Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à CNews le 9 décembre 2020, sur le déconfinement et la vaccination anti-Covid, le "Beauvau de la sécurité" et le projet de loi confortant les principes républicains.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Bienvenue à tous. Laurence FERRARI, vous recevez ce matin Gabriel ATTAL, porte-parole du gouvernement et c'est tout de suite.

LAURENCE FERRARI
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenu dans la matinale de CNews. Les chiffres du nombre de contaminations ne laissent rien présager de bon pour les fêtes de fin d'année. Conseil de défense ce matin présidée par Emmanuel MACRON, conférence de presse de Jean CASTEX demain à 18 heures. Je crains que vous ne soyez là ce matin pour nous ambiancer sur le thème "les mauvaises nouvelles vont nous tomber sur la tête demain soir". Est-ce que vous êtes l'homme qui va nous voler Noël, Gabriel ATTAL ? Ou le Nouvel An ?

GABRIEL ATTAL
Evidemment, non. On ne vole rien à personne et ce qu'on veut éviter, c'est que le virus vole la vie de beaucoup de Français. Le virus, il fait de la résistance. On le voit, les contaminations ont beaucoup baissé ces dernières semaines parce qu'on a mis en place un confinement, et puis il semble depuis quelques jours qu'il a atteint une forme de plateau autour de dix mille contaminations par jour, ce qui est une situation qu'on voit un peu partout en Europe. Tous les pays où ça baissait beaucoup se stabilisent et certains pays qui s'étaient stabilisés voient une nouvelle - légère pour l'instant – augmentation. Et donc, ça nous appelle à ne pas baisser la garde mais, en même temps là-dessus, il n'y a rien de nouveau. Moi c'est ça que je veux dire. On est toujours en confinement et donc cette situation, elle valide finalement le choix d'un confinement puis d'un déconfinement très progressif qui a été annoncé par le président de la République avec plusieurs étapes. Des conditions qui ont été données pour chacune de ces étapes et un examen à chacune de ces étapes de la situation sanitaire, pour nous permettre de voir ce qu'il est possible de faire ou pas. Vous savez que la prochaine étape c'est le 15 décembre, qui avait été annoncée par le président, avec la fin d'un confinement et la mise en place d'un couvre-feu sauf le 24 et le 31 décembre. La réouverture d'un certain nombre d'établissements.

LAURENCE FERRARI
Il avait dit : nous pourrons donc à nouveau nous déplacer sans autorisation y compris entre régions, passer Noël en famille, ouvrir les salles de théâtre et les musées avec les protocoles sanitaires. On oublie tout ça ? C'est déjà obsolète ?

GABRIEL ATTAL
En sortant de ce plateau, je me rendrai en Conseil de défense et de sécurité nationale autour du président de la République pour examiner la situation et prendre les décisions qui s'imposent.

LAURENCE FERRARI
Lesquelles ?

GABRIEL ATTAL
Très concrètement la question qui va être posée, c'est dans quelle mesure est-ce que cette situation sanitaire doit nous inviter à reconsidérer un certain nombre de choses qui avaient été prévues pour le 15 décembre. Je ne peux pas vous donner la réponse.

LAURENCE FERRARI
Alors théâtres, salles de cinéma. On imagine que si on est au-dessus des 5 000 cas, on ne va pas rouvrir. Non mais ça tombe sous le sens.

GABRIEL ATTAL
Ce que je peux vous dire, c'est que si nous considérons que la situation sanitaire telle qu'elle est constatée aujourd'hui, c'est-à-dire un plateau de contaminations autour de 10 000 cas par jour, ça continue à baisser à l'hôpital et en réanimation - c'est important de le dire : il y a quand même des signaux positifs dans la situation parce que les Français ont fait beaucoup d'efforts et je veux les saluer - si on considère cette situation et qu'il faut adapter la deuxième étape qui avait été annoncée, évidemment nous le ferons toujours pour protéger les Français.

LAURENCE FERRARI
Décaler dans le temps un certain nombre de choses. Noël, vous allez essayer de le préserver, on l'imagine bien, parce qu'il y a une dimension familiale forte. En revanche le Nouvel An, on risque d'avoir un couvre-feu très tôt.

GABRIEL ATTAL
Il n'y a pas de décision qui est prise. Moi ce que je veux dire Laurence FERRARI, je l'avais dit d'ailleurs au moment où nous avions annoncé qu'il n'y aurait pas de couvre-feu le soir du Nouvel An, c'est que de toute façon il faut faire très attention. Moi j'ai la conviction que les Français sont adultes, qu'ils ont parfaitement conscience maintenant de la réalité de cette épidémie, des modes de contamination de cette épidémie notamment quand on est dans un lieu clos, qu'on respire très fort, qu'on transpire, qu'on chante, qu'on mange. Et donc quelles que soient les décisions qui sont prises pour les fêtes le 24, le 31 décembre, évidemment qu'il faut faire très attention. Respecter les gestes barrières, aérer et notamment préserver les personnes les plus vulnérables.

LAURENCE FERRARI
Vous avez raison, les Français sont adultes et responsables, il ne faut pas les traiter comme des enfants. Mais ils ne comprennent pas que vous changiez de stratégie quasiment tous les 15 jours, c'est quasiment au doigt mouillé. En fait il y avait un cap qui a été dressé par le président, qui nous emmenait, voilà, avec des phases jusqu'au printemps. Pourquoi en changer ?

GABRIEL ATTAL
Justement, le président a donné une stratégie avec une visibilité et des étapes. Mais ces étapes, vous l'avez entendu dans son allocution, elles sont évidemment conditionnées à des critères sanitaires et notamment au fait que l'épidémie soit maîtrisée. C'est ça la question qu'on va se poser. Au moment où on va probablement, potentiellement - on verra ce matin - assouplir le confinement, voire lever le confinement pour le remplacer par un couvre-feu, est-ce que nous considérons que l'épidémie est suffisamment contenue pour être maîtrisée, pour éviter qu'il y ait des risques supplémentaires pour les Français ? C'est la seule boussole. Il y avait des conditions qui avaient été données sur ces étapes, et évidemment on va regarder la situation.

LAURENCE FERRARI
Il y a un risque de reconfinement à partir du 20 janvier si les fêtes de Noël font exploser le nombre de contaminations ? Il existe ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, je vais vous dire, il y a un risque. Il y a un risque de troisième vague. Il y a des pays aujourd'hui dans le monde qui en sont à leur troisième vague. Les États-Unis en sont à leur troisième vague, un certain nombre de pays asiatiques en sont à leur troisième vague. Donc ce risque il existe et je pense que les Français l'ont parfaitement intégré. Ce qui est certain, c'est que nous prendrons toujours les décisions qui sont nécessaires pour protéger la santé des Français et pour faire en sorte qu'il y ait le moins de victimes de cette maladie en France.

LAURENCE FERRARI
Vous voulez tuer les restaurateurs et les cafetiers qui devaient rouvrir au mois de janvier ?

GABRIEL ATTAL
Non. Vous savez, c'est la mort dans l'âme qu'on leur impose aujourd'hui de rester fermés. Moi j'ai bossé dans la restauration, j'y ai beaucoup d'amis. Je sais que c'est très dur pour eux, d'autant plus dur que c'est une des professions qui est sans doute en temps normal les plus contrôlées sur les normes d'hygiène et les normes de sécurité. Ils connaissent ça parfaitement. Le fait est qu'aujourd'hui, la littérature scientifique nous dit quoi ? Elle nous dit que quand vous êtes dans un lieu, vous enlevez le masque, vous mangez, vous buvez, il y a des contaminations beaucoup plus importantes. Donc oui, ça veut dire que pour l'instant les restaurateurs doivent rester fermés. On espère vraiment qu'ils pourront rouvrir le 20 janvier, c'est le cap que le président a donné, et dans l'intervalle on les soutient comme on a soutenu les commerces au mois de novembre. Ils vont recevoir, les commerçants qui ont fait la demande de l'indemnisation de leur chiffre d'affaires, dans la semaine ils vont recevoir un versement jusqu'à 10 000 euros. Les restaurateurs pourront recevoir un versement jusqu'à 20% de leur chiffre d'affaires ; il y a un soutien très fort. Et notre souhait à tous, c'est qu'ils puissent rouvrir le plus vite possible.

LAURENCE FERRARI
La littérature scientifique dont vous parlez, elle est uniquement américaine. Quand est-ce qu'on aura les chiffres français en fait ? Les lieux de contamination, notamment les restaurants. Il y a une étude en cours ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une étude en cours du professeur FONTANET. Je crois que les résultats devraient arriver dans les prochains jours. Elle est en cours de finalisation.

LAURENCE FERRARI
Ce serait mieux que ce soit avant la fin de la pandémie.

GABRIEL ATTAL
Evidemment. Mais là-dessus, vous savez que les chercheurs du monde entier travaillent ensemble, que c'est le même virus partout dans le monde et que donc on apprend les uns des autres des différentes études qui sont…

LAURENCE FERRARI
La vaccination, hyper important. Le professeur Eric CAUMES a fait part de son scepticisme hier soir sur les vaccins à ARN qui ont déjà démarré en Grande-Bretagne, même chose pour le professeur RAOULT. Il y a une grande défiance de la population française. 61% des Français ne veulent pas se faire vacciner pour l'instant, il y a de quoi remettre en cause l'ensemble de la stratégie vaccinale. Comment est-ce que vous allez répondre à cette défiance ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, moi je suis persuadé que pour qu'il y ait confiance il faut qu'il y ait transparence absolue. On dira tout et on dit déjà tout de ce qu'on sait sur ce vaccin, y compris ce qu'on ne sait pas.

LAURENCE FERRARI
Pas grand-chose, on ne sait pas grand-chose.

GABRIEL ATTAL
Y compris ce qu'on ne sait pas, mais oui. Je veux dire si j'étais là en train de vous dire qu'on savait tout sur ce vaccin alors que ça n'est pas le cas, je pense que ça renforcerait la défiance. Donc là on a des autorités de santé, notamment l'EMA, l'Autorité européenne, qui sont en train de regarder les données scientifiques. Tout sera public, tout sera publié. On met en place un comité citoyen pour qu'il y ait des citoyens qui puissent être associés à cette campagne vaccinale. Et la deuxième chose je pense, c'est que le vaccin ne soit pas obligatoire. Les Français ont le choix.

LAURENCE FERRARI
Ça, c'est acté.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est acté. Ça me semble important aussi pour des questions de confiance face à un nouveau virus et donc à un nouveau vaccin, oui, qui arrivent vite. C'est un fait. Je pense que c'était important que le président prenne cette décision.

LAURENCE FERRARI
Comment vous allez communiquer ? Vous n'allez pas refaire des clips mettant en scène des grands-mères en train de mourir en intubation sur des lits de réa. Comment est-ce que vous allez susciter l'adhésion des Français sur la vaccination ?

GABRIEL ATTAL
Je vous parlais à l'instant de la transparence. Je pense qu'assez vite les premières vaccinations vont avoir lieu. Il y en a d'ailleurs qui ont déjà commencé dans certains pays qui ont fait le choix d'aller plus vite que les procédures habituelles d'autorisation. Ce n'est pas le choix qu'on a fait. Nous on a décidé, on a dit : on ne mégotera pas avec la sécurité sanitaire des Français. Et même s'il faut qu'on attende quelques semaines de plus que certains voisins, y compris européens, eh bien on le fera pour être sûr d'avoir toutes les conditions de sécurité. Et ensuite, on a choisi d'associer un scientifique, le professeur Alain FISCHER, qui est un scientifique indépendant, qui connaît parfaitement ces sujets-là…

LAURENCE FERRARI
Incontestable.

GABRIEL ATTAL
Pour que lui puisse communiquer, répondre aux questions et aux inquiétudes.

LAURENCE FERRARI
D'accord. Est-ce que les ministres vont devoir donner l'exemple ? Est-ce que le président MACRON se fera vacciner pour montrer aux Français, encore une fois, que le vaccin ne leur fera pas de mal ?

GABRIEL ATTAL
Alors la question lui a été posée dans son interview à Brut jeudi dernier et il a dit qu'il le ferait au moment le plus opportun notamment en fonction des recommandations. Je vais vous faire une confidence : c'est une question qu'on s'est posé entre membres du gouvernement avec le Premier ministre.

LAURENCE FERRARI
Pour montrer l'exemple, voilà.

GABRIEL ATTAL
D'un côté on peut avoir certains qui nous disent : ça permet de donner l'exemple, et de l'autre le risque si on le faisait, à un moment où on aura un million seulement de vaccins disponibles pour les Français en janvier et où la Haute autorité de santé indépendante nous dit : il faut impérativement que vous concentriez ce millions de vaccins sur les personnes les plus vulnérables, c'est-à-dire les personnes très âgées en EHPAD, est-ce qu'on nous ne dira pas : eh bien finalement, vous passez devant tout le monde pour vous faire vacciner ?

LAURENCE FERRARI
Oui. Ce n'est pas parce que vous avez peur, rassurez-moi.

GABRIEL ATTAL
Non, mois je vous rassure. Alors pour le coup je vais vous dire, au moment où le vaccin sera recommandé par les autorités de santé pour ma génération, je serai dans les premiers à aller me faire vacciner et je le ferai savoir.

LAURENCE FERRARI
On va parler des policiers et de la colère des policiers avec cette réponse de l'exécutif : un Beauvau - une réunion – un Beauvau de la sécurité pour le mois de janvier. Est-ce que le président MACRON ne tente d'expier sa faute après les propos qu'il a tenus - vous avez cité Brut - en partie sur les violences policières ? Un terme qu'il n'a employé qu'une seule fois. Et dans l'ensemble de l'interview, je rappelle qu'il a défendu très clairement les forces de l'ordre. Néanmoins est-ce que c'est une façon encore une fois d'être poli vis des policiers qui manifestent beaucoup en ce moment ? Toulouse, Créteil hier soir, on va peut-être en voir des images de ces policiers en colère qui chantaient La Marseillaise. Ils en ont ras-le-bol en fait d'être systématiquement stigmatisés. Est-ce que cette réponse du Beauvau de la sécurité est la bonne réponse ? Eux disent que ça ne suffira pas, qu'il y en a marre de ces réunions-là et qu'il faut agir concrètement.

GABRIEL ATTAL
C'est la bonne réponse parce que c'est la continuation de ce que nous faisons depuis début de ce quinquennat. On a fait le choix depuis 2017 de soutenir nos policiers. Qu'est-ce qu'on a fait ? On a augmenté le budget de la sécurité d'un milliard. On a recruté 10 000 policiers supplémentaires. A la fin de l'année prochaine, on aura rénové, remplacé un véhicule sur 4 de la police nationale. On a payé des millions d'heures supplémentaires. On rénove des commissariats. Oui, il y a cet investissement parce qu'on veut protéger ceux qui nous protègent et on veut leur permettre de travailler dans de bonnes conditions. Et je vous remercie d'avoir dit que dans son interview à Brut, le président de la République a défendu nos forces de l'ordre. Il a défendu nos policiers. Et les défendre, c'est reconnaître qu'il peut y avoir des dérives, qu'il peut y avoir des dérapages comme dans tout corps de la société.

LAURENCE FERRARI
Il y a des violences policières ?

GABRIEL ATTAL
Et le président quand il a employé ce terme une fois dans l'émission, c'est pour le déconstruire.

LAURENCE FERRARI
Vous ne voulez pas le reprendre.

GABRIEL ATTAL
Non. Moi je vais le déconstruire comme lui.

LAURENCE FERRARI
Non mais vous, vous, ne dites pas : il y a des violences policières par exemple.

GABRIEL ATTAL
Moi ce que je dis de manière constante comme le président, c'est que le terme de violences policières est devenu un slogan - c'est le terme qu'il a employé - pour une extrême gauche qui veut…

LAURENCE FERRARI
Mais pour me faire plaisir, vous n'allez pas me dire : oui il y a des violences policières, madame FERRARI.

GABRIEL ATTAL
Non, non.

LAURENCE FERRARI
Voilà !

GABRIEL ATTAL
D'ailleurs je ne pense pas que je vous ferais particulièrement plaisir sur le fond parce que la réalité, c'est que je pense que beaucoup de Français sont parfaitement sur cette ligne-là, c'est-à-dire considérer qu'il peut y avoir des dérives. Dans tout corps de la société, vous avez des personnes qui dérivent. L'important c'est de les identifier et de les sanctionner. Mais notre police, elle représente la diversité de notre pays : mixité sociale, mixité d'origine culturelle. Et surtout, moi je discute souvent avec des policiers et qu'est-ce qu'ils me disent ? Ils me disent : j'ai enfilé l'uniforme parce que j'ai envie de protéger mon pays, j'ai envie de défendre les autres, parfois parce qu'un drame m'est arrivé dans ma vie et que je n'ai pas envie que ça arrive à d'autres. Les policiers, ils ne s'engagent pas pour être violent gratuitement ou s'en prendre à leurs concitoyens. C'est exactement l'inverse, et ça je pense qu'on ne le dit pas suffisamment. Le président l'a dit à Brut, il faut continuer à le dire et surtout il faut continuer à agir pour protéger nos forces de l'ordre et c'est ce qu'on va faire avec le Beauvau de la sécurité.

LAURENCE FERRARI
On verra si leur colère s'éteint. On suivra évidemment leurs manifestations. Comment arrêter les Blacks Blocs qui saccagent tout systématiquement à chaque manifestation ? Hier le Premier ministre a évoqué la possibilité d'empêcher les casseurs de venir dans les manifestations. C'était un article qui avait déjà été retoqué par le Conseil constitutionnel. Vous allez y retourner avec une nouvelle mouture qui ne sera peut-être pas retoquée cette fois-ci ?

GABRIEL ATTAL
Force est de constater qu'aujourd'hui, il est très difficile pour nos forces de l'ordre - et d'ailleurs c'est un défi européen puisque les Blacks Blocs, malheureusement ce mouvement existe dans beaucoup de pays - il est très difficile d'appréhender des personnes qui se fondent parmi les manifestants, qui sont formées, préparées à savoir comment échapper aux policiers avec des tenues de rechange, avec la capacité à se fondre dans la masse, et donc ça veut dire qu'il faut faire évoluer notre manière d'intervenir et nos règles. On avait essayé de le faire effectivement avec une disposition qui nous permettait de les interpeller en amont, pour les empêcher d'avoir…

LAURENCE FERRARI
En préventif.

GABRIEL ATTAL
Voilà, en préventif. Ç'a été censuré par le Conseil constitutionnel. Moi je n'ai pas de commentaires à faire, ce sont les juges constitutionnels…

LAURENCE FERRARI
Non, mal ficelé, c'est tout.

GABRIEL ATTAL
Voilà. Et donc probablement qu'on peut retravailler à cette mesure pour faire en sorte que ça rentre davantage dans les clous.

LAURENCE FERRARI
En tout cas, ce n'est plus supportable pour les Français de voir ces images systématiquement tous les samedis.

GABRIEL ATTAL
C'est certain. Des images de violence contre des personnes, de violence contre des biens. Il y a des voitures de Français qui ont été incendiées. On voit souvent les images mais on se dit, on oublie parfois de se dire qu'il y a des Français derrière qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler. Et puis les violences entre les forces de l'ordre qui sont totalement inadmissibles.

LAURENCE FERRARI
La loi séparatisme qui devenue en fait la loi confortant les principes républicains sera étudiée aujourd'hui en Conseil des ministres. Pourquoi vous n'assumez même pas le mot séparatisme ? Il vous fait peur ?

GABRIEL ATTAL
On l'assume puisqu'on en parle.

LAURENCE FERRARI
Ce n'est pas le titre de la loi. Vous l'avez changé déjà deux fois.

GABRIEL ATTAL
Non mais parce que vous savez, la question qui était posée c'était : est-ce qu'on dit que c'est un projet de loi qui permet de lutter contre le séparatisme et notamment séparatisme islamiste ? Et moi, je suis très favorable à ce qui est ce titre "confortant les valeurs de la République". Parce que, je vais vous dire, la peur doit changer de camp et ça doit être ceux qui ont un projet politique de se séparer de la République qui doivent nous voir à l'offensive, et ce n'est pas nous qui devons être en défensif. Voilà. Il faut qu'on soit offensif pour défendre les valeurs de la République.

LAURENCE FERRARI
Et c'est en gommant le mot séparatisme qu'on est offensif ?

GABRIEL ATTAL
Non, c'est en donnant des outils pour permettre à nos services d'agir. Très concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire dissoudre plus facilement des associations qui prêchent des valeurs qui ne sont pas celles de la République, qui convainquent des familles de retirer leurs enfants de l'école de la République. C'est imposer la neutralité religieuse partout dans les services publics, y compris chez des délégataires de services publics, des sociétés de transport par exemple. C'est considérer que maintenant, l'école c'est la règle et la maison c'est l'exception, avec cette mesure qui est très forte parce qu'aujourd'hui vous avez un mouvement de retrait d'enfants de l'école de la République. Des enfants qu'on retrouve souvent dans des madrassahs clandestines où ce n'est pas les valeurs de la République qui leur sont enseignées, où la dignité humaine n'est pas respectée. C'est heureusement concentré dans certains territoires mais il y a une dynamique qui est forte. Voilà. C'est donner ces outils pour permettre de conforter les valeurs de la République.

LAURENCE FERRARI
L'article 25, ça va être rebelote par rapport à l'article 24, la loi de sécurité globale, vous allez avoir une majorité qui va grimper au rideau encore ?

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas parce que la différence entre l'article 25 et l'article 24 c'est que l'article 25 il permet d'empêcher de poursuivre des intimidations contre des personnes, et notamment des fonctionnaires, c'est un article qu'on a écrit suite à l'odieux attentat de Conflans-Sainte-Honorine et à l'assassinat de Samuel PATY, vous savez qu'il y avait des menaces qui avaient été proférées, qui n'étaient pas forcément des menaces, mais des informations sur lui qui avaient circulé sur les réseaux sociaux, et l'autre vraie différence avec l'article 24, de la loi sécurité globale, c'est que cet article ne modifie pas la loi de 1881 sur la liberté de la presse, ce qui, et je le comprends, est un symbole très fort pour les journalistes, ce qui avait heurté dans le cadre de la loi sécurité globale, donc il me semble qu'on est sur deux sujets différents, sur deux vecteurs différents, et que ça permet de rassurer.
LAURENCE FERRARI

Deux petites questions de fin. Les joueurs du PSG et du Basaksehir, d'Istanbul, ont quitté le terrain hier après les mots racistes d'un arbitre à l'encontre d'un membre noir du staff turc, c'est historique comme réaction, ça a été salué par la ministre des Sports, c'est salutaire. Le président ERDOGAN a dénoncé fermement le racisme, a appelé l'UEFA à agir, et pas le président MACRON, pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, d'abord ça s'est passé hier soir, vous l'avez dit, la ministre des Sports s'est exprimée, je vais m'exprimer aussi en disant que tout racisme est intolérable, même quand il est prononcé comme ça, puisque j'ai vu les justifications de l'arbitre, soi-disant, on avait l'impression que c'était presque bienveillant visiblement dans ces explications, que le sport c'est un des lieux, et c'est un des esprit qui permet de véhiculer des valeurs de tolérance, de non-discrimination, d'ailleurs on a vu une solidarité entre les joueurs de différentes équipes, ce qui, je pense, doit être salué comme vous l'avez fait, et donc il y a évidemment une condamnation. Il y a une enquête maintenant, l'UEFA, qui est ouverte, qui, j'imagine, prendra des sanctions qui s'imposent, et donc il y a cette réaction très forte de la France, comme de la Turquie.

LAURENCE FERRARI
Une dernière question sur la visite du président égyptien AL-SISSI, reçu par le président MACRON lundi, et dont les images de la réception, et notamment de la remise de la grand-croix de la Légion d'honneur, qui est systématique pour tous les chefs d'État en visite en France, ont été un peu mises sous le tapis par l'Elysée, comme le signalaient nos confrères de "Quotidien" hier soir, il faut aller sur le site de la présidence égyptienne pour trouver ces images. Elles vous font honte, vous voulez les cacher ?

GABRIEL ATTAL
Pas du tout, je n'ai pas… enfin, vous m'apprenez qu'on les trouverait moins chez nous…

LAURENCE FERRARI
On ne les trouve pas.

GABRIEL ATTAL
On communique, vous savez, sur cette visite, sur l'agenda de cette visite, il n'y a pas de… non, il n'y a pas de problème sur ce point de vue-là.

LAURENCE FERRARI
Il n'y a pas de problème ?

GABRIEL ATTAL
Le président a été clair, il a un discours franc avec le président AL-SISSI, il dit les choses, ça ne nous empêche pas de travailler, d'avoir une coopération avec les Egyptiens, évidemment, sur différents sujets.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'être venu ce matin dans "La Matinale" de Cnews.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2020