Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 2 novembre 2020, sur le respect du confinement et la lutte contre l'islamisme radical.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : BFM TV

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérald DARMANIN, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Ministre de l'Intérieur. Première question : est-ce que les Français respectent le confinement ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, les Français sont rentrés de vacances, pour une partie d'entre eux, les premiers jours de vrai confinement, si j'ose, dire, c'est à partir d'aujourd'hui, puisque, vous le saviez, les mansuétudes de la part des forces de l'ordre, il y a quand même eu plus de 100.000 contrôles de personnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
100.000 contrôles…

GERALD DARMANIN
Voilà, et puis, 5.000 à peu près verbalisations pour les personnes. Mais une fois que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 5.000 amendes, 135 euros ?

GERALD DARMANIN
Exactement. Une fois que ce week-end de vacances est passé, pour retourner dans ses foyers, les forces de l'ordre ont des consignes à partir d'aujourd'hui de contrôles plus renforcés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nombreuses fêtes privées interrompues.

GERALD DARMANIN
C'est arrivé ce week-end dans une arrière-cour d'un restaurant dans le 17ème arrondissement par exemple, il y avait une centaine de personnes qui faisaient la fête, elles ont toutes été verbalisées, le cas aussi dans un bar à Evry-Courcouronnes, voilà. Donc effectivement, il y a des interventions de police et des verbalisations systématiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même à l'école de police de Nîmes ? C'était mercredi dernier, une fête sur un parking…

GERALD DARMANIN
Oui, enfin, j'ai vu des images qui ont tourné dans les réseaux sociaux, j'ai demandé au directeur général de la police nationale ce qu'il en était. J'ai pris une position qui consiste à montrer que, eh bien, ça s'applique à tout le monde la règle, y compris aux policiers, y compris aux élèves policiers, et j'attends le rapport du directeur général de la police nationale cet après-midi pour me dire quels sont les élèves concernés, et ces élèves seront exclus parce qu'on ne peut pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ne seront pas policiers ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, non, on ne peut pas être policier et se moquer des règles qu'on impose aux autres. Pour être respecté, il faut être respectable. Et donc sur la base évidemment de preuves, j'exclurai ces élèves de l'uniforme de la police nationale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les maires qui ont pris des arrêtés pour permettre aux commerces dits non-essentiels de rester ouverts sont des irresponsables, dit Bruno LE MAIRE, ils seront sanctionnés, ils risquent d'être…, peut-être pas les maires, mais les commerçant qui restent ouverts seront sanctionnés ?

GERALD DARMANIN
D'abord, Bruno LE MAIRE a raison de dire l'irresponsabilité de ces élus, moi, j'ai été maire, jamais je ne me serai permis, même lorsque j'étais en opposition au président François HOLLANDE, de prendre des dispositions qui étaient d'abord contraires aux lois et aux décrets de la République, parce que je suis avant tout un républicain ; on peut s'opposer à quelque chose sans prendre des actes qui sont contraires à la loi et aux décrets que prend un gouvernement légitime…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si l'arrêté ne prime pas sur le décret, que les choses soient claires ?

GERALD DARMANIN
Ah, c'est encore pire, alors, c'est de la démagogie totale. Si on sait qu'en plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la réalité…

GERALD DARMANIN
Si on sait qu'en plus, son acte est contraire, n'a pas de vérité juridique, on met, non seulement la démagogie en avant, mais en plus, on pousse les commerçants à prendre de mauvaises décisions. Et ces commerçants, ils ne seront pas protégés par la décision de leur maire, bien au contraire, les forces de l'ordre pourront évidemment les verbaliser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront sanctionnés ces commerçants ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, écoutez, pour l'instant, il y a une discussion, j'espère qu'elle se qu'elle se portera la plus rapide possible pour que chacun reprenne ses esprits, il y a une cinquantaine d'arrêtés qui ont été transférés au tribunal administratif pour contrôle. Des policiers et des gendarmes sont allés voir les commerçants ce week-end pour leur dire qu'ils ne pouvaient pas ouvrir, chacun comprend qu'on doit tous lutter contre le virus, et la démagogie, vous savez, ce n'est pas un vaccin contre le virus. On pourra le prouver dans quelques mois sans aucun problème, mais je peux déjà vous dire les résultats scientifiques, la démagogie n'est pas une réponse face au virus, vous savez, moi, j'ai fait mon marché samedi matin, comme beaucoup de Français, puisque les marchés sont ouverts, les gens respectaient chez moi à Tourcoing les distanciations sociales. Et ils avaient aussi peur, vous savez, l'hôpital de Tourcoing, moi, je n'oublie pas, j'y ai des amis, ils sont face ces soignants, à une vague très importante de personnes, de tout âge, qui sont en réanimation. Et il y avait une petite dame sur le marché, voilà, elle s'appelle Floris, elle me disait : eh bien, voyez, s'il fallait prendre pendant plusieurs semaines encore un changement de vie pour éviter d'attraper cette saloperie, c'est son mot, eh bien, oui, vous avez raison, il faut être courageux, et vous avez raison d'imposer un mode de vie qui permet d'être compatible avec la vie de demain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais n'y a-t-il pas eu un peu de pagaille au sein du gouvernement sur l'ouverture de ces magasins essentiels, non-essentiels, maintenant, les grandes surfaces qui sont obligées de fermer tous les rayons non-essentiels, franchement, il a fallu que Premier ministre intervienne hier soir pour préciser les choses, depuis jeudi, on a mis trois jours pour bien comprendre.

GERALD DARMANIN
Mais d'abord, le confinement, ce n'est pas quelque chose naturel. Et je peux comprendre la lassitude des Français. Ils ont vécu déjà confinés au printemps, ils vont vivre confinés en partie pendant l'automne, on a tous envie d'aller boire des verres dans des bars, à discuter sur la place du village, à se rendre à son culte, à son match de football, à son match de rugby, à faire la fête pour fêter l'anniversaire du petit dernier ou celui du grand-père, on a tous envie de revivre normalement, Monsieur BOURDIN, c'est normal.que les Français se posent des questions, mais il faut rappeler que ce que nous faisons, c'est protéger des vies, il y a entre 200 et 500 morts par jour du coronavirus. 200 à 500 morts par jour, tous ceux qui rentrent en réanimation, vous savez, quand vous rentrez en réanimation, même lorsque vous survivez de cette réanimation, vous n'en sortez pas indemne, vous avez des troubles cardiaques, respiratoires extrêmement importants, il y a beaucoup de gens qui décèdent après, passés quelques mois en réanimation. Ce n'est pas quelque chose de sympathique d'avoir le coronavirus, et en plus, d'aller dans un hôpital qui aujourd'hui est débordé. Donc il faut que chaque citoyen comprenne qu'il a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'où le besoin de règles très claires, Gérald DARMANIN…

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr, mais les règles, elles sont claires, on ne peut sortir que pour aller travailler, on ne peut sortir que pour faire ses quelques cours de première nécessité, voilà la règle très claire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les sanctions, là, seront appliquées, c'est clair aussi, 135 euros, 200 euros, et 3.750 euros pour trois, trois contraventions en un mois…

GERALD DARMANIN
Mais pour ceux qui multiplient effectivement les comportements irresponsables, malheureusement, il n'y a que la sanction. Mais je crois que chaque citoyen sait qu'il fait partie d'un tout, d'une nation, et que son comportement, son comportement, Monsieur BOURDIN, il va permettre de protéger les autres ; c'est ça être citoyen, comprendre que son comportement a un impact sur les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les policiers nationaux, les policiers municipaux, les gendarmes sont entre deux guerres, la guerre sanitaire, dont a parlé le président de la République, et la guerre contre le terrorisme, je pense aussi aux professeurs, aux enseignants qui aujourd'hui vont accueillir des élèves dans tous les établissements scolaires. Il y a des menaces, est-ce qu'il y a des menaces sur ces établissements scolaires ?

GERALD DARMANIN
Il n'y a pas de menace ciblée sur les établissements scolaires, mais notre pays vit depuis plusieurs mois, et maintenant plusieurs semaines, et singulièrement plusieurs jours sous le coup de menaces terroristes, son a eu trois attentats terroristes en un mois. C'était un enchaînement qu'on n'avait pas connu depuis 2015. Nous connaissons des revendications parfois confuses de groupements terroristes, et nous voyons bien que, à tout moment, sur le sol national, partout, personne n'est particulièrement protégé, il peut y avoir des attentats terroristes, nous sommes en guerre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelles protections ?

GERALD DARMANIN
Nous sommes en guerre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles protections sur les établissements scolaires ?

GERALD DARMANIN
D'abord, je voudrais me permettre, si vous me permettez quelques mots, d'avoir un mot effectivement pour les policiers, pour les gendarmes et pour l'ensemble des agents des services publics, comme les professeurs. Hier, s'est tenu le culte de la Toussaint, les églises étaient particulièrement protégées, chacun a pu le constater. Aujourd'hui, c'est la rentrée scolaire, sous mon autorité, et à la demande du ministre de l'Education nationale et de moi-même, les policiers, les gendarmes, les policiers municipaux, je remercie les maires, les militaires de la formation Sentinelle protègent les établissements scolaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

GERALD DARMANIN
Il y a 60.000 établissements scolaires en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'allais y venir.

GERALD DARMANIN
Et ces préfets et ces sous-préfets sont donc ce matin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'hommes sur 60.000 établissements scolaires ?

GERALD DARMANIN
Vous savez, aujourd'hui, il y a beaucoup de réserves appelés à être plus présents, c'est le cas des gendarmes, c'est le cas des militaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'hommes mobilisés aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Il y a 100.000 policiers et gendarmes et militaires qui aujourd'hui protègent l'ensemble du territoire national, et singulièrement, la rentrée scolaire, puisque cette rentrée scolaire est marquée évidemment du sceau très difficile de la mort ignoble de monsieur PATY. Et ce travail doit être fait pas simplement aujourd'hui, Monsieur BOURDIN, toute la semaine, parce qu'on voit bien que l'école a été attaquée, c'est-à-dire que c'est la République dans son coeur qui a été attaquée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, si nous revenions sur ce qui s'est passé à Nice notamment, vous avez dit à Tourcoing hier : nous sommes en guerre contre le terrorisme, d'accord, nous sommes en guerre contre le terrorisme, mais quel terrorisme aujourd'hui ? Avant, il y avait des réseaux terroristes, aujourd'hui, ce sont des individus qui passent à l'acte, des individus qui parfois viennent d'un autre pays, du Maghreb, de Tunisie, comme l'assassin présumé Brahim ISSAOUI, l'assassin présumé de Nice, qui est venu pour tuer, il est venu en France pour tuer, Gérald DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, il n'est manifestement pas venu pour faire des emplettes, ça, c'est sûr, puisque, à peine quelques heures sur le territoire national, quelques heures sur le territoire national, il a pris des couteaux, puisqu'on en a retrouvé plusieurs, et il a égorgé des chrétiens dans une église, donc il a manifestement un projet macabre, le procureur antiterroriste démontrera si ce projet était pensé depuis la Tunisie, puisqu'il est parti de Tunisie voilà à peu près un mois ou si en cheminant, il s'est radicalisé, ce que, personnellement, j'aurais du mal à croire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il était accompagné d'un homme de 29 ans qui est toujours gardé à vue…

GERALD DARMANIN
Oui, ça, c'est l'enquête, et vous comprendrez que, y compris lorsqu'on peut, on ne va pas donner des informations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ça, je comprends…

GERALD DARMANIN
Au moment où les gens font des enquêtes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je me mets à la place des Français qui se disent : voilà, dans ces bateaux qui viennent à Lampedusa, il y a des terroristes en puissance peut-être, qui vont entrer sur le territoire français, qui vont tuer…

GERALD DARMANIN
C'est possible, c'est manifestement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne font pas partie de réseaux organisés…

GERALD DARMANIN
D'abord, on ne le sait pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne le sait pas…

GERALD DARMANIN
On verra bien. Mais ce que je voudrais dire aux Français, c'est que les terroristes, ils prennent plusieurs formes, et n'écoutez pas les prophètes de malheur qui vous expliquent que tous les étrangers sont forcément tous des terroristes et en fermant notre pays à tout, alors, on protégerait ce pays. Ce n'est pas vrai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc nous ne fermerons pas nos frontières, c'est impossible…

GERALD DARMANIN
Non, mais nous allons davantage les contrôler, j'ai fait des propositions au Premier ministre et au président de la République lors du dernier Conseil de défense, on va davantage les contrôler encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment concrètement ?

GERALD DARMANIN
Mais juste, je termine sur un point, ne faisons pas croire qu'en montrant du doigt les étrangers comme le fait une droite extrême, on protège le pays, sur les 30 derniers terroristes qu'a connus notre pays, Monsieur BOURDIN, 22 sont Français. Et dans le profil des terroristes étrangers, ces profils sont extrêmement différents, vous avez raison, il y a des gens qui arrivent depuis quelques heures sur le territoire national, quelques jours, et commettent des attentats, c'est le cas manifestement de ce terroriste Tunisien à Nice. Il y a aussi des gens qui depuis de très nombreuses années sont sur le territoire national, c'est le cas de ce terroriste tchétchène qui a tué monsieur PATY. Il y a aussi des Français qui sont Français, si j'ose dire, de père et de grand-père, ce qu'on appelle les convertis, et ils commettent des crimes absolument atroces, il n'y a rien à voir avec la nationalité ou la couleur de peau dans le terrorisme, ce qu'il y a à voir, c'est l'idéologie islamiste, c'est elle que nous devons combattre. Et il y a des convertis, il y a des étrangers, il y a des gens qui sont de fraîche date, il y a des gens qui ont des cartes de résident, il y a des gens qui… ce ne serait même pas soupçonné, vous et moi, dans une vie sociale normale, simplement, ils sont pris par cette idéologie islamiste absolument ignoble et insupportable, que nous avons trop laissé prospérer dans le pays, et il ne s'agit pas simplement de lutter contre ceux qui ont des couteaux ou des pistolets, il s'agit de lutter contre ceux qui retournent la tête des gens, qu'on appelle les officines islamistes. C'est pour ça que nous proposons des dissolutions d'associations, que j'ai multiplié les contrôles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons y revenir…

GERALD DARMANIN
Et que j'ai souhaité que la loi séparatisme que j'ai proposée au président de la République et au Premier ministre puisse être ferme, et elle sera ferme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, je vais revenir sur cette loi séparatisme, Gérald DARMANIN, mais vous allez partir en Tunisie donc quand ?

GERALD DARMANIN
Oui, je pars en fin de semaine en Tunisie et en Algérie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Tunisie et en Algérie, pour chercher quoi ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, d'abord, pour discuter avec mes homologues du ministère de l'intérieur et avec les services de renseignements, échanger, échanger pour avoir davantage d'informations, mais aussi parce que le président de la République a eu ses homologues au téléphone pour pouvoir nous mettre d'accord sur le renvoi d'un certain nombre de personnes qui appartiennent à ces pays puisqu'ils ont la nationalité de ces pays, et qui sont confondues de radicalisation dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, vous aviez annoncé l'expulsion d'étrangers radicalisés vivant en France, peut-être des Tunisiens, des Algériens ou autres, où en est-on, aujourd'hui, où en est-on ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, aujourd'hui, nous avons expulsé, j'en suis désormais, si je puis me permettre, à 16, depuis un mois, depuis le moment où j'ai rendu ce chiffre public, 16 personnes qui ont été confondues de radicalisation, ça ne veut pas dire que, comprenons-nous bien, qui ont été condamnées, on considère que, nous, ils sont radicalisés et qu'ils sont étrangers à notre pays, et donc qui ont été renvoyés, ce week-end encore, des personnes ont pris des avions, ce qui n'est évidemment pas facile puisque nous sommes en période de Covid, ça ne vous aura pas échappé, pour retourner dans leur pays. J'ai demandé aux préfets, voilà quelques jours, de mettre l'intégralité des étrangers en situation irrégulière confondus de radicalisation dans ce qu'on appelle les CRA, c'est-à-dire des centres de rétention administratifs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien sont-ils ?

GERALD DARMANIN
On va dire qu'aujourd'hui, ils sont encore une centaine, dans cette centaine d'étrangers en situation radicalisés, nous devons avoir un travail de discussion avec les pays pour les accueillir, d'abord, ils doivent les reconnaître et faire des laissez-passer consulaires, ce que nous arrivons à faire et je les remercie. J'ai rencontré l'ambassadeur de Russie voilà quelques jours, et je vais me rendre en Russie également dans les prochains jours, puisque, parmi les pays qui sont concernés, il y a évidemment des personnes qui viennent notamment de Tchétchénie, qui, vous savez bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui fait partie de la Fédération de Russie…

GERALD DARMANIN
Qui fait partie de la Fédération de Russie, et j'en remercie les autorités russes. Je remercie les autorités marocaines, puisque suite à mon voyage, voilà quelques jours également au Maroc, les choses se passent bien avec le gouvernement marocain, et les échanges que les chefs d'Etat ont en ce moment au téléphone, la volonté du président de la République de mettre fin à une situation qui est très ancienne, mais qui n'est pas resté sans rien faire, ce président de la République, je vous rappelle, 458 personnes ont déjà été expulsées de notre territoire national depuis trois ans, c'est quatre fois plus que dans les années précédentes, eh bien, ces personnes doivent retourner dans leur pays dans des conditions évidemment compatibles avec la crise sanitaire, parce que les pays qui les accueillent le demandent, mais nous le mettrons en place, et j'y mets de l'énergie matin, midi et soir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai, est-il vrai qu'une note de votre ministère, elle vient de vous peut-être, à tous les préfets, évoquait plusieurs jours avant l'attentat de Nice, un appel islamiste au djihad, au djihad contre les églises notamment, contre les chrétiens ?

GERALD DARMANIN
J'ai réuni la semaine dernière, donc le dimanche, et cette note, vous allez le voir, les préfets de la République, comme je le fais chaque semaine, et j'ai effectivement fait passer ce qu'on appelle un télégramme, c'est-à-dire un document à tous les préfets pour les alerter sur les niveaux élevés de la menace, et il n'y avait pas que les églises, il y a beaucoup de services publics…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qu'aujourd'hui, le niveau de la menace est élevé ?

GERALD DARMANIN
Oui, eh bien, vous avez vu, le Premier ministre a augmenté le niveau Vigipirate, il a rappelé 4.000 militaires de plus de la force Sentinelle, je pense que les Français, s'ils ont mis le nez dehors ce week-end, ont vu la présence de ces militaires qu'il n'avait pas vus depuis un certain temps, en tout cas, pas en ce nombre. Nous avons rappelé les réservistes de la gendarmerie. Nous contrôlerons davantage encore les frontières comme nous le faisons. Et nous sommes effectivement extrêmement attentifs à tous les signes qui montreraient la préparation d'un attentat terroriste, vous le savez, la DGSI, les polices, la gendarmerie fait un travail formidable, je ne veux pas oublier les polices municipales, parce que dans le cas de Nice, par exemple, c'est bien la police municipale qui a arrêté ce terroriste en premier, et je veux dire aux maires que la façon dont ils gèrent leur police municipale qui la mettent à la disposition de la protection de nos concitoyens pour la protection des églises ou des mosquées par exemple, cette semaine est extrêmement importante et je voudrais les en remercier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que vous voulez renforcer d'ailleurs le rôle des polices municipales ?

GERALD DARMANIN
Tout à fait, aujourd'hui même à l'Assemblée nationale sur la proposition du député FAUVERGUE et de la députée THOUROT, et en parfaite collaboration avec le gouvernement, nous allons renforcer, puisque la Commission des lois se réunit aujourd'hui, les polices municipales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, renforcer ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, nous allons leur permettre de faire des contrôles qu'ils ne peuvent pas faire aujourd'hui, accéder…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contrôles d'identité ?

GERALD DARMANIN
Exactement, accéder au fichier des voitures volées, pouvoir permettre à ces polices municipales d'être ce qu'on appelle officiers de police judiciaire, sur le cadre d'une expérimentation qu'on mettra quand les maires le voudront, c'est-à-dire qu'un procureur de la République pourra directement avoir les rapports, ils pourront mettre un certain nombre de constats de délits qu'ils ne peuvent pas faire aujourd'hui, ceux qui n'appellent pas à des enquêtes, on constate, Monsieur, que vous portez une arme ou que vous fumez un joint, aujourd'hui, la police municipale ne peut pas vous arrêter et vous verbaliser, elle pourra le faire demain, et donc renforcer très fortement la police municipale, renforcer aussi très fortement les images de vidéosurveillance, la qualité juridique des images qu'on récupère par drone notamment, qui nous permettront de lutter contre les trafics de stupéfiants, mais aussi lutter contre le terrorisme, bref, renforcer en effet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Surveillance par drone légalisée ?

GERALD DARMANIN
Exactement, que nous demande la CNIL…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdiction publique aussi de diffuser l'image de policiers ?

GERALD DARMANIN
Par ailleurs, protection, j'avais fait une promesse, qui était celle de ne plus pouvoir diffuser les images des policiers et des gendarmes sur les réseaux sociaux, cette promesse sera tenue, puisque la loi prévoira l'interdiction de la diffusion de ces images…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Proposition de loi dans deux jours, je crois, à l'Assemblée nationale…

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, et puis, en Commission, toute la semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et en Commission toute la semaine. Donc vous renforcez le rôle des policiers municipaux, est-ce que vous souhaitez qu'ils soient armés partout ?

GERALD DARMANIN
Ça, c'est le rôle du maire, moi, je ne me mets pas à sa place, moi, je pense, je pense, personnellement, que la police municipale, lorsqu'elle est armée, lorsqu'elle est bien formée, lorsqu'elle a des équipements, et notamment de la vidéosurveillance à sa disposition, est plus efficace, mais je respecte le choix des maires qui arment ou qui n'arment pas leur police municipale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que vous voulez limiter les réductions de peine pour les personnes coupables d'infraction contre les policiers et gendarmes ?

GERALD DARMANIN
Tout à fait, ceux qui s'en prennent à un policier ou à un gendarme n'ont pas à réduire leur peine lorsqu'ils sont en prison. Quand on est de bonne conduite, comme on di, voilà, s'en prendre à un policier et à un gendarme, c'est s'en prendre à la République, et c'est s'en prendre à la République dans ce qu'elle a de plus fort, c'est-à-dire ceux qui sont payés pour nous protéger, et mon travail de ministre de l‘Intérieur, c'est de protéger ceux qui nous protègent. Donc oui, il y aura l'interdiction, et je remercie le Garde des sceaux, parce que c'est lui qui a fait cette proposition, de la réduction de peine, ce sera dans la loi pour ceux qui s'attaquent à des policiers et à des gendarmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le projet de loi contre le séparatisme donc pour la défense de la laïcité, quel sera le titre d'ailleurs, parce qu'on ne sait plus trop de ce projet de loi ?

GERALD DARMANIN
Visant sans doute à conforter, alors, pas sans doute…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sans doute ou pas sans doute ?

GERALD DARMANIN
Non, non, sans doute, visant à conforter les principes républicains, et dans ces principes républicains…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet de loi visant à conforter les principes républicains.

GERALD DARMANIN
Exactement, mais vous savez qu'un titre, c'est aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est important…

GERALD DARMANIN
Non, mais un titre, c'est un titre que peut modifier le Parlement, donc le Parlement modifiera le titre s'il le souhaite, mais c'est effectivement cela qui a été choisi par le président de la République et le Premier ministre, il s'agit de quoi ? Il s'agit de dire que la loi protège la foi, aucun problème, liberté de culte, liberté d'expression, liberté religieuse, très important, mais la foi n'est jamais au-dessus de la loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez vu ce qu'a dit l'archevêque de Toulouse : on ne se moque pas impunément des religions. Vous voyez le résultat que ça donne, voilà ce qu'il a dit !

GERALD DARMANIN
Mais il a tort, mais ce que vous devez comprendre, c'est que cette loi, elle n'est pas faite contre telle ou telle religion, moi, je connais les musulmans de France, je sais qu'ils en ont marre d'ailleurs qu'on les définisse par leur religion, ils sont des citoyens comme tous les autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on ne met pas…

GERALD DARMANIN
Et ils ont leur confession, mais cette loi s'intéresse à tout le monde, elle s'appliquera à tout le monde. Et je vous le dis comme je le pense, je pense que monseigneur archevêque de Toulouse a tort. On peut ne pas être d'accord avec les caricatures, parfois, il y a des caricatures du président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais poser une question iconoclaste, est-ce qu'on ne met pas de l'huile sur le feu en multipliant la publication des caricatures ?

GERALD DARMANIN
La liberté, Monsieur BOURDIN, ne s'use que lorsqu'on ne s'en sert pas, moi, je ne suis pas toujours favorable aux caricatures de Charlie Hebdo, lorsqu'ils caricaturent le prophète Mahomet, le Pape, le président de la République, parfois il arrive même que ces caricatures me caricaturent moi-même, je ne suis pas très favorable aux caricatures qui me caricaturent moi-même. Donc si votre question, c'est : est-ce que je les aime toutes ? La réponse est non. Si votre question, c'est : est-ce qu'en tant que ministre de l'Intérieur, en tant que citoyen, j'accepte l'idée que quelque chose qui me choque soit publié ? La réponse est oui, c'est ça la liberté. Alors, moi, je voudrais dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les libertés ont des limites, non ? Le souci d'autrui, le souci des autres…

GERALD DARMANIN
Non, je ne le crois pas, moi, je crois que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que disait Jacques CHIRAC.

GERALD DARMANIN
Non, mais je pense que le président CHIRAC a dit des choses voilà 15 ans, on ne peut pas… enfin, je veux dire, entre temps, les choses ont changé, me semble-t-il. Et le président CHIRAC n'a pas interdit les caricatures, il a donné son opinion. On a le droit, encore une fois, de considérer que ces caricatures sont de mauvais goût, moi, il y a plein de gens dont je trouve qu'ils sont de mauvais goût. Il y a plein de gens dont je considère que ce qu'ils disent est idiot. Cependant, je me battrai jusqu'à la mort pour qu'ils puissent le dire, comme disait Voltaire. C'est ça la République. Et il n'y a pas de délit de blasphème dans notre pays, n'en déplaise à monseigneur l'archevêque de Toulouse, n'en déplaise à quelques responsables religieux, quelle que soit leur religion, vous savez, il y a des journalistes qui sont morts pour ces caricatures, pour cette liberté d'expression avec ce goût très français de la moquerie, des Guignols de l'info, de la caricature de Daily Mail, depuis la Révolution française, les choses sont ainsi et sans doute même avant la Révolution française. C'est profondément français que de se moquer, que de se moquer du roi, que de se moquer du président de la République, que de se moquer des ministres, que se moquer des journalistes, que de se moquer des acteurs, que de se moquer de tous les puissants, voilà, eh bien, laissons les gens se moquer des puissants, y compris des puissants religieux. Et ceux qui ne veulent pas acheter Charlie Hebdo, eh bien, ils n'achètent pas Charlie Hebdo. Mais il n'y a pas de droit au blasphème dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez créer un délit de séparatisme ?

GERALD DARMANIN
Alors, vous l'appelez ainsi, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je l'appelle ainsi, parce que j'ai vu dans une interview que vous avez accordée hier, que par exemple sera inscrit dans la loi la possibilité d'être condamné à 5 ans de prison, pour celles et ceux qui refusent de se faire soigner par un médecin d'un autre genre, par exemple.

GERALD DARMANIN
Alors, quel est, c'est très important ce point, et l'exemple du médecin n'est pas pris que dans la loi, mais ça correspond à ce que vous dites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous avez dit.

GERALD DARMANIN
Non mais ça correspond à ce que vous dites. Que dira la loi ? Le Parlement en décidera totalement, évidemment, que si une personne ou un groupe de personnes fait pression communautariste, séparatistes, pour imposer sa loi et non pas celle de la République, par exemple ce professeur qui avait été traité de voyous par monsieur CHNINA, celui qui a fait la vidéo qui a armé idéologiquement le terroriste qui l'a assassiné, et qu'il est venu avec un agitateur islamiste, on va dire ça comme ça, pour faire pression sur l'Education nationale, pour dire : moi je ne veux pas que cet enseignant continue d'enseigner, je ne veux pas que mes enfants y voient les caricatures et je ne veux pas que la liberté d'expression soit enseignée comme ça dans cette école, dans ce collège public. Eh bien aujourd'hui ça ce n'est pas pénalisable, eh bien demain ça le sera. La pression communautariste sur l'école, sur le service public d'une mairie, un état civil par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans une entreprise de transport.

GERALD DARMANIN
Dans une crèche, dans une délégation de service public de transport, dans un hôpital public, eh bien aujourd'hui ces comportements communautaristes, séparatistes, ne sont pas punis, eh bien ils seront punis demain. Voilà. Effectivement, je crois que c'est une façon de protéger extrêmement fortement les services publics et les agents du service public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question. Le CCIF, dissout ou pas ?

GERALD DARMANIN
Je proposerai sa dissolution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

GERALD DARMANIN
Sans doute d'ici une quinzaine de jours, puisque vous savez qu'il y a un contradictoire qui est fait, nous sommes un Etat de droit, donc comme je l'ai fait pour l'association islamiste BarakaCity, que nous avons dissout, vous l'avez vu, comme le collectif Cheikh Yassine, que nous avons dissout, vous l'avez vu, eh bien nous sommes en train de terminer le dossier de dissolution du CCIF, nous le présenterons évidemment aux avocats du CCIF, s'ils le souhaitent ils pourront apporter un contradictoires, qui sera d'ailleurs rendu public, comme c'est le cas de BarakaCity, et je proposerai au président de la République la dissolution du CCIF.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernière question. Lyon, ce qui s'est passé, ce prêtre orthodoxe qui a été grièvement blessé par balle, terrorisme ou pas ?

GERALD DARMANIN
Ecoutez, pour l'instant rien ne permet de le dire. Le Parquet anti-terroriste ne s'est pas saisi, il n'y a pas de revendication et donc c'est évidemment quelque chose d'absolument ignoble que de s'attaquer à un homme en lui tirant dessus, bien sûr, il n'était pas en habit de prêtre, rien ne pousse aujourd'hui à démontrer que cela est terroriste, mais laissons l'enquête judiciaire faire son travail. Peut-être que nous le démontrerons, peut-être que nous démontrons que c'est à malheureux fait divers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gérald DARMANIN d'être venu ce matin sur RMC et BFM TV.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 novembre 2020