées de succès. Donc mécaniquement, il devait y avoir quelque chose de consolidé. Est-ce que certains nourrissaient des inquiétudes ? Oui, parce que vous voyez bien les dynamiques qui sont à l'oeuvre et parfois un certain nombre de candidats qui ont dû batailler, défendre les positions du gouvernement - ce qui n'est pas toujours facile - et qui l'ont fait avec beaucoup de courage, je trouve.

STEPHANE VERNAY
Et les victoires de Sébastien LECORNU ou de Jean-Baptiste LEMOYNE, elles ont aussi fait la différence. Le fait d'avoir des ministres impliqués dans l'élection, ça a pesé ?

MARC FESNEAU
A la fois comme ministre mais, au fond, ce qui fait leur élection c'est leur ancrage local. Sébastien et Jean-Baptiste sont des ministres ancrés territorialement depuis longtemps et durablement, et c'est ça aussi qu'ont reconnu les grands électeurs. Il peut arriver qu'on soit ministre et qu'on soit battu, et il peut arriver qu'étant très ancré on soit élu. Donc ce n'est pas forcément la fonction de ministre qui fait qu'on est élu, ça peut parfois même être un handicap. C'est plutôt l'ancrage.

ORIANE MANCINI
Et justement, est-ce que ça n'a pas été un handicap pour Sébastien LECORNU ? Il n'a fait qu'un siège, c'est Hervé MAUREY, son concurrent, qui a les deux autres sièges. Est-ce qu'il a payé son étiquette de ministre Sébastien LECORNU ?

MARC FESNEAU
On pourrait dire ça et en même temps, François PATRIAT est élu et pour le coup, il n'était pas ministre mais il était très étiqueté pour le coup avec une forme de solidité et de courage qu'il faut saluer. Après c'est les équations locales qui font le score final. Il ne faut pas en tirer des éléments trop compliqués, je crois.

STEPHANE VERNAY
Et c'est aussi la droite qui se renforce à nouveau si c'était encore possible au Sénat. C'est aussi ça l'enseignement de ce scrutin. Vous êtes face à des Républicains qui sont très, très ancrés dans cette institution.

MARC FESNEAU
Oui.

STEPHANE VERNAY
C'est déjà le cas mais…

MARC FESNEAU
C'est déjà le cas, ça n'est pas une grande nouveauté. Je rappelle qu'il y a eu un seul épisode où la majorité sénatoriale - ça a duré 3 ans - n'était pas, disons-le, sur le flanc droit de l'échiquier politique. Donc il n'y a pas de nouveauté, il n'y a pas de bouleversement de ce point de vue-là. Comme vous le savez, et le gouvernement et moi-même, on travaille avec le Sénat parce que c'est la deuxième chambre. Je trouve que les apports qui sont faits d'ailleurs dans le travail législatif sont souvent significatifs. Il arrive aussi parfois, même régulièrement, qu'on ne soit pas en accord avec le Sénat et c'est bien en démocratie que le pluralisme s'exprime. Donc il y a une donnée qui procède des élections qui ont eu lieu dimanche du renouvellement de la moitié du Sénat et on va travailler avec cette donnée.

ORIANE MANCINI
C'est François PATRIAT qui dit que le Sénat est une épine dans le pied d'Emmanuel MACRON. Est-ce que c'est une si bonne nouvelle que ça pour la majorité, ce renforcement de la droite et du centre, à quelques mois de la présidentielle ? Est-ce que le Sénat n'est pas le contre-pouvoir ?

MARC FESNEAU
Oui, il faudra regarder… Alors moi, je ne vais pas faire le tri. Je travaille avec l'ensemble des parlementaires parce que je suis ministre des Relations avec le Parlement. Il y a des gens qui manifestement sont plus proches. Je ne suis pas sûr que dans tous les groupes, on soit aussi homogène que ça en disant : tout ça est très opposé ou tout ça est très favorable. Je pense que dans les groupes, il y a un certain nombre de gens qui ont pu manifester d'ailleurs à l'occasion de vote sur des textes ou à l'occasion de vote de confiance. Il est inutile de rappeler les différents épisodes à l'occasion du vote sur le projet de déconfinement qui ont pu manifester une forme de responsabilité qui était à la fois et qui se vivait plutôt comme dans l'opposition mais qui, au fond, sur un certain nombre de sujets essentiels, ont pu donner le sentiment et montrer qu'ils étaient plutôt à essayer de construire des choses. Et cette maison, pardonnez-moi ce terme, est une maison qui est plutôt constructive souvent. Alors il y a des moments d'opposition assez rudes, ce n'est agréable pour personne en particulier pas pour le ministre des Relations avec le Parlement, mais quand vous regardez le très haut taux de commission mixte paritaire conclusive, on voit bien qu'il y a du travail qui peut se faire. Donc au-delà des caricatures parfois qu'on pose sur la table et d'espèces de blocs homogènes qui viendraient s'opposer, moi je ne partage pas le sentiment que ça soit forcément un écueil insurmontable. La preuve en est : sur un certain nombre de textes, on a pu trouver des voies de compromis.

STEPHANE VERNAY
Vous êtes en train de nous dire que vous voyez le Sénat comme un contre-pouvoir et non pas comme un anti-pouvoir pour reprendre une formule chère à Gérard LARCHER ? Il l'utilise souvent.

MARC FESNEAU
Oui. C'est un point d'équilibre dans le pouvoir et ç'a toujours été un point d'équilibre dans le pouvoir et donc de contre-pouvoir, y compris même quand le Sénat était aligné avec la majorité à l'Assemblée nationale. J'ai connu des périodes où l'Assemblée et le Sénat étaient alignés mais le Sénat ne portait pas les mêmes messages et les mêmes regards sur les projets.

STEPHANE VERNAY
Donc un point d'équilibre constructif.
MARC FESNEAU

C'est un point d'équilibre, oui. Dès lors qu'il ne s'érige pas, et je crois que ça la volonté du président LARCHER, en anti pouvoir, c'est-à-dire quelque chose qui, par nature, vienne s'opposer au gouvernement en place quel que soit le gouvernement en place, je pense qu'il est dans son rôle. S'il y a deux chambres, c'est bien pour ça. C'est pour qu'il y ait quelque chose qui soit de l'ordre de l'équilibre entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Et au fond, c'est assez indépendant des étiquettes pour moi. C'est structurellement le Sénat travaille différemment, a un regard différent et institutionnellement il n'a pas exactement les mêmes fonctions que l'Assemblée nationale. Et il est moins d'ailleurs, et c'est une chance me semble-t-il, soumis à l'air du temps, à l'air des chaînes d'info en direct, à l'air de Twitter et de Facebook. Et légiférer sans cette pression-là, c'est une grande chance.

STEPHANE VERNAY
Vous venez de parler des étiquettes. Est-ce que vous pourriez nous faire une petite leçon de choses assez rapide ? Qu'est-ce qui va se passer dans la recomposition des groupes ? Qui va aller avec qui ?

MARC FESNEAU
Non mais il ne m'appartient pas… Alors pour le coup, comme ministre des Relations avec le Parlement, vous me mettriez en porte-à-faux, de m'immiscer dans la vie des groupes. Ce que je vois, et ça rejoint ce que je disais tout à l'heure, c'est qu'il y a un certain nombre de gens qui ont plutôt le sentiment que la politique qui est menée par le gouvernement va dans le bon sens. Ça ne veut pas dire qu'ils sont totalement alignés le doigt sur la couture du pantalon, mais ce n'est pas ce qui est demandé à un parlementaire à l'Assemblée d'ailleurs comme au Sénat. La seule question c'est que puissent s'identifier ces gens-là. Après ils sont dans des groupes parfois qui en leur sein ont des, comment dirais-je, des origines différentes ou des regards différents sur la politique gouvernementale. Après moi je ne rentre pas directement dans cette vie d'un groupe.

ORIANE MANCINI
On a quand même une petite question sur les sénateurs MoDem. Il y a le groupe La République en Marche qui veut s'élargir, qui veut justement dépasser les étiquettes, qui va d'ailleurs changer de nom pour ne plus s'appeler la République en Marche. Est-ce que pour vous, les sénateurs MoDem doivent rejoindre ce nouveau groupe ?

MARC FESNEAU
Je ne suis pas sûr que ce soit une question de groupe. Alors moi, je pense que tout ce qui permet de mettre du lien, du liant, et ce n'est pas aujourd'hui que je le dis : je l'avais dit-il dès que je suis arrivé en fonction, donc tout ce qui permet de mettre du liant et du lien dans ce qu'on appelle désormais la maison commune, c'est-à-dire les gens qui viennent plutôt d'Agir, les gens qui viennent plutôt du MoDem, les gens qui viennent évidemment de la République en Marche, c'est une bonne nouvelle. La forme que ça prend n'est pas un sujet à ce stade majeur. Il faut en tout cas que s'identifient ceux qui, sur un certain nombre de sujets, peuvent se rassembler pour porter ce que nous portons en termes de réformes.

ORIANE MANCINI
Mais quand même, la forme ç'a un sens. Et les sénateurs…

MARC FESNEAU
Et les sénateurs MoDem souverainement… Vous savez, les sénateurs comme tous les parlementaires, ils sont assez soucieux de leur indépendance et le Sénat est assez soucieux de son indépendance. Donc je ne viens pas m'immiscer ni donner des ordres à des sénateurs quand bien même je pourrais leur donner un avis le jour où ils me le demanderont.

ORIANE MANCINI
Ça a quand même un sens pour le MoDem. Actuellement ils sont dans le groupe de l'Union centriste, ce qu'on appelle le groupe Union centriste ici au Sénat qui est un groupe qui est allié avec Les Républicains. Est-ce que vous dites : ils doivent clairement aller plutôt du côté du groupe de la majorité présidentielle ?

MARC FESNEAU
Il faut faire une distinction entre les choses. Il y a une majorité sénatoriale qui soutiendra j'imagine – il a annoncé sa candidature - la candidature du président LARCHER, et dans cette majorité sénatoriale il y a un certain nombre de gens qui, par ailleurs, soutiennent la majorité présidentielle. Je ne suis pas sûr que ce soit antinomique pour tout vous dire. Et donc il appartiendra au Sénateurs MoDem comme à tous ceux qui ont le sentiment, je le répète, que nous oeuvrons dans la bonne direction, de s'identifier d'une façon ou d'une autre soit dans leur groupe, soit par d'autres voies et moyens.

ORIANE MANCINI
Mais lesquels ?

MARC FESNEAU
Ils verront ensemble et on en parlera ensemble quand on les réunira. Ils arrivent à Paris.

ORIANE MANCINI
Quel avis vous allez leur donner ? S'ils vous demandent votre avis, vous leur…

MARC FESNEAU
Moi mon seul sentiment, c'est qu'il faut dans cette assemblée comme dans toutes, que ceux qui au fond défendent la politique que nous menons et je répète : il n'y a pas besoin d'être totalement aligné, puissent s'identifier. Alors après, c'est à eux et peut-être avec eux mais au fond, c'est une affaire plutôt partisane qu'une affaire de groupe d'identifier les choses. Le groupe UC est un groupe itinérant dans l'institution sénatoriale comme le groupe RDSE, comme un certain nombre d'autres groupes. Je comprends les équilibres qu'ils trouvent à l'intérieur de leur groupe donc il ne m'appartient pas de rentrer dans cette logique-là et il ne m'appartient pas, encore moins comme ministre des Relations avec le Parlement, de rentrer dans cette logique-là. Mais il m'appartient simplement de me dire et de m'interroger sur l'idée que comment faire en sorte que tous ces gens qui ont été au rendez-vous des réformes, ont été au rendez-vous du budget, ont été au rendez-vous de la confiance quand la confiance leur a été posée, puissent s'identifier, puissent porter au Sénat la voix de ceux qui trouvent que tout ça va dans la bonne direction, quand bien même ils pensent qu'il faut amender ou amodier telle ou telle disposition 

STEPHANE VERNAY
Sachant que c'est une stratégie que vous avez l'intention de développer pour les deux années à venir. L'idée c'est de rassembler autour de la majorité présidentielle pour ensuite aller aux départementales, aux régionales et à la présidentielle avec une même étiquette.

MARC FESNEAU
Pardon de dire une chose assez simple : la logique des choses, c'est ceux qui s'identifient dans la politique gouvernementale et qui partagent l'essentiel de la politique menée et qui, pour l'essentiel d'ailleurs de ces personnalités-là, ont soutenu la candidature du président MACRON, puissent identifier ce soutien-là.

STEPHANE VERNAY
Mais c'est important que cette logique-là, elle s'incarne d'abord au Sénat pour la première fois dans la création d'un nouveau groupe.

MARC FESNEAU
Ce qui à noter, vous parliez du groupe LREM, le changement de nom est aussi un signal de la part du groupe LREM pour dire…

STEPHANE VERNAY
Dans cette logique-là.

MARC FESNEAU
Nous, notre volonté est une volonté d'ouverture. Le Sénat est une maison du temps long, je le disais, sur la question de la législation. Il faut donner le temps aux choses et c'est… Tout ce qui force dans la vie publique, en tout cas c'est ma conception personnelle, n'est pas une bonne chose parce que ce n'est pas des choses qui sont des mouvements naturels ou sincères. Et moi, j'attends plutôt des mouvements naturels et sincères.

STEPHANE VERNAY
Et plutôt laisser les choses se faire.

MARC FESNEAU
On verra ce que veulent les uns et les autres. Je ne suis pas sûr d'ailleurs que tous les sénateurs MoDem ou qui sont proches du MoDem disent exactement la même chose donc il faut les laisser réfléchir eux-mêmes. Moi ma préoccupation comme membre de la majorité et comme membre du gouvernement, c'est de faire en sorte que ceux qui s'identifient dans la politique que nous menons soient visibles. Voilà, c'est ça.

ORIANE MANCINI
Alors on va parler des élus locaux. Jean CASTEX, le Premier ministre qui recevait hier les présidents de région, il y a besoin de renouer la confiance entre Jean CASTEX et les présidents de région ?

STEPHANE VERNAY
Vous étiez, vous, à Matignon hier avec le Premier ministre.

MARC FESNEAU
J'avais une réunion après avec le pm mais j'ai croisé les présidents de région qui avaient l'air assez satisfaits de cette rencontre. Moi je vais vous dire, j'en ai un peu assez qu'on dise : il faut renouer la confiance. D'abord la confiance…

ORIANE MANCINI
Eux-mêmes le disent.

MARC FESNEAU
Non mais ça fait trois ans que, il me semble que… Alors j'entends ce qu'on peut dire sur les plateaux, sur les tribunes. Je me souviens du précédent quinquennat, je ne faisais pas partie de cette majorité-là, ça vous aurait échappé sinon. Plus de 13 milliards de baisses de dotations, un découpage des régions dont on pourrait quand même douter de la pertinence géographique, culturelle, économique et dont un certain nombre de régions souffrent encore, et les habitants des régions jamais consultés. Jamais consultés. Je pense à la région Grand Est, je pense à la région Occitanie. Enfin on a quand même fait du découpage de région, de se demander quel était…

STEPHANE VERNAY
Vous auriez cité la Bretagne qui aurait aimé être redécoupé et qui ne l'a pas été.

MARC FESNEAU
Jamais consultée non plus. Je vois bien le tropisme qui est le vôtre mais je ne veux pas rentrer dans ce débat breton parce que c'est un débat douloureux depuis le début.

STEPHANE VERNAY
C'est compliqué.

MARC FESNEAU
Et assez compliqué. Mais moi j'ai vu comment on a maltraité… J'ai été élu local, j'ai été maire, j'ai été président de PCI et vous ne m'avez pas vu sur les plateaux parce que j'ai considéré qu'il fallait faire la part du chemin. Et donc on a organisé une petite ritournelle depuis 2017 en disant : on maltraite les collectivités. On a stabilisé les dotations. Alors que nous avons une perte de recettes historique pour ce qui est du budget de l'État, on stabilise toujours les dotations. On augmente un certain nombre de fonds – la DECI, la DETR : les des élus qui m'écouteront reconnaîtront leurs petits si je peux dire - on met dans le plan de relance un certain monde d'éléments de stabilisation. La confiance ne se décrète pas, la confiance c'est aussi un état d'esprit réciproque. Il me semble que du côté du gouvernement, nous avons fait un certain nombre de gestes. Nous avons envoyé un certain nombre de signaux. Alors dès lors qu'on est un peu de bonne foi, on devrait pouvoir reconnaître quand même…

ORIANE MANCINI
Mais ils reconnaissent notamment sur cette question du plan de relance, les présidents de région reconnaissent.

MARC FESNEAU
C'est pour ça que je vous le dis parce qu'hier j'ai plutôt le sentiment que les présidents de région, quelles que soient leurs obédiences, aucune d'entre elles ne me semble tout à fait aligner sur la politique gouvernementale ou sur la vision gouvernementale, reconnaissez que là nous avions une démarche qui permettait de construire des choses.

ORIANE MANCINI
En revanche il y a un problème, ce qu'ils disent aussi sur la gestion de la crise sanitaire, est-ce que là ça a été de nature à relancer la méfiance, est-ce que vous avez fait un faux pas sur la gestion de cette crise sanitaire ?

MARC FESNEAU
Non je ne crois pas, d'abord tout le monde a fait face dans tous les pays du monde à une crise sanitaire que personne n'attendait qui a fait irruption un peu comme un tsunami qui a débordé tout le monde, parce que voilà, parce que parce que personne ne l'avez vécu, la vérité c'est ça. Il y a pu y avoir des difficultés sur les masques, il y a pu y avoir des difficultés sur un certain nombre de sujets, reconnaissons aussi d'ailleurs les collectivités pour ceux qui sont les plus intellectuellement honnêtes, on va dire, connaissent que sur la gestion de la de l'affaire du chômage, sur la question de la préservation d'un certain nombre d'entreprises, sur la question des prêts bancaires on a quand même fait quelque chose qui était totalement inédit à une vitesse assez remarquable. il faut saluer tous les fonctionnaires de l'État en particulier mais aussi les fonctionnaires des collectivités qui se sont mis en mouvement très vite pour faire en sorte de colmater ce qu'il fallait colmater de l'équilibre social et l'équilibre économique alors que ça n'ait pas été parfait, certes, il peut arriver aussi que dans les collectivités, ce ne soit pas parfait, tout ça moi j'entends la nécessité d'évaluation et de regarder. Après peut-être que ce qu'on a pu voir aussi c'est des frottements.

ORIANE MANCINI
Vous allez en tirer les leçons, c'est-à-dire que ce qui s'est produit à Marseille ne se reproduira pas ?

MARC FESNEAU
Il faut toujours tirer les leçons d'une crise, mais ce qui s'est produit à Marseille, vous parlez de à des décisions récentes. Moi il y a un moment. Quand il y a des décisions impopulaires, je vois que le chemin est en train d'être pris de la difficulté, c'est toujours difficile d'endosser les décisions impopulaires, personne n'a envie de prendre des décisions impopulaires. Il y a un moment quand il faut prendre des décisions impopulaires, le Premier ministre l'a très bien dit, on est obligé de prendre ses responsabilités. Nous, on aimerait aussi pouvoir dire aux restaurateurs, aux gens qui tiennent les bars qu'on laisse ouvert, je veux dire, on est on n'est pas pervers au point d'avoir un plaisir particulier à fermer des établissements dont on sait qu'ils sont en difficulté financière, simplement on considère nous à la place qui est la nôtre que notre responsabilité…

STEPHANE VERNAY
A la vue des indicateurs…

MARC FESNEAU
A la vue des indicateurs, à ce que disent même les établissements hospitaliers de Marseille qu'il faut qu'on stoppe parce qu'on ne peut pas se trouvait dans la situation où dans un mois on nous dirait, vous saviez et parce que vous n'avez pas voulu être impopulaire, vous avez laissé faire. Alors j'assume la part d'impopularité et j'assume aussi enfin je comprends parfaitement la colère et même pire que la colère, le désespoir d'un certain nombre de gens qui commençaient à revoir le bout du tunnel comme on dit et qui disent on est reparti dans une crise sanitaire. Mais dans cette crise on doit faire oeuvre de responsabilité et c'est valable pour l'État nation, c'est valable pour l'état donc et c'est valable aussi pour les collectivités. J'ai été maire, il m'est arrivé de prendre des décisions impopulaires parce que je considérais que c'était l'intérêt de la collectivité et au fond ça a pas empêché que je sois réélu parce que les gens reconnaissent quand vous êtes solide et courageux dans les décisions difficiles, qu'il faut prendre quand vous êtes élu local que comme quand vous êtes élu national.

STEPHANE VERNAY
Est-ce que vous pensez que ça c'est bien compris par les Français et que autrement dit, le cas de Marseille, Aix-Marseille serait un cas un peu particulier ou il y a une espèce de fronde qui monte contre les mesures ?

MARC FESNEAU
Non, pas forcément, et ce n'est évidemment pas un grief que je fais aux citoyens français, parce que j'en suis un comme les autres au fond. C'est au fond tant que l'émergence de la crise, c'est-à-dire les conséquences directes qui sont les réanimations et les décès, n'apparaissent pas, on a du mal à qualifier et à rendre perceptible aux risques.

STEPHANE VERNAY
Percevoir la réalité des choses.

MARC FESNEAU
Et donc c'est difficile, tant que le risque n'est pas aux portes, sauf que quand une fois qu'on commence à voir monter très fortement les réanimations et les décès, on est déjà dans une tendance qui fait que pendant un mois on le voit apparaître. Ce qu'on veut essayer d'éviter, c'est ça, et donc je comprends parfaitement que la perception des citoyens français que nous sommes tous, soit une situation difficile, parce que tant qu'on n'est pas face au danger immédiat, on a du mal à croire que le danger arrive.

STEPHANE VERNAY
Et il est bien là.

MARC FESNEAU
Mais croyez-moi, si on prend ces décisions-là, c'est qu'on estime que la situation est suffisamment sérieuse pour qu'on puisse prendre des décisions graves et sérieuses.

ORIANE MANCINI
Autre sujet Marc FESNEAU, c'est la lutte contre les séparatismes, sujet auquel va s'attaquer le gouvernement. Vous confirmez qu'Emmanuel MACRON prononcera un discours vendredi ?

MARC FESNEAU
Prendra la parole vendredi, je vous le confirme. Et c'est à ce moment-là que l'on commentera éventuellement ce qu'il dira.

ORIANE MANCINI
Au cours d'un déplacement ?

MARC FESNEAU
Au cours d'un déplacement, et donc…

ORIANE MANCINI
Vous savez déjà où ?

MARC FESNEAU
Non, pas encore.

ORIANE MANCINI
Le texte arrivera quand au Parlement ?

MARC FESNEAU
L'idée c'est un dépôt de texte avant Noël et dans le premier semestre, on est en train de caler le calendrier, mais c'est dans le premier semestre que le texte…

ORIANE MANCINI
Dès début 2021 ?

MARC FESNEAU
Ah, sur un certain nombre de dispositions… Alors il y a des registres qui relèvent plutôt de l'application de la loi, et depuis des années parfois, il y a des registres qui relèvent du réglementaire et il y a des registres qui relèvent du législatif, mais il appartiendra au président de la République de donner le cap et après que le texte vienne mettre en musique, les éléments législatifs viennent met en musique ce qu'aura dit le président de la République sur ces questions de séparatisme, qui sont des questions importantes, qui sont des questions qui traversent la société française, qu'il faut essayer de porter avec lucidité, parce que ceux qui disent « ça n'existe pas », je crois qu'on ne vit pas tout à fait dans le monde, et en même temps, sans volonté de stigmatisation et sans volonté d'essayer de se servir de ça pour des motifs politiques.

ORIANE MANCINI
Il faut toucher à la loi de 1905, pour vous ?

MARC FESNEAU
Eh bien, en tout cas il faut faire en sorte qu'elle puisse être applicable dans ses fondements et ses principes et c'est ce que dira le président et donc on va attendre que le président s'exprime vendredi pour en dire plus.

ORIANE MANCINI
Mais applicable sans forcément la modifier.

MARC FESNEAU
Mais vous voyez bien qu'il y a… La loi de 1905 a posé des principes, dans le cadre de ce qu'était 1905, c'était il y a 115 ans, il y a des choses qui ont évolué et donc c'est ça qu'il faut regarder.

ORIANE MANCINI
Dernière question Stéphane.

STEPHANE VERNAY
Une dernière question sur les régionales. Est-ce que tout report, toute idée de report des élections régionales est écartée aujourd'hui ?

MARC FESNEAU
Le Premier ministre, il a été interrogé lors de la rencontre avec les chefs de parti et les chefs de groupe, les présidents et présidentes de groupe à l'Assemblée et au Sénat, il a dit que la volonté c'était de tenir les élections en mars.

STEPHANE VERNAY
Mais on n'a toujours pas de date.

MARC FESNEAU
Oui, enfin…

STEPHANE VERNAY
Ce n'est pas grave, ça ? Il ne faut pas le voir ainsi…

MARC FESNEAU
Excusez-moi, j'ai vu un responsable, en l'occurrence monsieur FAURE, qui faisait grief au gouvernement de ne pas avoir précisé la date, et on lui a rappelé simplement que la dernière fois lors des précédentes élections régionales, 4 mois avant, c'est seulement à ce moment-là, donc c'est la règle, ne cherchons pas des loups là où il n'y en a pas. Evidemment la menace sanitaire pose une question, c'est les conditions et donc je crois qu'il y aura des travaux qui seront menés avec le ministère de l'Intérieur pour regarder les conditions dans lesquelles peut s'exercer quand même… une élection c'est pas seulement le jour du vote, on se souvient des épisodes de mars et de juin, une élection c'est aussi la capacité à faire campagne, donc il faut regarder dans des conditions sanitaires que nous connaissons aujourd'hui, éventuellement être anticipées ou un reflux ou quelque chose qui serait plus sérieux encore dans les mois qui viennent, pour regarder comment pourraient se dérouler les élections, mais en tout cas sur la table, l'idée c'est évidemment de maintenir la date qui est, telle qu'elle est prévue. Après, vous savez, sur ce virus, on a appris à être prudent et à dire qu'il y a des choses que nous ne savons pas, comme la plupart des pays du monde ne savent pas, enfin comme tous les pays du monde ne savent pas d'ailleurs.

ORIANE MANCINI
Election à laquelle vous serez candidat ?

MARC FESNEAU
On verra.

ORIANE MANCINI
Toujours pas ?

MARC FESNEAU
Mais vous m'avez déjà interrogé il y a quelques semaines sur le plateau…

ORIANE MANCINI
Eh bien on essaie, à chaque fois on essaie d'avoir une réponse officielle.

MARC FESNEAU
C'est bien de tenter votre chance.

STEPHANE VERNAY
Il y a eu une demande très claire du président de la République en ce sens…

MARC FESNEAU
Absolument.

ORIANE MANCINI
Vous ne cachez pas votre envie.

MARC FESNEAU
Non mais c'est d'abord une affaire collective, parce que c'est une campagne, même si c'est 13 régions métropolitaines, il y a une question de dynamique nationale. J'ai été élu aux régionales, j'ai fait des campagnes régionales, je m'intéresse à cette collectivité…

STEPHANE VERNAY
Vous avez le profil, du coup.

MARC FESNEAU
Ça n'est pas une nouveauté que je m'intéresse au fait régional, et quand j'aurais pris la décision, je viendrai vous voir.

ORIANE MANCINI
Vous viendrez nous le dire. On ressaiera la prochaine fois. Merci beaucoup.

MARC FESNEAU
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Marc FESNEAU d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2020