Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à RTL le 3 février 2021, sur les vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Vous êtes ministre déléguée, chargée de l'Industrie. Vous avez en fait en charge nos achats de vaccins. Vous étiez présente hier à la réunion avant la prise de parole du président de la République, quel était l'objet de ce rendez-vous ? Mettre un coup d'accélérateur, pour dire les choses simplement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'était une réunion avec ceux qui produisent aujourd'hui du vaccin et ceux qui pourront, devront en produire demain. Donc c'est effectivement sur la base de ce qu'on a déjà construit, puisque nous avons trois vaccins aujourd'hui qui sont livrés par des chaînes de production européennes, d'accélérer en utilisant toutes les capacités de production européennes et françaises en premier lieu.

YVES CALVI
Est-ce que vous êtes en ce moment à la tête d'un commando vaccin, pour dire les choses-là aussi un peu directement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est très exactement ça. J'ai mis en place un commando vaccin, qui est directement sous la responsabilité de mon directeur de cabinet, avec des experts du public, des experts du privé, des gens qui ont fait de l'industrialisation de vaccins et de produits pharmaceutique ; l'enjeu étant de contacter et mettre en relation l'ensemble des laboratoires et sous-traitants capables de fabriquer des vaccins, pour lever tous les freins à la production. On va commencer par montée en production les sites qui vont déjà fabriquer en France. Vous savez qu'avec Olivier VERAN, au mois de juin, nous avons lancé un appel à projet pour accompagner notamment l'industrialisation du vaccin, et c'est comme ça que nous aurons en France MODERNA, PFIZER et CureVac, fabriqués en France, avec trois entreprises, DELPHARM, RECIPHARM et FAREVA. Nous allons les aider à monter en capacité, mais nous allons élargir les participants pour aller plus loin.

YVES CALVI
Alors, que signifient les propos du président MACRON, nous disant hier que tous les adultes et non pas uniquement tous les Français, je le précise, tous les adultes seraient vaccinés, en tout cas pourraient être vacciné s'ils le souhaitaient d'ici l'été, et est-ce que vous nous le confirmez, je veux dire, est-ce qu'on ne se trompe pas sur l'interprétation qu'on a faite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, nos objectifs ils sont très clairs. C'était : 1 million de vaccinés au mois de janvier, on est à 1,5 million. 15 millions de vaccinés au mois de juin, qui correspond à toutes les personnes vulnérables, et effectivement, à la fin de l'été, tous les adultes qui souhaiteront être vaccinés, pourront avoir accès au vaccin. Pourquoi les adultes ? Parce qu'aujourd'hui les tests vaccinaux n'ont pas été faits sur les enfants, et donc il faut démarrer un cycle d'essais cliniques pour les mineurs.

YVES CALVI
Et vous nous affirmez que nous aurons les doses ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout état…

YVES CALVI
Vous avez fait des projections, vous êtes à la tête du commando, donc j'imagine que toute la journée la machine à calculer est en route, donc…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est très intéressant de voir comment on travaille, c'est-à-dire que vous avez entendu l'annonce de PFIZER qui avait diminué sa production…

YVES CALVI
Oui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
PFIZER a déjà rattrapé son retard dans les chaînes françaises, il a plus livré qu'il ne devait livrer initialement. Vous avez entendu MODERNA, MODERNA devrait corriger dans les 3 à 4 semaines qui viennent. Vous avez entendu AstraZeneca, AstraZeneca ça va prendre plus de temps, parce qu'AstraZeneca a un vrai problème industriel sur un de ses sites, qu'il est en train de travailler et nous avons réclamé à AstraZeneca de livrer depuis d'autres sites, pour rattraper le retard. Et puis nous avons des vaccins qui arrivent, des vaccins qui vont peut-être arriver plus tôt qu'initialement prévu. Donc nous avons…

YVES CALVI
Lesquels ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
JANSSEN, NOVAVAX va peut-être également présenter plus vite que prévu ses résultats cliniques, parce qu'ils sont plutôt bons, et donc nous enchaînons soit des bonnes nouvelles, soit des mauvaises nouvelles, et c'est en ajustant constamment que nous montons la production de vaccins. Mais ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est que nous sommes relativement… plutôt confiants sur notre capacité à proposer aux Français qui souhaitent être vaccinés, d'ici la fin de l'été, une vaccination.

YVES CALVI
Est-ce que ça veut dire qu'il faut tout simplement accélérer la production et est-ce qu'accélérer la production suffit pour, je dirais, s'engager dans ce rendez-vous que nous propose le président de la République, et vous confirmez ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait et je dirais même qu'aujourd'hui telle qu'est partie la production, nous sommes en capacité d'atteindre cet objectif. Notre souhait c'est d'aller plus vite, de produire plus vite, plus de doses, et d'anticiper les prochaines étapes. Les prochaines étapes c'est notamment avoir des vaccins qui s'adaptent aux variants, il faut l'anticiper maintenant, c'est un sujet qui peut arriver à l'automne, il faut que d'ores et déjà les chaînes de production se mettent en place.

YVES CALVI
Alors, que vont faire nos usines françaises ? Est-ce qu'elles vont faire du flaconnage, est-ce qu'elles produisent du vaccin et quand verra-t-on je dirais les premiers échantillons physiques, prêts à être utilisés ? Est-ce qu'on peu, on a un emploi du temps qu'on peut dégager ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, le premier site de production qui démarrera, ça sera courant mars pour le vaccin MODERNA. Nous aurons ensuite un site de production qui démarrera courant avril, ce sera pour le vaccin PFIZER BioNTech, et au mois de mai ce devrait être pour le vaccin CureVac, là nous attendons l'autorisation de mise sur le marché, donc je mets un conditionnel. SANOFI va pour sa part également produire, vous savez que nous avons travaillé avec eux pour qu'ils produisent, dans leur usine allemande du vaccin BioNTech PFIZER, donc ça, ça va contribuer à monter les chaînes de production, et puis si leur vaccin a des résultats positifs au moins d'avril, ils démarreront également leur production.

YVES CALVI
Est-ce que le vaccin russe peut trouver une place dans cette panoplie à un moment ou à un autre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait. Le travail que nous menons, c'est un travail avant tout scientifique, donc tout candidat vaccin qui présente un dossier à l'Autorité européenne du médicament, avec toutes les données nécessaires pour une validation, sera examiné, par principe. Nous prenons des décisions scientifiques, pas des décisions politiques. Et ce qui nous intéresse c'est la sécurité du vaccin et c'est son efficacité.

YVES CALVI
Un mot sur le dossier VALNEVA, entreprise française qui a dû partir en Angleterre pour produire et vendre son vaccin. Les Anglais seront de fait les premiers servis. Comment se fait-il que VALNEVA n'ait pas reçu d'argent français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors déjà VALNEVA, c'est une entreprise qui a un site dont le seul site de production pour les vaccins était déjà en Angleterre. Je crois que c'est important de le dire, c'est-à-dire qu'il était en Ecosse. Nous, nous avons ouvert les bras à VALNEVA en leur proposant un certain nombre de financements. Ils ont considéré que ces financements n'étaient pas suffisants, qu'ils ne représentaient pas 100% du risque comme cela leur était proposé au Royaume-Uni mais…

YVES CALVI
Vous nous dites : on a tenté le coup et, en gros, on n'a pas mis assez d'argent sur la table. Enfin, du point de vue du laboratoire, pardonnez-moi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
VALNEVA n'a pas souhaité donner suite aux propositions du gouvernement français. On a travaillé en bonne intelligence et sans aucune agressivité mais ils ont préféré suivre une autre piste. Cela ne veut pas dire qu'on n'aura pas des vaccins de VALNEVA. Encore une fois, les chaînes de production sont mondiales et l'Union européenne a d'ores et déjà réservé 60 millions de doses de vaccins VALNEVA. Enfin, dernier point utile, le vaccin VALNEVA c'est un vaccin qui n'arrive pas avant la fin de l'année 2021. Le premier vaccin français aujourd'hui c'est le vaccin SANOFI.

YVES CALVI
Nous allons retrouver une certaine forme de souveraineté dans ces domaines stratégiques ? En quelques mots s'il vous plaît.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense qu'on a mis le doigt sur le fait que pendant des années, nous n'avons pas suffisamment investi dans les industries de santé. Et c'est ce gouvernement qui, avant la crise de la Covid, avait réuni un comité stratégique des industries de santé et avait remis de l'essence dans le moteur en accompagnant par exemple SANOFI pour la création d'une usine de vaccination évolutive contre Singapour, ou en tout cas qui était en concurrence avec Singapour, en augmentant la possibilité de financer des médicaments innovants. Donc il faut continuer et surtout, il faut le faire au niveau européen parce qu'on voit bien que la force des Etats-Unis c'est d'avoir eu une autorité américaine qui a investi dans la recherche et le développement et l'industrialisation massivement. C'est la même chose que nous voulons mettre en place avec Thierry BRETON et la commissaire Santé.

YVES CALVI
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER d'être venue ce matin faire le point sur l'antenne de RTL et j'ai bien compris que vous nous dites que nous serons au rendez-vous tel qu'il a été fixé par le président de la République et ce sont bien tous les adultes qui pourront être vaccinés….

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui souhaiteront être vaccinés.

YVES CALVI
Absolument. Merci beaucoup, bonne journée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2021