Entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec CNews le 6 janvier 2021 sur l'Union européenne face à l'épidémie de Covid-19.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

Q - Nous accueillons sur le plateau Clément Beaune. Bonjour.

R - Bonjour.

Q - Secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Merci d'être avec nous. Le Président de la République a présenté la nouvelle stratégie vaccinale de la France à des élus de Touraine, hier soir, il va y avoir un Conseil de défense dans un peu plus d'une heure maintenant. Les personnes fragiles et les soignants vaccinés jusqu'à la fin mars, et ensuite, deuxième phase, ce sera ouvert pour tout le monde, c'est-à-dire que c'est une vaccination, Emmanuel Macron a parlé de vaccination de type grippale, à partir de la fin mars, tout le monde pourra aller se faire vacciner ?

R - Oui, alors c'est cela qui avait été annoncé dès le début du mois de décembre par le Premier ministre et par Olivier Véran, il y a une phase qui concerne en gros les personnes les plus fragiles, au début, puisque c'est normal et c'est aussi la phase de montée en puissance du vaccin, et puis, il y a une phase ,effectivement, plus grand public, qui va commencer au début du printemps. Ça, cela n'a pas changé. Ce que le Président a souhaité, c'est qu'il y ait un certain nombre d'accélérations dès maintenant pour vacciner plus de publics vulnérables, c'est-à-dire les personnes qui sont dans les EHPAD, comme on a commencé à le faire dès la fin du mois de décembre, mais aussi des personnes qui sont fragiles ou en contact avec des personnes fragiles plus exactement, des aides à domicile, les pompiers, pour accélérer les choses dès maintenant parce qu'on a des doses disponibles, et donc on peut le faire.

Q - On a les 500.000 doses disponibles, aujourd'hui, on a 500.000 doses ?

R - On a même, depuis hier soir, un million de doses disponibles, le premier vaccin qui a été homologué, Pfizer-BioNTech, c'est un rythme, Olivier Véran le disait hier, de 500.000 doses fournies à la France par semaine. Et puis, j'espère, aujourd'hui, l'autorité européenne, l'Autorité européenne des médicaments, va valider certainement un deuxième vaccin qui est le vaccin, dit Moderna, et qui va lui aussi permettre d'accélérer les livraisons.

Q - Est-ce qu'il y aura des pénuries, est-ce qu'il y aura des vaccins pour tout le monde ?

R - Oui, alors, il y aura des vaccins pour tout le monde, il faut être clair, la stratégie vaccinale ne peut pas reposer sur un seul vaccin, d'où l'importance d'avoir fait ce travail européen qui nous garantit l'accès à six vaccins au moins, six contrats ont déjà été signés, cela fait plus de deux milliards de doses, c'est considérable ; cela permet de couvrir toute la population européenne progressivement ; donc, il n'y aura pas de pénurie, mais tout n'arrivera pas en un seul jour. Voilà. Et donc, par ailleurs, comme ce vaccin Pfizer-BioNTech, qui est le premier disponible, a un certain succès en Europe, on le voit, il y a même une attente, une impatience, la Commission européenne est en négociation pour en avoir plus encore, au-delà des 300 millions de doses de ce vaccin que nous avons déjà réservées et commandées.

Q - La France a été accusée d'avoir pris du retard, parce qu'elle aurait voulu privilégier le vaccin français, le Sanofi qu'on attend, lui, plutôt pour la fin de l'année.

R - Non, là, je veux être très clair, tout ça est totalement faux. Il n'y a pas eu une volonté quelconque de la France, ou d'un autre pays d'ailleurs, de privilégier un laboratoire sur un autre, et donc de retarder le vaccin pour attendre celui, en l'occurrence de Sanofi, ou d'un autre laboratoire ; mais je le répète, il est absurde d'opposer les vaccins entre eux, ou d'opposer les laboratoires entre eux, cela n'a aucun sens, parce que il n'y a aucun pays en Europe et ailleurs qui fera la couverture vaccinale de sa population avec un seul vaccin, ce n'est pas possible industriellement etc. Et donc, il est très important d'avoir ce que l'on appelle, le terme n'est pas très joli, un portefeuille de vaccins, les six que j'évoquais au niveau européen, qu'on a négociés ensemble, certains laboratoires sont allemands, c'est le cas de BioNTech, certains laboratoires sont français, c'est le cas de Sanofi qui arrivera, soit, un peu plus retard, AstraZeneca, qui est britannique et suédois, etc ; on a besoin de tout cela. Et donc, cela viendra par étapes, et c'est cela qui permettra progressivement de vacciner la population.

Q - Vous observez ce qui se fait, évidemment, partout en Europe, pour accélérer le rythme de la vaccination, l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, a validé ces dernières heures, cette nuit, un rallongement du délai entre les deux piqûres, à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles, voilà en gros pour résumer la position de l'OMS. Cela se fait déjà au Danemark, en Grande-Bretagne, c'est une piste en France, aujourd'hui, c'est trois semaines ?

R - Ecoutez, cela dépend des autorités scientifiques....

Q - Evidemment...

R - Ce n'est pas à moi de donner mon sentiment, mon avis sur un sujet aussi sérieux, l'espacement entre les doses, je crois que le Royaume-Uni l'a fait un peu sous la pression de l'urgence pour être honnête, parce que les doses n'étaient pas disponibles, ils ont accéléré leur vaccination, mais tous ceux qui nous disent : accélérez, accélérez, etc., ils ont raison dans une certaine mesure, mais attention, parce que les Britanniques, ils accélèrent, mais ils n'ont pas la deuxième dose, et donc ils font maximum de premières doses, et puis, ils attendent plus longtemps, le temps d'avoir la production des deuxièmes doses. Donc, il ne faut pas que cet espacement soit lié à des considérations, j'allais dire, de disponibilités, voire de pénurie, comme on le voit dans certains pays. Si cela s'espace davantage, cela doit être fondé sur un avis scientifique, et uniquement sur un avis scientifique. Donc, ce n'est pas moi qui vais vous dire : on passe, allez, de 3 à 4 semaines ou à 5 semaines, ça ne doit pas se passer comme ça.

Q - Evidemment. Vous vantez la réponse européenne, il y a un problème mondial qui risque de se poser, le manque de sable, alors même que je l'ai découvert récemment, le manque de sable pour produire des flacons. On aura à terme les doses, mais il va se produire cette pénurie de sable, l'Europe travaille sur ce point ?

R - Ecoutez, je n'ai pas en tête ce sujet de pénurie, donc je ne veux pas vous dire n'importe quoi, ce serait irresponsable. Mais il y a des sujets qui se sont produits, enfin qui se sont manifestés à chaque étape, des aiguilles parfois, des flacons etc. donc le processus industriel, mais c'est ça qu'on fait en négociant avec les commandes, les commandes avec les producteurs, c'est tout un ensemble de produits qui font le vaccin à la fin et il faut vérifier que toute la chaîne logistique et de production est bonne. Donc, je ne sais pas pour le sable, mais il y a toute une série de choses à vérifier, de l'aiguille au flacon, et on le fait avec les Européens.

Q - Le variant anglais, le variant anglais il est surveillé comme le lait sur le feu en France. Dans Le Figaro ce matin un membre du Conseil scientifique Yazdan Yazdanpanah dit que la France est deux mois derrière l'Angleterre, comment éviter le scénario à l'anglaise en France et autre question, est-ce que vous seriez favorable à l'idée d'une fermeture des frontières entre la Grande-Bretagne et la France ?

R - C'est un des points qui va être examiné en conseil de défense, précisément. On l'a fait au mois de décembre, par précaution et dans l'urgence, quand on a eu l'information sur ce variant, on n'a pas hésité, même si c'est compliqué dans la pratique à fermer nos frontières, complètement pour 48 heures, et puis ensuite on les a fermées avec contrôle, si je puis...

Q - Dans mon esprit, c'est au-delà.

R - Et au-delà, ça va jusqu'au 6 janvier, aujourd'hui même, cette mesure, et donc nous allons prendre sans doute des mesures, on va les adapter, de prolongation des contrôles probablement pas, à ce stade, de fermeture complète, mais c'est un des points qu'on doit examiner, mais de contrôle strict entre le Royaume-Uni et la France et le continent en général, on coordonne cela aussi avec l'Allemagne qui avait fixé cette date limite du 6 janvier. Donc, oui, il faudra sans doute durablement, en tout cas pendant un certain nombre de semaines, des mesures de contrôles stricts, de restrictions aux frontières entre l'Europe et le Royaume-Uni.

Q - Conseil de défense ce matin, pourquoi est-ce qu'on n'a pas prévenu plus tôt les restaurateurs qu'ils ne pourront pas rouvrir le 20 janvier prochain ?

R - Ecoutez, il y a eu une réunion entre le ministre de l'Economie et les professionnels hier. Il a été, je crois, dans un langage de vérité et de responsabilité, en disant que ce serait très compliqué de rouvrir maintenant. La date du 20 janvier était une date de rendez-vous et d'espoir mais sans doute on n'y est pas, vue la situation sanitaire. Vous savez, il faut gérer les choses parce qu'on nous dit en même temps, pourquoi vous ne reconfinez pas, si je puis dire, comme d'autres pays européens : l'Allemagne a annoncé un reconfinement qui se prolonge jusqu'au 31 janvier ; l'Irlande, la Pologne, en Europe, reconfinent complètement aussi. Nous, nous avons réussi, pour l'instant, à maîtriser la situation parce qu'on a pris des mesures plus tôt. Aller vers un mouvement de réouverture aujourd'hui je crois que ce n'est pas possible, en général.

Q - Clément Beaune, il y aura c'est un sujet sur les stations de ski, aussi, très rapidement : est-ce que, là aussi, l'Europe sera unie, harmonisation de la réponse ?

R - Alors, c'est ce qu'on essaye de faire dans ces prochains jours parce que tous les pays européens, on avait réussi à éviter un scénario, j'allais dire, encore plus difficile pour nos professionnels, qui aurait été de fermer, nous, et que les autres rouvrent, on avait réussi avec la plupart des pays, sauf la Suisse, une partie de la Suisse, aujourd'hui il y a des pays comme l'Italie, par exemple, qui envisagent une réouverture à la fin du mois de janvier, on va se coordonner pour qu'en tout cas on prenne le plus possible les mêmes mesures. C'est difficile parce que la place du ski dans l'économie, dans nos sociétés n'est pas la même, en Suisse c'est quasiment un sport généralisé, en Italie, en France, c'est un peu différent, voilà. Mais on va continuer cette coordination européenne. J'espère, là aussi, que l'on pourra donner de la visibilité dans les jours qui viennent aux professionnels parce qu'évidemment ils se posent la question des vacances de février et c'est normal, donc on va essayer d'être responsable sur le plan sanitaire, je crois qu'on a bien fait de ne pas ouvrir, vous avez vu la situation générale en Europe, les stations aux vacances de Noël, et il faut voir ce que l'on est capable de faire pour les vacances de février, aujourd'hui c'est trop tôt pour le dire, mais on donnera de la visibilité dans les prochains jours.

Q - Une dernière question Clément Beaune, avec le Brexit les Anglais ont été plus rapides pour vacciner, ils utilisent le vaccin AstraZeneca moins cher et qui se transporte plus facilement. Est-ce qu'ils ne sont un petit peu plus agiles depuis qu'ils ne sont plus liés à Bruxelles ?

R - Cela me permet de le dire en anglais : fake news. Il n'y a pas de lien avec le Brexit. Qu'il y ait des choix ensuite on peut débattre, il y a des choix parfois même différents en Europe, mais le Royaume-Uni quand il a autorisé le premier vaccin, Pfizer- BioNTech un peu avant nous, il l'a fait en se désolidarisant d'un cadre juridique européen qui s'appliquait encore au Royaume-Uni, on aurait pu faire la même chose pour la raison que je vous indiquais puisqu'il faut qu'on reste dans laquelle européen avec ces six vaccins. Les choses s'étalent aussi dans la durée, je crois que l'on a bien fait d'être plus prudent et de laisser l'Autorité européenne nous dire les choses. Maintenant, ils accélèrent cette vaccination avec AstraZeneca, qui est par ailleurs un laboratoire britannique, mais avec des choix, je ne suis pas scientifique, mais qui sont en tout cas questionnables parce que le fait d'espacer énormément entre les deux vaccinations, entre les deux doses, pose un certain nombre de questions scientifiques. Moi, je pense qu'il faut qu'on reste, qu'on accélère les choses sur le plan logistique de l'organisation mais qu'on reste dans un cadre scientifique, non pas d'excessive prudence, mais de sécurité absolue. Aujourd'hui vous voyez que cela ne traîne pas, l'Europe va autoriser un deuxième vaccin...

Q - Le Moderna.

R - ... va augmenter la production et on avance.

Q - Merci beaucoup. Merci beaucoup Clément Beaune d'être venu ce matin sur le plateau de la matinale.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 janvier 2021