Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Sud Radio le 17 novembre 2020, sur la commande de vaccins contre le Covid-19, le petit commerce confronté à l'épidémie et les aides aux entreprises.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

PATRICK ROGER
C'est la course contre la montre pour les vaccins contre le Covid, dernier en date celui du Français Stéphane BANCEL, de MODERNA, qui est aux Etats-Unis, est-ce que notre industrie française, ou européenne, est aussi dans la course ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, elle est dans la course, puisque vous savez que le premier vaccin qui a été annoncé c'est une start-up, BioNTech, qui est basée en Allemagne, MODERNA c'est un vaccin qui sera fabriqué en Europe par un laboratoire européen, LONZA, et pour chacun des vaccins il y a une fabrication européenne, moi je m'y suis employée, c'était un des éléments sur lequel, en tant que représentant du gouvernement, pour négocier les contrats au niveau européen avec les laboratoires pharmaceutiques, nous avons été extrêmement vigilants, et n'oubliez pas que le premier contrat qui a été négocié après celui d'ASTRAZENECA, c'est celui de SANOFI, porté par les Français, et qui sera fabriqué en France.

PATRICK ROGER
Oui, parce que le patron de MODERNA, lui, qui est français, c'est vrai, il a travaillé à Lyon, Stéphane BANCEL, lui il déplore que l'Union européenne n'ait pas financé ni commandé son vaccin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est inexact puisque nous sommes en relation d'affaires et qu'il y a un projet de contrat avec lui, en revanche, effectivement, les autorités américaines ont souhaité financer une partie de la recherche, chacun négocie. Nous, nous avons fait le choix, au niveau européen, sous l'impulsion du président de la République, de faire masse, de l'ensemble des 27 pays, parce qu'on est plus fort quand on négocie à 450 millions de personnes et quand on négocie à 27 pays, et aujourd'hui on pèse dans la négociation, et je crois que c'est une garantie pour les Français et pour les Européens.

PATRICK ROGER
Les petits commerces et le Black Friday, Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce que les petits commerces peuvent espérer encore rouvrir, pourquoi pas le 27 novembre, qui est la date du fameux Black Friday ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous nous travaillons, avec Bruno LE MAIRE et Alain GRISET, à mettre au point le protocole sanitaire qui permettra une réouverture dès que les conditions sanitaires seront réunies. Nous sommes sur les starting-blocks pour permettre cette réouverture des petits commerces, et des plus grands commerces d'ailleurs, parce que je rappelle que c'est surtout par catégories de marchandises que les commerces sont fermées. Nous sommes sur les starting-blocks, et il appartiendra au président de la République et au Premier ministre de décider quand ces conditions sanitaires sont réunies.

PATRICK ROGER
Ça veut dire que, dans les starting-blocks, ça veut dire que vous êtes quasiment prêts, sur la ligne de départ pour une réouverture, ils peuvent espérer rouvrir la semaine prochaine alors ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça veut dire que le protocole sanitaire sur lequel nous travaillons, nous espérons pouvoir le faire atterrir d'ici la fin de la semaine, parce que nous voulons être au plus près, mais encore une fois, ce qui guide notre action c'est les conditions sanitaires.

PATRICK ROGER
Mais c'est quoi le nouveau protocole alors justement, pour les commerçants ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le nouveau protocole c'est notamment des questions de jauge et des questions de personnes dans le magasin pour s'assurer, pour limiter encore une fois, la circulation du virus et les risques de contamination.

PATRICK ROGER
Jean CASTEX, lui, parle toujours du 1er décembre, vous dites que vous avez bon espoir que ce soit un petit peu avant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sera à lui et au président de la République de dire, en temps utiles, si les conditions sanitaires sont réunies, et je le répète parce que c'est très clair, encore une fois ce virus circule, ce virus tue une personne toutes les 4 minutes, ce virus crée des séquelles chez les personnes les plus jeunes, il ne faut pas jouer avec les allumettes.

PATRICK ROGER
Mais on dit qu'il y a une bataille justement entre Bercy, là où vous êtes, et Matignon, c'est vrai ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On dit beaucoup de choses, la réalité c'est que…

PATRICK ROGER
C'est un peu ça quand même la réalité, non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non…

PATRICK ROGER
C'est-à-dire que vous défendez aussi, eh bien l'emploi, les commerces et l'activité économique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, vous savez, le virus il tue les gens de l'économie comme les gens de la santé, le virus il envoie dans des salles de réanimation, intubés et en coma organisé, les gens qui sont proches du ministre de l'Economie, comme du ministre de la Santé, donc ça c'est une vision qui est très caricaturale. Aujourd'hui on a une responsabilité, en tant que personnalités politiques, on prend des décisions qui ne sont pas simples. Pour le ministre de l'Economie, pour moi, être dans une situation d'interdire à des gens de travailler, c'est contre-intuitif, et on le fait en conscience parce que notre objectif c'est que plus on respectera le confinement, plus l'économie sera en situation de redémarrer rapidement, et on a encore 15 jours qui sont devant nous, où on a bon espoir, parce qu'on a des signaux indicateurs positifs, de pouvoir rouvrir, mais organisons-nous autour de ça, faisons le maximum pour que ce confinement fonctionne et pour qu'on puisse réouvrir en sécurité. Et par ailleurs, je veux quand même insister sur un point, on n'a jamais mis, jamais mis, autant d'argent sur la table, et vous pouvez regarder dans d'autres pays, justement pour accompagner ces petits commerçants et ces artisans, c'est jusqu'à 10.000 euros qui aujourd'hui est pris en charge, 10.000 euros de perte de chiffre d'affaires qui est pris en charge pour les commerçants et les artisans.

PATRICK ROGER
Oui, ils le reconnaissent, mais ils disent que pour certains les commerces, le chiffre d'affaires est beaucoup plus important en cette période de l'année, donc…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Au mois de novembre, on peut discuter, j'entends pour le mois de décembre, mais au mois de novembre, en moyenne, vous avez plus de 80% des commerçants qui, en réalité, font moins de 10.000 euros de bénéfices.

PATRICK ROGER
Venons au Black Friday et à AMAZON, certains voudraient interdire, taxer en fait AMAZON, qu'est-ce qu'il est possible encore de faire, Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En réalité il y a une sorte de bouc-émissaire qui est AMAZON, je le rappelle, qui représente moins de 5 % du commerce français, donc je pense qu'il faut savoir raison garder…

PATRICK ROGER
Non, il représente 5 %, mais il peut exploser aussi à l'occasion de ces fêtes de fin d'année.

AGNES PANNIER-RUNACHER
S'il fait fois 2 il ferait 10%, enfin, soyons sérieux ! Le commerce c'est justement ces petits commerçants, ces artisans, les grandes surfaces, et notre devoir c'est de les accompagner pour qu'elles se transforment et qu'elles soient capables de combattre contre AMAZON à armes égales, c'est ça le combat. Pourquoi les Français commandent chez AMAZON ? Pas parce que l'Etat leur impose, parce qu'ils font le choix de cette plateforme, vous pouvez commander sur plein d'autres plateformes, et nous notre enjeu c'est de transformer les entreprises, c'est de les accompagner, c'est de leur permettre de faire le combat à armes égales. Et ensuite, moi j'en appelle en responsabilité aux Français, effectivement regardez les nouvelles plateformes, il y a plein de nouvelles plateformes qui sont en train d'émerger, on connaît tous AMAZON…

PATRICK ROGER
Ce que vous dites c'est que, de toute manière, sur AMAZON vous ne pourrez rien en tant que tel quoi !

AGNES PANNIER-RUNACHER
On connaît tous AMAZON, mais utilisons les autres plateformes françaises, faisons-nous une opinion sur la qualité du service client, et dont les petits commerçants qui ont pris le risque de se positionner sur d'autres plateformes, c'est ça l'enjeu, on peut accélérer la transformation, c'est aussi une opportunité pour les commerçants, même si j'entends, j'entends qu'effectivement il y a un agacement, il y a une colère par rapport à…

PATRICK ROGER
Mais une taxe exceptionnelle c'est possible ou pas, comme le réclament certains élus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une taxe ce n'est pas possible si elle n'est pas appliquée de manière égalitaire à toutes les plateformes, donc si vous taxez AMAZON, vous taxez les Français.

PATRICK ROGER
Vous êtes en charge de l'Industrie, Agnès PANNIER-RUNACHER…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est l'égalité devant la loi, c'est juste…

PATRICK ROGER
Oui, oui, est-ce que vous nous confirmez que les PME industrielles, c'est ce que j'ai lu ce matin, se pressent aujourd'hui pour bénéficier des aides à l'investissement ? C'est assez paradoxal, alors que l'économie est en pleine souffrance.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais l'industrie continue à travailler, continue à produire, continue à aller chercher à remplir leurs carnets de commandes, nous sommes particulièrement sollicités dans l'industrie notamment sur tout ce qui est transition écologique énergétique, lorsque vous faites de la rénovation thermique il faut produire toutes les isolations qui vont être utilisées. Donc, l'industrie, aujourd'hui, a une situation qui est de quasi retour à la normale sur beaucoup de secteurs… ce n'est pas vrai de l'aéronautique, ce n'est pas vrai de l'automobile, ce n'est pas vrai des secteurs qui aujourd'hui, à cause du confinement, je pense à tout ce qui est agroalimentaire exposé à la restauration, ou tout ce qui est santé exposé à la déprogrammation des opérations, mais l'industrie tient, et ce qu'on observe c'est qu'effectivement nous on a plus aujourd'hui, plus de 6500 entreprises qui se sont signalées sur la plateforme qui accueille toutes les suggestions, enfin tous les dossier d'aide à l'investissement, 6500 entreprises, à comparer aux 34.000 entreprises du monde industriel, ça veut dire qu'on est aujourd'hui à plus de 20%…

PATRICK ROGER
Tous secteurs confondus et petites et grandes entreprises, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Essentiellement des petites entreprises, essentiellement des PME, et des entreprises de taille intermédiaire, parce que les grandes entreprises elles ne peuvent pas déposer pléthore de dossiers, elles ont une limite au regard des aides d'Etat. Le plan de relance il est pour les petites entreprises, et ce qui est intéressant c'est dans le fonds aéronautique par exemple, on est au-delà de la centième décision de soutien, on a 107 entreprises dans le monde aéronautique qui sont accompagnées par l'Etat en investissement pour leur permettre de se moderniser, de se diversifier, de rebondir au fond.

PATRICK ROGER
Il y a des secteurs évidemment, comme l'aéronautique, et l'automobile où c'est beaucoup plus difficile…

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'automobile est extrêmement…

PATRICK ROGER
Je sais qu'il y a de l'inquiétude du côté de chez BOSCH par exemple à Rodez, et dans d'autres…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dans toute la filière diesel il y a de l'inquiétude.

PATRICK ROGER
Oui, c'est ça. Il y a des plans sociaux justement sur la table aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des plans sociaux dans une partie de l'industrie, et nous notre travail c'est diminuer ces plans sociaux avec l'activité partielle de longue durée, et dans l'aéronautique ça fonctionne très bien, c'est-à-dire qu'on arrive à réduire de 30, parfois 40, parfois 50%, les plans sociaux qui étaient initialement envisagés, parce qu'il est essentiel pour nous de préserver les compétences. Quelqu'un qui travaille dans l'aéronautique, que ce soit sur une ligne de production, ou dans un bureau d'études, c'est 10 ans de formation, le licencier c'est une journée.

PATRICK ROGER
Question avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Vous évoquez la relance, les compagnies d'assurance qui avaient envisagé de geler leurs tarifs, pour les particuliers et les professionnels, eh bien non, en fait les assurances multirisques professionnels ont prévu d'augmenter entre 3 et 10 % en 2021, est-ce que c'est normal, est-ce que ce n'est pas scandaleux, est-ce qu'on peut faire quelque chose ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je crois que ça fait effectivement partie des mauvaises surprises, et moi j'en appelle à la responsabilité des compagnies d'assurances parce que, certes, le risque a peut-être augmenté, mais il y a aussi une situation particulière, il y a une situation où la solidarité doit être de mise entre l'ensemble des secteurs et l'ensemble des entreprises. Je crois qu'on peut demander au secteur des assurances de faire preuve de responsabilité dans cette situation et de modérer leurs tarifs.

PATRICK ROGER
Ça, c'est vous qui pouvez faire faire pression quoi !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Enfin en l'occurrence…

PATRICK ROGER
Enfin le gouvernement, Bercy…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le gouvernement a toujours pris ses responsabilités dans ces situations-là, je le rappelle, en 2019 on avait eu un certain nombre de discussions, notamment sur les assurances santé, donc on le fait à chaque fois, nous en avions appelé au secteur des assurances pour cofinancer le fonds de solidarité dont bénéficient aujourd'hui les commerçants, les artisans, ne l'oublions pas, c'était 400 millions d'euros qui avaient été fléchés sur ces commerçants et ces artisans, donc on prendra nos responsabilités.

PATRICK ROGER
Un mot. Aujourd'hui c'est le deuxième anniversaire des Gilets jaunes, du mouvement des Gilets jaunes, vous craignez toujours une contestation sociale ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que…

PATRICK ROGER
Compte tenu du contexte en plus.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui il y a de la lassitude, s'il y a une contestation elle est d'une autre nature que celle qui avait inspiré les Gilets jaunes, il y a une lassitude par rapport au confinement, mais partout, dans ma famille, dans mes proches, le fait d'être enfermé pèse sur le système. Le fait de ne pas pouvoir travailler pour les artisans, les commerçants, est insupportable, ce sont des gens qui ont créé leur patrimoine, qui ont créé toute leur vie professionnelle, sur le travail, être empêché de travailler c'est insupportable, on le comprend pleinement, et c'est pour ça qu'aujourd'hui il faut qu'on puisse se concentrer sur cette sortie de confinement et faire en sorte que collectivement on rebondisse, que collectivement on ait des fêtes de Noël agréables, les plus normales possibles, vous avez annoncé le fait qu'on pouvait à partir du 20 novembre acheter des sapins de Noël, c'est à la fois très anecdotique et extrêmement symbolique, c'est très important.

PATRICK ROGER
Mais les restaurants et les bars, eux, ne pourront pas rouvrir en cette fin d'année, si ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le Premier ministre a à coeur de donner de la visibilité aux restaurants et aux bars, et donc dès qu'il verra plus clair il présentera et il donnera des éléments de visibilité pour savoir quand ces activités pourront reprendre, mais, encore une fois, et on le déplore, mais les bars et les restaurants c'est un endroit où le virus circule, malheureusement les études cliniques le montrent de plus en plus.

PATRICK ROGER
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée à l'Industrie, était l'invitée ce matin de Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2020