Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 22 janvier 2021, sur l'annulation des épreuves de spécialité du bac du mois de mars, la possibilité d'un nouveau confinement et le maintien des vacances de février aux dates prévues.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Merci d'être sur RTL ce matin. Monsieur le ministre, vous avez pris en compte ce que disent tous les épidémiologistes, à savoir une progression de l'épidémie, sans compter les questions qui restent en suspens sur un éventuel reconfinement, vous avez pris en compte aussi la difficulté à se préparer aux examens, et c'est pour toutes ces raisons que vous avez finalement décidé d'annuler les épreuves de spécialité du bac du mois de mars.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et surtout de les remplacer par un autre mode d'évaluation, en l'occurrence le contrôle continu, du premier trimestre, du deuxième trimestre et du troisième trimestre, de façon à ce qu'on travaille jusqu'au bout…

ALBA VENTURA
Mais ça change tout quand même !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, ça change les choses…

ALBA VENTURA
Là c'était des épreuves sur trois jours, 15, 16 et 17 mars…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait.

ALBA VENTURA
Donc ça c'est annulé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, même si un établissement pourra évidemment organiser, ce jour-là, s'il en a envie, des épreuves qui compteront pour le contrôle continu, donc ceux qui se préparent peuvent tout à fait continuer à le faire avec cette échéance-là, mais ce qui comptera pour la note c'est la moyenne de l'année, de façon à ne pas créer une contrainte uniforme sur l'ensemble du pays puisque nous savons qu'aujourd'hui les lycéens ne sont pas tout à fait dans la même situation selon l'hybridation ou pas, en particulier de leur lycée…

ALBA VENTURA
C'est-à-dire qu'en fonction de, quand vous dites hybridation, c'est soit je suis en présentiel comme on dit, soit en distanciel…

JEAN-MICHEL BLANQUER
En présence ou à distance, et donc…

ALBA VENTURA
On en invente des mots !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc, dans ce cas-là, pour créer les meilleures conditions, disons les conditions les plus sereines possibles pour nos élèves, j'ai pris cette décision. Evidemment, comme d'autres décisions, on ne les prend pas de gaîté de coeur, puisque c'est pour faire face à des contraintes, mais il me semblait que c'était plus juste, après avoir beaucoup consulté l'ensemble des organisations, avoir écouté beaucoup de personnes sur le terrain, c'est la décision que j'ai prise, de façon à ce que, encore une fois, les buts que nous nous fixons soient atteints, c'est-à-dire la sérénité des élèves et leur réussite, puisque mon but fondamental c'est de les faire réussir pour la suite, autrement dit qu'ils acquièrent le plus de connaissances, et ils le feront tout simplement en préparant les différents contrôles qui existent dans l'établissement jusqu'au mois de juin. Simplement pour les enseignements de spécialité, parce que je maintiens bien sûr les épreuves finales de philosophie et le grand oral du mois de juin.

ALBA VENTURA
C'est ça, ce n'était pas plus simple de tout reporter au mois de juin, comme ça on aurait plus de visibilité ? C'est ce que vous demandait le SNES-FSU.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, d'autres organisations demandaient d'autres choses, donc nous avons pris une solution qui permet quand même d'atteindre plusieurs objectifs, et notamment, l'objectif c'est, encore une fois, de travailler jusqu'au bout, je ne veux pas que les élèves perdent des jours, et une des vertus de la réforme du baccalauréat est justement de reconquérir le mois de juin, d'éviter qu'il soit perlé. Vous savez, très souvent en France, les élèves, même de seconde et de première, travaillent très peu au mois de juin du fait du baccalauréat…

ALBA VENTURA
C'est vrai.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc, on n'aura pas ce phénomène, on aura du travail jusqu'au bout, or on en a besoin parce qu'avec tout ce qui s'est passé depuis 1 an, il est bon qu'il y ait des journées de travail gagnées.

ALBA VENTURA
Pour les élèves et pour les parents qui nous écoutent, ces notes, les notes de ces épreuves de spécialité, deux notes, devaient figurer dans Parcoursup, donc que vont inscrire les élèves dans Parcoursup ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ils inscriront, ce qui se passait déjà l'année dernière, c'est-à-dire les moyennes qu'ils ont au moment où on s'inscrit dans un Parcoursup, donc justement, à la fin du mois de mars, la situation de notes des élèves dans leurs deux enseignements de spécialité sera portée dans Parcoursup.

ALBA VENTURA
Il est important, vous dites à chaque fois, de ne pas léser les élèves, le sujet de philo du mois de juin, vous en proposez plus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, on en rajoute un troisième, de façon à ce que les élèves aient plus de choix tout simplement, c'est toujours cette conciliation entre l'adaptation, plus souple, et la bienveillance que nous voulons pour les élèves, parce qu'ils vivent une année particulière, moi c'est une génération, comme celle de l'année dernière, que je regarde avec beaucoup d'attention parce que nous leur devons un avenir réussi, nous leur devons de l'optimisme aussi, de la projection positive dans le futur, et nous prenons des décisions qui sont faites pour ça, évidemment dans un contexte très contraint, où il s'agit de faire face à des situations particulières, mais je pense que c'est la solution la plus juste que l'on pouvait avoir.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, pour l'oral de français en première, on se souvient que l'année dernière il avait été annulé, il y a des choses qui changent cette année, pour les élèves de première ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors fondamentalement l'oral, d'abord aura lieu de manière normale, c'est la première chose à dire, et puis ensuite nous demandons aux élèves d'avoir préparé 14 textes, donc c'est un peu moins que ce qui était prévu, et ça doit leur permettre, là aussi, d'arriver avec toute la sérénité nécessaire, bien sûr on a le droit d'en présenter plus que 14, mais 14 c'est le plancher, et 7 quand on est dans voie technologie.

ALBA VENTURA
Et ils seront en présentiel.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ils seront… ça se passe en présence, oui, sauf si on était évidemment, au moment de ces épreuves, à la fin de l'année scolaire, dans une situation épidémique rude, mais a priori ce n'est pas ce que nous avons en tête.

ALBA VENTURA
Vous allez quand même proposer des stages de réussite pendant les vacances, pour les élèves qui ont besoin de rattraper ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est très important que nous aidions les élèves pendant les vacances, nous l'avons fait pendant les vacances précédentes, dans le cadre de ce qu'on a appelé « les vacances apprenantes », et aussi d'autres dispositifs, par exemple, aux vacances de printemps de l'année dernière, vous vous souvenez peut-être qu'on avait préparé les élèves pour un peu compenser les jours qu'ils avaient perdu pendant le confinement, eh bien on va le faire là, au mois de février, pour les élèves de terminale, de façon là aussi à les faire réussir dans leur contrôle continu.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, on parle de plus en plus d'un possible reconfinement, alors la question n'est pas serons-nous reconfinés, mais quand le serons-nous, est-ce que vous envisagez d'allonger les vacances de février ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, et d'abord je ne suis pas d'accord évidemment avec les termes de votre question parce que ce n'est pas certain qu'il y ait un reconfinement, il y en aura peut-être un, c'est s'il le fallait…

ALBA VENTURA
La question est quand même posée…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle est posée, bien sûr, mais vous avez dit « on ne se demande pas si, mais quand »…

ALBA VENTURA
Quand on écoute Olivier VERAN c'est ce qu'on comprend.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous verrons bien, nous verrons bien, en tout cas nous savons qu'il faut faire face à une situation compliquée. Je tiens à dire que, et ça c'est une nouvelle que j'aie depuis hier soir, le calcul de notre taux de positivité en milieu scolaire n'a pas changé, il est de 0,3 %, sur des milliers de tests que nous faisons, vous savez, aujourd'hui, en milieu scolaire, notamment dans les lycées et les collèges, sur les adultes et les élèves, donc pour l'instant nous restons sur une sorte de plateau…

ALBA VENTURA
On ne se contamine pas trop en classe, c'est ce que vous voulez dire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà, bien sûr il peut y avoir de la contamination, mais elle reste limitée par rapport à la situation générale, bien sûr nous regardons ça au jour le jour.

ALBA VENTURA
Il y a des écoles fermées, des établissements fermés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, nous continuons à fermer, au jour le jour, des écoles, des collèges et des lycées, en fonction de la situation, là aussi ça reste sur un plateau avec une trentaine d'écoles et d'établissements.

ALBA VENTURA
Il y a des clusters ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ça dépend ce qu'on appelle clusters, mais disons qu'on évite que ça devienne des clusters justement, il y a eu une ou deux fois où ça a été trop attendu, mais sinon c'est à partir de trois cas qu'il y a fermeture la plupart du temps.

ALBA VENTURA
Et donc, est-ce que vous avez envisagé un scénario de confinement pendant les vacances de février, est-ce que vous avez déjà ça en tête ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a toujours tous les scénarios en tête, mais les vacances de février ont vocation à être à la date prévue, de durer deux semaines pour chacune des zones, et de ne pas être changées. Bien sûr, ce que je viens de vous dire, peut encore évoluer en fonction de la situation, mais mon objectif, sur ce point comme sur d'autres, c'est de tenir au maximum les calendriers, de façon à ne pas troubler les familles, de façon à ne pas troubler le pays, de façon à ne pas troubler les élèves tout simplement, et donc on est toujours sur le principe de deux semaines de vacances aux dates prévues.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, on le voit, vous avez du pain sur la planche…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai

ALBA VENTURA
Et c'est pour ça que vous avez sans doute dit à Emmanuel MACRON, à propos des élections régionales de juin, pour lesquelles vous êtes pressenti en Ile-de-France, « Monsieur le président, il y a des choses que je ne sens pas. »

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ça c'est… vous savez, la presse écrit des choses, ce n'est pas du tout une phrase que j'ai dite d'ailleurs, peut-être qu'on peut interpréter les choses ainsi, mais on lit dans la presse…

ALBA VENTURA
Mais vous, vous le sentez ou vous ne le sentez pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain, ce que vous observez vous-même, c'est que j'ai quand même beaucoup de travail, que ce soit pour la gestion de la crise, ou même pour mener les différentes réformes, en ce moment-même vous avez le Grenelle de l'éducation pour la transformation de la gestion des ressources humaines du ministère, pour mieux payer les professeurs et les personnels, c'est énormément de travail, donc c'est vrai…

ALBA VENTURA
Ce n'est pas compatible avec une campagne des régionales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Disons que, je dirai ce que je ferai dans quelques jours, mais c'est vrai que ce qui m'intéresse c'est le collectif dans cette affaire, autrement dit que la majorité présidentielle soit présente dans les élections, ce n'est pas forcément avec moi impliqué, puisque c'est vrai qu'on ne peut pas tout faire, il faut être raisonnable, mais je continue la réflexion avec tous mes camarades de façon à regarder ce que l'on va faire.

ALBA VENTURA
Notamment le député Laurent SAINT-MARTIN, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, qui est très investi dans la préparation du programme et qui, en plus, est une personne de très haute qualité, donc nous regardons ça ensemble. Ce qui est certain c'est que, depuis des semaines je ne suis que sur les sujets Education nationale et que c'est difficile de faire autre chose.

ALBA VENTURA
Et donc on comprend que ce ne sera pas vous. C'est difficile d'être ministre dans une nation de 66 millions de procureurs ? Je reprends les propos du président hier qui disait regretter « la traque incessante de l'erreur. »

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est aussi une nation de 66 millions d'entraîneurs de football, 66 millions de ministre de l'Education, et ça fait parfois notre charme, et donc c'est notre pays, nous l'aimons, et le président le montre en permanence, il faut au contraire voir ça comme… cette expression dans le contexte dans lequel elle a été utilisée, comme une forme d'amour de notre pays et d'envie de, aussi, qu'on progresse par plus de cohésion et d'unité.

ALBA VENTURA
Mais vous avez l'impression que tous les Français font le procès d'Emmanuel MACRON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce n'est d'ailleurs pas ce qu'il a voulu dire, ce qu'il a voulu dire c'est que quand on traverse une crise comme celle-ci, on doit tous faire preuve de cohésion, à la fois d'esprit, je dirai critique démocratique, c'est ce qui se passe, ça nous n'en manquons pas, et, en même temps, une capacité de cohésion, d'unité nationale, c'est vrai d'ailleurs aussi dans notre vie quotidienne, dans tout ce que nous avons à faire de collectif, et donc c'est cet appel-là. Et, vous savez, la France peut être assez fière de beaucoup de choses qui se sont passées depuis un an, et c'est une fierté collective, vis-à-vis de tous les Français. Je pense au système scolaire. Le système scolaire français fonctionne aujourd'hui beaucoup mieux que la plupart des systèmes comparables, tout simplement parce que nos professeurs, nos personnels, les familles, les élèves eux-mêmes, jouent le jeu, ont des bons réflexes, et tout ceci c'est des éléments de fierté collective, donc plutôt que de toujours critiquer notre pays, ou nous critiquer nous-mêmes, eh bien on peut parfois avoir des éléments de fierté collective, comme quand on gagne en sport par exemple.

ALBA VENTURA
Eh bien tiens, on en parle. Vous êtes le ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, et je sais que vous êtes un très grand fan de football. Le monde du foot est en ébullition en raison de l'attribution des droites télés, dont un appel d'offres a été lancé après le fiasco de Mediapro, est-ce qu'il y a un risque d'écran noir ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas nous faisons tout pour que ce ne soit pas le cas, même si c'est quand même un sujet privé, d'acteurs privés, qui ont pris trop de risques au début de cette affaire, et maintenant les choses doivent être rattrapées, donc la puissance publique joue tout son rôle, c'est-à-dire d'être en arrière-plan pour que les choses se passent au mieux, mais en même temps il faut laisser les acteurs privés faire ce qu'ils ont à faire et veiller à ce qu'on ne se retrouve pas avec un écran noir…

ALBA VENTURA
Il y a un risque quand même !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a toujours des risques, sur tous les sujets, mais, avec Roxana MARACINEANU, nous veillons notamment au fait que les clubs ne soient pas lésés dans cette affaire, et que notamment les petits clubs et les moyens clubs ne se trouvent pas en faillite ou dans des situations impossibles du fait de la situation économique dans laquelle ils auraient été mis.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous, merci et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 janvier 2021