Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à BFM TV le 4 février 2021 sur les vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

ADELINE FRANÇOIS
Invitée de "Focus Première", Agnès PANNIER-RUNACHER. Bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

ADELINE FRANÇOIS
Ministre déléguée en charge de l'Industrie. On va parler avec vous de la de la logistique, de la production, des circuits de distribution des vaccins, toutes ces questions que les Français se posent aujourd'hui. Emmanuel MACRON l'a dit avant hier : la France va produire des vaccins sur quatre sites dans l'Hexagone : DELPHARM, pour le vaccin PFIZER BioNTech, RECIPHARM pour le vaccin MODERNA, FAREVA pour le futur CureVac, et puis un site de SANOFI pour produire eh bien son propre vaccin, quand il l'aura élaboré.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Trois sites de SANOFI.

CHRISTOPHE DELAY
Trois sites de SANOFI. Quand ces sites, d'ailleurs, seront opérationnels ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, premier démarrage, ça sera pour MODERNA, au moins de mars. Ensuite nous aurons le vaccin BioNTech en avril. Le vaccin CureVac en mai, et SANOFI devrait démarrer sa production dès juin.

CHRISTOPHE DELAY
Bon si tant est que SANOFI arrive à élaborer son vaccin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Même chose pour CureVac, qui est en attente de ses résultats.

CHRISTOPHE DELAY
Donc en fait qu'il y a un vrai doute sur l'efficacité et la production de tous ces sites.

AGNES PANNIER-RUNACHER
A vrai dire, aujourd'hui…

CHRISTOPHE DELAY
Pour l'instant c'est un voeu, ça ne correspond pas à une réalité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pour l'instant il faut savoir s'ils obtiendront l'autorisation de mise sur le marché. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, sur les trois premiers vaccins qui étaient en portefeuille des achats de l'Union européenne, les trois ont obtenu une autorisation de mise sur le marché, et avec des résultats tout à fait extraordinaires pour les deux premiers, puisque au-delà de 90% d'efficacité, c'est très rare dans les vaccins, et ça nous rend plutôt confiants sur les résultats à venir.

CHRISTOPHE DELAY
Et ils contribueront à quel pourcentage des besoins de la France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils ne vont pas contribuer qu'aux besoins de la France, et c'est ça qui est important, c'est que nous avons construit une chaîne de production européenne. L'enjeu au niveau des Européens, c'est de prendre les plus gros sites au niveau de l'Europe, pour leur faire produire le plus vite et le plus rapidement possible, des vaccins. Donc que ce soit pour BioNTech ou MODERNA, vous avez une partie de production qui va être ailleurs en Europe et on va se passer la balle pour avoir le maximum de doses. On parle, si on prend l'ensemble du potentiel, et je mets de côté SANOFI qui produit tout en France, donc c'est un peu particulier, c'est des centaines de millions de doses, mais si je prends les trois autres sites, c'est effectivement un potentiel d'une centaine de millions de doses, pour l'année 2021, qui sera au profit de l'ensemble des pays européens, et donc nous à hauteur de 15 %.

CHRISTOPHE DELAY
15 %, donc ça ne sera pas suffisant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si, ce sera suffisant, car nous aurons…

CHRISTOPHE DELAY
Pour répondre aux besoins de la France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien entendu. Car nous aurons l'appui d'autres vaccinations, c'est-à-dire que et cela s'ajoute à d'autres sites de production. Au fond, il est très probable que les sites français servent la France, l'Espagne, enfin les pays qui sont proches, et qu'on organise la logistique, ça ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui font la logistique, de façon à servir de manière la plus optimisées les marchés et à limiter la circulation des camions.

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce qu'il faudra d'autres acteurs pour répondre pleinement à la demande européenne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, tel qu'est organisée la production en Europe, nous avons de quoi, le président de la République l'a indiqué très clairement, vacciner l'ensemble des Français adultes, qui le souhaitent, à la fin de l'été 2021. Donc nous avons une capacité de production potentielle, qui est supérieure à notre population ?

CHRISTOPHE DELAY
Bon, on est en train quand même de combler un retard, on est bien d'accord, en termes de production.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En réalité…

CHRISTOPHE DELAY
Comment en est-on arrivé là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En réalité, c'est une prouesse industrielle, et je pense que c'est important que les Français le savent, jamais on a développé et fabriqué aussi vite des vaccins. D'après le commissaire BRETON, je n'ai pas vérifié ses chiffres, mais d'après le commissaire BRETON, l'Europe serait déjà le premier continent en termes de fabrication de vaccins. C'est une course contre la montre. Théoriquement un vaccin se développe en recherche et développement en 5 ans, au minimum, et en production il faut 12 à 18 mois pour permettre la production. Là on parle de 6 mois. Comment a-t-on fait ? Par exemple en France, les trois lignes dont on parle, qui démarrent, encore une fois je ne parle pas de SANOFI, parce que c'est leur métier de développer des vaccins, mais les trois lignes qui démarrent, c'est avec le soutien de l'Etat, ce soutien on l'a organisé dès le mois de juin, avec un appel à projets et des financements de l'Etat.

CHRISTOPHE DELAY
Bon. Encore une fois on n'aurait pas pu aller plus vite ? Parce que ce retard que nous rencontrons, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne ne les rencontrent pas, parce qu'elle a passé des commandes beaucoup plus tôt.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors c'est…

CHRISTOPHE DELAY
Pourquoi nous les Européens, l'Union européenne, n'avons pas pu passer commande aussitôt que les Américains ou à la Grande-Bretagne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas tout à fait exact et là aussi je crois qu'il faut préciser certaines choses. Les commandes, les précommandes, c'est-à-dire volumes et prix, ont été passées cet été. La conclusion des contrats a pris un peu plus de temps car nous avons été exigeants sur des notions de responsabilité. Nous n'avons pas souhaité exposer les citoyens européens à des clauses d'irresponsabilité, si je peux employer ce terme. Mais nous avions verrouillé les volumes et les prix entre le mois de juin pour AstraZeneca, et la dernière précommande du premier pack de ces vaccins a été faite le 9 septembre. Donc vous voyez, nous étions dans le même timing. En revanche, c'est vrai que le Royaume-Uni a beaucoup de doses, parce qu'ils ont fait un pari sur le vaccin AstraZeneca qu'ils administrent aux personnes âgées. Ils l'administrent aux personnes âgées, c'est un pari qui peut être scientifiquement s'avérera gagnant, mais aujourd'hui l'Autorité du médicament européen et l'Autorité, la Haute autorité de santé, considèrent que statistiquement ils ne disposent pas de suffisamment de données pour considérer que c'est le meilleur vaccin pour les personnes âgées. Et nous préférons vacciner avec des vaccins sur lesquels on a une totale sûreté sur l'efficacité, qui sont BioNTech et MODERNA, 90% d'efficacité. Sur AstraZeneca en population générale et on sait que les personnes âgées ou une moins bonne réaction, c'est de l'ordre de 60 %.

ADELINE FRANÇOIS
On a raconté hier matin dans Première édition, l'histoire de la biotech nantaise VALNEVA. Comment est-ce que vous expliquez que la France ait ainsi négligé ce vaccin qui va finalement être réservé d'abord au Royaume-Uni, qui a passé commande ? Est-ce qu'on a oublié de miser sur le bon cheval ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, VALNEVA n'a pas encore démarré ses essais, enfin, vient à peine plutôt, pour être exact…

ADELINE FRANÇOIS
Essais cliniques phase 1 et 2.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… de démarrer ses essais cliniques phase 1 et 2. Donc on est vraiment au tout début de l'histoire, et lorsqu'ils arriveront à mettre des doses sur le marché, ce sera après que la France ait été livrée de 150 millions de doses. Ça c'est en termes, je dirais de perte d'opportunité. Je crois qu'il faut rassurer les Français, il n'y a pas de perte d'opportunité. Je veux également préciser une chose, nous avons été en conversation avec l'entreprise VALNEVA, elle a d'ailleurs un actionnaire français, BPI France, public, dans son capital, mais VALNEVA n'a pas souhaité déposer de dossier en France, parce que nous finançons jusqu'à 80% les recherches, et elle a trouvé meilleur, je dirais, ailleurs. Ça ne me surprend pas, parce que VALNEVA avait fait le choix en 2013 de ne plus fabriquer en France, donc de toute façon il n'aurait pas fabriqué en France. Mais nous, nous accompagnons quatre autres vaccins en France, vous savez qu'on a parlé beaucoup de l'Institut Pasteur qui avait arrêté le développement d'un vaccin, il en a deux autres en préparation, nous avons deux biotechs qui sont en train de développer des vaccins qui ont le soutien de l'Etat depuis le mois de juin, et nous avons évidemment SANOFI, dont les doses, elles, arriveront bien avant la fin de l'été.

CHRISTOPHE DELAY
Justement, est-ce que ces retards ne sont pas le fruit du fait que l'Europe a choisi, eh bien, de privilégier les entreprises qui fabriquent en Europe plutôt qu'ailleurs ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas exact non plus puisque, comme vous l'avez vu, nous avons exactement le même portefeuille de vaccins que les Etats-Unis ; ils n'ont pas un vaccin supplémentaire par rapport aux nôtres. Nous sommes exactement sur la même proposition. Par contre, je pense que nous avons eu un très bon réflexe qui consistait à s'assurer que la production serait faite en Europe. Pourquoi ? Parce qu'on le voit aujourd'hui, il y a des tensions aux frontières et si nous n'avions pas fabriqué en Europe, le risque – et on l'a vécu sur les masques, tout le monde s'en rappelle –, c'est que le pays qui fabrique ferme ses frontières, privilégie sa population et, au fond, nous étions les perdants. Si nous n'avions pas, avec l'Union européenne, avec le président de la République, avec la Commission européenne, organisé cette production européenne, je peux vous dire qu'on aurait été en très grande difficulté et, en particulier, la France parce que moi, je veux redire ici que depuis 30 ans, le médicament était la variable d'ajustement des produits de santé, que nous avons perdu entre 2005 et 2015 la moitié des parts de marché et que c'est ce gouvernement qui est en train d'investir, et avant la Covid, d'investir dans la santé. Donc nous rattrapons le terrain perdu mais ce n'est pas quelque chose qu'on fait en claquant dans doigts.

CHRISTOPHE DELAY
Alain DUCARDONNET, on en est où de la vaccination en France ?

ALAIN DUCARDONNET
Alors, c'est vrai qu'on a démarré lentement, on ne peut pas dire le contraire puisqu'en fait, on a eu en gros 2,7 millions de doses en février …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Janvier …

ALAIN DUCARDONNET
On a 3 millions en gros au mois de mars, on était parti sur 10 millions de doses, donc c'est vrai qu'on a le sentiment qu'on est un petit peu en retard. Par contre, quand on entend le président de la République dire « en fait, en septembre on arrivera à vacciner en gros 60% de la population », ce n'est pas faux ; ce n'est pas faux parce que si on fait les calculs, eh bien, c'est vrai que les chiffres sont impressionnants. Ça veut dire qu'il va falloir quand même vacciner et avoir 10 millions de doses par mois d'ici septembre ; donc ça veut dire 330 000 doses par jour, eh bien, quand on voit le calcul de ce que vous avez prévu, vous avez prévu 77 millions de doses de vaccins pour l'été. Donc ça veut dire qu'on est à peu près dans la moyenne et en fin de compte, ce pari, on disait « c'est un pari » ; si on prend les chiffres et s'il n'y a pas de problème de tensions d'approvisionnement, de matières premières car ça, c'est un vrai problème …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, c'est un vrai sujet !

ALAIN DUCARDONNET
C'est un vrai problème parce que …est-ce que PFIZER et BIONTECH et MODERNA vont vous donner pour les « flaconner » en France les matières premières ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ca, c'est leur contrat, donc c'est eux-mêmes qui ont organisé leur chaîne de production et nous, nous avons fait en sorte qu'ils aient des sous-traitants en France mais vous avez raison de souligner que nous sommes dans une course et dans une prouesse industrielle. Le président de la République a réuni l'ensemble des laboratoires pharmaceutiques, les Américains, les Européens et les Français, toute la chaîne de sous-traitance et chacun doit être mobilisé pour accélérer les productions parce que les productions, c'est des composants, des flacons, des supports lipidiques.

CHRISTOPHE DELAY
Et vous avez des garanties là-dessus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, on fabrique. Ce n'est pas une question de garantie ; ce n'est pas un processus qu'on va régler par une loi et une réquisition ou un transfert de licence en fait ; c'est du travail pour monter des chaînes de production et surtout travailler la main dans la main et c'est très exactement ce que nous sommes en train de faire avec le président de la République.

ADELINE FRANCOIS
Merci, merci à tous les deux. Agnès PANNIER-RUNACHER vous serez ce soir aux côtés de Jean CASTEX et d'Olivier VERAN …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui.

ADELINE FRANCOIS
…pour cette conférence de presse pour faire un point sur l'épidémie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2021