Interview de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, à France Info le 30 novembre 2020, sur la définition d'une jauge pour le retour des spectateurs et la baisse des licences dans les clubs fédéraux liée à la crise sanitaire.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin c'est Roxana MARACINEANU, bonjour.

ROXANA MARACINEANU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, ministre déléguée chargée des Sports, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Pascal JALABERT, bonjour Pascal.

PASCAL JALABERT
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Les journaux du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. On commence, Roxana MARACINEANU, avec l'une des images de ce week-end et ce spectaculaire accident de Romain GROSJEAN, c'était hier au départ du Grand prix de Bahreïn, on a vu sa voiture coupée en deux, sa voiture en feu, et il en est ressorti miraculeusement indemne. Est-ce que vous avez eu de ses nouvelles, vous l'avez eu au téléphone ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, un accident terrible, vraiment il a eu beaucoup de chance et nous avons échangé par SMS hier avec sa compagne et lui-même, et on est très heureux qu'il aille bien.

ORIANE MANCINI
Il va bien, et il rentre en France prochainement ?

ROXANA MARACINEANU
Ça va, il va comme il peut aller après un tel accident, mais vu l'effet spectaculaire qu'on a pu voir sur ces images…

ORIANE MANCINI
Et on a vu l'intervention rapide des secours et effectivement sa voiture, indemne malgré le choc dans sa voiture, ça veut dire que les normes de sécurité en Formule 1 elles se sont considérablement améliorées ?

ROXANA MARACINEANU
Ça veut dire que les progrès, en termes de sécurité, ont été suffisamment importants pour permettre aujourd'hui à Romain GROSJEAN d'en sortir vivant.

ORIANE MANCINI
Autre sujet Pascal.

PASCAL JALABERT
On a entendu la semaine dernière des sportifs, et non des moindres, GRIEZMANN, MBAPPE, KMbappe, et d'autres, prendre position contre les violences policières. Cet engagement, comment vous l'analysez, vous trouvez que c'est positif, vous trouvez que c'est une voix qui porte ?

ROXANA MARACINEANU
Depuis le début de mon mandat à la tête de ce ministère nous avons essayé, et nous essayons tout le temps, de faire s'engager les sportifs sur les différentes thématiques qui sont importantes, on a vu des sportifs prendre la parole sur la lutte contre les violences sexuelles, aujourd'hui c'est tout à fait naturel qu'ils s'émeuvent effectivement de ces faits de violences policières, et puis au moment où il y a eu aussi l'attentat de Samuel PATY, des sportifs aussi prendre la parole pour défendre la liberté d'expression dans notre pays. Evidemment on a besoin de cette position, de cette prise de position des sportifs, qui ont un écho médiatique et qui, du coup, peuvent faire changer aussi beaucoup de choses dans la mentalité de nos jeunes aussi.

ORIANE MANCINI
Et du coup on a entendu aussi certains dire mais on ne les a pas entendus ce week-end quand il y a eu des violences contre les policiers et ces images de lynchage en marge de la manifestation, c'est aussi votre avis ?

ROXANA MARACINEANU
C'est vrai qu'ils ne prennent pas la parole de manière égalitaire, mais c'est à chaque fois le message que je fais passer, de dire que parfois les silences veulent dire beaucoup aussi, donc il faut effectivement se positionner quand ça nous touche personnellement, ils ont la liberté de le faire évidemment, et ils ne sont pas tenus de le faire.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire quoi les silences veulent dire beaucoup, ça veut dire qu'ils ont eu raison de ne pas prendre position ce week-end, pour vous ?

ROXANA MARACINEANU
Non, mais, voilà, parfois il faut qu'ils soient conscients que quand on se tait ça veut aussi dire quelque chose lorsqu'on est un personnage public et qu'il est attendu de nous qu'on parle.

ORIANE MANCINI
Autre sujet, et ça c'est des sujets, on va essayer de rentrer concrètement, parce que la crise sanitaire elle impacte beaucoup le monde du sport, il y a beaucoup de questions, aussi bien de sportifs que de Français, de spectateurs, à commencer par le public dans les stades. C'est vrai que les Français sont privés de compétitions sportives, ils sont privés du fait d'aller voir leur équipe, d'aller voir leurs joueurs, quand est-ce qu'on va pouvoir retourner dans les stades pour voir nos équipes et pour voir nos joueurs ?

ROXANA MARACINEANU
On est déjà heureux que ces compétitions aujourd'hui puissent se tenir et qu'elles passent à la télévision, ce n'était pas le cas au mois de mars, on ne pouvait même pas le voir depuis chez soi. Nous avons réussi à préserver le sport comme un métier, pour qu'ils puissent s'entraîner ces athlètes, pour qu'ils puissent se confronter et que les compétitions se tiennent, maintenant on adapte progressivement la tenue de ces compétitions avec du public, on espère que, en tout cas moi je travaille pour répondre à la commande du président de la République de faire revenir du monde dans les stades selon une jauge relative, c'est ce qui est demandé par les acteurs, c'est-à-dire dans des grandes enceintes pouvoir avoir un pourcentage de personnes qui peuvent venir s'asseoir avec de la distance entre eux.

PASCAL JALABERT
Si on prend le Stade de France, donc il y a eu samedi soir ce France-Italie de rugby, dans un stade quasiment vide, on va dire comme ça, il y a quand même 80.000 places, 20,000 personnes dans cette grande enceinte, c'est quand même moins cluster que dans le métro, que dans une voiture, donc pourquoi n'y allons pas franco ?

ROXANA MARACINEANU
Parce qu'il faut y aller progressivement. Aujourd'hui nous sommes encore en confinement, donc il y a des adaptations par secteurs, vous avez vu aujourd'hui, depuis une semaine, depuis samedi, les jeunes qui peuvent retourner à une pratique sportive, les adultes aussi, dès qu'il s'agit d'une pratique en extérieur. C'est vrai que les stades c'est du plein air, donc il peut être envisagé et envisageable qu'à partir du 15 décembre on puisse refaire revenir les gens, maintenant les acteurs travaillent pour calculer cette jauge relative, pour que…

ORIANE MANCINI
Qui serait de combien, cette jauge, du coup ?

ROXANA MARACINEANU
Ça dépendra des salles, de la grandeur de l'enceinte, il faut privilégier aussi…

ORIANE MANCINI
Donc ça ne sera pas un pourcentage pour tout le monde en fonction de la capacité du stade, c'est ça ?

ROXANA MARACINEANU
Si, c'est sur cette idée de pourcentage, mais ça ne sera peut-être pas le même pourcentage en fonction de la capacité du stade, parce que, comme vous dites, 20.000 personnes, effectivement, dans un stade de 80, ça ne semble pas beaucoup, mais ça veut quand même dire 20.000 personnes qui arrivent en même temps, avec souvent le même mode de transport, dans un même endroit, donc un afflux de personnes au même moment, et dans cette période où il faut qu'on continue à faire attention ce n'est peut-être pas souhaitable d'avoir 20.000 personnes qui débarquent en même temps.

ORIANE MANCINI
Est-ce que là-dessus il y a un bras de fer entre vous et le Premier ministre, qui a l'air plus réticent que vous à faire revenir les gens dans les stades ?

ROXANA MARACINEANU
Là-dessus on travaille, franchement en équipe, et puis surtout en cohérence avec les autres secteurs. Aujourd'hui, par exemple, le monde de la culture n'a pas pu encore… voyez les artistes, les chanteurs, ils ont été à l'arrêt pendant un bon nombre de mois, les sportifs, eux, ont pu continuer leurs compétitions et leur métier, donc aujourd'hui, voyez, le monde de la culture ne peut pas à se mettre en scène s'il n'y a pas de spectateurs, alors que les compétitions, elles, peuvent se tenir, sans forcément qu'il y ait des spectateurs, puisque ça passe à la télé, donc il faut qu'on y aille progressivement. Evidemment on a tous envie d'un retour à la vie normale, maintenant…

ORIANE MANCINI
Mais le Premier ministre est prêt à faire une ouverture pour le 15 décembre ?

ROXANA MARACINEANU
Le président de la République a annoncé qu'effectivement on reviendra vers des jauge partielles, on travaille avec les acteurs, parce qu'il y a un certain nombre de matches qui vont se tenir entre le 15 décembre et le 15 janvier, c'est peut-être la possibilité d'avoir un peu de monde aux stades, on est aussi conscient qu'il y a des annonceurs aussi, des sponsors qui sont venus, et qu'il y a cette notion d'hospitalité, notamment pour le rugby, qui est très importante pour maintenir aussi des clubs en vie, donc il faut peut-être regarder pour qu'il y ait un minimum de personnes, depuis la mi-décembre, qui puissent accéder aux stades et puis qu'on retourne progressivement, en janvier, vers une jauge, comme on a dit, au pourcentage.

PASCAL JALABERT
Alors justement deux points concrets. Faut-il distinguer intérieur et extérieur, c'est-à-dire un stade ce n'est pas pareil qu'une salle de basket, et faut-il distinguer les adultes, des enfants, comme on le fait pour le scolaire, c'est-à-dire un adulte avec trois enfants ça passe ?

ROXANA MARACINEANU
C'est ce qu'on a fait au début, dans les zones rouges on a effectivement préservé la continuité pédagogique des enfants lorsqu'il a fallu mettre un coup d'arrêt pour la pratique sportive des adultes, en groupes encadrés, bien que les adultes peuvent continuer aujourd'hui à faire du sport, et moi je les incite à utiliser les 3 heures par jour qui sont autorisées, de sortie de confinement, pour faire du sport. Maintenant, vous avez vu depuis samedi, et les adultes, et les enfants, quand il s'agit de milieux extérieurs, y compris en pratique encadrée, on a la possibilité de retourner dans des équipements sportifs et de pratiquer du sport dans une association, la prochaine étape c'est au 15, 15 décembre, normalement c'est les enfants qui retournent dans des équipements intérieurs, et on verra pour les adultes si on arrive à aller jusque-là, tout ça, ça dépend de l'évolution sanitaire.

ORIANE MANCINI
Mais pour les spectateurs, pour les stades ça a l'air un peu plus faciles parce que les stades sont ouverts, mais pour les spectateurs, pour les fans de hand, de basket, de foot en salle, de volley, quand est-ce que eux, ils vont pouvoir retourner voir leurs équipes ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr c'est d'abord… notre priorité c'est les pratiquants, parce que c'est ça qui est important aujourd'hui, c'est de retrouver aussi son association de coeur et puis être capable de refaire du sport, pour les spectateurs c'est sûr que c'est plus facile quand il s'agit de stades extérieurs, et peut-être, dans une deuxième étape…

ORIANE MANCINI
Donc eux ça ne sera pas au 15 décembre ?

ROXANA MARACINEANU
On va voir, rien n'est affiché.

ORIANE MANCINI
Vous y réfléchissez quand même, même en intérieur, pour le 15 décembre ?

ROXANA MARACINEANU
Nous on fait différentes propositions, il y a des scénarii qui sont mis sur table, et puis en fonction de l'évolution sanitaire et de la cohérence avec les autres secteurs, le Premier ministre décide et le président de la République arbitrera ensuite s'il y a besoin d'arbitrer.

ORIANE MANCINI
Un mot quand même sur d'autres - parce que c'est vrai qu'on parle beaucoup des compétitions pros qui ont repris, vous le dites, même si c'est à huis clos - mais les compétitions amateurs, elles, sont à l'arrêt, quand vont-elles reprendre les compétitions amateurs ?

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui il y a la possibilité pour les sportifs de haut niveau, et quelques autres sportifs qu'on appelle les partenaires d'entraînement, de venir pour proposer des compétitions, c'est pourquoi, par exemple, les Championnats de France de natation vont se tenir, qualificatifs pour les JO, certaines compétitions où il y a besoin du très haut niveau et du moyen niveau, maintenant sur tous les sports collectifs, effectivement c'est les fédérations et les ligues qui décident du niveau de compétition qui peut se tenir…

ORIANE MANCINI
Par exemple le championnat de foot amateur, il va reprendre quand le championnat de foot amateur ?

ROXANA MARACINEANU
Quand ce sera possible, je n'ai pas de date à vous donner comme ça à l'avance, il faut d'abord que les pratiquants puissent continuer à s'entraîner, puissent revenir à l'entraînement, pour qu'il y ait un championnat qui se tienne, on ne peut pas d'un seul coup vous dire « eh bien voilà, au 1er janvier », alors qu'eux-mêmes ne peuvent pas s'entraîner, tout dépend de l'autorisation qui est donnée par les fédérations, pour un niveau de compétition, de pouvoir s'entraîner, et puis derrière s'il y a équité sur tout le territoire…

ORIANE MANCINI
Et ça, ça dépend que des fédérations ?

ROXANA MARACINEANU
C'est que les fédérations.

ORIANE MANCINI
Si demain la fédération de foot dit « on reprend maintenant le l'entraînement pour le championnat amateur », c'est bon ?

ROXANA MARACINEANU
A partir du moment où il y a des sportifs professionnels qui jouent dans des équipes, c'est possible, de notre point de vue, de reprendre, mais maintenant c'est la Fédération qui définit en fonction de l'équité sur tout le territoire, parce qu'on ne peut pas permettre à trois équipes qui ont des joueurs professionnels de reprendre, le championnat ne tiendrait pas, il faut qu'il y ait une équité sur tout le territoire, et c'est chaque fédération qui juge…

ORIANE MANCINI
Un mot, juste pour finir sur le championnat de France amateur, mais pas que, il y a compétition qui est très populaire c'est la Coupe de France de foot, qui est très populaire en France, est-ce que cette année elle pourra se tenir, les tours régionaux ont commencé, mais depuis c'est à l'arrêt, est-ce qu'elle ira jusqu'au bout cette compétition ?

ROXANA MARACINEANU
On espère, on espère que toutes ces mesures, évidemment, ne viendront pas mettre en danger des championnats classiques, il y a des reports de compétition, et si en janvier tout va mieux, mais c'est pour ça qu'on doit tous faire un effort collectivement, eh bien voilà, ces compétitions pourront reprendre et devront être adaptées, sans doute, si jamais il n'y a pas assez de temps pour les déterminer.

ORIANE MANCINI
Et pour aller jusqu'au bout.

ROXANA MARACINEANU
Exactement.

PASCAL JALABERT
Oui, alors les fédérations sportives, vous en avez parlé, s'inquiètent pour la survie des petits clubs, voire pour la pratique de leurs sports, moins de licenciés, plus de revenus genre buvettes, spectateurs, etc., des sponsors qui eux-mêmes sont en difficulté, comment allez-vous les aider à repartir ?

ROXANA MARACINEANU
Déjà en proposant toutes ces mesures d'assouplissement pour le secteur. Aujourd'hui, depuis là, deux jours, il y a la possibilité pour toutes les associations de reprendre, y compris celles qui d'habitude proposent une activité en intérieur, je pense là à des clubs de judo, de natation, de handball, de volley-ball, il n'y a pas de raison de ne pas faire des activités à l'extérieur. C'est vrai qu'il y a des contraintes, le nombre d'adultes et d'enfants est limité en extérieur, aujourd'hui il n'y a pas de lumière après 17h00 le soir, mais il reste les week-ends, les mercredis, c'est très important que les associations puissent se positionner avec nous pour proposer ce service aux citoyens, elles sont là pour à avoir ce rôle d'amortisseur social aussi, des décisions qui sont toujours difficiles à prendre, et je sais que c'est très compliqué aussi pour les entraîneurs, les bénévoles, de pouvoir se projeter dans cette incertitude qui est la nôtre et qu'on partage tous ensemble. Mais vraiment, si on les aide, et on les aide aujourd'hui, avec le chômage partiel, avec le Fonds de solidarité, avec des aides spécifiques pour les associations, 15 millions d'euros qui ont été débloqués spécifiquement pour elles, et puis aussi une aide à la reprise de licences pour quand ça ira mieux, parce qu'on a besoin que les gens retournent dans les clubs…

PASCAL JALABERT
Alors justement, on voit, alors c'est une bonne nouvelle, on voit des Français courir, pédaler, on est de plus en plus nombreux, et tout le monde prend un peu des habitudes de faire un peu du sport dans son coin…

ROXANA MARACINEANU
Tout seul oui, c'est la crainte…

PASCAL JALABERT
C'est la crainte ?

ROXANA MARACINEANU
C'est la crainte un peu des clubs évidemment, et c'est pour ça qu'on met aussi ce passeport en place, avec 100 millions d'euros qui aideront à une prise de licences dans un club fédéral, parce qu'évidemment le sport pour tous, de manière individuelle, c'est très bien, et il faut continuer à le faire, et nous on le promeut vraiment, le sport bon pour la santé, mais le sport encadré et sécurisé dans une association sportive, en lien avec les autres, eh bien en sortie de crise c'est vraiment ce qu'on veut promouvoir. Il y a un temps pour tout, un temps pour redécouvrir le sport chez soi, en famille, prendre le temps d'en faire, et puis le temps de retourner aussi dans un club et ce sera, on l'espère, ce temps-là arrivera le plus vite possible.

ORIANE MANCINI
A combien vous l'évaluez aujourd'hui la baisse des licences liée à la crise sanitaire ?

ROXANA MARACINEANU
Alors ça dépend vraiment des sports, il y en a qui en ont gagnées, au contraire, au mois de septembre, peut-être qui ont repris les licenciés d'autres sports, qui eux étaient plus mis en difficulté, les sports de contact, les sports justement qui se passent en salle, et les Français avaient un peu anticipé ce qui se passe aujourd'hui, et s'étaient plutôt inscrits dans des sports qui se passent en milieu extérieur et où il n'y a pas de contacts, moins de contacts en tout cas, mais tout ça je pense que ça va se rééquilibrer, et il va falloir aussi qu'on travaille plus spécifiquement à soutenir certains sports.

ORIANE MANCINI
Et vous avez un chiffrage aujourd'hui de baisse du nombre de licences ?

ROXANA MARACINEANU
C'est entre 10 %, c'est les chiffres qui étaient sortis dans « Le Monde » il n'y a pas longtemps, une enquête faite sur 66 fédérations, et puis…

ORIANE MANCINI
Et qui montrait bien la disparité entre les sports.

ROXANA MARACINEANU
Exactement, et sur certains sports, c'est les remontées qui nous sont faites aussi par les mairies, par certaines fédérations, ça peut aller jusqu'à 20 % de perte de licenciés, mais c'est aussi, j'allais dire la discipline et le protocole…

ORIANE MANCINI
-44 % pour la lutte, je crois notamment, c'est la fédération qui en perd le plus.

ROXANA MARACINEANU
Après c'est vrai qu'il y a des sports aussi qui de toute façon étaient en baisse de licenciés systématique, donc il ne faut pas tout confondre plus, mais celles qui se portaient bien, elles peuvent constater aussi ces baisses, mais du fait aussi de leur discipline et de leur responsabilité, puisqu'elles avaient réduit aussi le nombre de places disponibles à la rentrée pour pouvoir réassurer aussi les publics et dire « on ne sera pas trop nombreux dans les groupes, on va éviter trop de se toucher et puis diminuer les contacts entre les gens », et c'est aussi pour ça, parce qu'ils ont été disciplinés et responsables qu'ils ont connu aussi une baisse des inscriptions, et c'est pour ça aussi que nous sommes tout à fait prêts à les aider à reprendre pied et puis à retrouver le nombre de licenciés dès qu'il sera possible de réassurer complètement les publics, pour qu'ils reviennent comme avant, dans les clubs.

ORIANE MANCINI
Justement vous parliez de ces associations, Denis MASSEGLIA qui a été auditionné au Sénat, c'était il y a quelques jours, c'était début novembre, le président du Comité national olympique du sport français, lui il a alertait sur le sort des associations qui n'ont pas de salariés, qui sont composées de bénévoles, et il disait « ces associations sans salariés elles échappent totalement aux radars de Bercy. » Est-ce que l'enveloppe de 400 millions qui a été débloquée il y a peu elle va aider ces associations, est-ce qu'elle va être suffisante ?

ROXANA MARACINEANU
Quinze millions, qui ont été débloqués cette année spécifiquement pour ces associations gérées par des bénévoles, et puis 15 autres millions en 2021, ça a été reconduit, ça fait partie des 400 millions, et puis même à Bercy, avec Olivia GREGOIRE qui a eu un fonds associatif de 30 millions d'euros, auquel les associations sportives, qui ont entre zéro salarié et 10 salariés, peuvent postuler, donc celles qui ont zéro salarié et gérées par les bénévoles peuvent aussi avoir accès à ce fonds. Et puis un fonds aussi de 5 millions d'euros chez Sarah EL-HAIRY, au FDVA…

ORIANE MANCINI
Qui s'occupe de la jeunesse.

ROXANA MARACINEANU
Qui va pouvoir aussi effectivement être débloqué pour ces associations, beaucoup d'aides, mais les associations aujourd'hui elles ont en caisse les adhésions des personnes qui sont venues s'inscrire en septembre, donc le message que moi je veux vraiment leur lancer c'est qu'à chaque fois qu'il y a une possibilité de réouverture, une possibilité de renouer le lien et de conserver ce lien avec des adhérents, qui ont payé pour s'inscrire dans ces associations, il faut le faire, c'est pour ça que moi je travaille au quotidien, pour pouvoir permettre des adaptations dans mon secteur pour éviter la crainte de tout le monde, associativement parlant, c'est cette saison blanche qui risquerait d'arriver si jamais il n'y avait pas de mesures nouvelles qui arrivaient tous les 15 jours.

ORIANE MANCINI
Et avec une disparition éventuelle de ces associations et des clubs amateurs aussi, est-ce que pour vous, il y a des clubs amateurs qui vont disparaître aujourd'hui, et qu'est-ce que vous pouvez faire pour que ça n'arrive pas ?

ROXANA MARACINEANU
Je pense que les clubs aujourd'hui, vu qu'ils sont tenus par des bénévoles, des bénévoles qui s'engagent sur leur temps libre, ils vont revenir après la crise, là où on a un vrai danger, c'est les éducateurs sportifs, parce que pour certains d'entre eux, ils sont bénévoles ou indemnisés de manière forfaitaire, donc pas avec un salaire en tant que tel, et donc ils risquent aussi pendant cette période de crise de partir vers d'autres horizons, d'aller ailleurs, de se trouver un nouveau job, de partir dans des structures commerciales, et que peut-être…

ORIANE MANCINI
Vous craignez de manquer d'éducateurs sportifs…

ROXANA MARACINEANU
Voilà, et peut-être ce qu'il y a vraiment à craindre, c'est que ces éducateurs bénévoles, vu que là, ils ont du mal à être payés, rémunérés, eh bien, qu'ils partent vers d'autres horizons et qu'on ne les retrouve pas au moment où ce sera possible de revenir dans les clubs ; c'est pour ça qu'on veut maintenir en vie, avec une aide financière, pour que ces éducateurs puissent quand même continuer à être rémunérés et qu'ils puissent rester captifs dans les associations sportives.

PASCAL JALABERT
Un mot de télévision avec l'affaire Médiapro, qui doit retransmettre les rencontres de football de Ligue 1, ça ne fonctionne pas, personne n'est content, les téléspectateurs ne sont pas contents, les clubs ne sont pas contents, le président de la République s'en est ému. Comment on en sort ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien, écoutez, nous, on est très déçus aussi que ça ne se passe pas bien, parce qu'on avait placé quand même beaucoup d'espoir dans ce contrat, placé beaucoup d'espoir dans les déclarations que le président de Mediapro avait faites, le directeur de Médiapro avait faites dans les médias, pour dire que tout allait bien se passer, et finalement, effectivement, tout ne se passe pas bien, donc on suit de près le contradictoire qui existe aujourd'hui, qui est aujourd'hui en justice entre les deux parties de ce contrat, et on espère, voilà, nous, on fait tout pour que le championnat maintienne sa valeur, qu'il n'y ait pas beaucoup de matchs qui soient reportés et qu'on puisse aujourd'hui les maintenir…

ORIANE MANCINI
Mais vous êtes inquiet pour la survie de certains clubs professionnels ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien, je pense qu'aujourd'hui, il y a d'autres possibilités, il y a d'autres chaînes qui se sont proposées pour les droits, s'ils ont à être remis en jeu….

ORIANE MANCINI
Notamment Canal+…

ROXANA MARACINEANU
Voilà, je ne m'en fais pas pour le football…

ORIANE MANCINI
Avec qui Médiapro est en conflit d'ailleurs.

ROXANA MARACINEANU
Je ne m'en fais pas pour le football, je pense qu'ils auront toujours des droits…

ORIANE MANCINI
Pas d'inquiétude à avoir pour la survie des clubs ?

ROXANA MARACINEANU
Maintenant, ce ne sera pas des droits à la hauteur de ce qui avait été espéré, et finalement, comme beaucoup de choses dépendent aussi de ces financements, que ce soit les clubs de Ligue 2, que ce soit aussi la taxe Buffet, que ce soit effectivement le foot amateur, via le contrat qui lie la Ligue à la Fédération, c'est vrai que tout est remis en question aujourd'hui…

ORIANE MANCINI
Mais quand même, vous dites être déçue, est-ce qu'il n'y a pas eu quand même un peu de naïveté, un peu de légèreté de la part de la Ligue sur cet appel d'offres ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien, écoutez, il y a eu des droits, et puis, il y a eu différentes propositions en face, avec quand même des diffuseurs sérieux à l'étranger qui diffusent ces matchs à l'étranger, donc il n'y avait peut-être pas forcément d raisons de s'inquiéter outre mesure…

PASCAL JALABERT
Ils ont les yeux plus gros que le ventre…

ROXANA MARACINEANU
Maintenant, c'est vrai que c'était un montant important, et qu'ils ont privilégié ce montant par rapport à un relationnel qui existait avec le diffuseur précédent, mais c'est leur choix, voilà, c'est le choix qu'ils ont fait, c'est le risque qu'ils ont pris, maintenant, il s'agit de l'assumer, et puis, que tous ensemble, ils arrivent à l'assumer entre les clubs qui étaient là aussi au moment où cette proposition s'est faite, il n'y a pas que les dirigeants de la Ligue qui ont accepté, il y avait les clubs aussi derrière qui ont dit qu'ils étaient partants. Tout le monde doit assumer.

ORIANE MANCINI
Alors, on va terminer sur un sujet qui est important, ce sont les violences sexuelles dans le sport, et de nouvelles révélations ces derniers jours dans le milieu du judo, après le patinage artistique, après l'équitation, vous avez mis en place, vous, une cellule dans votre ministère, combien il y a de signalements à ce jour ?

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui, on est à 330 affaires qui sont étudiées, qui sont enquêtées par nos services, des affaires qui remontent à parfois plus de 10 ans, qui n'ont jamais été traitées, des victimes qui n'ont pas été entendues ni écoutées, où, quand elles ont été entendues, on a préféré clairement qu'elles se taisent ou qu'elles fassent des procès à huis clos et qu'on n'ébruite pas le sujet, parce que…

ORIANE MANCINI
Quand vous dites « on », ce sont les fédérations sportives ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, c'est souvent des fédérations, c'est parfois des cadres d'Etat qui étaient en responsabilité et qui, voilà, dans une omerta partagée, ont préféré dire aux victimes : voilà, faites-vous respecter, mais à bas bruit, parce qu'il y a quand même les valeurs du sport en face. Et moi, pour moi…

ORIANE MANCINI
Et ça a changé ça aujourd'hui, est-ce que vous trouvez qu'il y a moins d'omerta ou est-ce que cette omerta, elle est encore là ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien, il faut, il faut que ça change, en tout cas, de mon point de vue, ça a changé. Et en tant que ministre, aujourd'hui, je suis intransigeante par rapport à des faits comme ceux-là, puisque, en fait, il s'agit vraiment de l'intégrité de nos enfants. Moi, en étant maman de 4 enfants, il n'est pas concevable qu'on puisse accepter de confier des enfants à une association, alors qu'on peut avoir des doutes sur les adultes qui les encadrent. Donc beaucoup de fédérations se sont engagées dans la mesure notamment de contrôle d'honorabilité des bénévoles, et celle-là, on va vraiment la suivre de près avec toutes les fédérations. Il y aura une annonce en janvier, février de l'année prochaine lorsque toutes les associations, les fédérations se seront mises dans ce dispositif pour voir ce que ça représente finalement quand on contrôle tous les bénévoles, combien on en trouve qui ont des casiers…

ORIANE MANCINI
Une annonce sur quoi, avec des chiffres précis de victimes…

ROXANA MARACINEANU
Voilà, fédération par fédération combien de bénévoles condamnés déjà et inscrits au fichier FIJAISV sont aujourd'hui dans nos associations sportives, je pense que ça, c'est un bon indicateur pour voir ce qu'on aura laissé passer toutes ces dernières années en mettant pas cette mesure en place…

ORIANE MANCINI
C'est fini, Pascal, je suis désolée. Merci beaucoup. Merci beaucoup, merci Madame la Ministre d'avoir été avec nous…

ROXANA MARACINEANU
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Pascal.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er décembre 2020