Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à CNews le 2 mars 2021, sur la situation politique, la sortie de la crise sanitaire "autour d'avril-mai" et la justice des mineurs.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans la Matinale de CNews. L'ancien président de la République Nicolas SARKOZY, a tété condamné hier en première instance à 3 ans de prison, dont 1 ferme, dans l'affaire dite des Ecoutes. Justement que contestent ses avocats qui interjettent appel, tout comme Thierry HERZOG et Gilbert AZIBERT, condamnés de la même façon. Est-ce que c'est un justement politique, fruit d'une justice politique, pour vous ?

GABRIEL ATTAL
Moi, vous savez, je suis porte-parole du gouvernement et je suis régulièrement interrogé sur des décisions de justice, des affaires judiciaires, et j'ai évidemment un principe, parce que je crois à l'État de droit et à la séparation des pouvoirs, c'est de ne jamais les commenter. Je ne commente jamais les décisions de justice et je ne les commandes pas a fortiori y compris quand il s'agit d'un ancien président de la République.

LAURENCE FERRARI
Le seul qui a le droit, c'est le ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN, qui a apporté son soutien à Nicolas SARKOZY ?

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas qu'il ait commenté la décision de justice, mais moi, voilà, je ne fais aucun commentaire.

LAURENCE FERRARI
C'est une erreur politique de sa part ?

GABRIEL ATTAL
Je ne fais vraiment aucun commentaire, chacun peut s'exprimer…

LAURENCE FERRARI
Non, mais je parle de Gérald DARMANIN, là, ce n'est pas…

GABRIEL ATTAL
Mais je ne crois pas qu'il ait commenté la décision de justice, d'ailleurs il a dit lui-même « je ne commente pas la décision de justice », pour le reste, chacun s'exprime comme il l'entend.

LAURENCE FERRARI
Est que le Parquet national financier est un problème dans notre pays ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, il y a une mission de l'Inspection générale qui a travaillé, je crois que le rapport doit être remis dans le courant de la semaine prochaine, et c'est à ce moment-là que les choses seront regardées. Mais encore une fois j'ai confiance dans la justice de mon pays, c'est important qu'on ait une justice qui puisse agir, qui ait des moyens pour agir, qui soit respectée dans son action. A partir de là il y a toujours des éléments qui peuvent être regardés, améliorés, en lien d'ailleurs avec les magistrats eux-mêmes, et c'est pour ça qu'il y a un travail qui a été confié à l'Inspection générale.

LAURENCE FERRARI
Jean-Luc MELENCHON estime qu'il s'agit d'une bonne nouvelle pour Emmanuel MACRON : SARKOZY condamné, MACRON débarrassé d'un rival sérieux. Il est soulagé Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Enfin, moi je constate que Jean-Luc MELENCHON, encore une fois, est obsédé par les élections présidentielles, qu'il regarde tout au travers de ce seul prisme-là. Je veux dire, je trouve que ça n'appelle même pas de commentaire, tellement ses propos sont déplacés et sans aucune cohérence. Voilà.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'Emmanuel MACRON redoutait une candidature de Nicolas SARKOZY en 2022 ?

GABRIEL ATTAL
Mais, alors, vraiment, dans les moments que nous avons avec le président de la République, autour d'une table, pour travailler, on parle de la crise sanitaire, on parle de la crise économique, on parle de la relance du pays, on parle du la question du séparatisme, de la sécurité, de l'écologie, jamais de la question de l'élection présidentielle. Et j'entends que ça peut surprendre, on est à un an de cette élection, mais aujourd'hui ce n'est juste pas l'actualité, et donc honnêtement, on ne travaille pas du tout sur ces questions-là.

LAURENCE FERRARI
Et vous ne voyez pas dans ce jugement, la fin de la carrière politique de Nicolas SARKOZY.

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, je ne veux pas faire de commentaires et tirer de conclusions pour les personnes qui sont concernées.

LAURENCE FERRARI
Allez, on va parler du Covid 19 et de la pandémie avec cette bonne nouvelle annoncée par le président de la République lui-même : dans 4 à 6 semaines on lève le couvre-feu. C'est bien ça qu'a dit Emmanuel MACRON, il a bien dit ça aux jeunes.

GABRIEL ATTAL
Ce qu'a dit le président de la République, c'est que pendant plusieurs semaines on va encore devoir vivre par gros temps, avec des remous, avec une pression importante sur l'hôpital notamment. Moi je veux insister sur le fait que la situation est très critique à l'hôpital, il y a plus de 4 500 patients qui sont aujourd'hui hospitalisés en réanimation. Je serai à l'hôpital Cochin tout à l'heure, vous avez des départements où les services de réanimation sont occupés à plus de 70, 80, 90% par des malades du Covid, et on va devoir encore vivre avec cette situation pendant plusieurs semaines. Pourquoi le…

LAURENCE FERRARI
Donc 4 à 6 semaines, c'est ce qu'a dit le président.

GABRIEL ATTAL
A quoi est-ce que ça correspond…

LAURENCE FERRARI
On tient 4 à 6 semaines et après on lève tout, enfin, c'est ça la déduction logique.

GABRIEL ATTAL
A quoi est-ce que correspond cet horizon donné par le président de la République ? Au fait qu'en parallèle on continue à accélérer la campagne de vaccination. Et la campagne de vaccination, on a fait le choix, c'est pour ça qu'on a démarré un peu plus progressivement que les autres, on a fait le choix de la concentrer sur les personnes qui sont les plus à risque de faire des formes graves. Pourquoi aujourd'hui il y a des restrictions dans notre pays ? Il y a des restrictions parce qu'il y a une pression très forte sur l'hôpital et qu'on ne veut pas que l'hôpital soit débordé. Qui aujourd'hui est hospitalisé majoritairement ? Des personnes âgées ou des personnes vulnérables vis-à-vis de la maladie. Donc, quand on vaccine ces personnes en priorité…

LAURENCE FERRARI
L'âge moyen est autour de 65 ans dans les services, donc ce n'est pas très très vieux.

GABRIEL ATTAL
Oui, et quand on vaccine ces personnes…

LAURENCE FERRARI
Pardon, c'est parce que vous êtes très jeune que vous le dites.

GABRIEL ATTAL
Il y a des personnes qui ont des comorbidités, qui sont plus jeunes, mais qui ont des commodités, elles sont aussi candidates à la vaccination, et donc en les vaccinant, on permet de prévenir des formes graves chez ces personnes et donc dans quelques semaines, on espère, autour d'avril-mai, alléger la pression sur l'hôpital et pouvoir alléger les restrictions.

LAURENCE FERRARI
4 à 6 semaines, c'est le 15 avril, soyons précis sur les dates.

GABRIEL ATTAL
Oui.

LAURENCE FERRARI
Donc ça veut dire qu'à partir du 15 avril, on se dit qu'on a passé le gros de la vague.

GABRIEL ATTAL
On espère que la campagne de vaccination aura suffisamment d'effets pour commencer à alléger des restrictions. C'est ça qu'a voulu dire le président, mais en attendant il faut continuer à tenir, il faut continuer à tenir parce que je sais que la situation est aujourd'hui très contraignante pour les Français, que quand on parle d'un couvre-feu à 18h00, et maintenant dans certains départements d'un confinement le week-end, c'est tout sauf anodin, c'est déjà très difficile, mais ce qu'on cherche à éviter c'est de devoir mettre encore plus de restrictions et encore plus de freins dans la vie quotidienne des Français, et ça, ça nécessite qu'on tienne encore ensemble pendant plusieurs semaines.

LAURENCE FERRARI
Ce que pourrait annoncer le Premier ministre Jean CASTEX, ça peut être des confinements locaux, le week-end, c'est bien ça ?

GABRIEL ATTAL
Il l'a dit lui-même dans sa conférence de Presse jeudi, que c'est un scénario qui est sur la table, il l'a déjà mis en place dans plusieurs départements, notamment les Alpes-Maritimes et puis la ville de Dunkerque. Si on peut éviter d'avoir à prendre ces mesures, évidemment qu'on l'évitera, mais on prendra toujours les mesures nécessaires, encore une fois, pour préserver la vie des Français et l'hôpital public. On a aujourd'hui une situation à l'hôpital qui est très tendue, et on ne veut pas se retrouver dans la situation qu'ont connus un certain nombre de pays voisins de la France, c'est-à-dire une situation à devoir prendre en charge des patients sur le parking de l'hôpital dans leur voiture, avec la bouteille d'oxygène sur le toit de la voiture, parce qu'il n'y a plus de place dans l'hôpital.

LAURENCE FERRARI
Ça c'est la version apocalyptique évidemment, qui fait peur à tout le monde.

GABRIEL ATTAL
C'est des scènes qu'on a vues…

LAURENCE FERRARI
Vous essayez de faire peur à tout le monde.

GABRIEL ATTAL
Non, c'est des scènes qu'on a vues chez un certain nombre de nos voisins, et on ne veut pas avoir à vivre ces scènes en France.

LAURENCE FERRARI
Mais, ce que nous a dit le président, c'est qu'au bout du tunnel il y a de la lumière.

GABRIEL ATTAL
Oui, vous avez raison, c'est important de le dire.

LAURENCE FERRARI
Mais cette lumière, a priori, elle est à mi-avril. Mais d'ici là, pendant qu'on est encore dans le tunnel, tout est sur la table, même le confinement national, je ne parle pas de confinement régional ?

GABRIEL ATTAL
Par principe, tout est sur la table. On a aujourd'hui une situation où vous avez un nombre de contaminations qui oscille autour de 20 000 contaminations moyenne par jour depuis maintenant 2 mois. C'est parfois un peu en-dessous, parfois un peu au-dessus, en ce moment c'est au-dessus. Il y a une dynamique de hausse. S'il devait y avoir un décrochage très fort, une hausse exponentielle de l'épidémie, évidemment qu'on devra prendre les mesures nécessaires qui peuvent aller jusqu'au confinement, pour protéger les Français et pour protéger l'hôpital. Mais, ce que je veux vous dire, c'est que là, tous nos efforts sont concentrés, non pas pour prendre cette décision, mais pour essayer de l'éviter. Et pour essayer de prendre toutes les mesures qui nous permettent de ne pas avoir à en arriver jusque-là.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot d'Anne HIDALGO, la maire de Paris qui refuse catégoriquement l'idée d'un confinement le week-end à Paris, en jugeant cette proposition du gouvernement difficile, dure, voire inhumaine, en raison des conditions de logement des habitants à Paris en petite couronne. Vous êtes inhumain au gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
Deux choses, d'abord moi je ne veux pas prendre le risque de commenter une position de la mairie de Paris aujourd'hui, puisqu'on voit qu'elles évoluent, il y a eu trois positions en trois jours. D'abord, jeudi dernier on nous a dit : il faut confiner complètement et strictement la ville de Paris. Ensuite, vendredi c'était finalement plus qu'une hypothèse, et aujourd'hui il n'en a jamais été question. Donc je ne vais pas me lancer dans des commentaires alors que la position va peut-être encore changer dans les jours qui viennent.

LAURENCE FERRARI
Bim.

GABRIEL ATTAL
La deuxième chose, évidemment que c'est difficile, évidemment que si on devait être amené à prendre un confinement le week-end, comme on l'a fait dans certains départements, c'est très difficile pour les gens. Aujourd'hui les gens vivent déjà avec un couvre-feu à 18h00, ils doivent être chez eux après 18h00, si en plus il y a un confinement le week-end, on sait très bien que ce n'est pas anodin, on sait très bien que c'est des contraintes en plus, mais il n'y a rien de plus inhumain que le virus. Et si on doit prendre ces décision, évidemment que c'est parce qu'elles sont nécessaires et qu'on n'a pas d'autre choix. Voilà. Et il faut aussi savoir agir en responsabilité et dire les choses honnêtement et clairement aux Français. Moi je ne suis pas là pour raconter des histoires et on peut essayer de se faire plaisir et de se dire qu'on va faire plaisir aux gens en rejetant des mesures par principe, mais à la fin il y a des décisions qui doivent être prises en responsabilité, qui sont souvent impopulaires, et nous on les assume.

LAURENCE FERRARI
Il y a aussi un risque de relâchement des comportements, qui vous inquiète. L'acceptabilité de ce type de mesures hyper contraignantes, dont vient de parler, confinement national, confinement le week-end, elle est mise en question aujourd'hui par les Français, selon vous ? On n'en est pas loin ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une lassitude très forte. Il y a une lassitude de la situation, on en a tous marre. Ça fait un an qu'on vit avec ce virus, ça fait plusieurs mois que les Français vivent avec d'abord un confinement, et maintenant un couvre-feu, et ils en ont marre. Moi, ce que je constate quand même, c'est que les règles elles sont respectées très majoritairement, très massivement. Il y a toujours ici ou là des resquilleurs, des personnes qui ne respectent pas les règles, mais moi j'aime me concentrer sur ceux qui les respectent, parce qu'ils sont très majoritaires et parce qu'aujourd'hui ils font beaucoup d'efforts, et les Français sont héroïque dans cette période, ils acceptent un nombre de contraintes extrêmement fort, parce qu'ils sont responsables.

LAURENCE FERRARI
Mais on voit que leur taux d'adhésion aux mesures prises par le gouvernement, baisse, petit à petit…

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr.

LAURENCE FERRARI
… et qu'il y a un moment où ils vous diront peut-être non.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, mais encore une fois, par rapport à ce qu'on disait tout à l'heure, je crois qu'on a une lumière au bout du tunnel avec la vaccination, et qu'autour d'avril-mai, parce qu'on aura vacciné beaucoup de personnes vulnérables, on va encore accélérer la vaccination, il y a eu des annonces importantes qui ont été faites par le ministre de la Santé hier, notamment le fait que le vaccin AstraZeneca va être ouvert aux plus de 65 ans, c'est de ces 2,5 millions de personnes en plus qui peuvent se faire vacciner au mois de mars, en contactant leurs médecin traitant ou bientôt en allant en pharmacie. Cette lumière au bout du tunnel, elle va nous permettre, je l'espère, au printemps, de pouvoir commencer à alléger les restrictions, parce qu'on aura fait baisser la pression sur l'hôpital.

LAURENCE FERRARI
Quand est-ce que vous allez nous donner un calendrier ? Nos amis anglais ont un calendrier très précis : 8 mars, on ouvre les écoles. 12 avril les magasins. 17 mai les musées, les cinémas, les hôtels. Quand est-ce qu'on aura ce fichu calendrier pour notre pays, notamment pour les restaurants et la culture ?

GABRIEL ATTAL
Alors, c'est très difficile vous savez de donner des dates en avance, des dates fixes en avance. On l'a fait à un certain moment, quand on a déconfiné la deuxième fois, et on a vu malheureusement que les conditions épidémiques ensuite n'étaient pas réunies pour tenir ce calendrier, parce qu'on avait mis des conditions de maîtrise de l'épidémie qui n'étaient pas au rendez-vous. J'espère évidemment que s'agissant du Royaume-Uni, les conditions seront réunies, qu'il n'y aura pas de reprise, mais par principe, les dates peuvent toujours évoluer. Ce que je vous disais tout à l'heure, c'est qu'autour du mois d'avril-mai, c'est directeur général de la Santé qui l'a dit ce week-end dans le dans le JDD, on a l'espoir, grâce à la vaccination, de pouvoir alléger les restrictions. L'important c'est d'anticiper. Il y aura une réunion très importante cette semaine autour du président de la République, avec un certain nombre de ministres, précisément pour anticiper, et avancer…

LAURENCE FERRARI
C'est ça, ne serait-ce qu'avoir des protocoles pour les restaurants…

GABRIEL ATTAL
Absolument.

LAURENCE FERRARI
… pour les salles de spectacle, pour les…

GABRIEL ATTAL
Vous savez qu'il y a eu un gros travail qui a été fait dans chaque secteur, avec Bercy, avec les restaurants, les bars, les salles de sport, au niveau de la culture avec les acteurs culturels, au niveau du ministère des Sports avec les acteurs sportifs, pour préparer des protocoles. Et donc on aura une réunion importante avec le président pour mettre tout ça en commun et avoir finalement des protocoles transversaux qui concernent tous les lieux, avancer vers un pass sanitaire qui pourra peut-être fonctionner avec une application smartphone pour garantir que vous avez fait un test récemment, et que donc…

LAURENCE FERRARI
Ou que vous êtes vacciné.

GABRIEL ATTAL
Ou que vous êtes vacciné, c'est toujours une possibilité. Mais voilà, l'objectif c'est d'anticiper, on ne peut pas rouvrir malheureusement et alléger les contraintes aujourd'hui, mais parce qu'on voit une lumière au bout du tunnel avec la vaccination, il faut anticiper pour que le moment venu on soit prêt et qu'on puisse rouvrir tout de suite.

LAURENCE FERRARI
A partir de mi-mai quand même on aura un calendrier précis.

GABRIEL ATTAL
Evidemment, je l'espère, et on fait tout pour.

LAURENCE FERRARI
Mais alors, le problème c'est les annonces importantes dont vous parliez hier, d'Olivier VERAN sur la vaccination, il avait annoncé aussi, c'était important, en janvier 4 millions de personnes vaccinées à la fin février. Pas de bol, on est à 2,9 millions et 1,5 million qui ont seulement reçu 2 doses. Difficile de croire aux chiffres que vous annoncez jour après jour.

GABRIEL ATTAL
Il y a effectivement la volonté de donner de la visibilité, et puis vous savez qu'on a été tributaire pendant les premiers mois de retards de livraison de certains laboratoires. On a beaucoup tapé du poing sur la table, les retards ont été rattrapés ou le seront d'ici à la fin du 1er trimestre, il y a eu plus de 4 millions d'injections, avant la fin février. Ce qu'a annoncé le ministre hier, c'est quand même qu'en mars on aura 6 millions de premières injections en plus, ce qui fait qu'on pourra être à 9 millions d'injections à la fin du mois de mars, c'est ce qu'a dit Olivier VERAN hier, parce qu'encore une fois…

LAURENCE FERRARI
Oui, mais entre ce qu'il dit et ce qui se passe, il y a un fossé. Vous travailleriez dans une entreprise privée, vous n'aurez pas tenu vos objectifs, votre patron vous aurait viré.

GABRIEL ATTAL
J'entends ce que vous dites, Laurence FERRARI. Il y a aujourd'hui une pression mondiale pour recevoir les vaccins. Il y a des laboratoires qui se sont lancés dans cette production de vaccins, qui ont fait face à des difficultés, qui ont dû retarder des livraisons. Croyez bien qu'on fait tout pour que les livraisons arrivent en temps et en heure comme nos voisins européens. Ce que je constate c'est que la vaccination, le rythme de la vaccination a beaucoup augmenté, et qu'il va passer une étape majeure ce mois de mars, puisqu'encore une fois on élargit le nombre de publics, qu'on reçoit davantage de doses, et qu'en mars et avril on va beaucoup vacciner en France. Et en disant ça, je sais que parmi ceux qui nous écoutent, il y a des personnes qui n'en peuvent plus d'attendre, des personnes y compris très âgées, de plus de 75 ans, pour qui la vaccination…

LAURENCE FERRARI
Qui n'ont toujours pas de rendez-vous.

GABRIEL ATTAL
… est ouverte depuis plusieurs mois maintenant, qui n'ont toujours pas de rendez-vous. On a vacciné maintenant plus d'une personne sur quatre parmi les plus de 75 ans, et moi je veux dire à ces personnes qui nous regardent, qui nous écoutent, qu'on est conscient de l'attente et de la frustration très forte. Que les vaccins et les doses arrivent progressivement, que des rendez-vous nouveaux vont être proposés, et que dans les prochaines semaines elles vont pouvoir avoir un rendez-vous. Et je veux dire aux personnes de 65/75 ans, qui avaient l'impression d'être un peu…

LAURENCE FERRARI
Ah qui étaient dans le flou absolu, eux ils étaient prioritaires pour rien.

GABRIEL ATTAL
Voilà. Depuis hier on a quand même, grâce aux recherches scientifiques, maintenant la certitude que le vaccin AstraZeneca est efficace pour les personnes de plus de 65 ans, et donc là elles peuvent contacter, si elles ont une comorbidité, c'est-à-dire du diabète, de l'hypertension ou une autre pathologie, elles peuvent contacter leur médecin traitant pour prendre rendez-vous, pour se faire vacciner, et ça c'est un progrès très important. On va y arriver, ça met du temps et je comprends qu'il y ait une frustration, mais on va y arriver.

LAURENCE FERRARI
La violence entre les jeunes, entre les bandes de jeunes, a fait plusieurs victimes, trois jeunes collégiens ont perdu la vie depuis quelques jours. Le gouvernement veut mobiliser la justice pour une réponse plus rapide. Quel délai ? Encore une fois, Eric DUPOND-MORETTI voulait raccourcir les délais, mais ça veut dire quoi ? Entre le moment où on commet un acte délictueux et la sanction, il peut se passer des mois, voire des années.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est vrai que c'est un enjeu. Vous savez, quand on parle de sécurité, de lutte contre la délinquance, il y a les moyens policiers, on les a beaucoup augmentés, plus d'un milliard d'euros en plus dans le budget de la Sécurité depuis 2017, 10 000 recrutements de policiers, des nouveaux moyens pour les véhicules de police, une meilleure paie aussi pour les policiers, ça on l'a fait. Et puis il y a la question de la justice. Vous pouvez mettre les policiers que vous voulez, pour appréhender les délinquants, si derrière la justice « ne suis pas ou est trop lente », qu'il n'y a pas de sanctions qui arrivent dans les temps, comment est-ce que vous voulez régler le problème ? Et donc qu'est-ce qu'on a fait ? Là, 2021, augmentation historique du budget de la justice, + 8%, pour créer des postes pour que ça aille plus vite. Il faut en revenir à ce principe : tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, et si tu agresses quelqu'un, tu as une réponse pénale tout de suite.

LAURENCE FERRARI
Mais ça n'existe pas, dans la réalité, dans la vraie vie, vous savez, ça n'existe pas ça.

GABRIEL ATTAL
Mais ça fait plusieurs décennies Laurence FERRARI qu'on a ce constat-là. Et nous on prend les mesures…

LAURENCE FERRARI
Et ça ne marche toujours pas.

GABRIEL ATTAL
… augmentation du budget. Qu'est-ce qu'on a fait à la fin de l'année dernière ? On a réformé la justice des mineurs, on a crée un code spécifique pour la justice des mineurs. Le délai moyen effectivement entre la commission des faits et le jugement, je crois que c'était 18 mois. L'objectif avec cette réforme, qui vient d'être adoptée, qui va rentrer en vigueur et se mettre en place avec l'augmentation des moyens, c'est d'arriver à un délai de 3 mois entre la commission des faits et la déclaration de culpabilité. C'est ça notre objectif. Evidemment ce n'est pas simple, sinon j'imagine ça fait longtemps que les gouvernements qui se sont succédés l'auraient fait. Mais on se donne les moyens pour y arriver évidemment dans les prochains mois.

LAURENCE FERRARI
Gérald DARMANIN dit que la solution passe aussi par l'encadrement familial, là aussi c'est un voeu pieux, dire aux familles d'éduquer leurs enfants, oui évidemment, tout le monde tente d'éduquer ses enfants, mais il y a des fois des enfants qui vous échappent.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est vrai que les familles ont une responsabilité, il faut le dire, quand on parle de mineurs parfois très jeunes, elles ont une responsabilité, l'école a aussi une responsabilité. Il y a eu hier une réunion importante entre Gérald DARMANIN, Eric DUPOND-MORETTI et Jean-Michel BLANQUER, parce qu'il y a aussi un enjeu de partage de l'information très important entre les différents services des différents ministères. L'Education nationale, elle a la capacité de repérer un certain nombre de phénomènes, d'identifier des phénomènes de bandes, et il faut qu'elle travaille en meilleure collaboration avec les services judiciaires qui eux-mêmes doivent travailler en meilleure collaboration.

LAURENCE FERRARI
Un prof peut signaler un de ses élèves à la justice ou à la police.

GABRIEL ATTAL
En tout cas, les services académiques qui peuvent observer des phénomènes de bandes, parfois entre plusieurs établissements, peuvent en meilleure collaboration avec la justice et avec la police. C'est ça l'objectif de cette réunion qui a eu lieu hier, et c'est un travail qui va se poursuivre.

LAURENCE FERRARI
Il y a aussi les violences contre les policiers, ce sera ma dernière question, qui se multiplient. Hier à Beauvais, trois policiers blessés après des tirs de mortiers d'artifices. C'est tous les jours désormais que les policiers risquent leur vie en sortant ne serait-ce que du commissariat.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est absolument inacceptable dans la République. S'en prendre à un policier c'est s'en prendre à la République. Les policiers ils sont là pour protéger les Français, pour garantir la sécurité et donc la liberté, parce qu'on n'est pas libre quand on n'est pas en sécurité, on n'est pas libre quand on vit dans un quartier où il y a de la délinquance, où vous risquez de vous faire agresser, où vous risquez de voir votre voiture dégradée. Et donc s'en prendre à la police c'est s'en prendre à notre République, et ça doit être en permanence condamné, ça doit être en permanence sanctionné. Et donc évidemment qu'il y aura des suites qui seront données à ces agressions.

LAURENCE FERRARI
Merci Gabriel ATTAL d'être venu ce matin sur Cnews.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 mars 2021