Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la défense et la promotion des droits des femmes dans le monde, à Paris le 8 mars 2021.

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Circonstance : Remise du prix Simone Veil de la République française pour 2021 à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes

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Ce 8 mars ne ressemble à aucun autre, parce que l'année que nous venons de connaître ne ressemble à aucune autre.

Cette année de crise pandémique, beaucoup de femmes l'ont vécue en première ligne, souvent dans les métiers les plus exposés, souvent, plus souvent exposées que les hommes.

Aux risques sanitaires accrus s'est malheureusement ajoutée une autre menace, elle aussi décuplée : la menace des violences domestiques qui, partout dans le monde, se sont multipliées dans le contexte des confinements.

Quant aux filles, la fermeture prolongée des écoles pourrait, dans bien des pays, avoir des conséquences proprement dramatiques pour leur éducation et donc pour leur avenir.

Mais 2020 aura, dans le même temps, aussi confirmé certaines tendances de fond, qui sont à mes yeux particulièrement préoccupantes pour les droits des femmes. Je pense au mouvement de remise en cause, par ce qu'il faut bien qualifier d'internationale du conservatisme, de ces droits essentiels qu'on appelle les droits sexuels et reproductifs et qui engagent, pour les femmes, la possibilité de disposer librement de leur corps et de choisir librement la vie qu'elles veulent mener, c'est en réalité les droits humains les plus fondamentaux.

C'est d'ailleurs souvent les mêmes qui s'en prennent aux droits des femmes et qui remettent en cause les droits de l'Homme. C'est pourquoi il est extrêmement inquiétant que certains de nos partenaires, y compris en Europe, s'associent à cette remise en cause du droit des femmes, au mépris des valeurs qui - je veux le redire aujourd'hui - sont au fondement du projet européen et de notre Union.

La France, elle, n'entend pas se résigner devant ces lames de fond qui mettent en péril les acquis de plusieurs décennies de combats féministes. Nous ne céderons rien, nulle part.

Au contraire, la défense et la promotion des droits des femmes et des filles est l'une des priorités que nous portons dans les enceintes internationales. Au Conseil de sécurité, à l'Assemblée générale des Nations unies et bien sûr au Conseil des droits de l'Homme. Mais également à la Commission sur la condition des femmes des Nations unies, dont la 65e session va se tenir dans quelques jours.

Nous continuerons également, avec plus de détermination encore en cette période de Covid, à oeuvrer en faveur de l'universalisation de la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe, qui représente en fait l'instrument international le plus abouti en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

Nous compterons sur notre nouvelle ambassadrice en charge des droits de l'Homme, Madame Delphine Borione, pour porter également ces messages.

Partout, celles - et ceux - qui se battent pour ces droits nous trouveront à leurs côtés, sur le terrain.

C'est le sens de notre nouvelle politique de développement solidaire, où l'égalité entre les femmes et les hommes occupe une place centrale.

C'est le sens du Fonds de soutien aux organisations féministes que nous avons créé l'an dernier et qui est doté de 120 millions d'euros.

C'est le sens de l'initiative Afawa, qui encourage l'entreprenariat féminin et l'autonomisation des femmes en Afrique.

Et c'est le sens de notre engagement pour la formation des femmes enseignantes et la scolarisation de millions de filles dans les pays les plus fragiles, dans le cadre du Partenariat Mondial pour l'éducation. Je souhaite que cette dimension soit aussi présente au centre de la mobilisation francophone, qui doit aboutir lors du Sommet de la Francophonie à Djerba, à l'automne prochain.

Voilà, chers amis, quels sont nos engagements de progrès et de justice, pour les femmes et les filles du monde entier.

Et, si jamais nous avions besoin d'un modèle de persévérance et de constance, nous pourrions nous tourner vers vous, chère Habiba Sarabi.

Vous, qui, durant la période du régime Taleb, étiez aux côtés des filles afghanes réfugiées dans la région de Peshawar, au Pakistan.

Vous qui, à la chute de ce régime, êtes devenue ministre de la condition féminine, avant d'être la première femme afghane nommée gouverneure d'une province, celle de Bamiyan.

Là où, il y a vingt ans presque jour pour jour, le fanatisme religieux avait frappé avec une particulière brutalité ce modèle et un patrimoine culturel incomparable, vous avez agi pour que toutes aient accès à l'éducation.

Vous, chère Habiba Sarabi, qui incarnez aujourd'hui l'engagement des femmes dans les processus de paix, en tant que membre de la délégation chargée de négocier avec les talibans une solution politique inclusive et pérenne pour votre pays, où de récentes attaques montrent que celles qui veulent choisir leur propre destin sont encore menacées, et c'est pourquoi votre voix, Madame, compte autant.

Vous, à qui - pour toutes ces raisons - nous sommes très fiers et très émus de décerner aujourd'hui le troisième prix Simone Veil, du nom de cette autre femme de courage et de conviction, confrontée elle aussi à la violence de l'Histoire et qu'animait, comme vous, une détermination et une énergie à toute épreuve.

Si, pour notre diplomatie féministe, ce 8 mars ne ressemble à aucun autre, c'est aussi parce que l'année 2021 sera l'année du Forum Génération Egalité, que nous organiserons prochainement à Paris, avec le Mexique et ONU Femmes.

Cette grande manifestation, ce Forum, soyez certains que nous sommes déterminés - et notre ambassadrice Delphine O s'y emploie déjà - nous sommes déterminés à en faire un véritable tournant pour les droits des femmes et des filles, et ce sera un moment très fort pour notre diplomatie féministe.

Je vous remercie de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 mars 2021