Interview de M. Joël Giraud, secrétaire d'Etat à la ruralité, à Public Sénat le 18 novembre 2020, sur les zones rurales face à l'épidémie de Covid-19, le plan de relance et la 5G.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin c'est Joël GIRAUD, bonjour.

JOËL GIRAUD
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, secrétaire d'Etat chargé de la Ruralité, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale qui est représentée ce matin par Sébastien COURATIN, bonjour Sébastien.

SEBASTIEN COURATIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Journaliste à l'Echo Républicain, le groupe Centre France. On commence en parlant de la crise sanitaire, Joël GIRAUD. "Je sais que la France rurale est moins concernée que les zones urbaines et qu'en conséquence les mesures décidées peuvent parfois y avoir été moins comprises", vous savez qui a dit ça ? C'est Jean CASTEX, lors du comité interministériel aux ruralités. Est-ce que le confinement il passe moins bien dans les zones rurales ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, il est vrai qu'au départ de la crise les zones rurales avaient été, dans la première partie de l'évolution de la pandémie, avaient été moins touchées, et il est vrai que les mesures de confinement, de ce fait, lorsqu'elles ont été prises, ont été moins bien acceptées, c'est tout à fait vrai. Cela étant, le constat est quand même terrible, c'est qu'aujourd'hui c'est plutôt dans les zones rurales que l'on a un développement qui est spectaculaire, moi je suis originaire des Hautes-Alpes qui a été, je vais dire malheureusement, en tête de tous les départements concernés…

ORIANE MANCINI
Avec des taux de positivité très élevés, de près de 20% d'ailleurs.

JOËL GIRAUD
Des taux de positivité qui sont considérables, c'était le taux le plus élevé de France, maintenant c'est la Savoie qui est redevenu le premier département, donc je crois qu'aujourd'hui les choses sont claires. On a une situation sanitaire qui est, je dirais cette fois totalement dramatique sur l'ensemble du territoire, donc les mesures, si elles ont été mal prises au début, commencent quand même à être comprises parce qu'il n'y a personne qui n'ait pas quelqu'un dans sa proximité immédiate, famille ou autres, qui ne soit pas touché.

ORIANE MANCINI
Mais comment vous expliquez que ces zones rurales soient plus touchées, parce que les mesures étaient mal comprises, mal acceptées, donc mal appliquées ?

JOËL GIRAUD
Je pense qu'il y a plusieurs choses. Je pense qu'il y a eu énormément de touristes cette année dans pas mal de zones qui étaient des zones rurales, et qu'à partir de là tout le monde s'est senti un petit peu protégé, parce que quand vous êtes dans un espace où vous avez une commune qui culmine à 4000 d'altitude, vous faites de la rando, vous ne pensez pas forcément que dans un refuge de haute monte la proximité va être telle que vous allez pouvoir choper un virus, voilà. Je pense qu'il y a eu un relâchement qui était lié au fait qu'on retrouvait une liberté, notamment les gens qui venaient des villes et qui avaient été contraints pendant… quand même, c'est dur d'être contraint pendant des mois dans des appartements qui sont petits, ils se sont retrouvés en liberté, et voilà. Il y a aussi la rentrée scolaire avec des particularités, dans des régions comme la mienne on accueille des enfants asthmatiques qui viennent de la France entière et qui ont peut-être aussi accéléré le processus, mais bon ! après, je ne suis pas médecin, je ne sais pas comment se diffuse ce virus, mais en tout état de cause, aujourd'hui, la ruralité est aussi concernée, ça continu simplement à être souvent plus facile de vivre en ruralité avec une pandémie que de vivre en ville, parce que ce n'est pas la même chose de téléphoner à son traiteur boucher charcutier unique, et de récupérer un plat, que d'être en ville en train de faire la queue dans un hypermarché, c'est plus vivable, mais c'est malheureusement dramatiquement, enfin au niveau du bilan, des régions aussi touchées que les autres maintenant. Et j'ai d'ailleurs fait une vidéo spéciale pour les zones rurales parce que je trouve qu'il faut faire plus attention maintenant dans nos zones, même si on a des espaces, espaces ne veut pas dire non circulation d'un virus.

SEBASTIEN COURATIN
Justement, en ruralité les mesures ne sont pas toujours comprises, y compris par les élus, il y a plusieurs maires ruraux qui ont pris des arrêtés municipaux autorisant l'ouverture des commerces non-essentiels, c'est le cas en Eure-et-Loir, mon territoire, il y a d'autres maires qui créent des plateformes de commerce en ligne pour soutenir les mêmes commerces, est-ce que les élus sont dans leur rôle ou est-ce qu'ils ne se substituent pas à celui de l'Etat ?

JOËL GIRAUD
Lorsqu'ils sont en train de créer des plateformes ils sont parfaitement dans leur rôle, et d'ailleurs nous les aidons, très clairement il y a des aides qui sont proposées par l'Etat pour faire en sorte qu'il y ait un relais, soit à partir de plateformes nationales, soit à partir de plateformes créées localement, qui sont quelques fois plus efficaces parce qu'on connaît mieux son territoire qu'on le connaît très depuis Paris, donc sur ce plan-là ils sont plus que dans leur rôle. En revanche, c'est vrai que l'espèce de guérilla qui a eu lieu sur les commerces à ouvrir ou ne pas à ouvrir, ne prenait pas en compte, on était toujours sur ces chiffres anciens d'un premier épisode de pandémie qui n'avait pas vraiment touché la ruralité. Bon, maintenant, je crois que ces arrêtés et ces velléités ne concernaient pas non plus une majorité d'élus, il faut quand même le dire très clairement, il y en avait chez moi, il y a une dizaine de maires qui voulaient prendre des arrêtés, qui finalement les ont retiré, soit ne les ont pas pris, parce que ce n'était pas raisonnable au regard du bilan sanitaire qui devenait de plus en plus dramatique.

SEBASTIEN COURATIN
Alors c'est vrai quand ils ne les retirent pas c'est les tribunaux administratifs qui cassent les décisions, est-ce que ça n'abîme pas la relation entre l'élu et le préfet, parce que c'est toujours sur requête du préfet ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, dans le couple maire-préfet, je veux dire ça a forcément laissé des traces, mais des traces qui sont quand même peu importantes, parce que sur les 33.000 communes concernées, il y a quand même eu un nombre d'arrêtés qui ne dépassait pas les 100, donc on peut considérer que c'est quand même relativement marginal, j'allais dire, je vais être un peu méchant, c'est un petit coup de poujadisme, mais où on s'est rendu compte que finalement poujadisme et pandémie ne faisaient pas bon ménage.

ORIANE MANCINI
Et c'est poujadiste, pour vous, ce qu'ont fait ces maires ?

JOËL GIRAUD
Je pense très sincèrement que oui, sous la pression, ne connaissant pas les chiffres réels parce que, rappelez-vous sur la première période de la pandémie, tous les soirs on voyait les chiffres monter, il y avait une espèce de "psychose" aux chiffres qui arrivaient, bon là, moi je voyais les chiffres qui étaient des chiffres nationaux ou départementaux, qui s'aggravaient de plus en plus, il n'y avait plus les relations, peut-être, qu'il y avait auparavant en plein moment de la forte crise, mais oui, je pense qu'il y a un moment où il faut savoir raison garder, il faut être très très très raisonnable, et souvent je regardais ce qui se passait chez mes voisins, puisque je suis frontalier de l'Italie, et je constatais que le respect aussi des mesures barrière dans des zones très rurales, très montagnardes, était nettement plus important que chez nous, donc je crois que là aussi il fallait être plus prudent.

ORIANE MANCINI
Donc il y a une responsabilité des Français dans cette deuxième vague pour vous ?

JOËL GIRAUD
Je pense que tout le monde s'est relâché parce que tout le monde a cru que c'était derrière nous, moi le premier, je le dis clairement, on ne pensait pas forcément le matin à prendre un masque, on se disait "j'ai oublié, il faut que je revienne le chercher à la maison pour aller faire les courses", on n'y pensait pas forcément, donc voilà. Je pense que dans le souci de bien faire, c'est-à-dire de se dire il ne faut pas que mon unique commerce ferme, il ne faut pas que ma coiffeuse ferme, il ne faut pas… il y a des gens qui se sont laissés entraîner vers quelque chose qui n'était pas raisonnable, il ne fallait pas le faire, voilà.

SEBASTIEN COURATIN
Justement, est-ce que c'est raisonnable de rouvrir les commerces, peut-être en fin de mois ou tout début décembre ?

JOËL GIRAUD
Tout dépendra de l'évolution de la pandémie, moi je ne suis pas du tout devin, j'attends calmement des décisions en fonction de la réalité de ce qui se passe sur le territoire national, et c'est vrai que je ne suis pas sur-optimiste quand je vois les chiffres qui continuent à, certes diminuent tendanciellement, mais qui sont quand même extrêmement élevés, y compris dans un département comme le mien, où je rêverais, vous comprenez bien, je suis né là-bas, je rêverais de pouvoir dire le 8 décembre, jour où tous les Italiens viennent faire du ski, les stations sont ouvertes, mais je sais très bien que c'est impossible, voilà, c'est tout.

ORIANE MANCINI
Vous parlez de la réalité du terrain, et c'est vrai, Sébastien le rappelait, Jean CASTEX parle beaucoup des territoires, du dialogue avec les élus locaux, pourquoi vous n'avez pas suivi le Sénat qui a voté le fait que ce soit les préfets qui décident de la réouverture des petits commerces dans leur département, en fonction de la situation sanitaire territoriale ?

JOËL GIRAUD
Parce que je pense que ce serait complètement illisible, ce serait complètement illisible sur un territoire comme le nôtre. On est un Etat plus centralisé que tous les autres Etats européens, c'est vrai que dans d'autres Etats européens il y a des décisions qui sont des décisions régionales parce que c'est les régions qui sont au pouvoir plus que l'Etat, souvent on ne sait pas quel est le nom du Premier ministre dans un certain nombre de pays, on sait parfaitement quel est le nom de son président de région, tel n'est pas le cas en France. Donc, une mesure est complètement incomprise en France, regardez ce qui s'est passé sur le premier épisode de la pandémie, sur les rayons où on pouvait circuler ou autres, quand on disait il ne faut pas sortir de la région, il ne faut pas sortir du département, les gens ne comprenaient pas pourquoi à 1 kilomètre, à 10 kilomètres, ils n'avaient pas une dérogation, donc on est dans un pays qui est ainsi fait que s'il n'y a pas une règle nationale qui est établie…

ORIANE MANCINI
Donc la territorialisation des mesures ça ne marche pas ?

JOËL GIRAUD
La territorialisation des mesures ne fonctionne pas chez nous, alors surtout pour une mesure sanitaire, où, très franchement, le virus lui il s'en fiche complètement, je veux dire, il se fiche des frontières, il se fiche des frontières régionales, il se fiche des frontières départementales, donc soyons un peu raisonnables là-dessus, et malheureusement, je dirais continuons à appliquer des mesures qui sont des mesures, certes strictes, certes très pénalisantes pour l'économie, encore plus pour certains territoires que pour d'autres, mais faisons en sorte que ce bilan tragique ne se poursuive pas.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur ces petits commerces Joël GIRAUD. C'est vrai que le gouvernement, depuis 3 ans, promet le programme Action coeur de ville, qui vise à redynamiser les centres-villes, est-ce que ce n'est pas contradictoire de promouvoir Action coeur de ville et de fermer les petits commerces ?

JOËL GIRAUD
Non, parce que Action coeur de ville n'a pas en soi prévu une pandémie, donc Action coeur de la ville, comme d'ailleurs le programme Petites villes de demain…

ORIANE MANCINI
Non, mais ça vise à redynamiser ces centres-villes, là est-ce que vous n'êtes pas en train de les tuer avec la fermeture de ces petits commerces ?

JOËL GIRAUD
…Vous avez un zonage très particulier, en zones rurales, pour avoir des avantages fiscaux pour les zones rurales, non, on n'est pas en train de les tuer, on est en train au contraire de les soutenir financièrement d'une manière nettement plus spectaculaire que ce qu'il y avait encore dans la première vague. Alors, après, c'est l'envie de reprendre qui va être difficile, moi c'est là où je suis plus inquiet, c'est-à-dire que lorsque vous faites un métier difficile, restaurateur c'est un métier qui n'est pas facile par exemple, c'est un métier où il faut être vraiment physiquement très présent, après l'envie de reprendre ça va moins être financier que l'envie de repiquer, je dirais, dans de ce type de travail extrêmement compliqué, quand on ne sait pas si du jour au lendemain on va pouvoir ou pas exercer sa profession, là c'est complexe, mais c'est moins financier, je crois, que plutôt psychologique, ce sont des métiers qui sont difficile, et c'est la catégorie socioprofessionnelle que, honnêtement, je crains le plus.

ORIANE MANCINI
On va parler de la relance Sébastien.

SEBASTIEN COURATIN
Evoquons la part du monde rural dans le plan de relance de 100 milliards, 5 milliards fléchés vers les territoires ruraux, qui représentent 80% des communes à peu près, 20% de la population, est-ce qu'on n'est pas un peu en dessous de la bonne jauge ?

JOËL GIRAUD
Non, on n'est pas en dessous de la jauge parce que, après, j'allais dire, tout est une question de façon dont les territoires ruraux vont pouvoir monter leurs projets. 5 milliards c'est la jauge, j'allais dire, où on prend d'un côté les petites lignes, par exemple, ferroviaires, c'est un bon exemple je crois, où on a effectivement plusieurs centaines de millions d'euros fléchés sur ces petites lignes, et je prends souvent un exemple, mettre de l'argent sur une ligne, entre Nevers et Dijon, qui est une petite ligne, c'est toute la ruralité au pied du Morvan. Pour autant, mettre aussi beaucoup d'argent sur Paris-Clermont-Ferrand, et desservir convenablement la gare de Nevers, ce n'est pas compté comme étant quelque chose en faveur de la ruralité, alors que la réalité elle est bien là. De la même façon, j'allais dire, vous avez, à l'heure actuelle vous avez des dotations, dont une dotation qui s'appelle la DSIL, que tout le monde connaît bien ici sur votre chaîne, et notamment les parlementaires qui nous écoutent, elle est prévue pour des projets structurants, on a réaffirmé, on va réaffirmer dans les circulaires, qu'elle n'est pas du tout réservée aux grandes agglomérations, qu'elle est cumulable avec les dotations pour les territoires ruraux, eh bien ça on ne le compte pas bien sûr à 100% dans la ruralité, c'est quand même 1,5 milliard d'euros qui sont mis en plus sur la table, tout simplement parce que ces projets doivent aussi émaner des territoires ruraux. Alors, la vraie question, dans les territoires ruraux, pour moi, c'est toujours celle de l'ingénierie, et l'ingénierie c'est ce qui a été un peu au coeur, si vous voulez, du comité interministériel aux ruralités de l'autre jour, qu'on a tenu vraiment malgré, je dirais les difficultés sanitaires et autres, parce que l'ingénierie, dans ces petits territoires, c'est effectivement quelque chose de compliqué. Et nous avons notamment pris une mesure, que l'on avait souhaitée, que le député, qui est Daniel LABARONNE, au sein de l'agenda rural avait vraiment porté, qui est celle de mettre des volontaires territoriaux en administration, c'est-à-dire 800 jeunes, qui sont des jeunes diplômés, vous savez ces jeunes diplômés à qui on dit « revenez quand vous aurez 5 ans d'expérience, 10 ans d'expérience », qui au bout d'un moment se retrouvent, à la fin de leur carrière, chômeurs en n'ayant jamais travaillé, eh bien ces jeunes ils vont être embauchés et mis à disposition des collectivités territoriales, sous leur tutelle bien évidemment, pour justement monter l'ingénierie de projets du plan de relance, et ça c'est important parce que, certes, il y a les mesures nationales avec l'Agence nationale de cohésion des territoires qui va aider ces territoires, sur réquisition du préfet, il y a également des crédits d'ingénierie, on a fait des marchés d'ingénierie pour qu'il y ait des Journées chargés d'études, qu'on puisse mettre à disposition des territoires, mais moi je crois plus à l'immersion de jeunes sur un territoire, parce que d'abord ça démontre que la jeunesse est un fer-de-lance de ces politiques-là. J'avais mené ça lorsque j'étais président du Comité de Massif des Alpes, avec la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et la région, qui n'était pas encore Auvergne-Rhône-Alpes, mais qui était Rhône-Alpes tout seul, et ça avait fort bien fonctionné. Je crois que le plan de relance sera d'autant plus mis en oeuvre qu'il y aura de cette ingénierie territoriale de développée dans nos petits territoires, dans nos petites intercos, dans quelques communes.

ORIANE MANCINI
Joël GIRAUD, on va parler de ce comité interministériel aux ruralités. On se souvient qu'en septembre 2019 Edouard PHILIPPE, alors Premier ministre, avait présenté son agenda rural, il y avait 181 propositions, on en est où aujourd'hui de la mise en place de ces propositions ?

JOËL GIRAUD
Alors, on est grosso modo à la moitié des mesures qui ont été, soit faites, soit, on va dire mises en chantier, pour autant moi je considère qu'une mesure elle est là pour vivre, elle n'est pas là simplement pour dire Ok, on l'a fait, c'est un peu comme un QCM en disant je coche la case et puis c'est terminé, non, il faut faire vivre après ce que l'on met en place. Il y avait des mesures, une mesure, par exemple, comme Petites villes de demain, qui est une mesure intéressante puisque c'est la déclinaison d'Action coeur de ville, mais pour les communes de 0 à 20.000 habitants, je dis bien de 0, parce qu'on a fait sauter le plancher, alors on peut considérer qu'elle est faite parce qu'on l'a lancée avec Jacqueline GOURAULT à Barentin, pour autant elle fait l'objet d'un suivi qui est un suivi permanent, de façon à s'assurer que sur les territoires on touche bien le coeur de cible. Je m'explique, parce que… on a voulu, avec Jacqueline GOURAULT, qu'il n'y ait pas de plancher, pas de plancher ça veut dire que, une commune, dès lors qu'elle est un bourg-centre et qu'elle a des difficultés, rentre dans la logique de ce programme, qu'il y ait 1000 habitants ou qu'il y ait 19.000 habitants, et ça c'est effectivement quelque chose que l'on suit, j'allais dire de manière très précise, on a même autorisé les préfets à faire des propositions de communes groupées au sein d'une interco, parce que vous avez souvent, je suis allé par exemple dans la Combrailles, dans le Puy-de-Dôme, c'est pas loin de la métropole de Clermont, eh bien j'ai vu qu'il y avait, dans la Combrailles, trois anciens chefs-lieux de canton qui avaient chacun leurs spécificités, leurs difficultés, et qu'il valait mieux une candidature groupée de trois communes au sein d'une interco, donc voilà l'exemple d'une mesure qui, certes, est réalisée, sur les 181, mais qui reste, je dirais en chantier, d'ailleurs c'est sur 6 ans, et il y a 3 milliards sur 6 ans dans cette affaire-là.

SEBASTIEN COURATIN
Justement, les élus s'interrogent par rapport à ce dispositif, quels projets seront couverts, pour quel montant, est-ce que c'est cumulable avec d'autres dispositifs ? Il y a beaucoup d'incertitudes dans les campagnes.

JOËL GIRAUD
Ecoutez, moi, à chaque fois que je vais en voyage officiel, alors malheureusement en ce moment on ne peut plus aller en voyage officiel, mais j'explique quel est la mesure, effectivement la mesure est simple. Il y a déjà de l'ingénierie dédiée, si vous êtes une commune qui a un problème, notamment de commerces de centre-village, ou de centre-bourg, plus d'artisans qui ont des difficultés à s'installer, on paye là-dedans, par exemple des managers de centre-bourg, qui permettent justement de refaire ce lien. Lorsque c'est un projet, comme celui que j'ai indiqué tout à l'heure, sur la Combrailles avec trois communes, il vaut mieux payer un chef de projet à l'échelle de l'intercommunalité et ensuite voir ponctuellement sur une commune s'il y a une problématique commerciale, mais ce n'est pas forcément une problématique commerciale, ça peut être une problématique d'habitat, auquel cas, tout cela est cumulable, c'est-à-dire que le tout s'est de mettre en relation, par exemple avec l'Agence nationale de l'amélioration de l'habitat, là où les collectivités concernées, pour faire en sorte que le projet soit un projet qui monte en gamme, et toutes les aides d'Etat qui sont possibles sont cumulables avec ce dispositif. Donc, on est vraiment sur une dynamisation qui, à mon avis, a énormément de sens au regard de ce que sont… moi je connais quand même bien la ruralité, alors on va me dire que je la connais mieux en montagne que dans la plaine, ce n'est pas complètement faux, mais le bourg-centre c'est quand même le lieu de la vie qui fait que si la vie part du bourg-centre c'est l'intégralité de l'intercommunalité qui disparaît, donc je crois que ce programme est vraiment dédié pour revitaliser des zones qui, jusqu'à présent, quelquefois, ont vu partir tous les commerces, les habitants et autres, et qu'il faut revitaliser.

ORIANE MANCINI
Et, Joël GIRAUD, on va parler d'un sujet dont il a été beaucoup question lors de ce comité interministériel, c'est la santé.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, c'est un enjeu de l'agenda rural qui est important, les déserts médicaux. Où en est-on au niveau du déploiement de la télémédecine dans les zones sous-denses et recrutement de médecins salariés ?

JOËL GIRAUD
Alors, justement sur cette question qui est extrêmement importante, on va passer à la vitesse supérieure. Vous savez que pour l'implantation de médecins en zones sous-denses, bon les 600 médecins qui devaient s'implanter, on n'est pas arrivé à la jauge qui est la jauge maximale, pour plusieurs raisons. La première raison, je pense que les ARS, en ce moment, vous comprendrez qu'il y a un peu d'autres chats à fouetter compte tenu de la pandémie, mais au-delà ce n'est pas non plus toujours le métier des ARS. C'est la raison pour laquelle, avec Jacqueline GOURAULT, dans la loi 3D, on est en train de voir comment donner de nouvelles compétences, je pense notamment aux départements, à partir d'expérimentations qui sont extrêmement intéressantes, dans le Puy-de-Dôme par exemple, en Saône-et-Loire, où les territoires ont quand même réinventé les choses, c'est un espèce de dispensaire départemental, avec des médecins, que l'on place sur les territoires, là où il y a effectivement une zone sous-dense et une problématique importante, postes qui peuvent se transformer en médecine libérale s'il y a une solvabilité d'ailleurs de cette implantation, et je crois qu'il vaut mieux être dans des logiques où c'est une collectivité de proximité qui recrute, et qui accueille en plus, parce qu'elle a toutes les fonctions d'accueil assez classiques, ces médecins. Donc, c'est un élément de la loi 3D que nous allons mettre en oeuvre, avec l'accord du ministère, bien évidemment de la Santé, pour qu'on puisse mieux déployer ces 600 médecins, voire plus d'ailleurs, parce que les initiatives, entre nous soit dit, du Puy-de-Dôme ou de Saône-et-Loire, se sont faites même en dehors de tout cela, donc moi je suis très pro-initiatives locales, mais il y a des freins juridiques, c'est à nous de les lever, il vaut mieux que ça marche dans ce sens-là, c'est-à-dire une expérimentation locale où on voit les freins juridiques, et on se dit levons les freins juridiques dans la loi, plutôt que de dire voilà la loi et voilà ce qui est bon pour vous, prenez, et j'allais dire mangez-en tous, mais ça ne marche pas forcément.

SEBASTIEN COURATIN
Alors justement, autre initiative, c'est une demande qui émane des territoires, elle est portée par Michel FOURNIER, il attend la mise à disposition d'internes qui fassent des stages obligatoires en secteur sous-dense, est-ce que c'est toujours une priorité ?

JOËL GIRAUD
C'est la priorité même, parce que là où ça a été fait, Michel FOURNIER a entièrement raison de le souligner, ça a bien fonctionné.

ORIANE MANCINI
Michel FOURNIER, le président de l'Association des maires ruraux.

JOËL GIRAUD
Absolument, le nouveau président, puisqu'il a succédé à Vanik BERBERIAN samedi dernier, donc c'est très récent. Je crois que, sur ces éléments-là, nous on suit, je dirais les politiques publiques du ministère de la Santé, mais on les a un petit peu anticipées, et on a demandé au ministère de la Santé de maintenir un système qui est un système qui favorise financièrement, pour être très clair, le fait d'être dans une maison de santé, par exemple un maître de stage, c'est-à-dire quelqu'un qui est un référent des CHU et qui permet d'accueillir ce type de stagiaire interne, qui en plus, ensuite, regarde si oui ou non il se sent bien dans l'espace rural où il est, moi je l'ai fait en tant que président d'intercommunalité, en tant que maire, il fallait quand même que les gens testent - vous savez, quand vous habitez dans les Alpes, vous arrivez en été tout est beau, il fait chaud, il y a des touristes, et puis on arrive en octobre il fait -15, bon, ce n'est pas tout à fait la même chose, pour peu qu'on soit marié, ou en couple, et qu'on n'ait pas la même vision des choses, tout le monde n'est pas à la fois médecin et guide de haute montagne. Donc, on est arrivé, grâce à ces stages, à faire en sorte d'avoir un vivier, déjà de remplaçants, ce qui est extrêmement important, et un vivier de remplaçants, y compris j'allais dire, lorsque les médecins partent à la retraite. Donc oui c'est un truc qu'il faut favoriser, et il faut aussi favoriser des solutions alternatives, et le Ségur de la Santé a prolongé des mesures qui nous semblent importantes, par exemple certains actes médicaux faits par des professions paramédicales, notamment je pense aux infirmières qui sont très présentes sur les territoires, c'était important de le prolonger, tout comme, vous parliez tout à l'heure de la télémédecine, le fait de rembourser les actes de télémédecine, c'était là aussi important de le prolonger, parce que je crois que dans le milieu rural c'est justement, je dirais important, et en dehors de la pandémie.

ORIANE MANCINI
Et dernière question Joël GIRAUD, malheureusement le temps file, il nous reste une minute, sur le numérique dont il a été aussi beaucoup question dans ce comité.

SEBASTIEN COURATIN
A partir d'aujourd'hui les opérateurs sont autorisés à allumer leurs antennes 5G, alors le gouvernement défend cette technologie, elle fait débat, qu'est-ce qui va se passer dans les zones rurales, quel déploiement ?

JOËL GIRAUD
Dans les zones rurales, déjà il ne faut pas oublier qu'il faut finir la 4G. Alors, la 4G on a beaucoup progressé, on est effectivement, sur 2 ans, à des taux de couverture qui sont améliorés, allez, de presque 10 points quand ça concerne un seul opérateur, mais alors de 30 points lorsqu'on a les quatre opérateurs, donc c'est quand même quelque chose qui a été considérablement amélioré, et on a une politique qui est une politique de couverture ciblée, c'est-à-dire qu'on fait remonter la réalité des zones où il y a toujours des zones blanches, moi en "v.o" j'en ai même fait remonter que les élus locaux n'avaient pas fait remonter, parce que je me suis retrouvé dans un endroit où il y a eu une grosse entreprise, en plein milieu du département de l'Allier, et il y avait ni le téléphone, ni Internet, rien, il y avait à la limite du satellitaire à des prix prohibitif. Donc, il s'agit de remonter, ensuite on rentre en couverture ciblée, et là on prend des arrêtés, il y en a encore eu un en octobre, pour mettre des pylônes de couverture. Et la 5G, elle est aussi importante, parce que je vous citez le cas de cette entreprise, qui est une entreprise qui fait de l'export, enfin qui a des filiales à l'étranger et autres, et la 5G c'est fait pour transmettre des grosses données, des données paquets importantes, eh bien le Premier ministre s'est exprimé, on a eu une interministérielle avec Cédric O, avec Jacqueline GOURAULT, avec le Premier ministre, et moi-même…

ORIANE MANCINI
Rapidement, Joël GIRAUD, pour finir.

JOËL GIRAUD
Et donc nous avons décidé que la 5G ne devait pas être exclusive, je dirais, du territoire où on est, il y en aura en zones rurales et il y aura des expérimentations que le Premier ministre a annoncées d'ailleurs au Congrès des élus de montagne, en montagne, parce que, en bout de vallée, quelquefois, c'est là où vous avez la grosse station, c'est là où vous avez les gros besoins.

ORIANE MANCINI
Et on va parler de ce sujet dans « Le club des territoires », et de la ruralité aussi, ce sont les deux thèmes du "Club ", merci beaucoup, merci Joël GIRAUD d'avoir été avec nous.

JOËL GIRAUD
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 novembre 2020