Entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à Radio classique le 25 janvier 2021, sur les commandes de vaccins par l'Union européenne et les relations avec les Etats-Unis.

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Texte intégral

 Q - Il est important d'écouter Clément Beaune, d'abord parce qu'il s'occupe des affaires européennes, au gouvernement, deuxièmement, parce que nous avons choisi, vous le savez, une voie européenne pour la commande des vaccins, troisièmement, parce que personne ne sait exactement quelle est la nature de cette commande. Il est là, il est en direct, et vous êtes sur Radio Classique.

D'abord bienvenue, Clément Beaune, nous sommes ravis de vous accueillir. Je disais, nous avons choisi cette méthode, contrairement, évidemment, aux Israéliens qui ne sont pas dans l'Union européenne, ou d'autres pays, qui est celle de la méthode européenne. Vous savez beaucoup de gens qui considèrent qu'on s'est enfermé dans une posture qui évidemment nous empêche d'avoir des négociations privilégiées, peut-on savoir, ce matin, pourquoi le Président de la République a choisi cette méthode ?

R - Parce que je suis convaincu, on est convaincu, qu'elle est efficace. Je voudrais, vous l'avez dit, il y a beaucoup de questions, essayer d'en dire quelques mots. On a commencé, au mois de juin, à avoir une négociation, quand je dis "on", c'était à l'époque la France, l'Allemagne, puis deux autres pays, l'Italie, les Pays-Bas, ceux qui étaient sans doute les plus engagés parce qu'ils ont des capacités industrielles, des liens avec des laboratoires pharmaceutiques, historiques, à négocier l'accès à des vaccins. Donc, il n'y a pas eu, contrairement à ce qu'on dit, une forme de réveil tardif, on a commencé tôt. Et quand cette négociation a été avancée, on s'est dit que c'était mieux de l'européaniser avec tous les pays de l'Union européenne.

Pourquoi ? Parce que vous achetez ainsi plus, et d'ailleurs ce que l'on voit, c'est qu'on peut avoir, et cela arrivera peut-être, un petit retard, une petite difficulté, avec tel ou tel vaccin, cela peut arriver sur le plan industriel, sur le plan technique.

Q - C'est ce qui se passe avec Pfizer !

R - Oui, on va y revenir, mais quand vous avez une négociation européenne, vous avez accès à une batterie de vaccins, aujourd'hui six, et il y a deux autres pré-contrats comme on dit, contrats potentiels, qui seront sans doute disponibles, et vous avez plus de deux milliards de doses qui sont commandées, garanties, sécurisées, par ce portefeuille européen. Si vous avez un pays qui a des liens avec un laboratoire parce qu'il est actionnaire, etc., ce n'est pas le cas d'ailleurs, contrairement à ce qu'on dit, de la France avec Sanofi, mais les Allemands ont dit cela, ont dit "BioNtech", finalement, BioNTech/Pfizer, le premier vaccin, "c'est allemand, on aurait mieux fait de négocier avec eux, cela aurait sûrement été plus rapide",

Bon peut-être, admettons cet argument pour un vaccin, mais le suivant, Moderna, par exemple, qui a été autorisé, il est américain. Est-ce qu'il y aurait eu un accès privilégié de la France ou l'Allemagne ? Je ne crois pas. Le suivant, dont on attend peut-être une autorisation cette semaine...

Q - AstraZeneca.

R - ...est ni français ni allemand non plus. Donc, vous voyez, quand on raisonne par une sorte de réflexe un peu nationaliste, ce qui est d'ailleurs parfois un peu fantasmé, on n'aurait pas eu la même force de négociation sur l'ensemble des vaccins.

Q - Oui, mais il n'y aurait pas un soupçon de retard, voire un retard, Clément Beaune, dans certaines livraisons, ce sont les médecins qui le disent, ce n'est pas nous les journalistes, ce sont les médecins qui le disent, ce sont les pouvoirs régionaux par exemple, Rottner l'a dit, le président du Grand Est, etc., on ne poserait pas la question. Alors je vous la pose directement, que se passe-t-il chez Pfizer actuellement, parce que je suppose que vous vous intéressez à la question ?

R - Bien sûr, mais là aussi je veux être très clair. Il peut y avoir...

Q - C'est une semaine ou trois semaines ?

R - Il peut y avoir quelques retards industriels, mais si vous aviez négocié au niveau de la région, au niveau de la France, est-ce que vous croyez que ce problème industriel aurait été différent ? Moi, je crois, en rien. Donc, il faut bien séparer les choses, il ne faut pas mettre sur le dos d'une commande européenne qui, je crois, nous a permis, j'en suis sûr même, nous a permis d'avoir accès à plus de vaccins de manière plus sûre, d'ailleurs un peu moins chers aussi, sans faire de bêtise sur la négociation, des difficultés industrielles qui auraient été les mêmes quoi qu'il arrive. Je dis un dernier élément, parce qu'il est très important, quand vous avez une procédure européenne, vous avez aussi une seule autorisation scientifique, l'Agence européenne des médicaments, qui est donnée, et pas 27 procédures nationales. Sur ce que l'on constate avec Pfizer...

Q - Que se passe-t-il ?

R - D'abord, il faut être précis, on a un exploit industriel qui a été réalisé, en quelques mois, trouver les vaccins et les produire massivement, la production est d'ailleurs plus importante que celle qui était annoncée il y a quelques semaines. Ce qu'a dit Pfizer, il y a maintenant 15 jours, c'est qu'il y avait un retard de livraison, pour trois à quatre semaines avait-il dit, parce qu'ils adaptaient leur outil de production, pour ensuite produire plus et étendre leur usine de production en Belgique. On s'est ému de cette situation, nous la France et d'autres pays, et on a mis une pression, d'ailleurs européenne, la présidente de la Commission européenne, très concrètement, a décroché son téléphone, elle a appelé le PDG de Pfizer, elle lui dit "c'est inacceptable d'avoir des retards aussi longs, on avait des commandes qui n'étaient pas encore sûres, on n'était pas sûr de les confirmer, si cela se poursuivait ils ont dit "d'accord, on va ajuster les choses et le retard sera limité à une semaine."

Q - Je prends un exemple : toute personne qui a été vaccinée pour une première fois, est-ce qu'on est certain qu'ils sont vaccinés trois semaines après...

R - Oui.

Q - Ou alors est-ce qu'on va faire, comme cela a été écrit partout, une sorte d'extension, ce qui est contesté par les scientifiques, à non pas trois semaines, mais à six semaines, etc. etc. ?

R - Non, deux choses là-dessus. D'abord, pour finir sur le retard, pour être très clair, il y a eu une baisse de production pendant une semaine, c'est rattrapé à partir de la semaine qui commence ce lundi matin, et cela permettra, parce que cela a été un ajustement des capacités de production, d'augmenter la capacité de production, à partir de mi-février...

Q - Donc de respecter le délai des trois semaines.

R - De respecter... pardon, pardon, de respecter les livraisons qui étaient prévues, commandées. Ensuite, il y a un sujet qui est scientifique, ce n'est pas l'industriel qui le détermine. Les scientifiques nous disent est-ce qu'on peut étaler davantage, ou non, l'espacement... les deux doses entre la première et la deuxième vaccination ?

Q - Et la réponse est ?

R - Ils nous disent, ce n'est pas Pfizer qui l'a dit, ce sont les scientifiques...

Q - C'est Pfizer qui l'avait recommandé au départ !

R - Oui, mais ce n'est pas Pfizer qui le décide, cela c'est très important, parce que ce n'est pas commandé par l'industriel, il faut qu'il y ait évidemment une autorité, un avis scientifique. Cela a été fait dans d'autres pays avant, et ce que nous disent les scientifiques c'est qu'on peut gagner quelques jours en effet, on était autour de 21, 28 jours et on pourrait aller jusqu'à 42 jours sans que ce soit un problème sanitaire et scientifique, ce qui permet de s'organiser mieux.

Q - Est-ce que c'est la position que vous acceptez, vous, en tant que responsable ?

R - Si ces scientifiquement possible, oui, cela facilite les choses, mais, je le dis aussi, tous les rendez-vous qui ont été pris, le ministre de la Santé l'a rappelé, tous les rendez-vous qui ont été pris pour une vaccination, dont vous avez la première dose et que vous avez un rendez-vous pour la seconde, la deuxième dose elle est sécurisée, elle est là, on n'attend pas, on ne joue pas aux apprentis sorciers avec cela.

Q - Tout à l'heure, je suggérais cette question, mais elle est importante pour beaucoup de gens qui nous écoutent : alors, cela a été commandé au niveau européen, mais en fait on ne sait pas très bien ce qu'on a commandé, alors les gens voient évidemment peut-être, vous allez me dire, autour du petit bout de leur propre lorgnette, mais la France, dans cette affaire européenne, on a commandé combien de Pfizer, combien de Moderna, combien d'AstraZeneca, combien de Sanofi ?

R - Non, pardon, c'est clair, on a commandé au niveau européen 2,3 milliards de doses...

Q - Cela on sait.

R - C'est la somme, pour être précis, de six contrats avec six laboratoires différents, cela c'est garanti, c'est sécurisé, il y a un engagement juridique et les livraisons ont commencé, pour deux vaccins, ceux qui sont autorisés, Pfizer et Moderna.

Q - Et on en prend 15%, c'est-à-dire 200 millions.

R - Nous on en prend 15%, c'est même un peu plus, si vous prenez 15 % de 2,3 milliards, cela fait un peu plus de 250 millions de doses pour la France. Donc, vous voyez qu'au total, pour la population, on a largement de quoi faire. Maintenant la question c'est que cela arrive le plus vite possible, et cela c'est un enjeu de production. Donc, c'est clair, c'est au prorata de la population, 2,3 milliards, un peu plus de 250 millions de doses pour la France.

Q - Mais lesquels ?

R - Sur ces six vaccins, pour l'instant il faut aussi qu'ils soient autorisés scientifiquement, il y en a deux qui sont autorisés, le ministère de la Santé a indiqué hier soir les chiffres, c'est transparent et c'est même indiqué par région et par département. Nous avons reçu en France près de deux millions de doses sur les deux premiers vaccins autorisés, Pfizer/BioNTech d'une part, Moderna d'autre part.

Q - Et les autres, c'est Astrazeneca...

R - Le troisième qui sera... c'est Astrazeneca, dont on espère l'autorisation, par l'Autorité européenne des médicaments cette semaine. Il a déposé son dossier, on attend l'autorisation scientifique. C'est Sanofi qui sans doute viendra plus tard on le sait, puisqu'il y a eu quelques difficultés...

Q - Et qui viendra comme vaccin ou comme, j'allais dire palliatif ? Parce qu'on a beaucoup dit justement que les autorités politiques souhaitaient que Sanofi, puisque cela ne marche pas, ils n'ont qu'à produire du Pfizer.

R - Non mais là aussi ce sont deux sujets différents, pour être complet puisque vous m'y invitez, les six vaccins avec lesquels on a des contrats ce sont les deux premiers qui sont autorisés, Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca qui arrive, un vaccin avec lequel nous avons un contrat, pas encore autorisé, qui s'appelle Curevac, un autre qui est Johnson&Johnson, Janssen, une filiale européenne, et Sanofi. Ce qu'on dit c'est que, pour Sanofi, puisqu'il n'y aura pas la production de son propre vaccin tout de suite, on pourrait utiliser les capacités de production, ce qui est dans l'intérêt collectif, pour produire d'autres vaccins en attendant. Et c'est ce que la ministre de l'industrie essaye de faire cette semaine, et on pourrait avoir deux vaccins, non Sanofi qui seraient en partie produits par les usines de Sanofi, en attendant.

Q - Je voudrais terminer sur la vaccination, nous sommes en direct avec Clément Beaune, et enfin nous parlerons évidemment du confinement. Véran dit "57 millions de vaccinés en juillet, 70 millions, soit toute la population à la fin du mois d'août", Delfraissy, c'était tout à l'heure, ou plutôt hier soir, chez nos amis de BFM TV, "nous arriverons à 40% de la population à la fin de l'été, pas plus". C'est quand même un gap énorme !

R - Moi pour être très franc, je pense qu'il ne faut pas ajouter tous les jours des chiffres aux chiffres, cela crée de la confusion...

Q - Cela, vous avez raison de le dire !

R - Oui, mais écoutez...

Q - Vous vous rendez compte de ce que pensent les gens...

R - Mais bien sûr, c'est pour cela que moi je ne vais pas en mettre dans la nature comme cela, ce n'est pas ma responsabilité...

Q - Il y en a forcément un des deux qui dit n'importe quoi.

R - Ecoutez, moi je pense que la bonne pratique, dans la République, c'est qu'il y ait des Conseils scientifiques qui conseillent, et puis un ministre de la Santé qui porte la parole publique. Sur ce sujet ce doit être le ministre de la Santé, s'il y a des nouvelles informations ou des incertitudes, le ministre de la Santé les précisera, il fait une conférence de presse, chaque semaine. Ce n'est pas à chacun de mettre un autre chiffre dans le débat public...

Q - Donc, vous considérez, puisque vous êtes membre du gouvernement, que le chiffre de 70 millions à la fin du mois d'août reste le bon chiffre ?

R - Je considère que c'est Olivier Véran qui précisera les choses cette semaine dans sa conférence de presse, comme il le fait régulièrement.

Q - Question : est-ce qu'il va y avoir un reconfinement, est-ce qu'il sera annoncé par le Président de la République à la télévision, comme l'a dit Guillaume Tabard, il y a quelques instants ?

R - La seule réponse honnête c'est que je ne le sais pas, parce que...

Q - Vous vous en doutez un peu quand même !

R - Non, écoutez, je ne veux pas...

Mais, je ne veux pas faire moi un pronostic comme on les fait dans les conversations entre amis.

Q - Ce n'est pas une question de pronostic, vous êtes ministre.

R - Oui, mais ce n'est pas encore décidé, ce qu'a dit là aussi le ministre de la Santé, je crois qu'il faut, sur ces sujets graves, être prudent et rigoureux, le ministre de la Santé a dit au journal télévisé, en fin de semaine, que nous étudions - on les aura mardi et mercredi - les impacts, c'est comme cela que cela fonctionne, ce n'est pas au hasard, du couvre-feu qui a été étendu, cela fera maintenant quinze jours, au niveau national, mi-janvier, et en fonction de son impact sur la situation sanitaire, est-ce que cela permet de casser la courbe, de maîtriser mieux l'épidémie, on prendra ou pas des mesures supplémentaires.

Q - Tous les journaux, je fais le bruit des journaux parce que nous sommes à la radio, parlent de reconfinement.

R - Je sais, mais je crois qu'il y a des hypothèses, et c'est normal que la presse en fasse état, mais il n'y a pas de décision à cette heure, et ce n'est certainement pas à moi de me lancer dans un pronostic parce que ce n'est pas mon rôle.

Q - Et est-ce que vous considérez par exemple qu'il faut prolonger les vacances, peut-être fermer les écoles ? Parce que, s'il y a des variants... du séquençage, on n'est pas très très bon dans le domaine du séquençage, mais s'il y a une proportion importante de variants, les variants, quand même, touchent les enfants, donc c'est vrai que reconfiner sans toucher les écoles, cela paraît bizarre si les variants deviennent dominants dans le pays.

R - Ecoutez, là encore on n'a pas pris de décision. Je vais vous dire, d'abord sur les variants, il y a des mesures qui ont d'ores et déjà été prises pour ralentir la circulation, cela n'empêche pas à 100% la circulation, mais pour ralentir la circulation, ce sont les contrôles aux frontières. Je m'en occupe directement, je peux vous le dire, on n'a pas traîné, on a pris des mesures pour les frontières hors Europe le 18 janvier, fermées, tests PCR pour les quelques cas autorisés, avant de venir, et maintenant, depuis hier, pour les voyages intra-européens. Est-ce qu'il faut des mesures supplémentaires ? C'est ce qui sera décidé cette semaine. Je tiens à dire, sur les écoles, que la France est le pays en Europe, peut-être dans le monde, mais en Europe de manière certaine, qui a laissé le plus ouvert ses écoles. C'est une position du gouvernement, du Président de la République, qui est de tout faire, absolument, pour laisser les écoles ouvertes. Je crois que cela restera sa position.

Q - J'ai deux dernières questions importantes. Est-ce que vous recommandez aux Français, puisque nous approchons des vacances, si le terme de vacances a un sens dans le contexte que nous vivons, de ne pas sortir de France dans les jours qui viennent ?

R - Ecoutez, oui, cela a été une décision, une orientation collective, des chefs d'Etat et de gouvernement au Conseil européen, jeudi soir, de limiter le plus possible les déplacements, même à l'intérieur de l'Europe. Donc, quand il y a une raison professionnelle impérative, un motif familial impératif, quand vous êtes un frontalier, vous vivez en Moselle, vous allez travailler au Luxembourg, vous ne voyagez pas, vous travaillez, ceux-là, on ne les empêche pas de passer, on ne leur demande pas un test toutes les deux heures ou tous les jours, mais sinon, oui...

Q - On interdit ou on suggère ?

R - Non, on n'interdit pas parce que d'abord il y a des mesures, test PCR quand vous prenez l'avion, même en Europe, mais on recommande très fortement de ne pas faire des déplacements touristiques. Ils ne sont pas impératifs, aujourd'hui, au sein de l'Union européenne.

Q - Dernière question, elle est importante. Premier contact hier soir entre, - et vous êtes diplomate -, première conversation hier soir entre Joe Biden et le Président de la République, que se sont-ils dit ?

R - Ecoutez, ils ont parlé une heure, donc c'était une longue conversation, il me semble que c'est la première conversation du président américain, nouvellement installé avec un leader européen...

Q - Et à travers vous c'est aussi le premier commentaire du gouvernement ce matin.

R - Oui, et je crois que c'était important de montrer que la France était très engagée dans cette nouvelle relation transatlantique. Le président a été, encore une fois, le premier chef d'Etat européen à discuter avec le président Biden, pour montrer que ce qu'on défend au niveau européen, c'est-à-dire plus d'autonomie, plus d'indépendance, plus de souveraineté, comme on dit, pour l'Europe, ce n'est pas contre les Etats-Unis. On a besoin d'une relation américaine plus forte sur le climat, sur l'OMS, tout cela a été les premiers sujets à l'ordre du jour de leur discussion, pour que les Américains, cela a été les premières décisions de Joe Biden, reviennent dans ces accords ou ces organisations internationales, et que l'on coopère mieux aussi sur les crises internationales. On le voit avec la Turquie, avec l'Iran, s'il n'y a pas de coopération...

Q - C'est un grand changement avec Trump, mais il y a aussi peut-être un changement avec Obama, dont Biden était vice-président, parce que le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Obama n'était pas très, enfin, je veux dire, il n'était pas... mais cela ne l'intéressait pas beaucoup, l'Europe.

R - Oui, mais je crois qu'il ne faut pas se leurrer, on ne reviendra pas à la relation transatlantique de la Guerre froide, où la sécurité de l'Europe était décidée intégralement par les Etats-Unis. Les Américains, de plus en plus, Biden ou pas Biden, ils demanderont à l'Europe de faire des efforts, c'est normal, en revanche il y a d'autres sujets sur lesquels je pense on peut coopérer beaucoup plus, la relation avec la Chine, le climat, l'Organisation mondiale de la santé, qui a un vrai besoin de réformes, tout cela on ne peut le faire que Europe et Etats-Unis ensemble, parce qu'au fond...

Q - ... Les taxes par exemple...

R - Exactement, les taxes commerciales, et là je crois que le préalable à une bonne relation c'est que les Américains acceptent cette désescalade...

Q - Est-ce que Biden lui a dit "oui, on va baisser les taxes" ?

R - Non, il n'a pas encore dit oui à ce point...

Q - Mais cela a été évoqué.

R - Je crois que cela a été évoqué, et ce sera évoqué dans les contacts entre notre ministre du commerce et notre ministre de l'économie avec les Américains dans les prochains jours.

Q - Merci beaucoup, Clément Beaune, chargé des affaires européennes au gouvernement.


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 janvier 2021