Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, avec BFM Business le 1er février 2021, sur la politique économique du gouvernement face à l'épidémie de Covid-19.

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Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mon invité c'est Olivier DUSSOPT, le ministre délégué chargé des Comptes publics, du Budget, bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Evidemment on a beaucoup de questions parce qu'on a évité le reconfinement, pour l'instant, il faut rester prudent ?

OLIVIER DUSSOPT
Il faut rester prudent et il faut faire extrêmement attention à tous les gestes barrières, au respect des conditions qui ont été mises en oeuvre. Il n'y a pas de confinement, le président de la République et le Conseil des ministres font un choix de confiance, de responsabilité, parce que les premières mesures donnent des effets, nous attendons d'en savoir plus, et en espérant évidemment, y échapper.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Par exemple, on ne sait toujours pas si on va pouvoir se déplacer d'une région à l'autre à partir de la semaine prochaine, les vacances scolaires ?

OLIVIER DUSSOPT
Les décisions qui sont prises le sont sur des bases sanitaires d'abord, et elles sont prises au fur et à mesure qu'elles doivent être prises, il n'y a pas d'anticipation particulière puisque nous voulons, à chaque fois que c'est possible, conserver de l'activité, restreindre le moins possible les libertés, parce que malheureusement il s'agit souvent de restreindre les libertés, lorsqu'on limite des déplacements, lorsqu'on limite des heures de sortie, et donc à chaque fois les décisions sont prises lorsqu'elles sont uniquement nécessaires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc on aura sans doute une précision en fin de semaine sur les vacances scolaires.

OLIVIER DUSSOPT
Nous verrons au fil du temps, en fonction de l'évolution de la situation sanitaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce qu'on a voulu faire, là, c'est gagner, une journée, une semaine, le plus possible, chaque jour gagné pour les commerçants, pour les entreprises, c'est toujours ça de pris !

OLIVIER DUSSOPT
Chaque jour compte évidemment, chaque fois que nous pouvons éviter une journée de confinement c'est bien, et si nous pouvons, dans les jours qui viennent, les semaines qui viennent, grâce aux gestes barrières, grâce aux conditions que nous avons mises en place, éviter un confinement, tout le monde en sera heureux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous croyez que c'est possible ?

OLIVIER DUSSOPT
Je pense que c'est possible, je pense qu'il y a une forme de responsabilité collective dans notre quotidien à toutes et à tous, et avec cet espoir que les mesures prises soient suffisantes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, pourtant, le dernier confinement, celui d'octobre-novembre, finalement a été beaucoup moins douloureux, tout est relatif, pour l'économie, que prévu, on a tourné à peu près à 92% de l'économie, vous aviez escompté 80 %, donc quelque part j'ai envie de dire que les confinements sont de moins en moins douloureux, donc pourquoi ne pas avoir fait un confinement ?

OLIVIER DUSSOPT
Je crois que chaque confinement est douloureux et qu'il ne faut pas relativiser, avoir cette tentation de relativiser. La baisse d'activité que nous craignions au mois de novembre, autour de 20%, a effectivement été limitée à 8%, c'est d'ailleurs ce qui amène en grande partie, avec le rebond du mois de décembre, le fait que nous soyons, sur 2020, avec un taux récession, parce que nous sommes sur une récession comme nous n'avons jamais connue, de 8,3, 8,5% selon l'INSEE, alors que nous avons craint jusqu'à 11% de récession. L'activité s'est mieux maintenue, c'est plutôt une bonne nouvelle, ça démontre à la fois la résilience, la résistance de notre activité économique, mais aussi une adaptation, et cette adaptation nous l'avons à la fois provoquée, par exemple avec le maintien de l'ouverture des établissements scolaires, ce qui est un des facteurs, évidemment, permettant le maintien de l'activité, et puis les entreprises ont aussi adapté leur mode de production pour garder une activité aussi importante que possible malgré ces périodes de confinement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va voir ce qui va effectivement se passer dans les jours qui viennent. Il y a déjà une restriction supplémentaire, c'est celle pour les centres commerciaux de plus de 20.000 mètres carrés qui ont dû baisser leur rideau ce week-end. Qu'est-ce que vous allez faire pour eux ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous allons les aider, nous allons répondre présent très rapidement. Le fonds de solidarité que nous avons mis en place depuis le mois de mars représente aujourd'hui plus de 15 milliards d'euros qui ont été versés aux différentes entreprises, il a fait l'objet de 15 modifications, à chaque fois dans un sens plus protecteur.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc il y aura une seizième modification là ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y aura des modifications, je vais y venir, il y a des dispositifs d'exonérations de cotisations, il y a des dispositions de prêts garantis par l'Etat. Nous avons indiqué, avec Bruno LE MAIRE, pour que ce qui concerne les centres commerciaux de plus de 20.000 mètres carrés nous menons actuellement un travail pour la prise en charge des loyers, pour faire en sorte que les loyers soient mieux pris en charge, au titre des coûts fixes, puisque c'est là que le bât blesse pour beaucoup d'entre eux. C'est une décision que nous avons prise au cours du week-end dernier parce que nous savons que, malheureusement, ce sont des endroits où les gens se croisent, se retrouvent nombreux, et qu'il peut y avoir un facteur de risque avec le maintien ouvert de ces centres commerciaux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors, quel va être le nouveau dispositif en matière de loyers ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous aurons l'occasion - et nous le dirons avec Bruno LE MAIRE très rapidement - de nous exprimer sur ce sujet-là, nous travaillons actuellement avec l'ensemble des parties prenantes pour faire en sorte que, dans les centres commerciaux, il y ait une meilleure prise en charge des loyers, les pourcentages de prise en charge, la rapidité, les modalités, sont en train d'être définis avec eux. Je citais Bruno LE MAIRE, il a rencontré, échangé, avec les acteurs ce week-end, à de nombreuses reprises.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors ça, ça vaut pour les commerçants qui effectivement, n'ayant pas d'activité », auront du mal à payer leur loyer, mais ça vaut aussi pour les propriétaires des centres commerciaux, les bailleurs. Nous étions il y a une demi-heure avec le président de la Société des Grands Magasins, écoutez-le.

FREDERIC MERLIN, PRESIDENT DE LA SOCIETE DES GRANDS MAGASINS (SGM)
Aujourd'hui les bailleurs sont exonérés de tous fonds de solidarité, c'est-à-dire que nous n'avons droit à rien, à rien, et, les 20 %, les 10.000 euros, etc., etc., ça sert le commerçant, mais ça ne sert pas à payer les loyers, c'est trop peu.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et vous exigez, vous, le paiement des loyers ?

FREDERIC MERLIN
C'est indispensable, et je crois que c'est la promesse qu'a fait Bruno LE MAIRE.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà, Frédéric MERLIN, donc le président de la Société des Grands Magasins, qu'est-ce que vous lui répondez ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais dès lors que nous allons améliorer la prise en charge des loyers payés par les commerçants, les bailleurs pourront être payés, c'est assez mécanique, assez simple finalement, mais je comprends la difficulté qui peut être rencontrée par des bailleurs, des bailleurs importants, comme celui qui vient de s'exprimer, ou d'autres bailleurs qui sont moins importants. Parfois il faut aussi avoir en tête que pour ce qui concerne les fonds de commerce il y a des bailleurs qui sont des personnes individuelles, qui sont d'anciens commerçants, d'anciens artisans, qui trouvent avec le louer du fonds, du bâtiment qu'ils louent, une source de revenu non négligeable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous savez Olivier DUSSOPT qu'il y aura un brai problème dans les mois qui viennent aussi pour, vous avez raison de les mentionner, pour ces commerçants qui envisagent de céder la main, parce qu'ils partent par exemple à la retraite, et dont la valeur du fonds de commerce est en train de s'effondrer, on voit dans les centres-villes des baux à céder un peu partout. Qu'est-ce qu'on pourra faire pour eux ?

OLIVIER DUSSOPT
Si vous me permettez de dire, chaque chose en son temps.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais bon !

OLIVIER DUSSOPT
Malheureusement ça va être une problématique. Notre objectif est de maintenir un maximum d'activité économique. Vous avez évoqué tout à l'heure le fait qu'en novembre l'activité économique s'est beaucoup mieux maintenue que ce que nous craignions, c'est le cas aussi pour le mois de décembre, et au final le quatrième trimestre, qui est un trimestre marqué par le confinement, se traduit par une récession de 1,3 point, ce qui est beaucoup moins que ce nous craignions. Notre objectif est, là encore, de permettre aux entreprises viables de garder cette viabilité, de garder de la trésorerie, de passer le cap de cette crise pour pouvoir reprendre leur activité. Il va y avoir des questions à affronter au final du temps sur les périodes de référence pour le calcul de la valeur des fonds, ça fait partie des chantiers sur lesquels nous devons travailler, auxquels nous devons nous atteler. Aujourd'hui notre priorité c'est de permettre aux entreprises de passer la crise, et donc nous mobilisons des moyens comme il n'en n'a jamais été mobilisés. Je fais plusieurs déplacements par semaine, je peux vous assurer que tous les chefs d'entreprise, tous les responsables de réseau consulaire que je rencontre, soulignent à chaque fois le fait que l'Etat est au rendez-vous. Evidemment, ici ou là, il y a une amélioration demandée, il y a des expressions pour avoir un peu plus sur un point que sur un autre, mais nous sommes au rendez-vous. Nous avons, en 2020, engagé plus de 80 milliards d'euros de crédits pour répondre à la crise, dans une période au cours de laquelle l'Etat perdait plus de 40 milliards d'euros de recettes fiscales.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il y a d'autres professionnels qui attendent des éléments de réponse aujourd'hui, ce sont les professionnels de la montagne, un Plan montagne nous avait été annoncé sur ce plateau, d'ailleurs, par Jean-Baptiste LEMOYNE le ministre du Tourisme, c'est pour aujourd'hui, alors, qu'est-ce qu'on va faire pour les professionnels de la montagne, est-ce qu'on va élargir le dispositif d'altitude pour les vallées par exemple ?

OLIVIER DUSSOPT
J'étais dans les Hautes-Alpes avec Joël GIRAUD, mon collègue secrétaire d'Etat à la Ruralité il y a quelques jours, ça fait partie des sujets que nous avons pointés, que nous avons abordés. Nous avons déjà fait en sorte que le fonds de solidarité soit accessible plus facilement dans les zones de montagne, nous avons mis en place des dispositifs de prise en charge des coûts fixes pour les remontées mécaniques, mais aussi de prise en charge des pertes de recettes, je pense à la taxe de séjour ou la taxe sur les remontées mécaniques, pour les collectivités locales. Nous avons d'ores et déjà indiqué que, au-delà des seules stations identifiées en tant que telles, nous souhaitions un élargissement, et nous y procéder, de l'éligibilité au fonds de solidarité pour les commerces des vallées, des vallées skiables, si vous me permettez cette expression, pour éviter des effets de différences entre la limite d'une station et la commune la plus proche. Il y a d'autres problématiques qui apparaissent, je pense notamment aux médecins de montagne, aux praticiens libéraux dans les zones qui habituellement sont très fréquentées par des touristes, nous y travaillons avec mes différents collègues, le Premier ministre aura l'occasion d'apporter des précisions, mais les engagements qui ont été pris, et ce que nous avons dit au titre du ministère de l'Economie et des Finances, au titre des Comptes publics, sur le niveau de prise en charge des acteurs de la montagne, tout ça sera au rendez-vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Par exemple, les loueurs professionnels, qui n'étaient pas éligibles au fonds de solidarité… ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous prévoyons effectivement un dispositif pour aider les loueurs professionnels, les sociétés qui travaillent à la mise en location de résidences dans les domaines skiables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elles seront aidées dans ce nouveau plan.

OLIVIER DUSSOPT
Nous y travaillons et cela sera annoncé dans les heures qui viennent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors tout ça, ça fait encore des dépenses en plus, est-ce que vous restez le ministre du « quoi qu'il en coûte » en 2021 ?

OLIVIER DUSSOPT
J'ai eu l'occasion de m'exprimer récemment et de dire que notre crise, la crise sanitaire que nous traversons, est une forme de parenthèse, nous souhaitons tous que cette parenthèse se referme, et lorsqu'elle se refermera, la parenthèse du "quoi qu'il en coûte" se refermera aussi. Nous ne pouvons pas, et c'est ce que j'ai eu l'occasion de dire, envisager, à moyen et long terme, le maintien, à des niveaux aussi importants, des dépenses publiques, ça ne serait pas soutenable. En attendant que cette prise épidémique soit jugulée, que ce vaccin soit tenu, soit maîtrisé, pardonnez-moi, ce virus soit maîtrisé, nous sommes présents au côté des entreprises, ce que je viens de dire le démontre. Le fonds de solidarité, les exonérations de cotisations, le chômage partiel, cela va représenter plus de 6 milliards d'euros par mois dans la période qui s'ouvre, et donc nous serons présents tant qu'il y aura de la crise, nous répondrons présents, dès lors que la crise s'éloignera, dès lors que l'activité reprendra, il faudra éteindre les dispositifs, progressivement bien évidemment, mais pour retrouver un niveau de dépenses qui soit un niveau soutenable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous ne lâchez rien Olivier DUSSOPT, vous avez été repris souvent, 24 ou 48 heures après votre déclaration sur la fin du "quoi qu'il en coûte" par certains ministres, LE MAIRE, Elisabeth BORNE, vous, vous dites "mais moi je suis là pour assurer… "

OLIVIER DUSSOPT
D'abord moi c'est mon rôle de ministre des Comptes publics de dire ce qui est soutenable et ce qui ne l'est pas, et, je le répète, nous avons une chance, qui est à souligner, c'est le fait que notre pays a la confiance des marchés, donc nous sommes capables de lever beaucoup de dette pour financer les aides que nous mettons en oeuvre, c'est une chance pour l'économie, c'est une chance pour la France, et il faut garder cette confiance. Je dis et je répète que nous sommes présents au côté des entreprises, que nous le resterons, je dis et je répète que lorsque la crise va s'éteindre, que lorsque nous allons retrouver un niveau d'activité normal, lorsque les restrictions pourront être levées, les dispositifs exceptionnels que nous avons mis en place devront s'éteindre, en attendant nous sommes présents.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas peur qu'il y ait ce débat, ce fameux débat sur l'annulation de la dette ? On a vu dans le sondage Odoxa qu'on a commandité la semaine dernière que 38% des Français pensent qu'il faut faire payer les riches et 34 % qu'il ne faut pas rembourser la dette.

OLIVIER DUSSOPT
Je pense d'abord qu'une dette se rembourse, c'est un principe assez simple, une dette se rembourse, nous avons la chance aujourd'hui d'emprunter dans des conditions extrêmement favorables, il faut garder ces conditions, et si nous voulons continuer à emprunter dans ces conditions favorables, la première chose à faire ce n'est pas de dire à ceux qui nous prêtent qu'on ne les remboursera pas. Au contraire, il faut être crédible, il faut être sérieux, la France n'a jamais fait défaut depuis 1812, nous n'allons pas commencer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et faire payer les plus riches ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne sais pas ce que signifie faire payer les plus riches en réalité, parce que quand j'entends le sondage que vous avez cité sur les 38%, j'ai l'intime conviction que beaucoup d'entre eux n'imaginent pas en faire partie. Lorsqu'on a eu le débat sur la taxe d'habitation, lorsqu'on a supprimé la taxe d'habitation pour 80% des Français, et puis cette année nous allons commencer à la supprimer pour les autres, nous avons indiqué que pour faire partie des 20% de Français les plus favorisés il suffisait, pour un célibataire, de gagner 2500 euros par mois, ou, pour un couple, avec des revenus classiques, des revenus salariés, un peu moins de 4000 euros, beaucoup de Français, beaucoup de contribuables, ont été surpris de voir qu'ils appartenaient aux 20% de Français les plus riches.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà, Olivier DUSSOPT, encore un peu, quelques semaines, quelques mois, ministre du « quoi qu'il en coûte », mais ça ne durera pas, on a bien compris. Merci Olivier DUSSOPT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2021