Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France 2 le 22 octobre 2020, sur la cérémonie en l’honneur de Samuel Paty à la Sorbonne.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

DAMIEN THEVENOT
Ce matin, votre invitée, c'est Elisabeth BORNE.

CAROLINE ROUX
Oui, Elisabeth BORNE, ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, alors que plusieurs départements pourraient passer en alerte maximale et donc adopter le mode couvre-feu. Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Vous étiez hier à la Sorbonne, c'était un hommage rendu à Samuel PATY, un hommage aussi rendu à la République. Alors, la République, ce sont des valeurs, des droits, mais aussi logiquement, logiquement, des promesses d'égalité des chances. Et là, en termes d'emploi, des jeunes notamment, je compte n'y est pas. Qu'est-ce que vous proposez ?

ELISABETH BORNE
Alors, effectivement, la République elle doit marcher sur ses deux jambes, c'est à la foi des devoirs qui s'appliquent à tous, et puis c'est aussi la promesse que chacun doit pouvoir trouver sa place dans la République, et c'est au coeur de ce que je porte moi au ministère du Travail. Moi je ne peux pas accepter qu'un jeune ne trouve pas de travail, parce qu'il n'a pas la bonne adresse ou qu'il n'a pas les bons codes.

CAROLINE ROUX
Ça fait des années que c'est le cas.

ELISABETH BORNE
Et alors c'est bien le sens du dispositif des Emplois francs, qui été voulu par le président de la République depuis le début du quinquennat, pour encourager les employeurs à embaucher des jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville. Je vous annonce aujourd'hui qu'on va prolonger le dispositif, et on va le renforcer, le décret est publié aujourd'hui. Donc on va augmenter l'aide pour les employeurs, qui va passer…

CAROLINE ROUX
C'est-à-dire ? Combien, comment, avec quel objectif ?

ELISABETH BORNE
Donc c'est 7 000 € pour la première année, au lieu de 5 000, et donc l'objectif c'est d'encourager à embaucher les jeunes de ces quartiers, et puis parce que tout n'est pas qu'une question d'argent, on va aussi mettre en place un accompagnement avant l'embauche, pendant l'embauche, après l'embauche, et moi je le dis aux employeurs : n'hésitez pas à embaucher ces jeunes, s'ils n'ont pas les codes, nous leur donnerons. S'ils ont besoin d'être accompagnés pour comprendre les règles des entreprises, nous le ferons.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous avez des objectifs chiffrés ? Parce que les chiffres les voici : un bac + 5 de plus de 30 ans, a 22 % de chances de moins d'occuper un emploi de cadre lorsqu'il est issu des quartiers prioritaires. Est-ce que vous vous fixez un terme d'objectifs, en termes de créations d'emplois avec les dispositifs que vous venez d'annoncer ?

ELISABETH BORNE
Alors bien sûr on veut l'égalité des chances, on doit avoir plus de 20 000 emplois francs cette année, et donc il faut tenir cet objectif. Notre priorité c'est que tous les jeunes trouvent un emploi, une formation, une qualification, c'est vrai pour les jeunes des quartiers prioritaires de la ville, c'est vrai pour tous les jeunes, et c'est aussi le sens du plan « Un jeune, une solution », qu'on a lancé dès le mois de juillet.

CAROLINE ROUX
La laïcité est au coeur des discussions est-ce qu'il y a un problème de laïcité en entreprise, ou est-ce que j'allais dire l'entreprise gère mieux les atteintes à la laïcité que l'école ?

ELISABETH BORNE
Vous savez qu'il y a deux cas, il y a les entreprises qui ont une mission de service public, et dont les salariés doivent respecter les principes de neutralité, et puis dans les autres entreprises, il n'y a pas d'interdiction d'avoir des signes religieux, par contre il y a un principe très clair de non discrimination, notamment à l'égard des femmes, qui vaut pour toutes les entreprises, par exemple un salarié ne peut pas refuser de serrer la main des femmes, alors qu'il serre la main de ses collègues, des hommes.

CAROLINE ROUX
Et là les entreprises sont accompagnées, elles se débrouillent, comment est-ce que ça se passe dans les entreprises notamment de service public ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, dans les entreprises de service public, vous savez que moi j'ai dirigé la RATP…

CAROLINE ROUX
Où c'est un sujet, ça reste un sujet.

ELISABETH BORNE
On est très attentif à ce que ces règles soient strictement appliquées. On a renforcé la formation de l'encadrement. Je pense qu'il faut être intransigeant, notamment sur ce principe de non-discrimination à l'égard des femmes. Vous devez saluer vos collègues femmes, vous devez mettre en oeuvre les instructions de votre management, même si c'est une femme, et donc voilà, je pense qu'il faut être intransigeant sur ce principe de non-discrimination, et évidemment de respect de la neutralité.

CAROLINE ROUX
Juste un mot avant de parler du couvre-feu et éventuellement des départements qui vont basculer en alerte maximale. Cette polémique autour des rayons communautaires dans les supermarchés. A titre personnel, ça vous choque, vous, quand vous rentrez dans un supermarché de voir un rayon hallal ou un rayon casher ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que le moment n'est pas vraiment aux polémiques. Moi, à titre personnel ça ne me choque pas, ensuite c'est aussi ça la liberté d'expression, et chacun…

CAROLINE ROUX
Y compris au sein du gouvernement.

ELISABETH BORNE
Voilà, absolument.

CAROLINE ROUX
Alors, face à l'accélération de l'épidémie, le couvre-feu va sans doute être étendu à d'autres départements. Est-ce que vous vous préparez, Elisabeth BORNE, je pense que c'est la question que se posent tous les gens qui vous regardent ce matin, est-ce que vous préparez un scénario, le scénario d'après, le scénario du reconfinement ?

ELISABETH BORNE
L'objectif de toutes les mesures qu'on prend aujourd'hui, y compris de couvre-feu qu'on met en place, et dont évidemment moi je suis bien consciente que c'est des restrictions qui sont, voilà qui sont pénibles pour tout le monde, sait d'éviter ce reconfinement général. On sait qu'on a mis en place des protocoles qui sont très sûrs, que ce soit en entreprises, que ce soit dans des écoles, que ce soit dans les cinémas, on sait que cette contamination elle se fait beaucoup dans la sphère privée, donc l'objectif du couvre-feu c'est de réduire les interactions et d'éviter un reconfinement général.

CAROLINE ROUX
L'Irlande a reconfirmé que pour 6 semaines.

ELISABETH BORNE
Oui, effectivement, on voit que ce problème il vaut partout en Europe. Effectivement, l'épidémie progresse en France, elle progresse dans toute l'Europe, on doit prendre des mesures pour casser la dynamique de l'épidémie et pour éviter un reconfinement général.

CAROLINE ROUX
Avancer d'une heure l'heure du couvre-feu, ça fait partie des pistes étudiées aussi.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on souhaite vraiment à la fois protéger la santé des Français, casser la dynamique de l'épidémie, et puis permettre de poursuivre l'activité éducative, culturelle, économique, évidemment pour protéger nos entreprises, pour protéger nos emplois.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous allez imposer le télétravail, Elisabeth BORNE, si ça ne va pas mieux, si on n'arrive pas à maîtriser l'épidémie ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez qu'on a renforcé le protocole, en demandant à chaque entreprise de définir un nombre minimal de 2 jours de télétravail pour tous les postes qui le permettent, donc je crois qu'il faut être conscient que les entreprises entendent le message. Vous savez l'enquête qu'on a réalisée la semaine dernière, montre que plus de 50 % des salariés nous disent que l'employeur encourage le télétravail, et dans les zones qui sont soumises à couvre-feu, on avait la semaine dernière plus de la moitié des salariés qui avaient télétravaillé, pour 60 %, 2 à 3 jours par semaine. Donc le message est entendu, il faut aussi qu'on trouve un équilibre au sein de chaque entreprise, parce que le télétravail ça a beaucoup d'intérêts, y compris de réduire les interactions, mais il faut faire aussi attention à maintenir le collectif de travail et à éviter l'isolement des salariés.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous avez pu mesurer les conséquences du couvre-feu sur l'activité, sur l'emploi ?

ELISABETH BORNE
On échange quasiment toutes les semaines avec Bruno LE MAIRE, avec les secteurs qui sont impactés. Et on va faire, comme on le fait depuis le début de la crise, de soutenir massivement, de protéger ces secteurs. On a renforcé le fonds de solidarité, qui est passé à 10 000 € par mois, pour les entreprises qui sont touchées par ces restrictions, on a annoncé le prolongement jusqu'à la fin de l'année, de l'activité partielle prise en charge à 100 % par l'Etat. L'objectif il est clair : il est de protéger ces secteurs, on ne veut aucune défaillance du fait de ces restrictions.

CAROLINE ROUX
Geoffroy ROUX de BEZIEUX dit : on ne peut pas travailler sous perfusion, il demande de la souplesse. Est-ce qu'on peut accorder de la souplesse aux entreprises ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, c'est bien ce qu'on a fait pour les restaurateurs. Dans un premier temps par exemple à Marseille ils avaient fermé, on a défini un protocole plus strict, qui leur permet de poursuivre leur activité. Moi je suis bien consciente, et tous des chefs d'entreprises le disent : on veut travailler. Et donc il faut qu'on les accompagne avec des protocoles très stricts qui permettent de concilier leur activité et la protection de la santé.

CAROLINE ROUX
Un mot sur l'UNEDIC. Entre 30… On parlait des chiffres de l'économie, l'UNEDIC pourrait être amenée à indemniser 420 000 personnes supplémentaires par rapport à la fin de 2019. Le déficit est d'une ampleur inédite, il devrait atteindre 18,7 milliards d'euros, avec une baisse des recettes. Comment on fait pour retrouver un financement sans ajouter déjà, demandé des efforts supplémentaires à ceux qui sont impactés, puisque c'était ça le but de la réforme de l'assurance chômage.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on fait tout d'abord pour limiter le nombre de demandeurs d'emploi supplémentaires, c'est bien le sens où toutes les aides qu'on met en place, on a des dispositifs très protecteurs, l'activité partielle, l'activité partielle de longue durée. Notre objectif c'est de défendre au maximum les emplois et effectivement d'éviter que les gens se retrouvent demandeur d'emploi.

CAROLINE ROUX
Le déficit de l'UNEDIC, ce n'est plus un sujet.

ELISABETH BORNE
Le déficit de l'UNEDIC, qui sera regardé comme toute la protection sociale, qui effectivement subit un choc important dans la crise.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2020