Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à RMC le 17 novembre 2020, sur l'autorisation de la vente des sapins de noël et les secteurs de la restauration et de l'élevage confrontés à l'épidémie de Covid-19.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être mon invité ce matin sur RMC. Vous êtes le ministre de l'Agriculture, et cette question, Monsieur le Ministre : y aura-t-il des sapins pour Noël ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je vous l'annonce ce matin, il sera possible d'acheter des sapins à Noël, il sera possible de les acheter dès le 20 novembre.

APOLLINE DE MALHERBE
Vendredi ?

JULIEN DENORMANDIE
Dans quelques jours, la filière s'organise, l'ensemble de des producteurs sont à pied d'oeuvre, et il sera possible pour chacun de nos concitoyens d'avoir accès à ces sapins à partir du 20 novembre. Je crois que c'est très important, c'est d'abord très important pour les Français, pour les familles, pour les enfants pendant ces périodes de fin d'année, c'est très important aussi pour toute une filière, on les a beaucoup reçus beaucoup écoutés, on a beaucoup travaillé avec eux, c'est très important pour cette filière d'excellence, mais c'est une filière, vous savez, qui, également, contribue beaucoup à la valorisation de notre territoire. Donc il sera possible d'acheter des sapins de Noël à partir du 20 novembre.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc à partir du 20, vous autorisez la vente des sapins, et sur quelles modalités, on va pouvoir les acheter où, puisque les commerces sont fermés ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, dans la plupart des cas, les ventes de sapins, ça se fait de l'extérieur, pas que, mais, enfin, très souvent, et donc dans la crise sanitaire à laquelle nous sommes confrontés, c'est quand même plus simple d'organiser cette vente de sapins dans la mesure où dans la plupart des cas, ça se fait à l'extérieur. Donc vous aurez les lieux habituels dans lesquels la vente sera organisée, beaucoup de lieux sont déjà ouverts, je pense aux grandes surfaces, je pense à des magasins de bricolage, des jardineries, et puis, c'est une question qui revient souvent, s'agissant des fleuristes où certains les achètent chez des fleuristes, eh bien, la vente à l'extérieur, là aussi, pourra être organisée.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'on pourra les acheter sans avoir à les commander à l'avance, il n'y aura pas cette logique du click and collect, où il aura fallu appeler pour, si on passe et qu'on veut acheter son sapin, on pourra acheter son sapin à emporter directement.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Parce qu'encore une fois, il faut avoir une approche dans ce contexte compliqué la plus simple possible, et je sais que ce n'est pas toujours facile…

APOLLINE DE MALHERBE
Et franchement, le mot simple en ce moment, on a du mal à y croire…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, mais on essaie de le faire face à la complexité du moment, et à partir du moment où ces ventes se font dans la grande majorité à l'extérieur, il est quand même plus simple de pouvoir l'organiser en gardant ses sécurités sanitaires…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez donc publié un décret pour officialiser tout ça. C'est quand même, enfin, parfois, il faut prendre un peu de recul, se dire qu'on n'imaginait quand même pas se retrouver avec des situations où on doit demander au ministre de l'Agriculture s'il y a un décret qui va autoriser ou non la vente de sapins et à quel moment, est-ce que c'est essentiel, non essentiel, derrière les sapins, il y a les boules, il y a les jouets, tout ça, par contre, c'est considéré comme non essentiel, donc on aura un sapin, mais on ne pourra pas acheter de boules…

JULIEN DENORMANDIE
Mais, vous savez, je suis d'accord avec votre remarque, si un jour, on m'avait dit qu'en tant que ministre de l'Agriculture, je serais sur votre antenne ce matin pour vous annoncer la date où il sera possible de commencer à acheter des sapins de Noël, je ne vous aurais pas crue, c'est ni ma façon de faire, ni la façon que j'ai d'imaginer l'action de l'Etat ; il s'avère qu'on en a la nécessité tout simplement parce que si quelqu'un, un jour, avait imaginé cette pandémie mondiale qui impacte autant notre quotidien, là aussi, probablement, beaucoup ne les auraient pas crus. Donc on fait au mieux dans cette complexité, ce n'est pas toujours simple, mais on fait au mieux, en tout état de cause, c'était important, je crois, de pouvoir ouvrir la vente de ces sapins de Noël à partir du 20 novembre pour que les Français puissent en bénéficier, et la filière puisse travailler.

APOLLINE DE MALHERBE
Deux autres questions sur lesquelles je voudrais vous entendre ce matin, Monsieur le Ministre, c'est la question de la filière agricole, des producteurs, des restaurants, et puis, la question de la grippe aviaire, d'abord, cette question, Michel SARRAN était mon invité juste avant vous, le chef étoilé qui disait : on se sent complètement abandonné, complètement découragé, avec cette perspective de ne pas rouvrir les restaurants avant l'année prochaine, peut-être même le 1er février 2021. Derrière les restaurants, pour lesquels, c'est un impact immédiat, il y a tous ceux dont vous avez la charge, vous, Monsieur le Ministre de l'Agriculture, c'est-à-dire les producteurs, les éleveurs, qu'est-ce que vous allez faire pour eux ?

JULIEN DENORMANDIE
On fait beaucoup de choses, on les accompagne filière après filière, c'est-à-dire pour chaque secteur d'activité, on met en place un certain nombre d'aides, pourquoi, parce que vous avez un certain nombre de produits qui sont particulièrement impactés par la fermeture, notamment des restaurants, je pense aux vins…

JULIEN DENORMANDIE
Ils seront fermés jusqu'en février, ça, maintenant, c'est acté ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça, c'est au ministre de la Santé et au Premier ministre, mais ce qui est sûr, c'est que…

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, j'imagine que vous travaillez en tout cas sur cette hypothèse…

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, on espère pouvoir rouvrir tout le plus vite possible, mais vous voyez comme moi la situation épidémique qui perdure dans le pays, donc plus vite on peut ouvrir, et mieux tout le monde se portera…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on a bien compris que les restaurants seraient les derniers à rouvrir.

JULIEN DENORMANDIE
Mais en tout cas, pendant cette période-là, notre rôle, c'est d'accompagner toutes celles et ceux qui sont dans la détresse, et je veux vraiment le dire, là aussi, on fait notre maximum pour les accompagner, et s'agissant des secteurs, par exemple, le vin, par exemple, la pêche, certains types de viande qu'on consomme principalement dans les restaurants, eh bien, effectivement, ils sont impactés, et donc on les finance…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais s'il n'y a pas de restaurants ouvert au réveillon, à Noël, ça veut dire évidemment que c'est des produits qui ne seront pas sur la table des restaurateurs, ça veut dire que ce sont des familles qui ne se rassembleront pas pour partager ces repas, et tous ces producteurs, il faudra les aider davantage…

JULIEN DENORMANDIE
On les aide au fur et à mesure, et s'il faut aider davantage, on continuera à aider davantage, je le dis clairement, vous savez, on est dans une position qui est d'accompagner toutes celles et ceux qui sont dans la détresse et qui n'y sont absolument pour rien dans tout ce qui se passe, et qui plus est, qui font les meilleurs efforts du monde pour pouvoir s'adapter et mettre les mesures sanitaires. Donc là aussi, je le redis, on sera au rendez-vous pour continuer à accompagner encore et encore.

APOLLINE DE MALHERBE
Louis AMARA avait une question aussi.

LOUIS AMARA
Oui, parce que c'est une période décisive qui s'ouvre pour énormément de producteurs, notamment, ceux de volailles de foie gras, pour les ostréiculteurs, ces derniers qui réalisent plus de la moitié de leur chiffre d'affaires annuel entre Noël et jour de l'An, les producteurs de foie gras, c'est encore davantage, 75 % pour les volaillers de chair, c'est-à-dire les éleveurs de poulets, de dindes, de canards, de pintades ; la période de Noël représente, vous le savez, 750 millions d'euros de gain, soit 20 % de l'activité annuelle ; tous ces producteurs, on l'a dit, souffrent déjà de la fermeture des restaurants, ils appellent quand même les familles à se rassembler en nombre pour Noël, pour consommer ces produits. Est-ce que c'est un appel que vous entendez, que vous trouvez légitime ou que vous trouvez irresponsable, en raison des conditions sanitaires ?

JULIEN DENORMANDIE
Non mais, évidemment qu'on entend l'appel, mais, je veux dire, moi, je fais le premier à vouloir pouvoir se réunir en famille, tout le monde le souhaite, tout le monde, maintenant, l'équation, elle est assez simple au final, mieux on respectera les règles aujourd'hui, plus vite on pourra sortir du confinement demain, c'est assez simple, une fois qu'on a dit ça, ça emporte plein de conséquences. Et puis, vous l'avez dit, tous ces producteurs, moi, je travaille au quotidien avec eux, ils font beaucoup d'efforts, ils bossent ardemment pour pouvoir fournir l'ensemble des Français dans les supermarchés, dans des commerces alimentaires, etc, et puis, après, il y a le rôle du consommateur aussi, et moi, j'en appelle à tous nos concitoyens, vous savez, quand vous faites un acte de consommer, vous faites un acte citoyen, vous pouvez choisir de consommer des produits locaux, des produits de votre terroir ou pas forcément, bon, eh bien, il y a ce moment aussi en tant que consommateur, où on se dit : eh bien, derrière le produit, il y a des femmes, des hommes qui travaillent, est-ce qu'en consommant ce type de produits, je leur donne aussi ce coup de main, je crois que c'est très important. D'ailleurs, il y a une semaine, on a signé avec toute la grande distribution et tous les patrons et chefs d'entreprises de la grande distribution étaient là auprès de moi, une série d'engagements qui fait que la grande distribution va mettre en valeur ces produits locaux, et je crois que c'est très important.

APOLLINE DE MALHERBE
Et puis, il y a un autre point, c'est cette grippe aviaire, je le dis en me disant : mais il ne manquait vraiment plus que ça dans cette situation de pandémie que la grippe aviaire arrive, premier cas hier de grippe aviaire détecté en France, c'est en Haute-Corse. Julien DENORMANDIE, quelles conséquences concrètes ? Est-ce que vous êtes inquiet que ça se propage ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, je vais répondre tout de suite, mais je voudrais d'abord simplement dire de quoi parle-t-on, on parle de l'influenza aviaire qui est en fait la grippe de la volaille, pour faire simple, et je le dis très clairement, il n'y a absolument aucun risque, aucun risque, cette grippe de la volaille ne se transmet d'aucune manière que ce soit par voie alimentaire, donc vous pouvez continuer à manger des poulets, des canards ou des oeufs, il n'y a absolument aucun risque. Qu'est-ce qu'on voit, on voit que c'est une grippe de la volaille qui vient de beaucoup de pays européens, en fait, qui suit le trajet des oiseaux migrateurs, donc on a au nord de l'Europe de nombreux foyers qui viennent d'ailleurs des pays d'Asie de l'Est. Et face à ça, évidemment, nous, on s'est préparés, parce que vous voyait cette grippe arriver, pour circonscrire au maximum dès qu'un cas est avéré. Et donc depuis hier effectivement, on a un premier cas en France, en Corse, et on a mis en place toute une batterie de mesures pour circonscrire ce cas ; ça ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas d'autres, parce que les oiseaux migrateurs, ils continuent leur chemin, mais ça veut dire qu'on limite au maximum. Les conséquences, c'est quoi, c'est que dans ce cas-là, il y a un certain nombre de pays qui refusent d'acheter la volaille française, et donc c'est des débouchés…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc non seulement, il n'y a pas de restaurant pour les acheter, il n'y a pas de restaurant pour les manger, mais en plus, les étrangers ne vont pas vouloir nous les acheter…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et donc face à ça, vous retombez à nouveau dans des mesures de soutien et d'aide qu'on va apporter à la filière. On y travaille déjà beaucoup, pour à nouveau passer cette épreuve…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous annoncez donc qu'il y aura des aides supplémentaires ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y aura évidemment un accompagnement supplémentaire, mais le plus important, et vraiment, je le redis, c'est qu'il n'y a absolument aucun risque, on parle de la grippe de la volaille, influenza aviaire, il n'y a aucun risque quand vous consommez, l'alimentation n'est pas vecteur de cette grippe de la volaille…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc continuez à acheter de la volaille…

JULIEN DENORMANDIE
A manger de la volaille. J'en appelle à tout le monde pour continuer à manger du poulet et des oeufs.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE d'être venu dans ce studio de RMC ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Je rappelle ce que vous nous avez annoncé, à partir de vendredi donc, on pourra acheter des sapins, il y aura bien des sapins pour Noël, on ne pourra peut-être pas acheter les guirlandes et les boules, mais on aura au moins des sapins. Merci Julien DENORMANDIE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2020