Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Inter le 19 janvier 2021, sur le nouveau variant anglais de covid-19, la campagne de vaccination en France, le nombre de doses, les masques et un éventuel confinement.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Olivier VERAN, bonjour.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Beaucoup de questions à vous poser ce matin. On vous demandera de réagir dans quelques instants aux critiques de maires et d'élus locaux mécontents de la manière dont se passe la campagne de vaccination mais quelques mots d'abord sur ce que déclarait hier à ce micro le professeur Jean-Daniel LELIEVRE, chef de service des maladies infectieuses à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, je le cite « on ne pourra pas éviter un nouveau confinement. La seule question, c'est quand, avant ou après les vacances de février ? « Alors question simple, Olivier VERAN, ce médecin a-t-il raison et faut-il se préparer à un troisième confinement ?

OLIVIER VERAN
Nous avons fait un choix qui est déjà difficile la semaine dernière, c'est de mettre en place un couvre-feu à 18h sur tout le pays et de ne pas rouvrir des établissements culturels, sportifs comme vous le savez, de ne pas lever les contraintes. Pourquoi ? Si je devais qualifier le niveau de circulation du virus aujourd'hui dans le pays, je dirais qu'il est à la fois élevé et relativement stable mais l'élevé l'emporte sur le stable, c'est-à-dire que nous avons à peu près 20 000 contaminations par jour ; je rappelle que l'objectif de 5 000 contaminations par jour est loin de nous, qui permettrait de lever un certain nombre de contraintes qui pèsent sur le pays et les Français. Stable parce que l'incidence, c'est-à-dire le nombre de nouveaux diagnostics moyen par jour, n'a pas évolué sur une semaine, ce qui pourrait être une bonne nouvelle si le niveau de circulation du virus n'était pas aussi élevé avec un impact sanitaire qui reste réel, plus de 1 000 hospitalisations, encore plus de 150 réanimations. Et ce que nous observons, en revanche, Nicolas DEMORAND, c'est un effet couvre-feu qui tend à se faire sentir. Je mets encore des réserves évidemment mais d'après les chiffres dont je disposais hier soir, on voyait que dans les départements, les 15 départements qui avaient été mis sous couvre-feu à 18h dès le 2 janvier, l'incidence, le nombre de nouveaux diagnostics était plutôt en baisse, pas suffisant, pas suffisant.

LEA SALAME
De combien ? En baisse de combien ?

OLIVIER VERAN
Pas suffisant, ça ne fera pas reculer en tout cas l'épidémie sur un temps assez court mais ça permet, en tout cas, de stabiliser les choses dans les départements qui étaient sous forte activité épidémique. Moins 16% à peu près sur une semaine. Ce sont des chiffres qu'il nous faut consolider ; ce sont les vrais chiffres évidemment mais l'analyse qui doit en être faite est forcément prudente à ce stade. Donc je le redis : le virus circule beaucoup dans notre pays, beaucoup pour lever des contraintes, moins que chez la plupart de nos voisins et nous ne sommes pas dans une partie exponentielle de la courbe. Or, nous avons confiné à deux reprises dans notre pays, deux reprises. Pourquoi est-ce que nous l'avons fait ? Parce que les hôpitaux allaient déborder, que toutes les simulations nous le montraient et que nous avions des chiffres de contamination qui pouvaient avoisiner les 50 000 nouveaux cas par jour. Donc est-ce que le confinement est, je dirais, une mesure que nous allons prendre dans tous les cas ? Je ne peux pas vous répondre par l'affirmative mais, en tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que la circulation du virus reste préoccupante sur le pays.

LEA SALAME
Et surtout, il y a les variants qui arrivent dont on parle tous les jours, le variant anglais. D'abord, question simple : combien il y a de cas aujourd'hui du variant anglais ?

OLIVIER VERAN
1,4% des diagnostics positifs faits par PCR dans notre pays se révèlent être des cas de variant puisque vous avez à peu près 20 000 cas par jour, vous êtes donc entre 200 et 300 nouveaux cas de variant anglais par jour.

LEA SALAME
Donc on est à moins de 2 000 de manière générale ? Il y a moins de 2 000 personnes aujourd'hui qui sont infectées par le variant anglais en France ?

OLIVIER VERAN
Il y a probablement environ 2 000 cas. Nous traçons, nous faisons du suivi encore plus, je dirais, plus poussé avec les équipes ; je serai tout à l'heure à l'ARS Ile-de-France pour rencontrer les scientifiques et les équipes de contact tracing qui vont me dire ce qu'ils me montraient, ce qu'ils mettent en place et comment est-ce qu'on peut les accompagner. Mais je voulais vous donner un exemple de ce que peut faire ce virus. Hier, j'ai appris que dans un EHPAD, un établissement pour personnes âgées de la région parisienne, les 36 personnes qui étaient positives au coronavirus, ces 36 personnes sont positives au nouveau variant. Ce virus, il ne donne pas les symptômes différents, on l'a déjà dit, je le répète ; en revanche, il est plus contagieux. Donc par exemple dans cet EHPAD, peut être qu'avec, je dirais, la version que nous connaissons du virus habituelle, française, il n'y aurait eu que 15 ou 20 malades. Là, 36, ça montre que ce virus est très agressif et qu'il est très contagieux mais c'est pour ça que nous mettons tout en oeuvre pour empêcher cette circulation.

LEA SALAME
Olivier VERAN, une étude de l'INSERM hier disait que le variant anglais pourrait être dominant en France fin février, fin mars. Or, ce matin, vous nous donnez des chiffres qui sont très, très raisonnables. Donc est-ce qu'on doit quand même se préparer qu'à un moment que ça parte en exponentiel ?

OLIVIER VERAN
En tout cas, nous nous y préparons et nous faisons en sorte que ça n'arrive pas ou que ce soit le plus tard possible, que nous ayons le temps de vacciner la population. Lorsqu'un virus est plus agressif et plus contagieux, il peut prendre effectivement, je dirais, le leadership par rapport aux autres variants et devenir assez rapidement dominant. En Angleterre, les scientifiques considèrent que le variant anglais est devenu le principal virus en l'espace de 2 à 4 mois, c'est plus de 60% des cas à Londres. Nous ne voulons pas de cela en France ; nous avons renforcé les contrôles aux frontières ; nous avons renforcé le contact tracing nous augmentons le nombre de tests, y compris d'ailleurs, vous le savez, dans les écoles auprès des corps enseignants parce que c'est un virus qui peut être contagieux sans donner de formes graves chez les plus jeunes d'entre nous. Donc nous mettons tout en oeuvre pour freiner sa diffusion mais effectivement, ça peut être un facteur précipitant dans un pays comme la France qui pourrait être, je dirais, la goutte d'eau qui entraînerait la vague et nous voulons l'éviter à tout prix.

LEA SALAME
Et le reconfinement.

NICOLAS DEMORAND
Et le reconfinement. Deux questions rapides avant le chapitre vaccins. A cause de ce variant anglais, le Haut Conseil de la Santé préconise de moins utiliser certains masques en tissu de fabrication artisanale. Des masques en tissu, on en voit beaucoup dans les rues. Olivier VERAN, que dites-vous aux Français sur ce sujet ? « Oubliez le tissu, passez aux masques chirurgicaux » ? Quelles consigne ou conseils pourriez-vous donner ?

OLIVIER VERAN
Restent valides tous les masques dont le pouvoir filtrant est supérieur à 90%. Comme ce n'est pas marqué sur le masque, je vais donner l'indication aux Français : la plupart, la quasi-totalité des masques industriels grand public ont des capacités filtrantes supérieures à 90%, c'est ce qu'on appelle les masques grand public de niveau 1. En revanche, le masque artisanal qu'on fabrique chez soi avec la meilleure intention du monde en respectant les normes Afnor pour le Haut Conseil de Santé publique n'offre pas nécessairement toutes les garanties nécessaires.

NICOLAS DEMORAND
Deuxième question, l'Autriche et la Bavière exigent désormais des masques FFP2 dans les magasins et les transports. Là encore, question pratique : que préconisez-vous pour la France, FFP 2 ou pas ?

OLIVIER VERAN
Ce que nous disent à nouveau les scientifiques et le Haut Conseil de Santé publique, c'est que si deux personnes portent un masque filtrant à 90%, l'efficacité et la même que si une personne portait un masque FFP2 et l'autre un masque classique. Donc à ce stade, nous ne changeons pas les recommandations mais si les scientifiques devaient les faire évoluer, évidemment, nous suivrions.

LEA SALAME
Olivier VERAN, on passe à la vaccination. Je ne peux pas vous dire le nombre de messages que nous avons d'auditeurs qui disent, globalement, je vais vous en lire, j'en ai sélectionné une mais globalement « j'ai 75 ans, je n'arrive pas à prendre rendez-vous », pour faire clair. Françoise : j'ai 78 ans, j'essaie de prendre rendez-vous depuis 4 jours dans tous les centres de vaccination de tous les arrondissements de Paris et de sa banlieue, c'est impossible. On me répond : tous les rendez-vous de vaccination ont été réservés, de nouvelles dates seront accessibles dans les prochains jours. Ça, c'est sûr Doctolib ; quand j'appelle le 39 75, on me fait patienter pendant des heures et personne ne me prend.

OLIVIER VERAN
Alors, quel est l'état de la situation ? J'ai rappelé jeudi en conférence de presse que ce sont plus de 6 millions de personnes qui sont amenées à se faire vacciner et nous n'avons pas encore 6 millions de vaccins mais nous avons fait le choix de vacciner à flux tendu ; à mesure que les doses arrivent, nous les envoyons dans les territoires, dans les centres de vaccination. Des rendez-vous sont pris et les personnes sont vaccinées et ça prendra du temps et plusieurs semaines et donc de ce point de vue-là, il faut être patient. Maintenant, plusieurs choses : 1) ce sont aujourd'hui, ce seront 2 millions de rendez-vous de vaccination qui ont été donnés en quelques jours aux Français, 2 millions sur un public de 6 millions, ce n'est pas suffisant mais 2 millions …

LEA SALAME
Là, il y a déjà 2 millions de rendez-vous qui sont donnés ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui, nous passons la barre des 2 millions. Hier, il y a eu encore plus de 300 000 rendez-vous qui ont été donnés. Ce matin j'ai regardé avant de venir, il reste 140 000 créneaux de rendez-vous de vaccination sur toute la France, c'est peu, c'est peu mais 300 centres qui jusqu'ici ne permettaient pas de donner des rendez-vous grand public vont le faire dans les prochains jours, libérant ainsi 500 000 créneaux supplémentaires.

LEA SALAME
Donc ce n'est pas de bol pour Françoise ?

OLIVIER VERAN
Non, ce n'est pas que ce n'est pas de bol pour Françoise.

LEA SALAME
Ou il y a un dysfonctionnement ?

OLIVIER VERAN
Françoise, elle a raison sur un point et moi, il y a quelque chose que je veux modifier, il n'est pas normal, et je me mets à la place de Françoise qui est derrière son téléphone et qui va rappeler toute la journée en disant « je vais bien tomber sur quelqu'un » ou quand elle va sur le site internet, elle fait le travail, à la fin, on lui dit « désolé, reconnectez-vous. » Ça, il faut que ça change et donc j'ai demandé à mes équipes et ainsi qu'aux prestataires qu'avant la fin de semaine, lorsque vous êtes en contact téléphonique avec un centre ou lorsque vous êtes – d'ailleurs certains centres le font déjà – ou lorsque vous allez sur le site Internet et que vous voulez prendre rendez-vous mais que vous n'avez pas de créneaux disponibles, on enregistre vos coordonnées et que ce soit nous qui vous rappelions quand des créneaux seront disponibles pour la vaccination. Ainsi, vous le faites une fois et ensuite, vous patientez qu'on vous recontacte.

LEA SALAME
Donc on est inscrit sur une liste d'attente, il n'y a pas besoin de rappeler ?

OLIVIER VERAN
Il n'y aura pas besoin de rappeler. Donc nous mettons ça en place, ça sera pas effectif aujourd'hui, je le dis aux auditeurs qui nous écoutent mais on va le faire …

LEA SALAME
Fin de semaine ?

OLIVIER VERAN
Les choses se sont mises en place très rapidement, on a privilégié la capacité d'action et de vaccination et là, je souhaite qu'on puisse faire évoluer le confort je dirais pour le Français utilisateur.

NICOLAS DEMORAND
Les maires, Olivier VERAN (Cannes, Dijon, Reims), les maires disent qu'il manque de doses, qu'ils n'ont pas de quoi vacciner tous les plus de 75 ans. Martine AUBRY, maire de Lille, on l'a entendue dans le journal de 8h, demande la vérité « qu'ils nous disent la vérité », elle critique l'absence de transparence. « Je comprends fort bien qu'on donne plus de doses aux zones qui sont largement infectées mais qu'on nous le dise, qu'on ne nous fasse pas croire que toutes les personnes de plus de 75 ans peuvent s'inscrire alors qu'aujourd'hui tout est bloqué. » Fin de citation de Martine AUBRY. Que lui répondez-vous ?

OLIVIER VERAN
D'abord, je dis à ces maires que beaucoup d'entre eux font le job et je les remercie et je ne dis pas que ceux-là ne le font pas, notamment Martine AUBRY dont je connais la détermination. Beaucoup de maires, d'élus font le job et c'est important pour faire fonctionner les centres de vaccination et nous avons fait ce choix de nous appuyer sur les élus locaux pour qu'ils puissent aider les soignants et je les remercie avec les agences de l'Etat …

LEA SALAME
Ils sont en colère ce matin, enfin depuis trois, quatre jours !

OLIVIER VERAN
Oui …1) il peut y avoir des bugs, je les regrette lorsqu'il y en a évidemment ; il peut y avoir des difficultés de standard téléphonique ; il peut y avoir des difficultés de compréhension des stocks etc., mais tous les centres, par exemple j'écoutais la présidente de la région Ile-de-France hier soir, hier matin à la radio, qui nous racontait une fable, totalement et qui nous expliquait que les maires n'avaient pas …étaient obligés d'acheter eux-mêmes les seringues et les aiguilles ! Ça, c'est …pardon …

LEA SALAME
C'est faux ?

OLIVIER VERAN
Mais c'est même plus que faux, peut-être que des maires ont cru que ce serait à eux de le faire, je ne sais pas, ça peut arriver mais …certainement pas leur fonction de le faire et ce sont les services de l'Etat qui fournissent tout le matériel de vaccination. Donc il y a des gens comme Madame PECRESSE qui ne sont plus occupés et préoccupés par le scrutin que par le vaccin et il y a des élus qui, de bonne foi, nous disent qu'ils ont besoin d'avoir des réponses. Nous allons leur donner et nous n'allons pas la donner aux seuls les élus ; nous allons la donner aux Français. Le président de la République m'a demandé – et il a raison – de publier en toute transparence le nombre précis de doses dont chaque centre de vaccination (il y en a plus de 900) dispose chaque semaine. Je vais également y ajouter la répartition régionale des doses par semaine, la répartition départementale des doses par semaine de manière à ce que 1) les Français sachent combien de doses sont disponibles dans chaque centre et puis ils verront aussi par là qu'il n'y a pas de stocks cachés. Je veux dire sur un million de doses que nous avons reçues, un million et demi, nous avons au niveau national 8 000 doses en stock. Le reste est totalement déployé en territoire et les centres de vaccination. Donc tout est mis immédiatement et déployé immédiatement pour être utilisé.

LEA SALAME
A partir de quand on aura cette open data pour rendre … ?

OLIVIER VERAN
Avant la fin de semaine.

LEA SALAME
Avant la fin de semaine, n'importe qui peut aller sur quel site Internet ?

OLIVIER VERAN
Ça sera sur le site sante.fr.

LEA SALAME
Sur sante.fr, savoir combien il y a de doses dans sa région …

OLIVIER VERAN
Vous pourrez vous rendre sur le site sante.fr, et vous pourrez savoir combien de doses il y a dans votre centre de vaccination le plus proche …

LEA SALAME
Et dans son centre, c'est ce que j'allais vous dire.

OLIVIER VERAN
…combien de doses ont été livrées et chacun verra. Mais je voudrais vous dire une chose, c'est que les élus et l'ensemble des acteurs qui font tourner, qui font fonctionner les centres de vaccination savent par avance combien de doses ils peuvent utiliser cette semaine, la semaine prochaine, celle d'après et celle d'après. L'immense majorité d'entre eux, et j'ai fait déjà 6 ou 7 déplacements en l'espace de 8 jours, non seulement connaissent bien ces informations mais également font en sorte que le nombre de créneaux correspondent au nombre de doses. Il y a quelques élus mais qui …voilà, alors c'est leur choix mais je ne pense pas que ce soit responsable, qui ont ouvert plein de créneaux de rendez-vous en disant : de toute façon maintenant que j'ai ouvert les rendez-vous, on me filera bien plus de doses ; ça, ça n'est pas possible. 1) nous n'avons pas de stock caché au niveau national et 2) nous nous avons ce principe d'équité territoriale de manière à permettre à chaque centre de fonctionner et de protéger les Français.

LEA SALAME
Et avons-nous une pénurie de doses, Olivier VERAN ? PFIZER BIONTECH a annoncé des retards de production et donc de livraison de vaccins cette semaine, est-ce que ça va ralentir vos objectifs qu'on répète, vous les avez donnés la semaine dernière (un million de vaccinés fin janvier, jusqu'à quatre millions fin février) ? Est-ce que vous maintenez ces chiffres-là, ces objectifs-là ?

OLIVIER VERAN
Nous aurons vacciné d'ici à la fin du mois de février 2,4 millions de Français.

LEA SALAME
Ah, ce n'est plus 4 millions, ce que vous disiez !

OLIVIER VERAN
Attendez, 2,4 millions avec du PFIZER, du MODERNA et si le ASTRAZENECA ou d'autres vaccins devaient être validés comme nous avons passé des commandes et qu'ils nous seront livrés, nous pourrions alors vacciner jusqu' à 4 millions de Français. L'objectif reste le même. Oui on a une petite décroissance des livraisons de PFIZER, c'est temporaire, donc on fait avec et de façon générale, je vous le redis, nous vaccinons à flux tendu. Le lundi ou le mardi, les stocks nous sont livrés par les laboratoires en France ; le lundi ou le mardi, ces stocks sont déployés immédiatement dans tous les hôpitaux du pays pour être ensuite donnés aux centres de vaccination les mardis ou le mercredi mais il n'y a pas de stocks cachés, nous fonctionnons à flux tendu. Donc c'est ainsi et donc nous consommons tous les doses.

NICOLAS DEMORAND
L'Agence européenne des Médicaments pourrait rendre, Olivier VERAN, sa décision le 29 janvier sur l'autorisation du vaccin que vous venez de citer, ASTRAZENECA ; l'efficacité de ce vaccin sur les personnes âgées n'a pas été prouvée. Par ailleurs, il est efficace à 70 % contre 95% pour le PFIZER. Du coup, on le lit dans les Echos ce matin, l'Italie réfléchit à administrer ce vaccin aux moins de 55 ans. Est-ce qu'un fléchage de ce genre est prévu en France ? L'ASTRAZENECA pourrait-il être réservé en février au moins de 65 ans ?

OLIVIER VERAN
C'est une possibilité, ça veut dire que ce n'est pas une certitude, ça va dépendre de ce que nous dira l'Agence du médicament européenne qui doit se réunir entre fin janvier et la mi-février pour nous dire : voilà les conditions d'utilisation de ce vaccin, voilà chez qui il est efficace, voilà des éventuels effets indésirables, on en attend très peu avec ce vaccin qui est un vaccin beaucoup plus classique, il y en a très peu avec le PFIZER, un sur 100 000, c'est très peu. Et qui nous dira : voilà quel type de population vous pouvez privilégier pour la vaccination. Donc il est possible, il est tout …

LEA SALAME
Il est probable …

OLIVIER VERAN
Ça ne veut pas dire qu'il n'est pas sûr mais il est possible que l'Agence du médicament européenne nous dise : ce vaccin-là, ce ne sera pas pour les personnes âgées, trouvez d'autres personnes prioritaires à vacciner, on en a d'autres des personnes prioritaires à vacciner.

LEA SALAME
Bien sûr, Olivier VERAN, mais ça veut dire changer la stratégie vaccinale.

OLIVIER VERAN
Non, ça veut dire la compléter, ça veut dire que vous avez une filière de PFIZER, de PFIZER MODERNA pour les personnes âgées, les personnes très fragiles et vous avez une filière d'ASTRAZENECA. L'ASTRAZENECA, il pourrait être utilisé en pharmacie d'officine par exemple comme le vaccin grippe, chez les médecins. Donc c'est un autre réseau de distribution, c'est une autre logistique.

LEA SALAME
Mais qu'on se prépare parce que février, c'est demain !

OLIVIER VERAN
Croyez-moi, Léa SALAME, on se prépare !

LEA SALAME
Je sais bien et donc on peut dire déjà aux Français que très probablement, à partir de février, il va y avoir ce nouveau vaccin qui ne sera pas pour les personnes âgées, qui sera pour les moins de 65 ans et peut-être les moins de 55 ans si je fais votre décryptage.

OLIVIER VERAN
Je serai moins affirmatif que vous parce que je n'ai pas encore le moindre document issu de l'Agence du Médicament européenne. Ce qu'on sait, c'est que le vaccin était peu testé chez les personnes âgées et dont il est possible que l'Agence nous dise : dans ces conditions comme on n'est pas sûr qu'il soit très efficace chez les personnes plus âgées, utilisez-le chez les personnes plus jeunes mais je n'en en ai pas du tout, du tout la certitude.

Questions des auditeurs

LEA SALAME
Deux, trois petites questions pour terminer parce que vous avez une réunion et qu'on doit vous libérer assez vite Olivier VERAN, Alain FISCHER n'a pas exclu la semaine dernière le fait de faire vacciner les enfants même s'ils ne sont pas prioritaires à ce stade. A partir de quand le seraient-ils ? Est-ce que vous imaginez lancer la vaccination pour les enfants par exemple cet été avant la rentrée scolaire ou ce n'est pas du tout dans les scénarios ?

OLIVIER VERAN
A ce stade, il n'y a aucune autorisation d'utiliser le vaccin chez des enfants dans un cadre classique sanitaire, l'Agence du médicament européenne ne nous a pas demandé de le faire et n'a pas accordé d'autorisation. Donc si la situation devait évoluer, les données apparaître, il y aurait alors une saisine des autorités compétentes au niveau européen et national qui nous dirait : vous pouvez le faire sur telle base et tel argument.

LEA SALAME
Et pour l'instant, ce n'est pas du tout dans le … ?

OLIVIER VERAN
Pour l'instant, ce n'est pas au programme.

NICOLAS DEMORAND
62% des Français se disent favorables, Olivier VERAN, au passeport vaccinal qui permettrait aux personnes vaccinées de pouvoir sortir, de pouvoir voyager. Quand suffisamment de Français seront vaccinés, donc dans quelques mois, y serez-vous favorable ?

OLIVIER VERAN
En tout cas, c'est une question, ce n'est pas un projet gouvernemental et ce n'est pas une position personnelle mais la question se posera nécessairement à un moment donné, vous avez les contraintes sanitaires, l'impossibilité d'aller dans les bars, les restaurants, les théâtres et les musées, elle est justifiée par le fait que vous pouvez être contagieux, contaminant et vous-même contaminé et donc c'est une mesure de protection qui est proportionnée. Si à un moment donné, on nous dit, ce que je ne sais pas encore avec certitude, que le vaccin non seulement, il préserve des formes graves mais qu'il protège la contagiosité et de la contamination et que si vous êtes vacciné, vous n'avez plus de risques d'attraper le virus ou de le passer à quelqu'un d'autre, ce débat, il deviendra nécessaire parce qu'il sera cohérent. On ne fait pas peser inutilement des contraintes sur les uns et sur les autres autrement que pour l'esprit de solidarité pour protéger les plus fragiles et se protéger soi-même mais si vous n'êtes ni dangereux pour les autres ni pour vous-même, se posera cette question. C'est très prématuré de la poser mais je comprends qu'elle puisse se poser dans l'opinion publique.

Question des auditeurs

LEA SALAME
On ne vous pose que des questions sur l'épidémie, Olivier VERAN, c'est bien normal, vous êtes le ministre de la Santé, j'ai deux questions d'actualité qui sortent un petit peu. Hier, Louis GALLOIS à ce micro a fait un plaidoyer en faveur de l'ouverture du RSA aux 18 / 25 ans car, je le cite, « les jeunes souffrent particulièrement de la crise, peut-être faut-il y mettre un certain nombre de contraintes, de conditions de formation, mais 25% de personnes qui sont dans les centres d'hébergement ont moins de 25 ans, il faut ouvrir le RSA aux 18 / 25 ans », dit-il.

OLIVIER VERAN
Le plan qui a été proposé par Elisabeth BORNE « un jeune une solution », je vous invite à le regarder dans le détail. Vous avez deux logiques : ou vous dites « je donne une allocation et puis en plus supplément d'âme ou cerise sur le gâteau, on va essayer de vous trouver une formation ou vous donner un job », ce n'est pas ce que nous disons. Nous disons : on vous trouve dans tous les cas une formation ou un job, dans tous les cas et on vous paye pour ça et tout jeune, tout jeune qui en fait la demande a une solution et quand les gens en font pas la demande, on va les chercher pour leur proposer. Moi, je crois profondément à cette démarche avec un budget qui colossal, plus de 6 milliards d'euros. C'est le plus gros budget.

LEA SALAME
Vous n'êtes pas favorable au RSA ?

OLIVIER VERAN
On met un budget qui est supérieur à un budget du RSA jeune et on l'assortit, cette rémunération qui est supérieure d'ailleurs au niveau qu'aurait un RSA jeune, à une obligation de formation ou de travail. Je considère qu'on se donne les moyens de bien faire les choses.

LEA SALAME
Après les révélations du livre de Camille KOUCHNER sur l'inceste dont son frère a été victime par leur beau-père Olivier DUHAMEL beaucoup de victimes se mettent à parler à travers le hashtag « metooinceste ». Elles demandent, les victimes, l'imprescriptibilité des faits d'inceste. Aujourd'hui, la prescription est de 30 ans, quelle est votre conviction à la fois de médecin, de citoyen, de ministre de la Santé sur cette question ?

OLIVIER VERAN
Le problème, c'est qu'il faudrait poser la question à un juriste, j'ai beaucoup travaillé sur cette question, figurez-vous que j'ai été député de Grenoble. Eva THOMAS, une avocate, qui avait levé le secret sur ces questions-là, qui a fait un énorme travail, je l'avais rencontrée à plusieurs reprises, on avait travaillé ensemble dans le cadre d'un projet de loi qui a été adopté au début de mandat. Moi, j'étais spontanément très favorable à l'imprescriptibilité, je trouve que c'est atroce, l'inceste vraiment et qu'il faut que les personnes puissent avoir …Si leur parole se libère des années après, quand ils en sont sortis de l'état de choc ou lorsqu'ils ont acquis la maturité ou la force morale mentale suffisante pour pouvoir le dire, il faut leur permettre de pouvoir être reconnus comme des victimes et condamner les auteurs ; l'imprescriptibilité dans la Constitution est quelque chose dont j'ai compris, moi qui ne suis pas juriste mais dans les débats parlementaires que nous avions, qu'elle n'était pas conforme au droit. Donc raisons pour lesquelles nous n'étions pas allés au bout de la démarche alors même que j'ai rédigé un amendement qui allait dans ce sens.

LEA SALAME
Faut-il changer la loi ? Brigitte MACRON est pour à titre personnel.

OLIVIER VERAN
Je pense que ce n'est pas au niveau de la loi que ça se passe, je pense qu'il y a un sujet et un enjeu constitutionnel, je suis tout à fait sur la position de Brigitte MACRON puisque je vous dis, j'avais rédigé moi-même un amendement.

LEA SALAME
Donc vous y êtes favorable à titre personnel ?

OLIVIER VERAN
Oui, mais je comprends qu'en droit les choses sont plus compliquées que ça. Vous savez, parfois, quand on ne fait pas une décision, quand on ne prend pas une décision ou quand on rédige un texte de loi, ce n'est pas qu'on n'en a pas la volonté, c'est qu'il n'y a pas de chemin constitutionnel et la Constitution est au-dessus des lois parce qu'elle est garante d'un certain nombre de libertés mais sur le fond je suis favorable à ce qu'on ne puisse jamais oublier ça et qu'on ne puisse jamais se sentir impuni ; c'est aussi un message qu'on envoie aux futurs auteurs.

NICOLAS DEMORAND
Merci monsieur le ministre des Solidarités de la Santé, Olivier VERAN d'avoir été au micro d'Inter ce matin depuis 8h20 ; il est 8h46, là, vous allez être en retard.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2021