Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France info le 16 novembre 2020, sur le commerce confronté à l'épidémie de Covid-19 et la commande de futurs vaccins.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Les catholiques vous demandent de rouvrir les églises ; les écologistes veulent s'affranchir de la règle du kilomètre pour pouvoir se rendre en forêt ou dans les espaces verts ; les commerçants ne comprennent pas pourquoi ils sont encore fermés. Est-ce que vous allez desserrer le confinement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on a encore deux semaines où il faut serrer les dents, c'est la première chose. Pour pouvoir rouvrir plus largement et permettre à chacun de s'y retrouver, il faut aujourd'hui fermer, limiter les interactions sociales ; c'est en train de marcher. Serrons les dents encore 15 jours et regardons au 1er décembre ce qui peut être rouvert. C'est sur ça que nous travaillons avec Bruno LE MAIRE et Alain GRISET notamment sur les aspects commerçants. Pour nous, ce serait idéal de pouvoir permettre quelques réouvertures de commerçants au 1er décembre ; on n'y est pas encore et on fera tout pour ralentir la circulation du virus.

MARC FAUVELLE
Il n'y aura pas d'exception avant le 1er décembre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, on doit travailler à interrompre la circulation du virus ; je crois que c'est un objectif qui doit être partagé par tous. Je rappelle que toutes les quatre minutes, il y a un mort de ce virus ; je rappelle également qu'il y a des séquelles, des séquelles pour des personnes jeunes. Donc c'est une responsabilité collective, ce n'est pas agréable, c'est encore moins agréable à la veille des fêtes de Noël mais plus on respectera le confinement maintenant, plus ce sera facile de définir des souplesses après.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous craignez qu'il y ait de plus en plus de désobéissance, Agnès PANNIER-RUNACHER ? On a vu par exemple ce week-end à Joinville une fête clandestine avec plus de 300 personnes !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je crains …Non, je ne crains pas des désobéissances parce que je pense que les Français ont compris l'importance de freiner la circulation du virus. Je suis surprise qu'il y ait des fêtes comme ça parce que quand vous rassemblez 300 personnes statistiquement, statistiquement en Ile-de-France, vous avez quelqu'un qui a le virus et donc c'est vraiment jouer avec les allumettes et à la fin, on se brûle. Donc j'appelle solennellement chacun …Encore une fois, c'est agréable pour personne, on a tous envie d'interactions sociales, on en a d'autant plus envie qu'on est au mois de novembre, qui est un mois qui est un peu triste, on sait qu'il y a des dépressions saisonnières. Plus vite on sort de ce moment de confinement en l'ayant bien fait, mieux on pourra se retrouver tous ensemble.

MARC FAUVELLE
Est-ce que le gouvernement doit donner un horizon ? Vous dites c'est triste novembre ; après novembre, il y a décembre. Dans 5 semaines, il y a Noël. Est-ce qu'il faut déjà fixer un horizon, commencer peut-être à expliquer quelles seront les règles dans 5 semaines pour les gens qui veulent se retrouver ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois d'abord que nous avons fixé une première date qui est celle du 1er décembre pour lequel nous travaillons avec Alain GRISET, Bruno LE MAIRE pour savoir s'il est possible de rouvrir les petits commerçants.

MARC FAUVELLE
Quelle est votre conviction aujourd'hui sur les petits commerces ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ma conviction, c'est qu'encore une fois, si on arrive à définir des protocoles sanitaires qui nous permettent soit sur rendez-vous, soit de manière organisée avec une jauge plus importante, de rouvrir le 1er décembre, ce serait une très bonne nouvelle.

MARC FAUVELLE
Donc par exemple, on ira chercher des fleurs sur rendez-vous au 1er décembre ? !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais cette nouvelle, elle ne peut être déclenchée que si nous avons ralenti fortement la courbe de diffusion.

MARC FAUVELLE
Ce qui semble être le cas depuis quelques jours Agnès PANNIER-RUNACHER ! On le voit, on est à 4 500 …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça frémit positivement mais ne lâchons pas l'affaire !

MARC FAUVELLE
Evidemment !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je me permets d'insister : ne lâchons pas l'affaire ! On a fait 15 jours, on voit que ça fonctionne, on a encore 15 jours et ça peut franchement, ça peut marcher. Ensuite aujourd'hui, vous pouvez d'ores et déjà par le click and collect ce qui peut être très simple, pas besoin forcément d'avoir un site Internet, tout simplement par téléphone aller chercher une marchandise au magasin, c'est organisé pour les librairies, ça peut fonctionner pour les fleuristes. Donc ça, ça peut déjà être exploité.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, depuis tout à l'heure, vous parlez du 1er décembre, cette date fatidique du 1er décembre sauf que les syndicats de commerçants demandent une ouverture le 27 novembre, jour du Black Friday sur Internet. Ça coïncide avec cette journée de promotion sur Internet, ils veulent cette réouverture à ce moment-là pendant ce week-end-là. Vous leur dites quoi ? C'est « non », c'est catégorique ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dis qu'on travaille ensemble et à ce stade et on essaie de respecter un enjeu sanitaire.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il y a une ouverture ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, à ce stade, on en est encore au stade des consultations, donc je ne vais pas faire d'ouverture et de fausses promesses. Je pense que ce qu'attendent les commerçants aujourd'hui, c'est de savoir très exactement comment ça va se passer dans les semaines qui viennent. Donc ne multiplions pas les scénarios, ce serait irresponsable de notre part.

MARC FAUVELLE
Écoutez ce qu'en disait tout à l'heure le président des Centres LECLERC, Michel-Edouard LECLERC, qui était l'invité de France Info.

MICHEL-EDOUARD LECLERC, PRESIDENT DU GROUPE EPONYME
Nous souhaiterions que les libraires qui ont la place, les magasins de jouets aussi qui ont la place, qui ont la compétence, qui peuvent signer des protocoles sanitaires, qu'ils soient petits ou grands puissent ouvrir dès la dernière semaine de novembre.

MARC FAUVELLE
Avant le 1er décembre qui est la date prévue …

MICHEL-EDOUARD LECLERC
Avant le 1er décembre pour désengager un petit peu l'arrivée de ce flux de consommateurs. Il y a des tas de commerce aujourd'hui qui pourraient ouvrir et qui ne posent aucun problème.

MARC FAUVELLE
Donc rouvrir un peu avant le 1er décembre avec un protocole sanitaire renforcé pour éviter le grand rush à partir du 1er décembre et le début des courses de Noël ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon, le rush, ça s'organise aussi. C'est bien un des enjeux de ces protocoles sanitaires, si vous êtes sur rendez-vous, le rush sera organisé. Donc notre enjeu, c'est de regarder toutes les manières de faire en sorte que les petits commerçants puissent rouvrir en sécurité sanitaire, en sécurité économique et je veux dire une chose aussi, ce mois de novembre, nous avons mis un paquet d'argent en soutien des petits commerçants et des artisans. J'aimerais qu'on le redise parce qu'un artisan, un commerçant qui est fermé aujourd'hui peut bénéficier jusqu'à 10 000 euros pour couvrir sa perte de chiffre d'affaires sachant que ses salariés sont pris en charge, sachant qu'une partie de son loyer peut être prise en charge, ça veut dire que ce soutien massif, il est au rendez-vous et nous faisons cet effort pour sauver ces commerçants et ces artisans.

SALHIA BRAKHLIA
Parfois, ça ne suffit pas, Madame la Ministre, parfois ça ne suffit pas, toutes ces aides, elles sont sur la table mais parfois ça ne suffit pas ; on voit des commerçants mettre la clé sous la porte. Pourquoi ne pas rouvrir les commerces en fonction, par exemple, de la circulation du virus selon les régions ? Est-ce que c'est impensable, ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Lalia (sic) BRAKHLIA, moi je voudrais juste vous donner un chiffre.

SALHIA BRAKHLIA
Je vous corrige, Salhia BRAKHLIA !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Salhia, pardon ! Je voudrais juste vous donner un chiffre, le nombre de défaillances d'entreprises a diminué de 30% par rapport à l'année dernière. Donc attention à pas trop de manips …Enfin, les chiffres qu'on manipule aujourd'hui en termes de faillite, vous avez 30% de faillites en moins que l'année dernière.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que c'est comparable quand on a mis l'économie sous cloche ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Précisément parce que nous avons mis le pays sous cloche mais on ne peut pas dire « les commerçants mettent la clé sous la porte par milliers » ; aujourd'hui, ils sont inquiets sur l'avenir et c'est parfaitement légitime comme crainte et notre travail, c'est de faire en sorte qu'ils passent le cap, ils le passent, chaque mois est difficile et nous les accompagnons et nous avons fait un accompagnement massif jusqu'à 10 000 euros. Là, on était à 1 500 euros au mois d'avril et c'est notre travail de faire en sorte qu'effectivement, il n'y ait pas des milliers de commerçants qui déposent la clé sur la porte. Donc chaque mois qui passe est un mois de gagné et nous nous y employons.

MARC FAUVELLE
Avec Salhia BRAKHLIA, nous recevons Agnès PANNIER-RUNACHER, la ministre de l'Industrie jusqu'à 9 heures ; on va parler dans un instant si vous voulez bien des grandes surfaces qui ont eu recours au chômage partiel assez fortement ces derniers jours, vous nous direz si ça vous semble normal, si les grandes surfaces souffrent aujourd'hui de la crise économique ou si, pour vous, elles abusent ou elles contournent ce dispositif qui est censé être réservé aux groupes les plus en difficulté.

- Flash info -

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre chargée de l'industrie. CASINO, AUCHAN, MONOPRIX, LECLERC, CARREFOUR, une partie de la grande distribution a décidé de placer une partie de ses salariés au chômage partiel suite à la décision de votre gouvernement de fermer les rayons de produits dits non essentiels, vous leur demandez de revenir sur leur décision même si elle est légale ou alors vous dites « c'est tout à fait normal » ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dis que si c'est pour couvrir effectivement le salaire de salariés qui risqueraient d'être licenciés et qui ne sont pas dans les rayons aujourd'hui parce que ces rayons sont fermés, c'est toute la logique du chômage partiel. La logique du chômage partiel, c'est de protéger les salariés. L'argent, il ne vise qu'une chose, c'est à financer des salariés qui sont empêchés de travailler parce que soit les carnets de commandes ne sont pas au rendez-vous, soit les activités pour lesquelles ils sont employés sont fermées.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous allez quand même vérifier, vous allez vérifier qu'il n'y ait pas d'abus, vous allez contrôler ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le chômage partiel, c'est une règle toute simple, c'est-à-dire que quand vous revenez à la maison et que l'Etat prend en charge votre rémunération, vous n'êtes pas censé passer des coups de fil pour vérifier l'approvisionnement du magasin au 15 décembre ou pour faire un point sur les stocks. Donc chômage partiel, ça veut dire pas de travail et ça, ça se vérifie.

SALHIA BRAKHLIA
Mais quand vous voyez que chez CARREFOUR par exemple, 85 000 des 110 000 salariés sont concernés, est-ce que vous ne dites pas quelque part « c'est un abus de la part des dirigeants » ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dirais quand j'aurais, et c'est ce que dit très bien Elisabeth BORNE, c'est que tout ça se contrôle, donc ça se vérifie. Si, effectivement, 85 000 salariés sont bloqués et ne peuvent pas travailler, c'est légitime ; si c'est seulement 50 000, eh bien, il y a un problème.

MARC FAUVELLE
FRANCE INFO a révélé ce week-end que certaines grandes surfaces contournent, on en parlait tout à l'heure, la pratique du click and collect en proposant aux gens qui se présentent directement au magasin de remplir un petit papier, de repartir par exemple avec un jouet pour Noël. Là encore, est-ce qu'il y aura des contrôles et est-ce que ça vous semble normal ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois et j'en appelle à la responsabilité l'ensemble des acteurs, il ne faut pas jouer dans les interstices des règles du jeu. Nous avons fait une ouverture, une ouverture d'ailleurs qui concerne surtout les petits commerçants parce que les grandes surfaces, elles ont déjà de click and collect, elles sont déjà organisées sur Internet, elles ont déjà des sites de vente en ligne. Donc ce que nous souhaitons, c'est que les petits commerces puissent continuer à faire du chiffre d'affaires et je rappelle une chose importante, c'est que le chiffre d'affaires que ces petits commerces feront par du click and collect, de la réception de commande qu'ils donnent aux bons clients ou de la livraison ne sera pas pris en compte pour le paiement des aides. Très important parce que c'est vraiment une incitation, c'est que du plus et ça permet de les accompagner dans leur transformation numérique. S'agissant des grands magasins, je trouve que ce n'est pas très élégant et là encore, on vérifie l'application des règles du jeu.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas élégant ou c'est illégal ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut voir dans le détail là encore comment ça se passe.

MARC FAUVELLE
Vous vous présentez en magasin, vous repérez le jouet qui vous plaît, qui est dans un rayon qui est normalement fermé et vous passez directement à la caisse avec un petit papier et vous le récupérez là.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Théoriquement, click and collect, c'est : vous l'avez pré-réservé par téléphone.

MARC FAUVELLE
Il faut qu'il y ait le mot "click", il n'y avait pas trop le click !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, vous le réservez par téléphone ou sur un site de vente en ligne et vous allez le rechercher. Donc vous n'êtes pas censé le repérer en magasin.

MARC FAUVELLE
C'est vous, Agnès PANNIER-RUNACHER, qui êtes chargée au sein du gouvernement de négocier avec la Commission européenne pour les commandes des futurs vaccins contre le Covid-19. Question toute simple sur cette question des vaccins. Est-ce que votre budget est illimité ? Est-ce qu'il est « quoi qu'il en coûte » tant le sujet est important pour notre santé collective ou est-ce qu'on vous a tout de même demandé de vérifier à une bonne utilisation des deniers publics ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord, c'est la Commission européenne qui, aujourd'hui, met l'argent sur la table et ce que nous négocions c'est avec les laboratoires pharmaceutiques …

MARC FAUVELLE
C'est le tarif des vaccins !

AGNES PANNIER-RUNACHER
…ce n'est pas avec la Commission européenne, c'est un collectif. Au départ, nous étions 4 pays sous l'initiative, d'ailleurs, du président de la République français, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la France et nous avons négocié ensemble le premier contrat avec ASTRAZENECA et la France a été très instrumentale pour faire en sorte que ces contrats soient immédiatement repris à leur compte par la Commission européenne et que la Commission européenne, au nom des 27 pays, puisse négocier. C'est un enjeu politique ; c'est un enjeu de santé collectif. La deuxième chose, c'est que nous sommes évidemment attentifs aux prix que nous négocions, évidemment et nous avons obtenu par rapport au premiers chiffres exprimés par certains laboratoires une forme de convergence vers des prix que nous estimons être réalistes et correspondre à l'effort qui est fait en termes d'accélération de développement, de réservation de capacité parce que produire un vaccin très vite, ça veut dire faire en même temps la partie, comment dire, essais cliniques mais en même temps réserver les capacités industrielles et donc consacrer de l'argent qui, d'habitude, ne sort de la poche des laboratoires pharmaceutiques que quand on est sûr que les essais cliniques fonctionnent. Donc nous soutenons ça et nous allons continuer à négocier. Quatre contrats ont été négociés à ce stade, deux sont quasiment finalisés et l'importance pour la Commission européenne, c'est d'avoir une diversité de vaccins pour être sûr que quelques-uns arriveront jusqu'au bout de l'effort parce qu'aujourd'hui aucun vaccin n'a d'autorisation.

MARC FAUVELLE
Parmi les quatre, il y a celui de PZIZER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parmi les 4 ? Non, il est dans les deux qui suivent qui devraient être conclus …

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas finalisé encore ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
…qui devraient être conclus la semaine prochaine. En fait, le texte est finalisé mais il y a une dernière validation à faire.

SALHIA BRAKHLIA
Alors si on prend l'exemple de PFIZER, l'Union européenne a précommandé 300 millions de doses, combien de doses la France peut espérer récupérer ? Parce que vous l'avez dit, il y a plusieurs pays sur le coup !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait et d'ailleurs, c'est une répartition qui est faite en fonction de clés de répartition de populations. Donc chacun a un droit à un nombre de doses correspondant à sa population. Et ensuite, on peut décider entre nous que, si sur une zone, le virus circule plus parce que c'est notre intérêt d'arrêter la circulation du virus, on peut privilégier telle zone mais ça sera dans le cadre d'accords du moment et chaque fois qu'il y a une décision à prendre, on nous demande « est-ce que vous confirmez que vous voulez votre quota ? » et s'il en reste, on dit "est-ce que vous confirmez que vous vous en voulez plus sur le quota qui reste ?"

SALHIA BRAKHLIA
Et si on prend l'exemple de l'Allemagne et de PFIZER justement, PFIZER développe son vaccin avec un laboratoire allemand BIONTECH, est-ce que l'Allemagne à ce titre peut dire "nous on en voudrait plus et on a le droit, on est plus légitime" ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, l'accord nous réunit tous les 27, donc encore une fois, vous avez une première question qui est : est-ce que vous prenez plus que …Non, est-ce que vous prenez ce que votre population représente ou est-ce que vous souhaitez en prendre moins ? Il arrive que certains pays demandent moins parce qu'ils estiment que ce n'est pas le vaccin qu'ils souhaitent enfin ou les conditions de conservation, d'administration sont trop complexes et sur ce qui reste, les pays sont appelés une deuxième fois en disant "est-ce que vous en voulez plus ? ".

SALHIA BRAKHLIA
Et chez nous, sur les 300 millions de PFIZER, on peut en espérer combien ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, c'est une clé de répartition. Donc c'est …

SALHIA BRAKHLIA
On n'a pas les chiffres pour la France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une trentaine …J'ai les chiffres mais je ne veux pas vous dire de …

MARC FAUVELLE
Une trentaine de millions ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui puisqu'on représente …

MARC FAUVELLE
A priori sachant qu'il faut deux doses de ce vaccin, ça voudrait dire …

SALHIA BRAKHLIA
15 millions de Français …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est un peu plus qu'une trentaine de millions pardon. C'est un peu plus qu'une trentaine de millions mais soyons clairs, nous sommes …l'objectif, c'est de commencer par des publics prioritaires, c'est ce sur quoi l'Autorité, la Haute Autorité de la Santé …

SALHIA BRAKHLIA
Donc les plus âgés, le personnel soignant …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, c'est la Haute Autorité la santé qui va le définir ; attention, chaque plate-forme vaccinale est différente, vous avez des vaccins ARN, vous avez des adénovirus …

MARC FAUVELLE
Ce qui est le cas de celui de PFIZER …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà et pour chacun de ces vaccins la Haute autorité de Santé va dire en fonction de ce que donnent les résultats de l'étude clinique, en fonction de ce qu'on sait de ce type de virus, voilà les clientèles qui sont prioritaires pour bénéficier d'un accès au vaccin.

MARC FAUVELLE
300 millions de doses qu'on achète à quel prix ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors ça c'est encore confidentiel parce que comme nous …

MARC FAUVELLE
Ça va le rester confidentiel ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ça ne le restera pas jusqu'au bout bien entendu mais l'enjeu que nous avons aujourd'hui, c'est de maintenir une confidentialité …

MARC FAUVELLE
Vous voyez pourquoi je vous pose la question parce que toute l'usine complotiste tourne déjà derrière !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je sais bien mais nous nous souhaitons conserver la confidentialité jusqu'à la fin de la négociation puisque l'objectif est quand même d'avoir le maximum de leviers sur les laboratoires pharmaceutiques avec lesquels on négocie et donc de pas leur donner des références sur d'autres contrats sur lesquels ils pourraient se raccrocher pour obtenir les meilleures clauses.

MARC FAUVELLE
Il existe une clause, a dit hier la présidente du Rassemblement national, Marine LE PEN dans le contrat qui lie l'Europe au laboratoire, qui indique que s'il y a des effets néfastes ou nocifs du vaccin, l'Union européenne s'engage à ne pas aller devant la justice contre le fabricant du vaccin ; est-ce exact ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non c'est inexact parce que c'est contraire à la loi, c'est contraire à la loi !

MARC FAUVELLE
Ça n'est écrit nulle part dans aucun des contrats !

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est contraire à la loi

MARC FAUVELLE
Nous n'avons pas accès à ces contrats, vous l'avez rappelé, ils sont en cours de négociation !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Même s'il y avait une telle clause, étant contraire à la loi, elle est réputée non écrite. La loi, elle prévoit que le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit et qu'une clause qui dirait le contraire serait réputée non écrite. En revanche, en revanche, il y a un cas d'exonération, c'est quand l'état des connaissances scientifiques et technologiques n'a pas permis de déceler la difficulté et ça c'est ce qui existait déjà pour H1N1, dans ces cas-là, il y a des dispositifs un peu comme des dispositifs de catastrophe naturelle qui permettent effectivement de prendre en charge des difficultés et des indemnisations.

MARC FAUVELLE
Donc pour être précis, dans quels cas l'Union européenne paierait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord à ce stade les seuls cas dans lesquels l'Union européenne pourrait partager, et chaque contrat est différent, chaque contrat est différent, pourrait éventuellement partager la charge, c'est comme dans les contrats H1N1, c'est-à-dire ça serait la survenance d'un épisode qui serait nuisible et qui ne serait pas connu en l'état ni par nous ni par le laboratoire pharmaceutique et sur lequel le laboratoire pharmaceutique pourrait démontrer qu'à chaque instant, il a fait preuve de transparence et donc ça sera à lui de faire la démonstration qu'il n'était pas en situation de prévoir un problème et que, par ailleurs, il a donné et transmis en transparence toutes les informations et toute négligence d'un laboratoire pharmaceutique serait évidemment devant les tribunaux avec une indemnisation à la charge du laboratoire.

MARC FAUVELLE
Enfin d'un mot, l'ensemble des contrats signés avec l'ensemble des laboratoires, entre les laboratoires et l'Europe sera-t-il rendu entièrement public ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors ça, ça ne dépend pas de moi. C'est une décision …

MARC FAUVELLE
Mais est-ce que ce sera le cas à la fin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est une décision qui dépend de la Commission européenne.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous le souhaitez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La France a aujourd'hui pris une position qui consistait à communiquer a minima les points, les éléments saillants …

MARC FAUVELLE
Jusqu'à la fin de la négociation, on l'a compris mais après ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais après, c'est ce que je vous dis, c'est … la France a tenu une position vis-à-vis de la Commission européenne mais nous ne sommes pas seuls à décider, je rappelle que c'est une décision où il y a 27 participants à communiquer les données clés de ces contrats, par exemple le prix, les quantités, les conditions de responsabilité de façon à ce qu'il y ait une transparence notamment vis-à-vis du Parlement européen et vous savez que Pascal CANFIN qui est dans la majorité dans …je dirais proche de nos idées porte également ce projet !

- Flash info -

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre chargée de l'Industrie. On parlait à l'instant du vaccin contre le Covid-19, s'il était disponible dans les mois à venir, est-ce que vous, vous êtes pour une vaccination obligatoire pour tous les Français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi Je n'ai pas à prendre position sur ça, c'est-à-dire que je n'ai pas fait 10 ans d'études supérieures pour savoir ce qui est bon en épidémiologie et je me rangerai aux recommandations de la Haute Autorité de Santé. Je pense qu'à un moment, il faut arrêter de mélanger tout et n'importe quoi et d'avoir chacun une opinion sur ce qui est bon et pas bon en particulier dans les matières scientifiques et technologiques.

MARC FAUVELLE
Deux questions toutes simples sur les masques, d'abord est-ce que cette fois-ci les stocks sont prêts ? Est-ce qu'ils sont au plus haut et est-ce qu'on va tenir encore des semaines et des semaines sans aucun souci ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors le grand changement par rapport au précédent confinement, c'est que nous sommes producteurs de masques à hauteur de 50 millions de masques chirurgicaux et FFP2, 60 pardon, 60 millions de masques chirurgicaux et FFP 2 par semaine.

MARC FAUVELLE
Ce qui n'est pas énorme.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si c'est beaucoup.

MARC FAUVELLE
Si on en met un par jour

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et par ailleurs vous avez ça qui sont des masques textiles, je montre pour ceux qui ont sur la télévision qui sont des masques textiles sur lesquels nous sommes capables de produire plus de 20 millions de masques par semaine également en France. Nous avons également complètement rechargé nos stocks de masques chirurgicaux et FFP2, donc aujourd'hui il n'y a pas de tension sur les masques chirurgicaux et FFP 2 et tissus, les masques tissus vous savez, les entreprises elles attendent plutôt les commandes.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous êtes tombée de l'armoire comme nous la semaine dernière à la lecture de l'étude d'UFC Que Choisir nous apprenons qu'il suffit de laver les masques chirurgicaux à 60 pour les réutiliser.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je ne suis pas tombée de l'armoire, enfin si je suis tombée de l'armoire parce que la question je l'ai posée au mois d'avril à mes équipes.

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qu'on vous a dit à ce moment-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A l'époque il semblait que c'était délicat. Alors je veux juste dire un truc important l'Agence nationale de sécurité du médicament pour des raisons liées à des années de travail sur les maladies nosocomiales en fait les maladies qu'on attrape dans les établissements de santé était extrêmement réservée sur l'idée de réutiliser des masques chirurgicaux, des masques FFP P2. Donc moi j'accueille cette étude en disant pourquoi pas parce que je préfère encore une fois qu'on vérifie avec nos technologies et en appliquant les mêmes, les mêmes modèles d'évaluation que ceux que nous avons appliqués sur toutes les réglementations précédentes de masques chirurgicaux et de masques textiles pour pouvoir donner l'information aux Français.

MARC FAUVELLE
En attendant, on fait quoi de nos masques, on les lave, on les réutilise ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade ?

MARC FAUVELLE
Oui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont des masques à usage unique et la recommandation est de ne pas les réutiliser. vous avez des techniques qui ont été mises au point dans différents pays, ne serait-ce que les UV, etc, qui sont censées aider la disparition du virus, mais en milieu professionnel et en milieu de santé la recommandation française est de ne pas les réutiliser, en tant que particulier on va faire en sorte par des contrôles et par des examens, enfin on va on va faire tout le protocole en fait sur ces masques là en reprenant l'étude pour vous donner des indications et des recommandations qui soient les plus précises possible.

SALHIA BRAKHLIA
Juste une dernière question avant de terminer, ce week-end des centaines de catholiques se sont rassemblés dans une trentaine de villes de France pour réclamer le retour des messes, à titre personnel est-ce que vous réclamez vous aussi une dérogation, vous demandez une dérogation confinement pour les croyants pour le culte ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je dis la même chose que pour tous les sujets ? Nous sommes en train de casser la courbe de circulation du virus. Le virus circule dès qu'on a des interactions sociales, tout le monde peut aller dans une église, dans une synagogue, dans une mosquée, elles sont ouvertes pour se recueillir. En revanche rassembler des croyants ensemble pose un problème puisque ça augmente le niveau d'interaction sociale.

MARC FAUVELLE
Donc rendez-vous 1er décembre.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc Jean CASTEX réunit les ministres du culte cet après-midi pour faire le point, mais c'est toujours la même chose c'est trouver le juste chemin entre des considérations sanitaires qui nous concerne tous et le fait que chacun parce qu'il a des activités spirituelles qui compte pour lui, parce qu'il a des activités économiques qui compte, parce qu'il a des activités sociales d'aller voir des vieux parents, d'aller voir des amis qui compte aussi, puisse trouver cet équilibre, voilà.

MARC FAUVELLE
Ne voilà pas de dérogation avant le 1er décembre, on l'aura compris à l'ensemble de vos propos. Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, invitée ce matin de France Info, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2020