Interview de Mme Nadia Hai, ministre de la ville, à France Info TV le 9 décembre 2020, sur la loi confortant le respect des principes de la République.

Texte intégral

DAÏC AUDOUIT
Bonjour Madame.

NADIA HAI
Bonjour.

DAÏC AUDOUIT
Merci d'être avec nous. Vous serez tout à l'heure au conseil des ministres où sera présenté ce projet de loi, est-ce qu'il ne fait pas un peu pschitt par rapport à l'intention annoncée par Emmanuel MACRON dans son discours aux Mureaux où il disait qu'il fallait s'attaquer au séparatisme islamiste et c'est un projet de loi qui vise à conforter les principales de la République ou les principes républicains, j'ai l'impression que c'est un peu un exposé d'un élève de 3ème en cours d'instruction civique.

NADIA HAI
Je ne partage forcément cette vision. Conforter les principes républicains par définition, ça fait reculer le séparatisme et je crois que le président de la République aux Mureaux a été très clair, c'est –à-dire pour s'attaquer au séparatisme, il y a tout ce qu'on doit faire d'un point de vue législatif et c'est ce que nous faisons aujourd'hui et il y a tout ce qu'il y a à faire d'un point de vue acte et la République en acte pour faire reculer l'idéologie des séparatistes.

DAÏC AUDOUIT
Donc ce projet de loi n'est pas tout dans la lutte contre le séparatisme islamiste, c'est pour ça qu'il peut apparaitre décevant pour certains, c'est un peu la tonalité qu'on a dans la presse ce matin.

NADIA HAI
Évidemment qu'il n'est pas tout et la lutte contre le séparatisme islamiste ne s'arrête pas évidement à ce projet de loi. Il faut savoir qu'il y a aujourd'hui des actions que font aujourd'hui, que mènent les séparatistes et là nous nous y attaquons très clairement sur la question de l'enseignement scolaire, sur la question de l'influence étrangère, sur la question de l'organisation…

DAÏC AUDOUIT
Vous dites très clairement sur l'enseignement, il était prévu de rendre obligatoire la scolarisation à 3 ans, on va augmenter les exceptions possibles pour avoir recours quand même à l'instruction à domicile.

NADIA HAI
Non, on va en tout cas corriger tous les angles morts qui existent aujourd'hui sur ces types de pratique. Donc pour répondre à la question, est-ce que ça s'arrête là, ça ne s'arrête absolument pas là, mais en tout cas ce sont des choses qu'il faut faire, qu'il faut corriger, il faut corriger ces angles morts. Et si nous ne le faisons pas, on nous le reprochera de ne pas le faire. Maintenant tout ne s'arrête pas là parce qu'il faut savoir que les séparatistes font leur lit souvent sur un ressenti, sur ce sentiment que la République n'est pas là, que la République ne tient pas ses promesses et là il s'agit d'agir très fortement et c'est ce que nous faisons aussi à travers mon action, à travers celle du gouvernement tout entier pour faire reculer justement cette idéologie, tout ce qui fait le lit des séparatistes.

DAÏC AUDOUIT
Vous incarnez la jambe, on va dire, inclusive du projet de loi de lutte contre les discriminations et donc contre les raisons du succès de la propagande islamiste, on va l'évoquer, mais tout d'abord une question qui relève un peu du ministère de la Ville quand même, c'est celui des associations et du conditionnement des subventions à la signature d'une charte de la laïcité. Est-ce qu'on sait ce qu'il y aura dans cette charte ?

NADIA HAI
Il y aura évidemment, donc elle va être en rédaction et bien évidement elle sera là pour rappeler ce que c'est que la laïcité, rappeler ce que sont nos valeurs républicaines et moi je me satisfais de cette mesure. Alors je suis effectivement ministre de la Ville et nous avons dans le cadre des contrats de subvention un article déjà qui prévoit le retrait des subventions si toutefois les principes républicains et si la laïcité venaient à être mis à mal par des acteurs associatifs. Donc je me félicite que cette charte se généralise et qu'elle devienne obligatoire, parce qu'aujourd'hui elle ne l'est pas.

DAÏC AUDOUIT
La laïcité, elle s'applique à tout ce qui concerne la sphère publique du secteur public, une association, ça relève du secteur privé, si par exemple une association sportive organise des prières avant le début d'un entraînement ?

NADIA HAI
Elle n'a pas vocation à organiser des prières avant un entraînement.

DAÏC AUDOUIT
Et si des gens prient avant un entraînement, c'est leur liberté aussi individuelle, tant que personne n'est obligé à le faire.

NADIA HAI
Tant que ça reste dans la sphère privée, et qu'on n'entraîne pas et que l'association ne soit pas, que le but et la vocation de l'association ne soient pas de faire des prières, il y a cette liberté de culte qui est autorisée dans la sphère privée, mais à aucun moment cela doit devenir du prosélytisme et là aussi il faut être vigilant par rapport à ces pratiques et là aussi nous nous y attelons très fortement. Moi je prends juste l'exemple d'une association à qui nous avons retiré des subventions tout simplement parce que l'égalité entre les filles et les garçons n'était pas respectée et que ceux qui partaient en vacances en colonie, c'était les garçons et les filles n'avaient pas le droit, on a retiré la subvention à cette association.

DAÏC AUDOUIT
Oui en termes de droit c'est un peu comme Al Capone, on le coince sur sa comptabilité, non pas forcément sur ses délits, là c'est pareil c'est vraiment l'égalité homme-femme…

NADIA HAI
Là on a fait jouer l'article très précis du contrat de subvention sur lequel nous pouvons effectivement se saisir de cet article pour retirer les subventions et c'est ce que nous avons fait.

DAÏC AUDOUIT
Alors on va maintenant évoquer la lutte contre les discriminations qui est un des dossiers de votre ministère, une réaction à ce qui s'est passé hier lors du match de ligue des champions avec le PSG, les joueurs turcs comme parisiens ont quitté la pelouse suite à un propos qu'ils ont considéré comme raciste du 4ème arbitre, qu'elle est votre réaction ?

NADIA HAI
Alors je crois qu'il y a une enquête qui est en cours sur ce sujet.

DAÏC AUDOUIT
Tout à fait, ils ont entendu le mot négro en roumain.

NADIA HAI
Il y a une enquête, si les faits sont avérés ; c'est intolérable. Et de toute façon de manière générale le racisme est intolérable. Il est intolérable sur les stades de foot. Le racisme est intolérable dans la rue. Il est intolérable sur les réseaux sociaux. Il est intolérable partout.

DAÏC AUDOUIT
Il est intolérable dans la police.

NADIA HAI
Dans la police évidement, d'ailleurs l'exemplarité, c'est ce sue représente toute la fonction publique, donc la fonction publique doit être exemplaire sur le sujet et je rappelle juste que le racisme, ce n'est pas une opinion, le racisme est un délit qui est puni par la loi.

DAÏC AUDOUIT
Mais en attendant comme vous dites l'enquête, il y a juste des joueurs qui ont le sentiment qu'un propos raciste a été tenu et hop de leur propre point de vue, ils quittent le stade, ça peut se reproduire chaque journée de ligue 1.

NADIA HAI
Je félicite aussi cette action, c'est-à-dire qu'à un moment donné, effectivement il faut dire stop. Et il faut dire stop avec les mots, il faut dire stop avec les actes et ce qu'ils ont fait, moi vraiment je salue cette décision, c'est un acte fort, c'est un symbole fort qui est lancé pour dire stop au racisme. Il n'a pas sa place aujourd'hui dans notre République, dans notre pays.

DAÏC AUDOUIT
Alors cette lutte contre les discriminations, Emmanuel MACRON l'a évoqué vendredi lors de son Interview sur Brut et dans la foulée dimanche vous avez annoncé la création d'un conseil scientifique pour proposer des noms de personnalités auxquelles on pourrait attribuer le nom de rue, c'est quoi l'idée de ce comité scientifique ?

NADIA HAI
L'idée première en fait, c'est la philosophie même, c'est de dire que la République est une et indivisible, elle est aussi riche de sa diversité. Et il y a des personnalités qui sont issues de l'immigration, des personnalités qui sont issues des diversités territoriales, des immigrations aussi qui sont issues des quartiers et qui ont apporté des choses, des actes à la République.

DAÏC AUDOUIT
Et donner un nom de rue, c'est mettre en avant ces valeurs, mais il y a un côté propagande quand même dans ce comité scientifique qui choisit les noms, voilà ce n'est pas obligatoire on a bien compris, c'est pour aider, mais quand même il y a un côté, voilà c'est les noms qu'il faut mettre en avant, c'est le gouvernement, c'est l'Etat qui vous le dit.

NADIA HAI
Non, non, pas du tout au contraire, bien au contraire, c'est un comité scientifique qui est complètement indépendant et d'ailleurs nous avons tenu à ce qu'il n'y ait aucun politique au sein de ce comité.

DAÏC AUDOUIT
C'est des historiens, journalistes.

NADIA HAI
Il y a des journalistes, il y a des historiens, il y a des chercheurs, il y a des associations aussi qui ont travaillé sur les questions de mémoire et donc qui de manière totalement indépendantes sélectionnent effectivement avec des recherches, donc c'est pour ça qu'on appelle ça un comité scientifique, parce que derrière il y a un travail de recherche qui est fait et s'assurent que les personnalités qui sont proposées ont effectivement apporté quelque chose à la France. Et donc on va retrouver vraiment des personnes de tout horizon, on va retrouver des, Lino VENTURA, des Louis de FUNES, on va retrouver…

DAÏC AUDOUIT
C'est moins problématique de donner des noms de rue à Louis de FUNES et à Lino VENTURA…

NADIA HAI
Non mais Ouma MOUSIK, on va retrouver des Kadi CHERIF, eh bien ce sont des personnes, qu'on le veuille ou non, ce sont des personnes qui ont apporté à la République et il est aujourd'hui de notre devoir aussi de montrer que l'unité nationale, elle se forge autour des valeurs de la République et ces personnes-là ont apporté beaucoup et il est temps aujourd'hui d'avoir cette reconnaissance de travailler sur la mémoire.

DAÏC AUDOUIT
Mais d'accord, si je suis maire, ce dont Dieu nous préserve un jour, mais si je veux donner un nom de rue, je peux choisir quelqu'un qui n'est pas proposé par ce conseil scientifique, on est bien d'accords.

NADIA HAI
Evidemment, évidement, en fait c'est un recueil que nous mettons à disposition des collectivités.

DAÏC AUDOUIT
C'est incitatif.

NADIA HAI
Mais pas que des collectivités, d'ailleurs vous-même vous pourrez aller sur le site du ministère de la Ville et aller chercher une fiche, le nom, et puis en faire toute une émission autour de ce nom. Il est à disposition de tous nos concitoyens, des étudiants, des chercheurs, des professeurs, il sera mis à disposition à tout le monde gratuitement. Par contre effectivement il vise les collectivités pour qu'on puisse là aussi avoir cette reconnaissance », parce qu''encore une fois ils font partie de notre histoire.

DAÏC AUDOUIT
Merci beaucoup Madame, bonne journée à vous, donc pour vous c'est le conseil des ministres et puis discours de Jean CASTEX à l'issue de ce conseil et qu'on suivra évidement sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2020