Entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à BFM TV le 22 janvier 2021, sur la stratégie vaccinale de l'Union européenne et l'interdiction des déplacements touristiques à l'étranger..

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Texte intégral

Q - Le premier invité, Clément Beaune, bonsoir et bienvenue.

R - Bonsoir.

Q - Vous êtes secrétaire d'Etat en charge des affaires européennes. Je voudrais tout d'abord avoir votre avis, peut-être des informations sur cette information du journal Bild, nos confrères allemands, qui annoncent qu'AstraZeneca annonce, de son côté, un retard dans la livraison de son vaccin. On va préciser que le vaccin n'est toujours pas homologué, l'autorisation n'a pas été donnée encore par l'Agence européenne. Que savez-vous à ce sujet ? Que pouvez-vous nous dire ?

R - On ne sait pas pour l'instant. Donc, je ne veux pas commenter une information, une rumeur, qui doit être vérifiée. Cela veut dire plusieurs choses. Cela veut dire, d'abord, il faut être très vigilant et très exigeant dans les rapports avec les industriels, il y a des engagements contractuels en nombre de doses et en rythme de livraison. On l'a vu la semaine dernière, ça, c'était avéré, il y avait un cas de retard avec Pfizer, le premier vaccin qui a été autorisé, ils ont annoncé trois à quatre semaines de retard. La Commission européenne, au nom de toute l'Europe, leur a mis la pression pour que l'on réduise à une semaine, jusqu'à la fin de cette semaine, les retards. Donc, je ne commente pas cela, parce que l'on ne sait pas encore, mais on maintient cette pression.

Q - Vous vérifiez du coup, j'imagine...

R - Bien sûr, on le vérifie. Cela veut dire une deuxième chose, j'insiste aussi, c'est que la stratégie européenne qui a consisté à ne pas miser sur un seul vaccin, mais à combiner plusieurs vaccins qui sont homologués successivement, est indispensable, je crois que c'est la bonne stratégie, cette diversification, parce que, sinon, on est dépendant d'un seul laboratoire, de retards qui peuvent arriver ou qui peuvent parfois être justifiés, c'est des processus industriels, il faut les vérifier, mais on ne peut pas faire confiance à un seul vaccin pour mettre en place une stratégie vaccinale pour toute la population.

Q - Est-il vrai que la Commission, par certains de ses membres, met la pression sur l'Agence européenne du médicament pour que les vaccins soient homologués plus vite ? Parce que vous avez dit à l'instant : on met aussi la pression sur les laboratoires...

R - Oui, mais ce n'est pas pareil de dire : on met la pression sur les laboratoires, parce qu'à la fin, on est des clients... Bien sûr, c'est un sujet sanitaire, donc on ne fait pas n'importe quoi ; dans les discussions avec les laboratoires, c'est la Commission européenne qui le fait, avec l'appui des Etats membres, et on vérifie chaque chose. Mais quand on nous annonce un retard, il est normal que l'on exige que les choses soient rapidement réparées. Sur l'Autorité sanitaire, c'est très différent parce que là ce sont des scientifiques qui autorisent, pour la sécurité des Français et des Européens, des vaccins quand ils ont tous les éléments scientifiques pour dire que le vaccin est sûr ; et on attend cela d'eux.

Q - On pourrait imaginer que certains Etats, face aux retards notamment de Pfizer, se disent : il faut aller un peu plus vite !

R - Oui, il y a eu cette discussion hier soir ; ce que l'on a dit, c'est pour les industriels, on met la pression, il y a des contrats, ils doivent les honorer ; s'ils ont des problèmes industriels, on peut l'entendre, on en discute ; ils nous l'expliquent mais ils réparent le plus vite possible, ils accélèrent le plus possible. Pour l'Autorité sanitaire européenne, c'est différent ; on ne va pas leur dire : abandonnez l'examen scientifique des sujets. Ce serait inacceptable, et je pense que personne ne le demande en Europe. Il y a eu une demande des Etats membres et de la Commission que l'Autorité européenne des médicaments, sans renoncer en rien à la qualité scientifique, examine les choses le plus vite possible. Mais c'est elle qui décide de son processus d'un point de vue sanitaire et scientifique. Ce que l'on sait, puisqu'elle l'a annoncé elle-même, c'est qu'AstraZeneca, un troisième vaccin possible, a déposé son dossier le 12 janvier et que l'on peut espérer une autorisation, qui est le préalable à toute livraison, une autorisation à la fin du mois si tout va bien et si les preuves scientifiques sont réunies.

Q - Est-ce que dans ce processus de négociation, la Commission, d'une manière ou d'une autre, s'enquiert des moyens de production des laboratoires parce que là, on a vu qu'il y avait de grosses difficultés avec Pfizer, on va en reparler ; AstraZeneca, vous ne pouvez pas nous le confirmer ce soir, mais qui prévient déjà qu'il y a un délai de livraison. Est-ce que cela fait partie des négociations ?

R - Là aussi il faut qu'on soit très rigoureux. D'abord quand vous regardez... je sais l'impatience, et je la partage, même à titre personnel, de se faire vacciner mais quand vous regardez les choses avec un tout petit pas de recul, on a développé un vaccin en moins d'un an. Aujourd'hui, l'Europe a des contrats avec six laboratoires sur six vaccins, c'est plus de deux milliards de doses et ils commencent à être produits ; on reçoit à un rythme... cela a été un peu ralenti cette semaine, mais pour Pfizer et BioNTech, de 500.000 doses pour la France par semaine. Donc, la production, elle existe. Quand ils nous disent : il y a un retard, il y a un problème, c'est chez nous la ministre de l'industrie en particulier, le gouvernement français, la Commission, on vérifie. Si ça semble justifié, on peut le comprendre, parce que tout cela est un processus industriel, ils font au mieux...

Q - J'entends mais ça n'était pas ma question : est-ce que préalablement dans les négociations, la Commission avait un moyen ou pas du tout, de vérifier si la production était possible...

R - Oui, il y a des engagements qui ont été pris par trimestre ; on ne peut pas savoir au jour le jour, exactement ; il y a des engagements qui sont pris par trimestre et pour Pfizer, ce qui a été clairement établi la semaine dernière après ces discussions, c'est que pour le premier trimestre, tous les engagements de livraison seront dans les délais respectés.

Q - Alors ça c'est peut-être le biais aussi pour les Etats, c'est que Pfizer effectivement a répété ce que vous venez de nous dire à l'instant mot pour mot : nous avons un engagement trimestriel ; ce qui signifie que bon, en gros, Pfizer dit aux Etats : vous êtes bien gentils, mais on a un retard, ce n'est pas très grave puisqu'au bout de trois mois, on sera à l'heure. Sauf que cela a des incidences !

R - Bien sûr que ça a des incidences mais c'est pour ça que d'abord, il y a des stocks ; donc il y a eu des livraisons qui n'ont pas toutes été utilisées tout de suite ; il n'y a pas, comme on a eu la polémique, de stocks cachés, on fait les choses rapidement. Mais par exemple, ce que l'on fait en France, pour ne pas être déraisonnable, c'est que l'on s'assure d'avoir la deuxième dose quand on administre la première dose ; ça, c'est une sécurité élémentaire que l'on prend. Maintenant, on a des vérifications semaine par semaine mais quand vous répétiez ce que je disais, c'est que Pfizer a tenu l'engagement qu'on leur a fait prendre, de respecter sur le premier trimestre toutes les livraisons. Donc, il n'y aura pas de retard ; cela ne désorganise pas la campagne de vaccination de la France ou d'autres pays et quand il y a eu un retard industriel annoncé, on l'a compensé et ce sera rattrapé à partir de la semaine prochaine.

Q - Qu'est-ce qu'on peut dire, concrètement, Clément Beaune, aux gens qui nous regardent ? Alors il y a des Français citoyens ; il y en a d'autres qui sont élus ; est-ce que vous pouvez nous faire une réponse qui ne soit pas une réponse politique ? J'ai entendu : il n'y a pas de vaccin caché... Mais pourquoi est-ce qu'il n'y a pas des vaccins en face des lieux qui doivent être vaccinés et pourquoi est-ce qu'il n'y a pas le bon nombre, partout sur le territoire ? Pourquoi est-ce que des élus disent : je n'ai pas d'information ; on me dit le jeudi : demain, tu as 400 doses ; et on m'appelle le vendredi pour me dire "en fait, tu ne les as pas".

R - Ecoutez peut-être qu'il y a des choses à améliorer, je ne suis pas directement en charge de cela ; on publie désormais de manière régionale les doses qui ont été livrées et affectées. Je crois qu'il y a peu de pays qui font cela ; on fait une transparence qui s'est améliorée progressivement, qui est maximale sur les endroits où l'on livre et les autorités sanitaires, les agences régionales de santé en particulier, sont en lien avec les élus pour leur donner toute l'information dont elles disposent ; elle ne retiennent pas une information sur là où sont les vaccins, là où sont les livraisons et elles ajustent au mieux des besoins, les livraisons effectives.

Q - Mais est-ce que vous trouvez que pour l'instant, cela a été très clair, très transparent ? On peut quand même avoir le sentiment, de l'extérieur, qu'il y a des choses qui sont un peu nébuleuses...

R - On peut toujours faire mieux ; il y a une impatience, il y a des demandes d'informations complémentaires et je pense qu'Olivier Véran et les autorités sanitaires ont à coeur d'y répondre. Ils ne cherchent pas à dire : tout va bien, on n'améliorera rien. Non. Mais quand vous regardez, quand même, ce qu'on a, on sait chaque jour les vaccins qui sont faits, on le sait même par région ; on sait les doses qui sont livrées aussi par région. On a publié, on le publie toutes les semaines, puisque vous parliez des plannings de livraisons, les plannings attendus, vaccin par vaccin, en France telle qu'on a l'information mois par mois - pas trimestre par trimestre - mois par mois ; et cela, on n'est que deux pays en Europe à le faire. On peut essayer peut-être d'avoir encore plus d'informations, mais je crois qu'il ne faut pas dire qu'on essaye de cacher une information à qui que ce soit, ni aux élus ni aux Français ; Olivier Véran a encore expliqué en détail les objectifs de vaccination précisément ; voilà, on va essayer sans doute de faire encore mieux, mais on donne l'information dont on dispose.

Q - Cette sixième dose contenue dans les flacons de Pfizer, elle change quoi, Clément Beaune ? On va réexpliquer pour les gens qui n'auraient peut-être pas suivi : en fait le vaccin était prévu 5 doses par flacon ; en fait il se trouve qu'il y a toujours un petit reliquat, enfin, qu'il y a moyen de faire une sixième dose, sauf qu'elle n'est pas techniquement si simple à mettre en place ; il faut un matériel spécifique, une seringue spécifique pour cette sixième dose. Pfizer dit que le prix unitaire est prévu par dose et pas par flacon, du coup, cela ne change rien ; il n'y a pas de coût additionnel pour l'Union européenne. J'ai envie de dire heureusement quand même !

R - Je vais essayer de démêler le plus possible les sujets pour qu'il n'y ait pas de confusion ou de fantasmes. Les livraisons se font en flacons. Donc, le sujet du nombre de doses par flacons ne change rien pour l'industriel ; il doit honorer ses engagements ; quand il y a eu des retards, en nombre de flacons cette semaine, on a mis la pression, je le disais, pour le rattraper, donc cela, ce n'est pas à l'industriel de s'en occuper, si je puis dire. Après, il y a les autorités scientifiques et sanitaires...

Q - Pardon, je reviens sur ce que vous avez dit, au premier point ; là, c'est le communiqué de Pfizer que j'ai sous les yeux : lui dit que le prix unitaire est convenu par dose, et non par flacon.

R - Oui, mais je veux dire, les prix que l'on a payés, les livraisons qu'on a agréées, elles doivent être respectées, point barre. Ensuite, il y a la question qui est une question scientifique...

Q - Non, mais c'est important, excusez-moi, Clément Beaune, j'y reviens, ce n'est pas point barre, puisque si l'industriel dit : en fait il y a 6 doses par flacon, il n'y en a pas 5, ce n'est pas le même prix ! Ou alors pas le même volume ! Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de clair que l'on comprenne ?

R Je vous le dis : on a agréé des prix globaux avec les laboratoires, qui sont fixés dans les contrats, cela doit être respecté, on ne va pas rediscuter de cela.

Q - Donc, c'est 5 doses par flacon ?

R - Donc le prix, il a été fixé. On le tient...il sera payé, au nombre de doses que l'on a fixé aujourd'hui. 5 doses par flacon...après, ce que je veux dire parce qu'il ne faut pas mélanger tous les sujets, c'est que la possibilité d'utiliser un flacon pour faire plus de doses, c'est un sujet sanitaire et scientifique. Il y a une autorisation qui a été donnée par l'Autorité européenne confirmée par les autorités nationales, que l'on pouvait si c'est techniquement possible, parce que sur la technique, il y a un petit sujet d'ajustement de seringue etc, si c'est techniquement possible, autant utiliser pour aller plus vite dans la campagne de vaccination, tout le contenu que l'on peut dans chaque flacon. Mais cela, ce n'est pas un sujet qui doit être un sujet industriel et cela ne doit justifier aucun retard de livraison que pourraient avoir les industriels ; je veux être clair pour distinguer ces deux points.

Q - Puisque nous parlons de transparence depuis tout à l'heure, Clément Beaune, l'accès aux contrats de l'Union européenne avec les laboratoires, manifestement ce n'est pas très clair. Les eurodéputés ont eu le droit, en laissant le téléphone portable de côté, de regarder les contrats 45 minutes pour une soixantaine de pages. Certains élus ont noté qu'il y avait des endroits qui étaient biffés, qui étaient cachés ; est-ce que tout cela participe à ce que les citoyens aient confiance, aient envie d'aller se faire vacciner, et qu'est-ce qu'il y a de caché dans ces contrats ?

R - Là aussi, pour être le plus clair possible : c'est nous qui avons demandé d'abord qu'il y ait cet effort de transparence à la Commission européenne parce qu'il y avait des contrats qui avaient été signés, non pas de manière secrète, mais de manière confidentielle, parce qu'il y a des négociations industrielles et des processus de fabrication, des informations qui doivent être protégées dans un premier temps. Cela, c'est normal. On a dit très vite, dès que les autorisations sont données à chaque vaccin, il ne faut pas cacher, il faut montrer les contrats. Dans un premier temps, c'est une première étape, la Commission européenne a autorisé, comme elle le fait sur d'autres sujets industriels, les parlementaires européens, effectivement, de tous partis, à regarder ces contrats en cachant les informations qui sont à ma connaissance les plus confidentielles sur les procédés de fabrication pour ne pas que ça se retrouve sur les réseaux sociaux, dans le débat public etc. Par exemple il y avait des éléments sur les prix, typiquement. Est-ce que l'on doit aller plus loin ? Nous l'avons demandé, et je pense, par exemple, que ce qui serait une bonne idée - c'est aussi demandé par certains parlementaires européens - c'est qu'il y ait une évaluation indépendante et complète de ces contrats parce que si on vous met le contrat sur la table qui fait des centaines de pages, à vous ou à moi, très franchement moi je ne sais pas dire si c'est un contrat qui défend vos intérêts, nos intérêts...

Q - Non, mais c'est très important que les élus puissent y avoir accès parce que je vais rappeler cet élément, vous allez me le confirmer : l'Union européenne a mis de l'argent pour que les laboratoires aillent plus vite...

R - Bien sûr, 2 milliards d'euros...

Q - J'avais lu 3... mais vous dites 2...

R - Un peu plus de 2... D'ores et déjà 2, on ira peut-être un peu plus loin, mais d'ores et déjà 2...

Q - Pour aider les laboratoires à produire plus vite...

R - Pour acheter surtout...

Q - ... Oui, mais pour les aider aussi. Donc, j'imagine que ce processus de transparence est légitime.

R - Oui, il est légitime, mais ce que je veux dire, c'est qu'il faut que ce soit une transparence qui soit complète mais qui soit compréhensible. Encore une fois, on peut demander qu'il y ait le contrat sur la table, moi, je ne sais pas vous dire, d'un point de vue scientifique ou financier, si c'est un bon contrat ou un mauvais contrat. Donc, que les parlementaires y aient accès, c'est une première étape, c'est très bien ; que ces contrats avec le maximum d'informations, pas d'informations biffées etc soient évalués par une autorité indépendante, du type de la Cour des comptes ou autres, cela existe dans notre pays, cela existe au niveau européen, je pense que cela serait très bien en plus pour qu'il y ait des scientifiques et des négociateurs rodés... rompus qui nous disent : là vous avez bien défendu les intérêts européens, vous avez respecté les intérêts du contribuable européen et surtout du citoyen européen qui veut être protégé et en toute sécurité, voilà. Je pense que l'on doit faire cette transparence supplémentaire.

Q - Je voudrais qu'on parle de concertation ; la Belgique a interdit tous les voyages non essentiels à l'étranger en fin d'après-midi, même dans l'Union européenne. Est-ce que c'est une décision qui est unilatérale ? Est-ce que la Belgique a parlé avec ses voisins européens ?

R - Oui, il y a eu une discussion, hier soir, entre l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement européens, dont le Président de la République pour la France, et une des conclusions qui a été annoncée à la suite de ce conseil, c'est qu'il était recommandé de limiter les déplacements à ce qui est essentiel - c'est toujours compliqué "non essentiels, essentiels" - mais enfin, en gros, les déplacements touristiques à l'étranger ; il n'est pas urgent, il n'est pas impératif, donc là c'est un esprit de responsabilité. Les pays ont tous fait appel, je le dis aussi pour la France, à la responsabilité de chacun ; ce n'est pas le moment d'aller faire un déplacement touristique à l'étranger même en Europe. La Belgique est allée plus loin en ayant un dispositif d'interdiction, honnêtement je ne sais pas exactement comment cela va marcher, mais la consigne commune, qui est une orientation, une recommandation, un appel à la responsabilité, c'est d'éviter les déplacements touristiques. On ne se contente pas " d'appeler à ", on a, vous le savez, renforcé les mesures de contrôles qui là sont obligatoires avec un test PCR, y compris quand on fait des déplacements en Europe, sauf quand vous faites du transport routier ou que vous êtes frontalier par exemple.

Q - Alors un test PCR négatif de 72 heures, c'est désormais la règle pour voyager au sein de l'Union européenne, mais alors, pas la règle pour tout le monde ; et vous le savez bien évidemment et je suis obligé de vous poser la question ; il y a une forme d'incompréhension : donc c'est valable pour ceux qui arrivent en avion, c'est valable pour ceux qui arrivent en ferry mais ce n'est pas valable pour ceux qui ne voyagent par le rail. Si on prend le Thalys... pourquoi ?

R - A ce stade - on ajustera si besoin - à ce stade en effet, on prévoit cette exemption parce que vous parlez du Thalys : il n'y a pas que le Thalys... ce n'est pas principalement le Thalys, d'ailleurs, je note quand même parce qu'il faut parler de la réalité et pas seulement de cas théoriques, le trafic est extrêmement réduit, y compris sur le ferroviaire international, comme le Thalys, aujourd'hui. Mais vous avez aussi - et c'est la majorité des cas de nos concitoyens - des frontaliers en Moselle partout en Lorraine, dans le Grand-Est qui vont travailler au Luxembourg, qui prennent le TER, qui vont travailler parfois en Allemagne ; elles ne voyagent pas, ces personnes-là ; ces personnes-là, elles travaillent et donc on ne peut pas leur imposer alors qu'elles font des allers-retours quotidiens, parfois qu'elles font juste leurs courses alimentaires les mêmes règles que tout le monde. Cela se fait en voiture, cela se fait en TER...

Q - Oui mais dans ces trains, il y aura peut-être des gens qui ne sont pas transfrontaliers.

R - Mais cela ne vous aura pas échappé qu'on cherche en effet à être le plus protecteur possible, et on renforce les mesures ; on l'a fait lundi dernier pour tous les voyages hors Europe qui étaient déjà interdits, mais pour les quelques cas qui demeuraient, nos ressortissants, on impose en plus un test PCR. Hier soir, on annonce - ça prend effet ce week-end - les tests PCR pour l'avion, intra-européens. Et le transport terrestre, on est obligé de tenir compte du fait qu'il y a des gens qui vont travailler ; comme vous, vous allez travailler, vous prenez peut-être un véhicule...

Q - Mais cela s'entend pour les véhicules individuels, évidemment...

R - Et pour le transport routier par ce que le transport routier... les camions - c'est cela dont on parle aussi - ils apportent l'alimentation que l'on mange partout en France, les médicaments, les vaccins, ils viennent de Belgique ; on ne va pas les empêcher de passer !

Q - Non mais les trains, Clément Beaune, le virus se déplace pareil dans un avion ou dans en train ; je veux dire qu'il y a des gens qui vont travailler à l'étranger en avion... Et les gens qui vont travailler à l'étranger en avion, ils devront fournir ce test...

R - On cherche cet équilibre entre une protection et c'est évidemment notre premier engagement et notre premier impératif et une vie sociale minimale que l'on doit préserver...

Q - Mais est-ce que c'est obligé...

R - Pour le train, pour l'instant, parce qu'il y a cette raison des frontaliers, ça n'est pas notre option d'avoir l'obligation d'un test PCR ; si on devait renforcer les mesures, vous l'avez vu, on le fera ; mais aujourd'hui, il faut tenir compte de cette réalité économique, sociale ; les personnes qui en ont besoin pour aller travailler, on ne peut pas leur interdire tout déplacement...

Q - Est-ce que c'est tenable, Clément Beaune, dans ce contexte où l'ensemble de nos voisins se referment, où l'option d'un confinement généralisé existe également chez nous, est-ce que c'est tenable de dire : si vous prenez le train, vous pouvez aller où vous voulez ?

R - J'insiste, ce n'est pas : vous pouvez aller où vous voulez ; c'est limité à un certain nombre de cas et aujourd'hui, le trafic des trains international en Europe, il est en pratique extrêmement limité. Je prends un exemple : il y a une ligne qui est d'habitude très empruntée, c'est l'Eurostar ; l'Eurostar, parce que le Royaume-Uni n'est plus un pays européen, on a un test PCR, au départ, qui est exigé et qui est vérifié en même temps que vos documents. Est-ce que le dispositif devra, celui-ci ou nos mesures nationales, devra se renforcer ? Le ministre de la Santé l'a dit hier : on regarde à chaque étape si c'est proportionné et efficace et si la situation se dégrade, on augmente notre niveau de restrictions. On a toujours fait comme ça parce qu'il faut malgré tout qu'on vive avec ce virus autant que l'on peut pour ne pas tout arrêter tout en protégeant au maximum la santé de tous.

Q - Deux mots encore s'il vous plaît : où en est-on des discussions européennes au sujet d'un passeport vaccinal ? On sait qu'en France, c'est un sujet épineux - la plupart des gens sont contre pour dire les choses - en tout cas politiquement, les Français dans les sondages, c'est autre chose. On en est où au niveau européen ?

R - Il y a eu une première discussion hier ; le Président de la République a rappelé notre très grande méfiance parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas donner plus de droits à certains qui ont été vaccinés qu'à d'autres qui ne le sont pas encore parce que tout simplement, tout le monde n'a pas encore accès ; la campagne de vaccination, on en a parlé, se déploie progressivement. Donc, ce serait quand même extrêmement injuste et paradoxal de dire : aujourd'hui, vous avez pu vous faire vacciner... puis sinon les autres, vous n'avez pas encore votre rendez-vous, vous n'êtes pas encore dans une population cible, il faut attendre, vous n'avez pas le droit de ressortir ou de reprendre telle ou telle activité. Donc, c'est un débat qui est aujourd'hui, le Premier ministre l'a dit ainsi, est un débat prématuré ; et donc ce débat européen aura peut-être lieu un jour mais beaucoup plus tard...

Q - Mais ce n'est pas en cours chez certains de nos voisins ?

R - Ils l'ont demandé, on a eu ce débat... on a eu un débat européen...

Q - Non mais on parlait de la Belgique ; la Belgique pourrait dire : "Pour venir chez nous, il faut un passeport obligatoirement"...

R - Non, non, on s'est dit justement hier qu'il y aura pas d'initiative individuelle non coordonnée sur ce sujet ; il y a des pays qui étaient pour aller plus vite, d'autres comme nous, qui étaient plus réticents ; on a dit : on va regarder un peu comment cela marche et en attendant, personne ne le fait.

Q - Jusqu'où peut-on aller parce que là dans les faits, Schengen n'existe plus vraiment, en tout cas la libre circulation des personnes n'existe plus - la Belgique, on en voit la preuve, interdit les déplacements non essentiels ?

R - Vous voyez le paradoxe : on nous dit "ce n'est pas assez, il faut faire aussi le train, il faut faire aussi le routier" et puis on dit "c'est dramatique, il n'y a plus de libre-circulation..."

Q - Ce n'est pas "on", c'est moi et je vous pose des questions, je vous demande.

R - Non mais je sais, c'est pour cela que je vous dis qu'on cherche cet équilibre. Schengen, ça n'est pas mort ; c'est pour cela que l'on a toujours distingué le hors Européen et l'intra Européen, qu'on est plus précautionneux sur ce qui se passe en Europe parce que c'est notre vie - je parlais des frontaliers - ce n'est pas pareil que d'aller à New-York pour des vacances, de passer une frontière avec le Luxembourg pour aller bosser. Donc, on essaie de trouver cet équilibre. On a dû prendre des mesures - c'est dur, c'est douloureux - internes à l'Europe ; j'espère qu'elles dureront le moins longtemps possible, mais elles dureront de manière proportionnée et aussi longtemps que c'est nécessaire d'un point de vue sanitaire.

Q - Un dernier mot : on en est où de la piste d'un confinement généralisé en France, selon vos informations ?

R - Vous le savez, le ministre de la Santé a donné tous les éléments hier ; il y aura une évaluation dans les jours qui viennent de l'impact du couvre-feu ; c'est cela qui guide nos décisions.

Q - Merci beaucoup. Merci d'avoir été notre invité ce soir dans BFM TVSD.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 janvier 2021