Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Inter le 11 Janvier 2021, sur la vie politique.

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Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME nous recevons ce matin dans « Le grand entretien » le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, avec lequel vous pourrez dialoguer d'ici une bonne dizaine de minutes au 01 45 24 7000, sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Nicolas DEMORAND.

NICOLAS DEMORAND
On a évidemment beaucoup de questions d'actualité à vous poser et on va le faire dans quelques instants, après avoir donné la parole à un autre Bruno LE MAIRE, le Bruno LE MAIRE écrivain. Vous publiez en effet chez Gallimard votre troisième livre depuis que vous êtes à Bercy, ce livre s'intitule "L'ange et la bête", sous-titre, "Mémoires provisoires." Avec Léa, titre et sous-titre, nous ont beaucoup intrigués, pourquoi écrire des mémoires alors que vous êtes plutôt jeune, toujours en poste, à priori pas à la veille de prendre votre retraite, ni de démissionner dans les minutes qui viennent…

BRUNO LE MAIRE
Je vous le confirme.

NICOLAS DEMORAND
Au micro de France Inter, voilà, donc mystère redoublé, et pourquoi ensuite des mémoires provisoires, provisoires parce que la version définitive et non censurée arrivera plus tard, qu'est-ce que c'est que cette énigme ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, le titre, « L'ange et la bête », fait référence à PASCAL, je pense que ça n'a échappé à personne, c'est-à-dire un écrivain pour lequel j'ai une admiration profonde, et qui montre bien que nous sommes tous partagés entre de l'optimisme et une vision plus sombre des choses, entre la volonté de soutenir, de s'engager publiquement, et puis parfois la volonté de penser davantage à soi, et c'est ce déchirement qui fait le coeur de la vie politique, de tous les responsables politiques, avec lesquels je travaille, que j'ai voulu montrer aussi dans ce livre. Et « Mémoires provisoires », parce que j'ai fait un choix qui est de publier ce livre pendant la crise, pas après la crise, quand le sable et la poussière seront retombés, que chacun voudra construire son propre récit, j'ai voulu être au plus près de la vérité, c'est des mémoires qui sont nécessairement provisoires parce que la crise se poursuit, mais du coup je pense qu'elles sont plus justes, plus vraies et plus fortes.

LEA SALAME
Oui, mais justement on vous pose la question à chaque fois que vous venez, que vous sortez un livre, Bruno LE MAIRE, où trouvez-vous le temps d'écrire un livre, alors que votre travail de ministre est si prenant, et cette question-là on vous la pose de manière encore plus aiguë sur ce livre-là, vous dites vous-même que la crise du Covid a entraîné la crise économique la plus grave depuis un siècle, vous faites la comparaison avec 1929. Le ministre qui a la charge de lutter contre la crise économique la plus dure depuis 1929 a donc le temps de prendre la plume pour écrire ses mémoires, vous comprenez que ça interroge ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire tant mieux, enfin on devrait se réjouir que des responsables politiques veuillent garder du temps pour réfléchir. Quand on est confronté à une crise aussi structurelle que celle-là, il vaut mieux réfléchir pour savoir exactement ce qui peut en sortir, les bouleversements géopolitiques qui peuvent en sortir, quels sont les bons choix stratégiques, il faut prendre le temps de réfléchir. Je vais aller encore plus loin Léa SALAME, il faut savoir en politique prendre le temps de s'arrêter, ne pas être…

LEA SALAME
Même quand il y a une crise comme… ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr, même quand il y a une crise, vous travaillez toute la journée, mais garder du temps pour s'arrêter, garder du temps pour réfléchir, garder du temps pour vérifier qu'on prend les bonnes décisions, c'est essentiel, et ma façon de réfléchir c'est l'écriture.

LEA SALAME
Alors, votre livre s'ouvre sur la vision apocalyptique de l'incendie de Notre-Dame, cet incendie tombe le jour même de votre 50e anniversaire, vous êtes là, le visage appuyé sur une fenêtre du ministère, et vous dites " je voulais comprendre et je ne comprenais rien, des souvenirs affluaient dans ma tête, des messes interminables, des processions en aube blanche, je regardais encore et je pleurais." Qu'est-ce que l'incendie de Notre-Dame, qu'est-ce que cet accident impensable, révèle Bruno LE MAIRE, à votre avis, qu'est-ce qui vous apparaît en la contemplant ainsi en larmes ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que si j'ai ouvert ce livre par cette scène-là, c'est que l'incendie de Notre-Dame, pour moi, le 15 avril, c'est un monde qui meurt, et puis un autre monde qui naît. Le monde qui meurt c'est celui effectivement de mon enfance, de la spiritualité, des messes, la participation à cette liturgie à Notre-Dame, mais ce que montre aussi la fascination qu'il y a eu pour cet incendie de Notre-Dame, c'est a besoin de spiritualité en politique, et si je commence mon livre par-là, si je cite PASCAL, c'est que je crois que dans cette crise il faut des réponses économiques, il faut des réponses financières, c'est ma responsabilité, et croyez-moi j'y travaille tous les jours, en pensant à tous ceux qui souffrent de la crise économique…

LEA SALAME
On va y venir.

BRUNO LE MAIRE
Mais j'ai conscience aussi que nos compatriotes ont besoin de davantage, ils ont besoin de spiritualité en politique, la spiritualité ça peut être l'attention qu'on porte à l'environnement, la spiritualité ça peut être l'attention qu'on porte aux autres, quand des soignants s'occupent de personnes qui sont en fin de vie, c'est de la spiritualité, et c'est à ça, à mon sens, qu'aspirent le plus aujourd'hui nos compatriotes. La politique ne peut pas être que de la gestion, elle doit aussi prendre à coeur ce besoin de spiritualité.

NICOLAS DEMORAND
Vous faites, Bruno LE MAIRE, un portrait étonnamment désabusé de l'homme politique, et je vais lire un extrait de votre livre. « Pour un responsable politique il n'y a pas de plus grande chance, ni de plus grand honneur, que d'affronter la réalité, car la plupart du temps la réalité lui échappe, alors il est condamné à passer son temps en réunions interminables, en discussions creuses, en déjeuners et dîners qui saturent son agenda, en représentations, toujours à l'affût de ce qui pourra être dit sur lui, son attention engloutie par le flot continu des informations en ligne, par les rumeurs, par les images, prenant le monde pour son miroir, pérorant, vitupérant, ballotté par des colères successives et des indignations de circonstances, jamais serein, jamais en paix, s'accablant lui-même de nouvelles obligations pour ne surtout pas voir que sa vie est vaine et son influence nulle », vaine et nulle…

LEA SALAME
Sa vie est vaine, son influence nulle, c'est ça un ministre aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est certainement pas ça un ministre aujourd'hui…

LEA SALAME
C'est ce que vous écrivez !

BRUNO LE MAIRE
Ça peut être ça la vie politique, bien entendu, si vous n'y prenez pas garde, vous pouvez enfiler les perles tous les matins au micro de France Inter, vous pouvez prendre des décisions qui n'ont aucune espèce d'influence, vous pouvez multiplier les dîners-débats, les meetings, les rencontres, les serrages de mains, même si on ne le fait plus aujourd'hui à cause du Covid, et puis vous avez passé 2 ans, 5 ans, 10 ans, 15 ans, avalé par la vie politique, sans avoir rien apporté à votre pays, ça, ça peut être la réalité de beaucoup de responsables politiques. Alors, quand on a la chance, justement, d'avoir une crise de cette importance, quand on a la chance d'avoir la possibilité de transformer son pays en profondeur, je pense qu'il faut savoir la saisir, en faire un point d'appui pour donner du sens à son engagement politique, on doit faire sans cesse attention à ce que l'engagement politique ne se perde pas dans le vide, dans le creux, et qu'il serve sans cesse les Français.

LEA SALAME
D'ailleurs vous dites "je connais plus de fous parmi les responsables politiques que dans tout autre métier, pour beaucoup la politique est une thérapie, ils y soignent leurs névroses et leurs angoisses", ne pensez-vous pas au contraire que la politique aggrave les névroses et les angoisses…

BRUNO LE MAIRE
Non, je pense que…

LEA SALAME
Et vous, vous c'est qu'elle angoisse, c'est quelle névrose que vous soignez ?

BRUNO LE MAIRE
C'est pour cela, je reviens au titre "L'ange et la bête", l'engagement politique peut être l'engagement le plus noble qui soit, c'est-à-dire l'engagement au service des autres, c'est comme ça que je le conçois, l'engagement au service des Français, mais il peut aussi effectivement tourner au narcissisme, tourner au vide, et dans ce cas-là il n'a plus aucun sens.

NICOLAS DEMORAND
Vous soignez alors, vous soignez quoi comme névrose, avec la politique ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, écoutez, on verra un autre jour…

NICOLAS DEMORAND
On peut tamiser les lumières…

BRUNO LE MAIRE
Réorganiser la fameuse émission, avec Monsieur CHAPIER, « Le divan » et je m'exprimerai sur ce sujet, je pense que ce n'est pas… ce qui est essentiel, pour moi, c'est de comprendre que l'engagement politique doit retrouver son sens, qu'il peut en avoir, mais qu'il peut aussi se perdre dans le vide.

NICOLAS DEMORAND
Alors, précisément sur ce point, vous faites un portrait au vitriol de Nicolas HULOT, à qui vous reprochez d'être parti du gouvernement, "le vrai courage", je vous cite, « n'est pas de partir, mais de rester, de faire, plutôt que de déclamer, il est toujours plus difficile de renoncer à la pureté de ses intentions." Nicolas HULOT, lui, a fait le constat inverse, qui est peut-être tout aussi légitime, c'est la question que je vous pose, c'est le constat de dire "j'aurai plus de poids dehors que dedans."

BRUNO LE MAIRE
Moi je ne le crois pas, je pense, pardon d'utiliser à nouveau une phrase de PASCAL, "qui veut faire l'ange, fait la bête." C'est très bien de se mettre en retrait, de contempler les choses de loin, de donner des leçons, ce n'est pas un portrait au vitriol, c'est une conviction que j'exprime, c'est plus dur de se retrousser les manches et d'essayer de faire bouger les choses, c'est plus dur de se colleter avec la réalité, avec les contraintes, avec les oppositions, avec les obstacles, qui sont le quotidien de la vie politique, ce que je veux montrer aussi dans ce livre sans cesse c'est que, toute décision politique est difficile, obtenir des résultats est difficile, débloquer de l'argent pour soutenir les commerçants, les artisans, pour soutenir un certain nombre d'entreprises, pour aider les salariés, c'est difficile, rien n'est simple, mais la noblesse de l'engagement politique il est dans la capacité à se confronter à cette réalité-là.

LEA SALAME
Il y a aussi une galerie de portraits d'hommes et de femmes politiques, comme convenu vous ne prenez pas beaucoup de risques avec Emmanuel MACRON, c'est très très élogieux, vous êtes très dur contre Jean-Luc MELENCHON, gentiment dur contre Arnaud MONTEBOURG, très admiratif d'Angela MERKEL, et ce livre, aussi, est une dénonciation de ce qu'est devenue la Ve République, c'est le coeur de la réflexion aussi, vous dites « elle est devenue une monarchie technocratique où le moindre conseiller ministériel a plus de pouvoir que les élus du peuple, où une réunion interministérielle à Matignon a plus de poids que les délibérations de l'Assemblée nationale », vous appelez à changer les institutions en 2022. Comment vous voulez changer les choses, Bruno LE MAIRE, alors que vous sortez presque tous, en tout cas ceux qui sont vraiment à la manoeuvre, du même moule ? Vous avez tous fait l'ENA, vous, Jean CASTEX, Emmanuel MACRON, d'autres également, tous les conseillers ministériels importants ont fait l'ENA, comment vous voulez changer tout ça, alors que vous êtes tous les mêmes ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord on n'est pas forcément tous les mêmes, on a fait, certains, des choix qui sont des choix difficiles, Emmanuel MACRON et moi-même, par exemple, avons renoncé à la haute fonction publique, comme nous sommes engagés en politique, nous avons démissionné de la fonction publique. La Ve République est devenue une monarchie technocratique, avec tout ce qu'elle a de complexe, tout ce qu'elle a d'insuffisamment ouvert à d'autres profils, à d'autres talents, à d'autres parcours personnels, donc il faut effectivement tirer les leçons de la crise actuelle, et c'est en cela que je dis que la crise actuelle est une opportunité à la fois pour transformer notre économie, mais aussi pour transformer notre modèle de gouvernance, il y a trop de monde qui dirige, il y a une lenteur législative qui est insupportable quand on est en période de crise, il y a une place des conseillers qui n'ont pas d'autre légitimité que celle de servir des personnes qui sont élues, qui est excessive…

LEA SALAME
Et qui se battent pour avoir les bureaux, vous racontez des scènes où les conseillers se battent pour avoir les bureaux avec le plus de dorures…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais c'est ce que j'appelle la monarchie technocratique, et ce que je veux expliquer dans le livre…

LEA SALAME
Et vous dites « attention aux ministères, les ministères sont trop beaux, ça nuit au travail »

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr.

LEA SALAME
Vous dites "je suis très bien à Bercy parce que c'est moderne"

BRUNO LE MAIRE
Mais quand vous êtes écrasé par un plafond de dorures et que vos bureaux sont compliqués, que pour retrouver un conseiller il faut arpenter quatre couloirs, tourner cinq portes, toutes décorées avec des stucs, je ne pense pas que ça favorise un travail efficace. Et je veux faire comprendre, dans ce livre, en prenant beaucoup de références historiques, que tout ça est ancré profondément dans l'esprit français, la Cour, c'est l'esprit français, c'est ce dont nous sommes les descendants et c'est ce dont nous devons nous débarrasser.

LEA SALAME
Et comment on casse ça ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord en ayant conscience Léa SALAME, avoir la conscience de son Histoire c'est avoir la capacité à la dépasser.

LEA SALAME
C'est vrai, mais tout le monde le dit ça…

BRUNO LE MAIRE
C'est tout le sens aussi de ce livre.

LEA SALAME
Tout le monde en a conscience.

BRUNO LE MAIRE
A partir du moment déjà où on a conscience de la profondeur de cette notion de Cour dans l'Etat français, il faut faire un diagnostic très simple, de la situation, un gouvernement qui est excessivement important, une dyarchie exécutive qui a été mise à mal par le quinquennat, tout le monde aujourd'hui a la même durée, le président de la République, la majorité, donc tout ça ne favorise pas des rapports de force qui soient sains et efficaces, une procédure législative qui est trop lente. Un Conseil, constitutionnel qui est composé de responsables politiques, j'ai beaucoup de respect pour les membres du Conseil constitutionnel, ceux qui sont en fonction maintenant, ceux qui l'ont été par le passé, mais ils prennent des positions politiques, est-ce que on accepterait que la Cour constitutionnelle américaine, ou la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, soient composées d'anciens politiques, de très haut rang, qui continuent à prendre des positions politiques dans le débat ? Donc je pense que tout ça doit être transformé en profondeur pour avoir un système plus simple, plus efficace, et plus proche des citoyens.

LEA SALAME
Il faut changer, il faut sortir de la Ve République.

BRUNO LE MAIRE
Il faut avoir des institutions profondément transformées, avec un seul souci, l'efficacité au service des Français.

NICOLAS DEMORAND
Vous racontez, on va en parler d'un mot s'il vous plaît, votre échec à faire aboutir la réforme des retraites, Bruno LE MAIRE vous étiez favorable, favorable aux mesures d'âge, aux mesures comptables, qui ont fait tellement polémique, à chaque fois que vous avez défendu votre position, soit Emmanuel MACRON, soit d'autres, vous ont renvoyé dans vos cordes. Là-dessus, vous avez échoué ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a toujours, dans un passage gouvernemental, des choses que l'on n'arrive pas à faire aboutir, ça en fait partie, ensuite vous en tirez les conséquences. Soit vous estimez que c'est un point parmi d'autres, ce que je crois, je pense que nous avons fait, avec Emmanuel MACRON, une transformation économique, en profondeur, du pays, je conteste totalement les analyses qui sont faites par le président du Sénat Gérard LARCHER, par Bruno RETAILLEAU ou par d'autres, je pense que nous avons fait, pour l'économie française, davantage en 3 ans que ce qui avait été fait depuis 20 ans, que nous avions obtenu début 2020 des résultats tout à fait spectaculaires. Sur les retraites, je n'ai pas changé d'avis, je considère que globalement le pays, la France, ne travaille pas suffisamment, parce qu'il y a trop de chômage, parce qu'on fait partir trop tôt les gens à la retraite, parce que les jeunes entrent trop difficilement sur le marché du travail, qu'au bout du compte ça peut conduire à un appauvrissement de la France, et donc à un niveau de vie moins bon de nos enfants ou de nos petits-enfants, ce n'est pas ce que je souhaite pour mon pays, donc c'est pour cela que j'appelle effectivement à une réforme des retraites.

LEA SALAME
Vous n'avez pas cassé les 35 heures, vous n'avez pas fait la réforme des retraites, donc Bruno RETAILLEAU et Gérard LARCHER peuvent vous dire que sur ces deux points qui sont majeurs, dans ce que vous croyez… vous ne l'avez pas fait.

BRUNO LE MAIRE
Je répondrai à Bruno RETAILLEAU et à Gérard LARCHER que la transformation de la fiscalité française est la plus importante depuis 20 ans, que nous avons baissé les impôts de 44 milliards d'euros en 3 ans, c'est plus important que ce qui a été fait depuis 20 ans, que nous avons soutenu les PME avec la loi Pacte, que nous avons réussi, avec le président de la République, à mettre en place de la dette commune dans la zone euro, ça n'avait jamais été fait, donc ce sont des résultats importants pour notre économie, importants pour la zone euro, qui sont à mettre au crédit du président de la République.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2021