Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à France Bleu Drôme Ardèche le 23 novembre 2020, sur le commerce confronté à l'épidémie de Covid-19 et la dette publique.

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Texte intégral

EMMANUEL CHAMPALE
Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

EMMANUEL CHAMPALE
Le président de la République doit annoncer donc demain l'allègement du confinement. Le seul vrai changement attendu, c'est la réouverture des commerces non essentiels. Au gouvernement, vous faites partie de ceux qui ont poussé pour leur réouverture, ou pas ? Est-ce qu'ils vont pouvoir rouvrir dès la fin de la semaine ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous souhaitons tous que les commerces puissent rouvrir. La question, c'est une question sanitaire avant tout. Il s'agit de voir comment nous pouvons concilier la vie économique, qui est essentielle, avec la protection et la santé. Nous avons, avec Bruno Le MAIRE, fait en sorte d'accompagner les commerces pendant cette crise, j'y reviendrai, nous souhaitons qu'ils puissent rouvrir mais à condition que les conditions sanitaires soient remplies et soient respectées. Le président de la République aura l'occasion de clarifier le calendrier et les mesures qui peuvent être prises dès demain soir, à la suite de plusieurs réunions importantes, notamment avec le Conseil de défense, le Conseil scientifique, pour voir où en est exactement l'épidémie, nous la suivons quotidiennement, faire un point et faire en sorte de prendre les meilleures décisions qui concilient la santé, c'est la priorité, et l'économie.

EMMANUEL CHAMPALE
Vous êtes ministre délégué chargée du Plan de relance, est-ce que franchement la situation est tenable pour les bars, pour les restaurants, pour les salles de sport qui n'ont aucun espoir de rouvrir avant le début de l'année prochaine ?

OLIVIER DUSSOPT
La situation est extrêmement difficile pour le secteur de l'hôtellerie, des cafés, des restaurants, mais aussi comme vous l'avez dit des salles de sport. C'est la raison pour laquelle depuis le mois de juillet maintenant et même un peu avant, nous avons pris des mesures particulières pour ces établissements, je pense aux exonérations de cotisations patronales et à des crédits de cotisations salariales, nous en sommes à plus de 8 milliards d'euros, je pense au Fonds de solidarité. Le Fonds de solidarité il s'élevait à 1 500 € par mois au maximum et par entreprise fermée lors du confinement du printemps. Avec le confinement de novembre, nous sommes passés à un plafond de 10 000 € par mois en fonction des coûts fixes et du chiffre d'affaires des entreprises concernées. Nous avons aussi…

EMMANUEL CHAMPALE
Mais certains professionnels ne pourront pas la toucher cette aide.

OLIVIER DUSSOPT
Si, les professionnels peuvent toucher cette aide, dès lors qu'ils sont fermés, la question c'est un plafond de 10 000 €.

EMMANUEL CHAMPALE
Eh oui.

OLIVIER DUSSOPT
En fonction du chiffre d'affaires et des frais fixes. Et donc nous regardons par rapport au mois précédent, par rapport à l'année précédente. C'est un système d'aide, le fonds de solidarité, qui n'existe qu'en France. Quand vous allez ailleurs, par exemple en Espagne, les bars qui sont fermés ne touchent pas un centime de l'Etat, alors qu'en France nous avons dans un premier temps prévu 1 500 €, et avec novembre c'est un plafond de 10 000 € pour tenir compte de la situation des bars, des restaurants, des établissements qui ont un chiffre d'affaires plus important. Il faut avoir en tête, en Ardèche, rien que pour l'Ardèche, le fonds de solidarité c'est déjà 32 millions d'euros, c'est plus de 50 millions d'euros dans la Drôme depuis le mois d'avril, et avec le mois de novembre nous allons quasiment doubler ces chiffres-là.

EMMANUEL CHAMPALE
Olivier DUSSOPT, les millions pleuvent et à juste titre pour aider ceux qui sont dans la difficulté depuis des mois maintenant, et finalement on ne parle plus de la dette de la France. Ce n'est pas un problème ça, de sortir de l'argent comme ça chaque jour ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est à la fois une nécessité, et vous avez raison, ça peut être un problème. Quand nous prenons des mesures pour exonérer les cotisations, pour verser le Fonds de solidarité ou financer le chômage partiel, là aussi à un niveau qui est inédit en Europe, ça représente un coût, et pour le mois de novembre, le coût de ces mesures, je parle juste des mesures d'intervention, je ne parle même pas des pertes de recettes, c'est 15 milliards d'euros par mois, c'est quelque chose d'énorme, et nous arrivons à le faire parce que nous sommes en capacité d'emprunter sur les marchés financiers. Ça signifie de la dette et nous acceptons finalement que les finances publiques soient dégradées pour faire face à la crise. Par contre il ne faut pas oublier un point ou en tout cas un aspect, c'est qu'à un moment ou à un autre, une dette ça se rembourse, et ceux qui font croire aux Français, qui racontent dans différents médias que la dette ne rembourserait pas, sont des illusionnistes. Une blague ça se rembourse, cela peut se rembourser dans le temps, ça peut se rembourser avec des différés, ça peut se rembourser aussi parce que la France a une chance extrêmement importante aujourd'hui, c'est que la France est un pays crédible sur les marchés financiers, nous empruntons beaucoup et nous empruntons à des taux qui sont extrêmement bas, extrêmement favorables à la France comme pays emprunteur. Si nous voulons que cela dure, il faut continuer à faire des efforts et faire preuve de sérieux.

EMMANUEL CHAMPALE
Oui, mais nous nous endettons pour plusieurs générations probablement. Encore plus.

OLIVIER DUSSOPT
Nous étions déjà endettés pour plusieurs générations, il faut l'avoir en tête, le poids de la dette dans notre pays est un poids qui est extrêmement important depuis plus de 20 ans, avec une dette par habitant qui est très élevée. La chance, mais ce n'est pas une chance, c'est le fruit du travail, de la France, c'est de pouvoir faire face aux échéances et de pouvoir rembourser à intervalles réguliers. Aujourd'hui, parce que nous avons mené des réformes, parce que nous avons baissé le poids de la dépense publique et que nous avons baissé les impôts, ce qui est un gage de croissance dans notre pays depuis maintenant 3 ans, nous continuons à emprunter dans de bonnes conditions. Par contre, emprunter dans de bonnes conditions, permet à la France d'être dans une situation qui est tenable aujourd'hui, et de faire face, mais ça nécessite de mener une politique sérieuse, de rester crédible, de ne pas faire croire qu'on ne remboursera pas. Vous savez, quand vous avez un peu d'argent emprunté, si vous voulez emprunter de l'argent à votre famille ou à vos voisins, si vous commencez à leur expliquer, par leur expliquer que vous ne les rembourserez pas, il y a peu de chances qu'ils vous prêtent. C'est pareil pour les Etats.

EMMANUEL CHAMPALE
Olivier DUSSOPT, encore un mot. Là on sort de la crise sanitaire, la cimenterie CALCIA de Cruas, que vous connaissez bien, va fermer, 66 salariés sur le carreau. Franchement, qu'est-ce que l'Etat peut faire ? Est-ce que vous avez les moyens d'intervenir ou pas ?

OLIVIER DUSSOPT
L'Etat, et j'ai toujours dit quand j'étais maire, quand j'étais député, aujourd'hui au gouvernement, l'Etat a des moyens d'intervention mais l'Etat n'a pas de baguette magique. Nous avons pris connaissance de la décision du groupe et de la volonté de fermer cette cimenterie d'ici 2022. C'est un dossier que nous sommes en train d'examiner, nous avons été saisis notamment par le président du Conseil départemental de l'Ardèche, et nous avons demandé à nos services en charge de l'industrie, d'en examiner toutes les conditions et tous les aspects, à la fois pour voir si d'ici 2022 il y a des possibilités de reprise, s'il y a une possibilité de travail avec le groupe propriétaire, mais aussi pour accompagner l'ensemble des salariés. Je crois que dans ces situations-là, faire croire que les élus, l'Etat, l'administration, pourraient tout faire en claquant des doigts, c'est un mauvais service que l'on rend aux salariés. Il faut tout mettre en oeuvre, il faut mobiliser, voir comment ces projets de reprise, s'il y a projet de reprise, peuvent être accompagnés, voir comment on accompagne aussi quand c'est nécessaire et en dernière extrémité, la reconversion et le reclassement des salariés, et mobiliser l'ensemble des forces vives, c'est le cas aux côtés des élus locaux, l'Etat sera présent.

EMMANUEL CHAMPALE
Travailler avec les élus mais pas de recette miracle, on l'entend bien ce matin. Merci à vous Olivier DUSSOPT, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

EMMANUEL CHAMPALE
Passez une bonne journée.

OLIVIER DUSSOPT
A vous aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 novembre 2020