Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Culture le 27 janvier 2021, sur la vie politique et la politique du gouvernement.

Texte intégral

GUILLAUME ERNER
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Guillaume ERNER.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance et vous venez de publier L'ange et la bête, mémoires provisoires aux éditions Gallimard. Une réflexion sur le pouvoir, une réflexion au fil des jours et, justement, ce livre s'ouvre sur un jour important : le 15 avril 2019. C'est un jour important pour vous puisque c'est votre anniversaire. Vous aviez cinquante ans. Et puis c'est un jour important pour la France et probablement aussi pour le monde puisque la cathédrale Notre-Dame brûlait. Selon vous, c'était un signe ? C'est finalement la métaphore de ce que vous alliez vivre ensuite, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
On peut y voir un geste prémonitoire, un accident prémonitoire. On peut y voir l'annonce de ce qui va suivre. Moi j'ai voulu ouvrir ce livre qui reprend trois années de travail au ministère de l'Economie des Finances, qui s'interroge sur la crise actuelle parce qu'effectivement c'est un moment de bascule. Le moment où un siècle, des siècles de culture s'embrasent sous nos yeux. L'inimaginable se produit, c'est ça pour moi l'incendie de Notre-Dame. L'inimaginable se produit sous vos yeux. Et c'est exactement ce qui est arrivé un an plus tard avec l'arrivée de la pandémie. L'inimaginable s'est produit, c'est-à-dire l'arrêt complet de nos sociétés, de l'économie en raison de la circulation d'un virus. Donc c'est pour ça que j'ai voulu commencer mon livre par l'incendie de Notre-Dame, ça m'a profondément bouleversé aussi parce que je suis de culture catholique, que je connais bien cet édifice, que j'y suis attaché, que j'y ai passé du temps. Et tout à coup on voit avec cet édifice comme un monde qui s'effondre et un autre monde qui commence.

GUILLAUME ERNER
Trois ans de travail dont un an d'enfer, un an de travail difficile. J'utilise le mot d'enfer faire parce que L'ange et la bête est une référence à PASCAL et on se demande justement dans quelle mesure tous les tourments que l'on peut avoir lorsqu'on est au gouvernement pendant cette période-là. Depuis le début de la pandémie, Bruno LE MAIRE, Bruno qu'est-ce que vous vous êtes dit ? Que c'était une période exaltante, inquiétante, tout ça à la fois ?

BRUNO LE MAIRE
Alors c'est une période qui est effectivement exaltante quand on fait de la politique parce que la politique retrouve du sens. Vous avez prise sur la réalité, vous pouvez changer les choses, vous pouvez faire la différence entre une bonne décision et une mauvaise décision, améliorer la vie des gens, en l'espèce améliorer le plus possible la vie des commerçants, des entreprises qui sont fermées, des salariés qui n'ont pas de travail ou qui pourraient perdre leur travail. Donc vous faites oeuvre utile et quand vous êtes engagé en politique, vous faites oeuvre utile. Mais c'est aussi une période où chaque jour - et je dirais même chaque heure de chaque jour - vous vous demandez si vous prenez la bonne décision. Est-ce que c'est la bonne décision ? Est-ce que dans l'équilibre entre la protection sanitaire et la protection économique nous avons trouvé le bon équilibre ? Est-ce qu'il faut fermer ou ne pas fermer les commerces ? Est-ce qu'il faut aller encore plus loin dans le soutien ? Est-ce que je suis certain d'avoir bien soutenu tous les secteurs économiques et éviter des drames personnels à des entrepreneurs qui voient disparaître l'oeuvre de leur vie en quelques mois ? Donc c'est aussi une période qui, du point de vue personnel, une période de grandes interrogations, de doutes. Avant chaque décision, il y a du doute.

GUILLAUME ERNER
Mais alors, justement dans votre vie personnelle parce que dans la citation de PASCAL « il n'est qu'un homme au bout du compte, c'est-à-dire capable de peu et de beaucoup, de peu et de rien. Il n'est ni ange ni bête mais homme. » Comment vit-on cette période-là ? Vous avez une famille aussi, vous avez eu le Covid. Vous le racontez d'ailleurs dans ce livre, donc ça n'est pas seulement une position de surplomb.

BRUNO LE MAIRE
Non. C'est aussi une position et je pense que c'est aussi l'objet du livre. C'est de raconter, de faire vivre à tous ceux qui le liront, à tous les Français qui le liront ce que c'est que la vie d'un ministre qui est aussi un père de famille, qui a aussi sa vie personnelle et qui doit conjuguer les exigences de la fonction de ministre avec sa vie personnelle. Mais dans le fond, comme je le raconte dans le livre, c'est une vie qui est très monacale, qui est très rythmée, qui est très disciplinée, où vous vous levez tôt, vous vous couchez tard, vous passez beaucoup de temps au bureau, vous faites beaucoup de réunions, beaucoup de rencontres. Vous pesez chacune de vos décisions, vous lisez le maximum d'informations pour être sûr de prendre la bonne décision. Mais à chaque fois vous vous interrogez autant comme homme que comme ministre sur la décision que vous avez prise. Est-elle bonne ? N'est-elle pas bonne ? Et est-ce qu'une bonne décision, c'est le sens aussi de ce titre et de cette référence à PASCAL - cette décision qui a l'air bonne, qui est peut-être la décision d'un ange ne peut pas se transformer dans le fond en mauvaise décision, parce qu'elle sera ensuite détournée de son objet ?

GUILLAUME ERNER
Mais alors justement dans cet emploi du temps aussi serré, Bruno LE MAIRE, comment faire pour trouver du temps pour écrire ?

BRUNO LE MAIRE
Vous écrivez d'abord le matin très tôt pour être très simple, en vous levant plus tôt. Ce livre a été commencé pendant les vacances d'août 2020 et en l'écrivant, je me suis aperçu à quel point il était nécessaire pour moi de prendre ce temps d'arrêt qu'est l'écriture. Et je crois qu'il est absolument essentiel, surtout en période de crise - et la singularité de ce livre, ce n'est pas de raconter, de faire vivre ce qui s'est passé de l'intérieur : c'est de le faire aussi à ce moment-là, de le faire pendant la crise. Parce que je pense que ce livre est utile parce qu'il est publié pendant la crise, pour faire comprendre aux Français justement comment sont prises les décisions, comment est-ce que sont rendus les arbitrages. Et donc l'écriture, c'est très tôt le matin, c'est pendant les périodes de vacances. C'est un temps d'arrêt qui vous oblige à la réflexion. Je pense qu'on a besoin de responsables politiques qui prennent le temps de la réflexion.

GUILLAUME ERNER
Mais alors, vous ne réfléchissez pas seulement à des questions éthérées ou philosophiques. Vous faites de la politique aussi et vous le racontez. Alors il y a un chapitre où vous êtes particulièrement en colère. Il s'appelle Minima moralia et vous êtes alors au cinquième jour de votre quarantaine. Vous racontez donc cet enfermement qui aujourd'hui est un enfermement que beaucoup de personnes à la surface de la planète ont connu, et vous évoquez les cyniques. Vous dites : « le cynique ose tout, il ne fait même plus semblant, il ne se cache plus. » Et vous êtes en colère contre la prolifération des cyniques par exemple parmi les hommes politiques. Alors vous citez par exemple Jean-Luc MELENCHON. C'est si fréquent que cela les cyniques en politique, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense c'est l'un des maux qui ronge la politique aujourd'hui. Le cynique, c'est quoi ? C'est celui qui prend une réalité et qui la transforme à son avantage avec comme seul objectif de gagner en force, gagner en puissance sans savoir si c'est vrai ou si c'est faux. Je vais vous donner un exemple d'actualité. Les mêmes qui n'ont cessé de taper sur l'entreprise SANOFI depuis plusieurs semaines, en expliquant qu'ils sont incapables de produire un vaccin, qu'ils ont fait des licenciements qui sont absolument inacceptables, vont être les mêmes qui vont prendre le micro pour dire aujourd'hui « c'est formidable, SANOFI va mettre en flacon un vaccin d'une entreprise concurrente pour fournir des vaccins au pays. » Pas de recul, l'emploi systématique de l'actualité à son propre profit, le déchaînement de violence ou d'approximations uniquement pour se renforcer soi-même. C'est ça le cynisme et je le vois se répandre effectivement partout dans la vie politique. Le point d'aboutissement ultime du cynisme, c'est le mélange de la vérité et du mensonge. Le mensonge devient de la vérité. C'est Donald TRUMP qui nous explique : « non je n'ai pas perdu les élections ; c'est moi qui ai gagné les élections et Monsieur BIDEN a perdu. » Ça conduit à des violences, ça conduit aux événements du Capitole à Washington et ça conduit à la remise en cause non pas seulement de la démocratie, mais même de la possibilité de la politique. Parce qu'il n'y a pas de politique possible s'il n'y a pas de distinction entre la vérité et le mensonge.

GUILLAUME ERNER
D'ailleurs les passages les plus pittoresques sont consacrés à vos rencontres avec Donald TRUMP et vous expliquez, Bruno LE MAIRE, qu'il a eu des mots très durs avec les Allemands mais vous ne citez lesquels. Vous vous souvenez lesquels étaient-ce ?

BRUNO LE MAIRE
Chacun connaît la relation très difficile qu'avait Donald TRUMP avec les Allemands. Ce que je veux faire toucher du doigt au lecteur dans ce livre, c'est deux approches radicalement différentes de la politique et c'est le sens, par exemple, de l'entretien entre le président MACRON et le président TRUMP. Vous avez une approche cartésienne. Il y a un problème, un problème de taxation des géants du numérique. Nous avons des solutions techniques, nous les présentons au président russe et le président MACRON les présente de manière très rationnelle, très convaincante au président TRUMP, et le président TRUMP ne rente même pas dans le raisonnement. Ça ne l'intéresse pas. Ça ne l'intéresse pas les raisons techniques : pourquoi est-ce que les gens du digital sont les grands gagnants donc il faut les taxer ; pourquoi il faut un nouveau système de taxation international. Il regarde la table qui est devant lui et i dit : « Tu as vu, Emmanuel, cette table elle est vraiment noire. Elle est noire. » Et par une association d'idées tout à fait stupéfiante, il commence à parler de l'Afrique et du continent africain. Et dans le fond, il refuse systématiquement de rentrer dans la discussion, il ne veut pas de raisonnement, il veut du rapport de force. Et donc il décale la discussion vers ce qu'il est en train de voir immédiatement vers d'autres sujets et il n'y a plus de relation raisonnable, il n'y a qu'une relation de rapport de force. C'est ce que je veux faire toucher du doigt au lecteur dans ce récit et dans la manière que j'ai de présenter ces négociations internationales.

GUILLAUME ERNER
Mais justement, parce que vous défendez - je vous cite : « un juste milieu et c'est un juste milieu, dites-vous, que j'essaie de définir dans ce livre. » Mais Donald TRUMP est un excellent politique. Il a certes perdu la dernière élection présidentielle mais il a obtenu plus de 70 millions de voix. Vous dites qu'il est visuel, chacun interprétera à sa manière ce que l'on peut dire d'un homme politique qui aurait comme principale faculté le fait d'être visuel. Est-ce que vous n'avez pas une vision trop angélique de la politique ? J'imagine que votre pratique est différente. Mais cette vision que vous décrivez dans L'ange et la bête, elle est très angélique Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
C'est ça l'enjeu justement du siècle qui commence. C'est de savoir quelle politique nous voulons, quelle démocratie nous voulons. Je rends hommage à Angela MERKEL. Je rappelle mon engagement aux côtés d'Emmanuel MACRON. Je cite d'autres responsables politiques comme Christine LAGARDE ou la commissaire européenne Margrethe VESTAGER. Toutes ces personnalités qui sont des personnalités européennes ont un point en commun. Quand vous discutez avec elles, quand vous négociez avec elles, c'est une négociation qui est fondée en raison. Sur des arguments de raison, sur des vérités, sur des réalités scientifiques et je pense que c'est la bonne façon de faire de la politique. Ça n'empêche pas d'y mettre du coeur, d'y mettre de l'enthousiasme, d'essayer de présenter un projet plus ambitieux pour ses compatriotes. Mais leur point commun, c'est que la politique se fait sur la raison. Quand vous discutez avec un Vladimir POUTINE ou des entretiens avec le président chinois ou des entretiens avec le président TRUMP qui sont ceux qui occupent le plus de place dans le livre, c'est une autre manière de faire de la politique fondée exclusivement sur la déstabilisation de l'adversaire et sur le rapport de force. Je pense que c'est l'honneur de la nation française et l'honneur du continent européen de défendre cette façon de faire de la politique et de défendre cette vision de la politique.

GUILLAUME ERNER
Il n'y a pas que de la raison en politique. D'ailleurs vous le dites, vous expliquez par exemple que vos rapports avec l'ancien Premier ministre Edouard PHILIPPE, eh bien ces rapports n'ont pas toujours été aisés, Bruno. LE MAIRE. Pour citer PASCAL « souvent l'esprit et la dupe du coeur » et vous expliquez là aussi comment les inimitiés…

BRUNO LE MAIRE
Ça, c'est ce qui fait le charme de la politique et ce qui fait tout l'intérêt de la vie politique. C'est que c'est d'abord fondamentalement des rapports humains avec les uns et les autres qui sont parfois difficiles, parfois plus immédiats.

GUILLAUME ERNER
C'était très dur avec Edouard PHILIPPE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, absolument pas. Je lui rends hommage et je considère qu'il a été un grand Premier ministre.

GUILLAUME ERNER
Ça, on est obligé de le dire. Mais ensuite ?

BRUNO LE MAIRE
Ce livre cherche la vérité. Il veut être fondé sur de la vérité. Quand vous avez été candidat à une primaire à l'élection présidentielle, ce qui a été mon cas dans l'année 2016 et que le soutien d'un ancien candidat à la primaire, Alain JUPPE, devient Premier ministre, je raconte à quel point ça peut être difficile à vivre. Mais c'est la vie politique de se dire : tiens, moi j'étais candidat, lui ne l'était pas, lui devient Premier ministre et je dois être sous son autorité. Donc il y a un temps d'adaptation, reconnaissons-le avec beaucoup d'humilité et c'est ce que je raconte dans le livre.

GUILLAUME ERNER
Vous citez par exemple Nicolas SARKOZY, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Ça n'empêche qu'au bout du compte, nous avons remarquablement travaillé avec Edouard PHILIPPE, que c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'admiration et qui a été à mon sens un grand Premier ministre.

GUILLAUME ERNER
Vous citez Nicolas SARKOZY, vous avez été ministre de Nicolas SARKOZY. Vous racontez d'ailleurs comment vous avez été nommé deux fois ministre de l'Economie et des Finances. Vous ne l'avez été qu'une seule fois parce que finalement, Nicolas SARKOZY a dit que cette perspective gênait et que François BAROIN voulait l'être. Il a fait un caprice et il a obtenu ce poste alors que vous ne l'avez pas eu. Tout ça, on est très, très, très loin de la rationalité et de ce monde idéal, de ce juste milieu que vous voudriez défendre.

BRUNO LE MAIRE
C'est bien pour ça que ce juste milieu, cet intérêt pour la raison doit guider notre action politique. Parce que si on n'y prend pas garde effectivement, la politique peut se résumer très vite à des enfantillages. Est-ce que je prends la place de l'autre ? Est-ce que j'ai ceci, est-ce que j'ai cela ? Qu'est-ce qu'il a dit sur moi ? Qu'est-ce que j'ai dit sur lui ?

GUILLAUME ERNER
Vous, vous avez fait un caprice pour avoir le mot « finances » dans votre titre.

BRUNO LE MAIRE
Ça doit compter de moins en moins. Vous allez dire que ce n'est pas ça qui doit vous guider dans votre action politique et dans votre action quotidienne. Quand vous avez une crise économique qui est la plus importante depuis 1929 qui vous tombe dessus, à laquelle il faut apporter des réponses, je pense qu'il vaut mieux laisser les enfantillages de côté. Et je crois qu'un des apprentissages de la vie politique, c'est de ne plus faire attention à un certain nombre de choses. C'est François MITTERRAND à qui on a posé cette question. On lui demandait : « Mais dans le fond, Monsieur le président de la République, quelle est pour vous la plus grande qualité en politique ? » Il avait répondu : « J'aurais aimé vous répondre le courage mais, dans le fond, je crois que c'est l'indifférence. » Il faut effectivement en politique de plus en plus une certaine indifférence aux commérages, aux critiques, à ces enfantillages pour se concentrer sur l'essentiel c'est-à-dire le service des Français.

GUILLAUME ERNER
Non mais ça, c'est un bon mot de François MITTERRAND mais on sait tous qu'il était tout sauf indifférent.

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il avait appris au fil du temps - je ne l'ai pas connu - mais à garder beaucoup, beaucoup, beaucoup de distance avec les enfantillages qui peuvent vous occuper au début de votre carrière politique mais dont vous vous éloignez au fur et à mesure. Ça fait près de quinze ans que je suis engagé en politique, ça fait près de quinze ans que je suis élu député de l'Eure. J'ai travaillé longuement avec Jacques CHIRAC, je travaille aujourd'hui sous l'autorité du président de la République Emmanuel MACRON. Au fur et à mesure du temps qui passe, la seule chose qui compte pour vous et c'est un des points fondamentaux du livre, c'est ce que vous arrivez à faire concrètement pour les Français. Et j'ai d'ailleurs des mots très durs sur ce que peut devenir la vie politique. Si vous n'y faites pas attention, vous pouvez passer vingt ans dans la vie politique en ayant fait que les commérages, en ayant abouti à rien de concret et en ayant perdu votre temps dans des luttes et des affrontements stériles. C'est parce que j'ai conscience de ça, c'est l'ange et la bête, que la politique peut tomber du côté de la bête, c'est-à-dire du côté de l'enfantillage et de la vacuité, qu'il faut tout faire tous les jours pour essayer d'avoir une action concrète, efficace, au service des Français.

GUILLAUME ERNER
Mais alors ce qui est étonnant, c'est qu'en dehors des hommes politiques français que vous évoquez, si on met de côté Angela MERKEL – puisqu'Angela MERKEL a droit effectivement à un traitement à part dans votre livre, Bruno LE MAIRE, L'ange et la bête - vous ne voyez finalement que des gens, Donald TRUMP en Arabie Saoudite à Ryad, que des individus qui sont dans des projets de puissance qui sont très éloignés finalement des principes de rationalité socio-démocrates. Je mets ça entre parenthèses.

BRUNO LE MAIRE
Parce que c'est notre entourage international.

GUILLAUME ERNER
Pourquoi vouloir être social-démocrate dans un monde qui ne l'est pas ?

BRUNO LE MAIRE
De dire dans quel monde nous vivons, avec qui nous traitons et avec qui nous devons traiter des réalités géopolitiques. Il y a des chefs d'Etat, il y a des nations qui sont dirigées par des personnalités autoritaires dans lesquelles la France a des investissements, des intérêts économiques, des relations pour garantir notre sécurité, et c'est important que les Français voient ça aussi plutôt que d'avoir des jugements à l'emporte-pièce. Bien comprendre aussi quelle est la réalité du monde qui nous entoure et, en même temps, en faire un point d'appui pour dire à quel point le projet politique que nous portons en Europe, qui est un projet de raison, qui est un projet de modération, est un projet absolument essentiel pour le reste de la planète. Parce que sinon, si vous retirez le projet politique européen, si vous retirez le projet économique européen où on a vu pendant la crise qu'on protégeait les salariés, qu'on évitait le chômage de masse, qu'on protégeait les entreprises, qu'est-ce qui reste ? Il reste un monde infiniment plus brutal. Et c'est pour ça que l'Europe au XXIème siècle a une utilité historique : proposer autre chose que la brutalité comme projet politique.

GUILLAUME ERNER
Vous savez, la question « qui va payer », on va immédiatement la poser à Bruno LE MAIRE. Monsieur le ministre, dites-nous qui va régler cette dette.

BRUNO LE MAIRE
D'abord, est-ce que c'est une bonne chose aujourd'hui de s'endetter ? Je vais peut-être vous surprendre comme ministre des Finances mais je pense que c'est une nécessité. Il est moins coûteux pour la France, moins coûteux pour les Français de s'endetter comme vient de le rappeler Frédéric SAYS à taux négatif. Quand on emprunte de l'argent à 10 ans, nous payons un taux à moins 0,33 %. Et même quand on emprunte sur le très long terme, nous avons fait une levée de dette la semaine dernière de 7 milliards d'euros, il y avait 75 milliards d'euros de demande - 75 milliards d'euros de demande pour 7 milliards d'euros de besoin - et nous avons eu un taux à 50 ans à 0,59. Je pense que tous ceux qui nous écoutent qui ont emprunté pour leur logement doivent se dire : eh bien dites donc, emprunter à 50 ans à 0,59 c'est quand même formidable. Alors il est moins coûteux d'emprunter de l'argent pour protéger les salariés et protéger les entreprises que d'avoir un tsunami de faillites et de chômage. Voilà, le choix stratégique que nous avons fait avec le président de la République depuis mars, c'est protéger les salariés et protéger les entreprises. Ce choix durera tant que la crise sanitaire sera là. Et il n'y a aucune raison de changer de stratégie au moment où la situation épidémique et la situation économique restent très difficiles. Après, comment est-ce qu'on remboursera et est-ce qu'il faut rembourser ? Evidemment qu'il faut rembourser et c'est très important aussi que les investisseurs étrangers le sachent si on veut qu'ils continuent à investir sur la dette française. C'est important que les épargnants qui nous écoutent le sachent parce que je rappelle qu'un quart de la dette française, c'est l'épargne des Français en assurance-vie, donc le ministre des Finances est là d'abord pour protéger l'épargne des Français. On remboursera le moment venu, c'est-à-dire quand la croissance reviendra et que l'épidémie sera derrière nous. Rien ne serait pire que de vouloir rétablir les finances publiques au moment où la crise économique et la crise sanitaire sont encore là. Je pense que ça provoquerait un dérapage complet de toute l'économie française et ça nous empêcherait de nous redresser. Mais quand l'épidémie sera derrière nous, quand la croissance sera de retour - je l'espère le plus rapidement possible - il faudra rembourser la dette par de la croissance. Ç'a été dit. Mais aussi, c'est des choses plus difficiles à entendre mais qui sont indispensables, par le rétablissement de nos finances publiques. Eviter d'avoir des dépenses de fonctionnement qui sont trop importantes et trop élevées, c'est le cas depuis 50 ans dans notre pays, et en engageant un certain nombre de réformes de structure. Je suis désolé de devoir me répéter sur ce sujet, mais nous aurons besoin d'une réforme des retraites qui rétablisse les équilibres financiers du régime des retraites en France. Parce que quand on est attaché à un système par répartition, on voit bien qu'aujourd'hui il est déficitaire et que si nous voulons le maintenir dans la durée, il faudra aussi rétablir les équilibres de ces comptes des retraites.

GUILLAUME ERNER
Bruno LE MAIRE, Le Canard enchaîné nous apprend qu'il vous reste 30 milliards d'euros dans vos poches que vous n'avez pas dépensés, que ces 30 milliards d'euros qui devaient aller aux entreprises aidées par les mesures d'urgence n'ont pas été consommés. Donc en réalité, le discours d'Olivier et ce que vous venez de dire, c'est pour rassurer les marchés financiers, mais au fond vous savez bien qu'il vous reste beaucoup d'argent.

BRUNO LE MAIRE
Alors c'est une drôle d'idée de prétendre qu'il nous reste beaucoup d'argent…

GUILLAUME ERNER
30 milliards, c'est pas mal !

BRUNO LE MAIRE
Alors qu'on arrive à quasiment 120% de dette publique par rapport à notre richesse nationale et qu'on a dépassé les 10 points de déficit. Honnêtement, c'est une idée un peu baroque. La réalité, c'est que nous avions provisionné en 2020 des sommes très importantes pour protéger les Français, notamment en cas de deuxième confinement. Il y a eu un deuxième confinement en novembre, nous avions provisionné des sommes très importantes parce que nous étions partis de l'idée qu'en mars au premier confinement, on avait perdu 30 points d'activité donc nous allions perdre en novembre aussi 30 point d'activité. Comme on a fait un confinement qui était mieux construit, plus respectueux des exigences économiques, nous n'avons perdu que 12 points d'activité. Donc effectivement nous avons été prévoyants, ça nous laisse de l'argent de côté. J'ai le regret de vous dire qu'il est déjà en train d'être dépensé dans les mesures de soutien à l'économie que nous avons employées depuis le début de l'année.

FREDERIC SAYS
Vous venez d'évoquer une réforme des retraites que vous appelez de vos voeux pour rétablir entre autres les finances publiques. Avant l'élection présidentielle de 2022 ? Vous savez qu'il y a un débat entre les ministres sur cette question. Vous êtes favorable à ce qu'elle se fasse ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas le maître du calendrier, c'est le président de la République et le Premier ministre qui le décideront.

FREDERIC SAYS
Mais votre opinion ?

BRUNO LE MAIRE
Mon opinion, c'est que les faits sont têtus et les faits montrent très clairement que globalement, quand vous prenez l'ensemble du volume de travail d'un Français tout au long de la vie - même si chaque Français, je tiens à le dire, travaille dur avec beaucoup de professionnalisme, beaucoup d'efficacité - mais quand vous prenez l'ensemble du travail d'un Français tout au long de la vie, parce que le niveau de chômage est élevé, parce qu'on part plus tôt à la retraite, parce qu'on rentre plus tard sur le marché du travail…

FREDERIC SAYS
Ça, vous l'avez dit, mais pour le calendrier ?

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes l'un des pays qui travaille le moins de tous les pays développés. Eh bien, ça se paye et ça se paye comment ? Par un niveau de vie moins élevé des générations qui viennent. Moi je ne veux pas me résigner à ça, donc je continue à considérer que dès que la croissance sera de retour et l'épidémie derrière nous, il faudra engager cette réforme des retraites.

FREDERIC SAYS
Et autre réforme, la privatisation d'AEROPORTS DE PARIS. On en a évidemment beaucoup parlé à la suite de la crise des Gilets jaunes. Elle ne se fera jamais cette réforme, soyons clairs ?

BRUNO LE MAIRE
Elle ne se fera pas dans les mois qui viennent et avant la fin du quinquennat, soyons clairs, pour une raison qui est simple : c'est qu'aujourd'hui, le transport aérien s'est effondré, que je suis aussi le gardien des intérêts patrimoniaux de l'Etat et que ça n'aurait pas de sens de céder aujourd'hui une participation au moment où elle vaut très peu parce que le transport aérien s'est effondré.

GUILLAUME ERNER
Bruno LE MAIRE, est-ce que vous-même, est-ce que Bercy avez sauvé nos vacances de février ?

BRUNO LE MAIRE
Tout dépend de ce que vous entendez par sauver vos vacances.

GUILLAUME ERNER
Eh bien d'après ce que j'ai cru comprendre, vous trouvez qu'un troisième confinement coûterait trop cher et c'est la raison pour laquelle pour l'instant l'arbitrage est de votre côté. On restera à cette situation de couvre-feu - ou je devrais dire ça au conditionnel - on resterait, puisque le coût de ces mesures serait de 7 % en moins du PIB contre 12 %, vous l'évoquiez, pour la dernière période de confinement.

BRUNO LE MAIRE
Ça n'a jamais été le raisonnement du ministère de l'Economie et des Finances et ça ne le sera jamais. Je tiens vraiment à la dire.

GUILLAUME ERNER
Jamais ?

BRUNO LE MAIRE
Non, jamais.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes là pour compter.

BRUNO LE MAIRE
Je le dis avec force : nous ne sommes pas au ministère de l'Economie et des Finances, comme on le caricature trop souvent, que ce soient les ministres ou les fonctionnaires remarquables qui travaillent derrière nous, qui font un travail absolument exceptionnel depuis le premier jour de la crise, on ne se dit pas : ça coûte trop cher, on ne fait pas. Je viens exactement d'expliquer le contraire. L'orientation a été fixée par le président de la République, j'y crois profondément. Ce qui coûterait cher, c'est des millions de chômeurs et des dizaines de milliers de faillites. Donc nous protégeons et nous mettons l'argent qu'il faut sur la table et nous le mettrons aussi longtemps que ce sera nécessaire.

GUILLAUME ERNER
Ça, c'est l'aspect économique. L'aspect sanitaire ?

BRUNO LE MAIRE
En revanche, l'aspect sanitaire qu'il n'est pas possible de dissocier non plus de l'aspect économique, moi mon raisonnement est un raisonnement humain, permettez-moi de vous le dire. On impose depuis des semaines un couvre-feu à 18 heures aux Français. Nous le faisons parce que nous estimons que du point de vue sanitaire, ça permet d'améliorer la situation. Mais c'est dur, c'est dur ce qu'on impose aux Français. C'est dur de rentrer à 18 heures, de ne pas pouvoir faire ses courses…

GUILLAUME ERNER
C'est moins dur qu'un confinement tel que ceux que nous avons vécus.

BRUNO LE MAIRE
Moi je ne partage pas l'avis de ceux qui estiment : on a fait un couvre-feu à 18 heures, ça ne marche pas du tout, on passe tout de suite à autre chose. Je considère que quand on a demandé un effort à quelqu'un…

GUILLAUME ERNER
C'est qui ces gens-là ?

BRUNO LE MAIRE
Que ce soit un enfant, que ce soit une famille ou que ce soit un peuple, on attend de voir quel est le résultat de cet effort avant immédiatement de passer à un effort supplémentaire. Donc vous voyez que mon raisonnement est d'abord un raisonnement humain et politique avant d'être un raisonnement financier.

FREDERIC SAYS
D'un mot rapide. Vous craignez comme aux Pays-Bas une forme de désobéissance civile pour des mesures supplémentaires de confinement ou de couvre-feu ?

BRUNO LE MAIRE
Je vois partout où je me déplace - j'étais à Toulouse la semaine dernière - auprès de tous les maires que je consulte très régulièrement, c'est ces personnes que je consulte le plus : les commerçants que j'ai au téléphone, des entrepreneurs - une immense lassitude. Il y a une immense lassitude. Nous avons déjà eu deux confinements.

FREDERIC SAYS
Donc vous dites attention.

BRUNO LE MAIRE
Nous avons des commerçants qui aujourd'hui sont à bout et qui, malgré nos mesures de soutien, se disent : est-ce que ça vaut le coup de continuer ? On doit tenir compte de cette réalité humaine.

GUILLAUME ERNER
Mais alors c'est étrange d'ailleurs parce que vous parlez des Pays-Bas, vous parlez notamment des Pays-Bas en tant que nation qui, je vous cite, ne peut pas être réduite à sa passion du monde et dans le mystère de la marchandise. Vous citez un grand historien anglais, Simon SCHAMA. Et justement dans ce côté prosaïque que prête Simon SCHAMA aux Hollandais, vous faites une distinction entre les passions françaises. Est-ce que la passion de la liberté, en tout cas qu'on nous prête, voudrait dire qu'un troisième confinement est aujourd'hui jugé – comment dirais-je - non souhaitable par le gouvernement

BRUNO LE MAIRE
Le confinement ne peut être à mes yeux que la toute dernière mesure quand toutes les autres mesures ont été essayées. Le confinement est dur, le confinement est psychologiquement pénalisant pour beaucoup de Français. Il emporte beaucoup de conséquences y compris les conséquences sanitaires pour ceux qui doivent reporter leurs soins, reporter leurs traitements. Donc je crois que c'est la sagesse que de se dire : regardons d'abord où nous en sommes. On va le faire tout à l'heure en Conseil de défense avec le président de la République et le Premier ministre. Voyons exactement où nous en sommes du point de vue sanitaire mais pas de précipitation. Parce que c'est une décision trop lourde pour être prise dans la précipitation.

FREDERIC SAYS
Vous parlez justement des conséquences. Votre parti La République en Marche propose un prêt de 10 000 euros à taux 0 pour chaque jeune. Est-ce que c'est une proposition que vous reprenez, vous ministre de l'Economie et des Finances ? Philosophiquement, est-ce qu'il est bon de commencer sa vie professionnelle avec une dette ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je trouve que c'est une idée intéressante et que toutes les idées qui permettront de dire aux jeunes étudiants, qui aujourd'hui sont dans une situation extrêmement difficile, que nous leur apportons des solutions, nous leur apportons des propositions, méritent d'être étudiées. Cette idée philosophiquement ne me pose pas de difficulté.

FREDERIC SAYS
Dans votre livre, vous décrivez comment la crise de 2008 a aussi commencé par le surendettement des ménages.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais si j'ai bien lu la proposition qui est faite par Stanislas GUERINI, c'est un prêt qui est fait, qui est comme les prêts qui sont faits parfois par l'Etat : on ne les rembourse que si on a la faculté de le rembourser parce qu'on a trouvé un métier, un emploi qui vous permet de le rembourser, donc je pense que c'est protecteur. Je trouve que c'est une idée qui est intéressante et qui montre que nous devons avoir une attention toute particulière à ces jeunes qui aujourd'hui ne trouvent pas de stage, n'ont pas de contrat pour démarrer, ont du mal à concilier leurs études avec le paiement de leur loyer, de leurs charges immédiates. Donc toutes les propositions qui iront dans le sens d'un soutien aux jeunes vont dans la bonne direction.

GUILLAUME ERNER
Bruno LE MAIRE, on est dans une situation qui est extrêmement inquiétante, terrible pour beaucoup de commerçants, pour beaucoup d'acteurs de l'industrie parce qu'on est dans du stop and go - quel que soit d'ailleurs le stop, même si on n'a pas affaire à un troisième confinement immédiatement - est-ce que finalement l'erreur qui a été faite en France, mais pas uniquement en France, c'est de vouloir vivre avec le virus ? Puisque les pays qui s'en sortent le mieux comme la Chine, comme Taïwan sont des pays qui ont décidé de ne pas vivre avec ce virus ?

BRUNO LE MAIRE
C'est aussi les pays qui ont pris des mesures sanitaires qu'aucun peuple européen n'accepterait. Vous faisiez référence aux Pays-Bas…

GUILLAUME ERNER
Taïwan n'a pas confiné.

BRUNO LE MAIRE
Mais regardez les mesures qui ont été prises en Chine, on a regardé de très près la manière dont les personnes sont isolées. Je pense que cet isolement qui passe par une contrainte sur les libertés individuelles terrible serait quelque chose qui ne serait pas accepté en Europe, et qu'on doit être fier aussi de notre modèle. Le deuxième point sur lequel je veux insister, c'est que nous allons en sortir. Enfin, nous voyons bien que nous sommes aujourd'hui, et je l'ai dit à la fin de l'année 2020 : j'ai dit que nous entrions dans la période la plus difficile parce que c'est la période où la fatigue se fait sentir, la lassitude se fait sentir. En gros, on en a ras-le-bol. Mais il y a un horizon, et j'espère du point de vue économique que ce sera pour la deuxième partie de l'année. La première partie de l'année, je l'ai toujours dit, serait le moment le plus difficile mais passé ce moment-là, nous aurons davantage de vaccins. La campagne de vaccination aura donné ses effets et je suis convaincu que nous aurons au deuxième semestre de l'année 2021 une croissance économique qui repartira fort, qui créera des emplois, qui améliorera la vie des Français. On a bien vu au troisième trimestre de 2020 cette fois-ci que dès que les mesures de contraintes sanitaires sont levées, l'économie française redémarre fort. Donc j'ai bon espoir qu'au deuxième semestre, l'économie française redémarrera fort.

GUILLAUME ERNER
Justement puisque vous avez prononcé le mot de vaccin, est-ce que l'échec de SANOFI et de PASTEUR en tant que ministre de l'Economie ne vous oblige pas à voir ce qui se passe dans ces deux entreprises ? Et comment cela se fait-il que ces deux champions ne soient pas champions en matière de vaccin ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois qu'il faut évidemment en tirer les leçons. Mais là aussi, sans jeter le blâme sur les uns, sur les autres, il y a une espèce de grande facilité…

GUILLAUME ERNER
Non, non, ce n'est pas le blâme.

BRUNO LE MAIRE
Non mais je vois…

GUILLAUME ERNER
Vous citez par exemple votre attitude par rapport à RENAULT…

BRUNO LE MAIRE
La facilité intellectuelle qu'il y a parfois à immédiatement tomber sur une entreprise singulière en l'accablant de tous les maux. Je pense qu'il y a un problème plus global qui est de savoir est-ce que notre système de recherche est adapté ? Est-ce que les financements sont les bons et que faut-il faire ? Je pense que nous avons commencé à prendre un certain nombre de décisions depuis maintenant près de deux ans qui vont dans la bonne direction. Dans la loi PACTE que nous avons fait adopter au Parlement, il y a un lien plus étroit entre la recherche et le développement industriel et la possibilité pour les chercheurs par exemple de garder toute leur participation dans une start-up, même s'ils retournent faire de la recherche, pour recréer un écosystème entre la recherche et le développement industriel qui est très coûteux plus favorable. Deuxième réponse : dans le plan de relance, nous avons demandé qu'il y ait des fonds très importants pour le développement des biotechnologies, de l'immunothérapie, des traitements ciblés parce que nous avons eu conscience qu'effectivement il y avait du retard qui avait été pris là-dedans et qu'il fallait que la France, qui était une grande nation de santé, réinvestisse massivement dans la recherche sur la santé. La troisième réponse qu'on ne souligne jamais suffisamment, c'est que nous avons en Europe un problème de financement. Tous ces géants de la pharma ont besoin, ou toutes ces start-up qui travaillent dans le domaine de la santé, ont besoin non pas de millions, pas de centaines de millions mais à un moment donné dans leur développement ont besoin de milliards d'euros de financements pour se développer et acquérir la taille critique. Il faut que nous créions un marché unique des capitaux européens pour qu'une start-up qui veut se développer n'ait aucun problème de financement. Nous y travaillons.

FREDERIC SAYS
Il ne s'agit pas d'une start-up, quand vous voyez que SANOFI réduit ses effectifs, ça vous rend fou ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, quand je dis start-up c'est qu'on voit bien que PFIZER s'est appuyé sur une start-up pour développer son…

FRÉDÉRIC SAYS
BIONTECH.

BRUNO LE MAIRE
BIONTECH, pour développer son vaccin, et que donc on a besoin d'une articulation entre grandes entreprises, start-up, financements, recherche, c'est ce que nous avons commencé à faire, j'insiste là-dessus, avec le programme d'investissement d'avenir, avec la loi PACTE, et avec les travaux que nous menons sur le marché unique européen des capitaux.

FREDERIC SAYS
Dans le champ des idées vous avez noté que la crise sanitaire a fait revenir à la notion de souveraineté, justement, qu'elle soit pharmaceutique ou alimentaire, parfois aussi la notion de frontières, y compris à gauche. Selon vous, de ce point de vue, est-ce qu'on a changé d'époque, pour prendre un exemple concret, est-ce qu'un traité de libre-échange comme le CETA avec le Canada, il serait encore imaginable aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, on a changé d'époque, et rien ne serait pire que de vouloir revenir à l'époque d'avant, alors même qu'il y a une époque meilleure à construire.

FREDERIC SAYS
Donc les traités de libre-échange internationaux c'est fini ?

BRUNO LE MAIRE
Les libre-échanges doivent continuer à exister, ils sont importants, mais plus respectueux des droits sociaux, plus respectueux des règles environnementales, garantissant l'origine des produits et le respect de l'environnement dans la façon dont ces produits ont été créés, avec la possibilité de mettre en place une taxe carbone aux frontières de l'Union européenne pour dire « votre produit, il a été réalisé avec une forte émission de CO2, eh bien vous êtes taxé à l'entrée des frontières européenne, parce que ça ne sert à rien que l'Europe réduise ses propres émissions de CO2, si elle importe, sans taxer, des produits qui sont fortement émetteurs de CO2. » Nous changeons de monde, et c'est une bonne chose, parce qu'il y a un monde meilleur à construire, et c'est pour ça qu'il n'a jamais été…

FREDERIC SAYS
Vous avez été trop naïf sur certains traités ?

BRUNO LE MAIRE
Il n'a jamais été aussi nécessaire de s'engager en politique, il n'a jamais été aussi beau de s'engager en politique, parce que pour la première fois, depuis des décennies, il y a la possibilité de construire un monde meilleur, plus respectueux de l'environnement, luttant contre les inégalités, capable de réaliser, je me suis engagé hier fortement, aujourd'hui c'est l'anniversaire de la loi Copé-Zimmermann, capable de réaliser, en France, l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, sur les salaires, sur les postes, sur ce qui fait la réalité de l'égalité, donc si j'ai un message à faire passer c'est que, il y a un moment où on doit s'engager en politique, c'est le moment où le monde bascule, on peut en construire un meilleur, c'est le moment où nous sommes.

GUILLAUME ERNER
Alors, s'engager en politique, en matière de programme économique, maintenant que les niveaux d'endettement ont montré finalement que la dette était soutenable, cette dette est tellement soutenable qu'on a l'impression qu'elle est devenue quasiment des fonds propres, c'est-à-dire que, contrairement à ce que beaucoup de responsables politiques disent, il est probable qu'une bonne partie de cette dette ne sera pas remboursée, Bruno LE MAIRE, est-ce que l'idée d'être un gestionnaire rigoureux est une idée qui tient encore ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais gestionnaire rigoureux ça ne veut pas dire austérité. Certains veulent nous faire confondre la bonne gestion des finances publiques et l'austérité, je crois que les deux n'ont absolument rien à voir et que l'un des points importants aussi est celui du calendrier. Aujourd'hui il faut protéger notre économie et nos emplois, donc nous sommes dans cette phase-là.

GUILLAUME ERNER
Je parle du monde d'après.

BRUNO LE MAIRE
Viendra dans le monde d'après le moment où il faudra rétablir nos comptes publics, mais pourquoi…

GUILLAUME ERNER
Mais expliquez-moi pourquoi…

BRUNO LE MAIRE
Mais je vais vous dire pourquoi, pour des raisons qui sont très simples. La première c'est que, ce n'est pas bon d'avoir un tel écart d'endettement entre les plus grandes économies d'une zone qui a la même monnaie, ce n'est pas bon d'avoir…

GUILLAUME ERNER
Tout le monde va être endetté de manière considérable.

BRUNO LE MAIRE
Malheureusement vous verrez qu'il y aura, à la sortie de la crise, sans doute de 40 à 50 points d'écart de dette publique entre la France et l'Allemagne, et ce n'est pas bon.

GUILLAUME ERNER
Parce que nous sommes entrés dans cette dette en étant très endettés, mais…

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que nous sommes entrés en étant très endettés, parce que nous avons trop de dépenses publiques sur des dépenses de fonctionnement que nous pourrions réduire, et ma conviction, là-dessus, reste la même depuis des années. Donc, nous avons la possibilité, en sortie de crise, quand la croissance sera de retour, de nous assurer que la dépense publique va là où nous en avons le plus besoin, c'est-à-dire sur les investissements.

GUILLAUME ERNER
Si vous réduisez les dépenses publiques, vous réduirez l'emploi Bruno LE MAIRE, est-ce que c'est vraiment ce que vous voulez faire faire en sortie de crise ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas, je pense qu'on peut parfaitement être capable de réduire de la dépense publique sans réduire de l'emploi, d'être plus efficace…

GUILLAUME ERNER
Comment ?

BRUNO LE MAIRE
D'utiliser la digitalisation de notre économie pour être plus efficace et plus performant.

GUILLAUME ERNER
Si vous digitalisez, vous supprimerez des emplois.

BRUNO LE MAIRE
Et l'essentiel n'est pas d'avoir le maximum d'emplois publics, l'essentiel est d'avoir le meilleur service public possible, c'est ça qui compte pour les Français. Ensuite, la deuxième raison qui fait qu'il n'est pas bon d'avoir une dette publique qui est trop élevée, c'est que, vous serez bien content le jour où la bise fut venue, pour citer La Fontaine, c'est-à-dire le jour où vous aurez une nouvelle pandémie, d'avoir des réserves financières.

GUILLAUME ERNER
Parce qu'il va y en avoir une nouvelle ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, c'est une certitude, enfin, on se doute bien que ces pandémies sont devenues l'une des réalités du XXIème siècle, et donc la responsabilité d'un ministre des Finances c'est de dire, quand il y a crise, on dépense de l'argent public pour protéger nos entreprises et nos salariés, on refait ensuite nos réserves financières, pour pouvoir faire face, le moment venu, je l'espère le plus tard possible, dans 5 ans, dans 10 ans, peut-être plus tôt, à un nouveau risque de pandémie, ça s'appelle la responsabilité politique, ça veut dire voir un tout petit peu plus loin que le bout de son nez.

GUILLAUME ERNER
Alors, s'il y aura une nouvelle pandémie, parce qu'on a bien compris que le goulot d'étranglement c'était l'hôpital, pourquoi, dans ce cas-là, ne pas immédiatement doubler, tripler, les capacités des réanimations ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais peut-être vous surprendre, mais investir massivement dans l'hôpital ne me pose aucune difficulté, au contraire, je pense que l'hôpital public est une des forces de notre nation, de notre société, investir dans l'école ne me pose aucune difficulté, c'est le meilleur investissement qu'on puisse faire, mais il faut être capable, ailleurs, de réduire les dépenses qui ne sont pas forcément les plus utiles.

FREDERIC SAYS
Si vous lisez Le Figaro vous avez peut-être vu cet article consacré à ces ministres de l'ombre, moins connus, moins exposés, du fait de la crise sanitaire, ils ont des responsabilités moins importantes tout simplement. Vous dénoncez dans votre livre, page 211, « les gouvernements pléthoriques », est-ce qu'il y a trop de ministres actuellement au sein de ce gouvernement ?

BRUNO LE MAIRE
Chaque ministre de ce gouvernement fait un travail qui est très utile, et vous voyez bien qu'il y a une nouvelle organisation qui est en train de se mettre en place…

FREDERIC SAYS
Oui, vous dites, là, avec la crise, on est arrivé avec des processus beaucoup plus simples, avec un seul décideur et plus les comités Théodule et comités interministériels.

BRUNO LE MAIRE
… Et je pense que c'est une façon d'agir qui est plus efficace. Le choix qu'a fait le président de la République, il y a quelques mois, de dire le ministère de l'Economie et des Finances doit aussi avoir le contrôle sur les comptes publics, de façon à ce qu'on puisse décaisser plus vite, répondre plus rapidement à la crise, je pense que c'était une excellente décision. Le fait que le fonds de solidarité…

FREDERIC SAYS
Donc on entend qu'il y a trop de ministres, il y a 44 ministres actuellement.

BRUNO LE MAIRE
Mais, ensuite vous avez d'autres fonctions, qui ne sont pas des ministres de plein exercice, mais qui sont extrêmement utiles et qui font oeuvre utile. Prenez, au ministère de l'Economie et des Finances, Olivia GREGOIRE, qui est chargée des associations, du monde associatif, fait un travail absolument remarquable, elle est peut-être moins connue que d'autres, mais elle fait un travail remarquable. Mais on peut imaginer un gouvernement dans lequel vous avez cinq ou six ministres de plein exercice, qui vraiment pilotent les grandes politiques publiques, et, derrière, des secrétaires d'Etat, peut-être plus nombreux d'ailleurs, qui pilotent chacun dans leur secteur un certain nombre de politiques, plus précises, plus détaillées, mais qui sont tout aussi nécessaires, mais c'est l'organisation plus simple, plus claire, qui me paraît nécessaire.

GUILLAUME ERNER
Bruno LE MAIRE, vous êtes attaché à la culture, c'est un secteur qui souffre beaucoup, est-ce qu'il ne serait pas temps de laisser les théâtres rouvrir, de rouvrir les musées, bref, de faire en sorte que ce monde-là cesse de souffrir ?

BRUNO LE MAIRE
J'en reverrai parce que c'est extraordinairement difficile pour ce monde-là, les musées qui sont fermés, pour les villes, pour les communes, pour les citoyens, c'est un vrai déchirement, tous ceux qui sont dans des orchestres, qui travaillent dans les concerts, tous ceux qui ont des films qui sont en préparation, qui ne peuvent pas sortir, tout ceux qui dirigent des salles de théâtres ou des salles de cinéma, pour toutes ces personnes c'est extraordinairement difficile. Pour tous ceux qui travaillent à côté du monde de la culture, pour tous ceux qui sont plasticiens, qui sont seuls et qui ne peuvent plus partager cette vie, qui est la vie d'un artiste, où il y a aussi une part de communauté qui est absolument essentielle, c'est extrêmement difficile. Est-ce que nous allons pouvoir, dans les jours qui viennent, rouvrir ces salles de spectacle, ces salles de cinéma ? Je peux vous dire que Roselyne BACHELOT fait le maximum pour essayer d'entourer le monde de la culture, mais aujourd'hui, chacun le voit bien, la tendance n'est pas à rouvrir des établissements parce que la situation sanitaire ne nous le permet pas. Donc, avec Roselyne BACHELOT, nous avons reçu les acteurs de la culture il y a quelques jours, nos portes sont toujours ouvertes, nous essayons d'apporter des solutions qui soient les plus efficaces possibles et nous sommes là pour soutenir.

FREDERIC SAYS
Bruno LE MAIRE, vous écrivez page 84 dans votre livre, « une usine qui ferme c'est une permanence du Front national qui ouvre. » Quand vous voyez, 4 ans après votre prise de fonction, que plusieurs sondages placent Marine LE PEN en tête, vous vous dites que vous avez échoué à empêcher les usines de fermer ?

BRUNO LE MAIRE
Les chiffres montrent que jusqu'en 2020, c'est-à-dire jusqu'au début de la pandémie, nous avions réussi, et que la politique que nous avions menée, avec le président de la République, avait permis de recréer, pour la première fois depuis 20 ans, des emplois industriels dans notre pays, donc nous étions dans la bonne direction. Quand nous décidons de baisser les impôts de production qui pèsent d'abord sur les usines et sur les industries, dès cette année 10 milliards d'euros, c'est justement pour ouvrir des usines, parce que, là c'est l'élu local qui va vous parler, je le vois dans l'Eure, lorsque vous avez une usine qui ferme, effectivement vous avez des ouvriers, des salariés, qui se disent « mais de qui se moque-t-on, on nous a laissé fermer, ce n'est pas acceptable. » je n'ai cessé de me battre, Frédéric SAYS, depuis le premier jour de ce quinquennat, pour que chaque usine menacée puisse rester ouverte.

FREDERIC SAYS
Mais Marine LE PEN est en tête.

BRUNO LE MAIRE
Regardez le cas d'ASCOVAL dans le Nord, je prends juste ce cas emblématique d'une magnifique aciérie, j'ai passé des semaines, et des mois, en liaison avec les élus locaux, pour sauver cette aciérie, parce que, il y a une question de dignité derrière cela, de respect des ouvriers et de leur outil de travail, et puis il y a effectivement un enjeu politique, et effectivement, quand on voit que Marine LE PEN reste aujourd'hui en tête, ce qui est pour moi un sujet de préoccupation absolument majeur, je me dis qu'il faut poursuivre ce combat, pour le respect du travail, pour la dignité de ceux qui sont engagés dans ces secteurs-là, et que ma responsabilité de ministre de l'Economie c'est effectivement tout faire pour offrir des perspectives d'emplois, de développement, aux territoires qui sont les plus menacés économiquement.

GUILLAUME ERNER
Pourquoi est-elle en tête selon vous, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Tant que nous n'aurons pas apporté des réponses définitives à ces inquiétudes françaises, qui sont des inquiétudes économiques, qui sont aussi des inquiétudes culturelles, vous aurez une montée des extrêmes.

GUILLAUME ERNER
Inquiétudes culturelles, c'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Des inquiétudes sur ce que nous sommes, sur notre mémoire, sur ce que nous pouvons devenir, sur la place qui sera celle de la France en Europe et dans le monde…

GUILLAUME ERNER
Le rapport Stora, a priori, il va accroître cette inquiétude culturelle que vous évoquez.

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai pas vu le rapport Stora, il n'est pas encore sorti, donc on verra, mais je pense que c'est…

GUILLAUME ERNER
L'idée est qu'il faut réconcilier les mémoires…

BRUNO LE MAIRE
C'est un des éléments fondamentaux du livre, de la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre « l'Ange et la bête », c'est pour rappeler que nous sommes une vieille nation, avec son histoire, avec sa mémoire, avec ses personnages historiques, et que nous n'arriverons pas à construire l'avenir de la nation française sans nous souvenir de cette mémoire, et sans rappeler qu'il y a effectivement plusieurs mémoires qui peuvent se mêler, qui parfois peuvent ce combat, qui parfois peuvent se déchirer les unes entre les autres, et que la première responsabilité politique c'est offrir aux Français un projet qui puisse les rassembler, unir ces mémoires, respecter notre histoire, et donner le sentiment qu'on a encore notre destin devant nous. Parce que je vois beaucoup de Français aujourd'hui, ça peut expliquer la montée des extrêmes, qui se disent « dans le fond, le destin de la France il est derrière nous, il est passé, il est fini », je crois, rigoureusement l'inverse, le destin de la France est encore devant nous.

FREDERIC SAYS
Votre destin vous, pour finir. Vous aviez évidemment été candidat à l'élection présidentielle au travers de la primaire de la droite en 2016, vous disiez « un homme ne doit renoncer à aucun de ses rêves, mais pour le moment je traite avec les réalités », c'est ce que vous disiez dans Le Point il y a quelques semaines. Vous n'avez donc pas renoncé à ce rêve de devenir président un jour ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux rien vous dire que répéter ce que j'ai déjà dit au Point, je pense qu'il ne faut jamais renoncer à ses rêves, quand vous renoncez à vos rêves, vous abandonnez une part de vous-même, et c'est dommage d'abandonner une part de soi-même, c'est la raison aussi pour laquelle je continue d'écrire, parce que c'est une part de moi-même. Après, il y a une crise économique, ma première responsabilité est d'y apporter des réponses, tous les jours, toutes les semaines, en essayant d'avoir des résultats concrets…

GUILLAUME ERNER
Il y a aussi Emmanuel MACRON.

BRUNO LE MAIRE
Il y a un président de la République avec lequel je suis heureux de travailler, et qui sait que si jamais il décide de se représenter, je serai son soutien, il n'y a aucune ambiguïté là-dessus, si Emmanuel MACRON décide de se représenter en 2022 je serai son soutien, et je vais vous dire, je serai un soutien actif et engagé.

GUILLAUME ERNER
Et la droite, je veux dire votre ancien parti, les Républicains, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Mais pour… au-delà des partis, des noms, des Républicains…

GUILLAUME ERNER
Je suis désolé de vous embêter avec de la politique, mais…

BRUNO LE MAIRE
Non, mais pas du tout, c'est important ; que proposent-ils de différent de ce que nous proposons, quelle est la valeur ajoutée aujourd'hui de ce que proposent les Républicains par rapport à ce que nous proposons ? Je ne la vois pas, je ne la vois pas, et pour avoir une chance d'emporter une élection nationale, il faut tout simplement, aux yeux des Français, faire la différence, c'est-à-dire montrer que votre projet apporte quelque chose de vraiment très différent de ce que nous apportons. Est-ce que sur la construction européenne, sur l'économie, sur la protection de l'économie que nous apportons, sur les investissements que nous prévoyons dans les nouvelles technologies, sur le rétablissement de la sécurité, de l'ordre public, Les Républicains, mon ancien parti, apporte des choses fondamentalement différentes de ce que nous faisons aujourd'hui avec le président de la République ? Je ne crois pas.

GUILLAUME ERNER
Bruno LE MAIRE, « l'Ange et la bête - Mémoires provisoires », c'est le livre que vous publiez aux éditions Gallimard.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 janvier 2021