Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Info le 5 mars 2021, sur la campagne de vaccination, les espoirs du retour à "une vie plus normale", le passe sanitaire et la réforme de l'assurance chômage.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

MARC FAUVELLE
"Vous êtes gentil, mais tant qu'il y aura des vaccins dans les frigos moi je ne reconfinerai pas les gens", ce n'est pas moi qui vous le dit évidemment, ce sont les propos d'Emmanuel MACRON adressés à ses ministres avant-hier lors du dernier conseil sanitaire, propos dont France Info a eu la confirmation. Vous vous êtes fait remonter les bretelles ?

GABRIEL ATTAL
Il y a la nécessité d'accélérer sur la vaccination, et tout le monde en est convaincu au sein du gouvernement, le président de la République, évidemment, est très attaché à ce qu'on puisse être efficace et rapide sur la vaccination. C'est le cas depuis maintenant un certain nombre de semaines, même de mois, puisqu'on vaccine, on vaccine de plus en plus, on vaccine beaucoup, et il y a un enjeu d'accélération sur le vaccin, ASTRAZENECA notamment, et ce week-end va être un grand week-end de mobilisation pour la vaccination, et évidemment ça appelle la mobilisation de tout le monde.

MARC FAUVELLE
Si je vous pose cette question c'est que ce n'est pas la première fois que l'Élysée laisse fuite l'agacement du chef de l'État, on a l'impression parfois que ce n'est pas lui qui décide, qu'il est spectateur de cette campagne de vaccination.

GABRIEL ATTAL
Ça je peux vous dire que c'est bien le président, le Premier ministre, qui décident, et c'est le gouvernement qui met en œuvre…

MARC FAUVELLE
Combien de fois on nous a annoncé des accélérations de la campagne de vaccination, vous pourriez nous le dire ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, c'est une campagne de vaccination qui se fait par étapes, et c'est vrai qu'il y a pu y avoir des moments difficiles, ça a été, ça reste un chemin qui est parfois semé d'embûches, il y a eu des retards de livraison de la part de laboratoires, il y a sans doute eu des enjeux d'organisation en France, il faut le dire, je pense que tout ça a été levé méthodiquement et par étapes, et qu'il faut toujours, à chaque fois, quand on regarde une situation donnée, en fonction des livraisons qu'on reçoit, des stocks qu'on a, se poser la question comment est-ce qu'on peut être le plus efficace possible pour qu'il y ait le plus de Français vaccinés le plus rapidement possible, parce que le Premier ministre l'a dit hier, on est dans une course de vitesse entre la vaccination et le virus, plus on vaccine de Français, et d'abord de Français vulnérables aux formes graves de la maladie, plus on se donne une chance de pouvoir évidemment les protéger, et de pouvoir faire baisser la pression sur les hôpitaux rapidement.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, les vaccins dont le président parle, les vaccins dans le frigo, ce sont les 300, 400 000 doses du vaccin ASTRAZENECA prêt à être utilisé, mais dont personne ne veut, votre collègue de la santé, Olivier VERAN, va écrire ce matin à tous les soignants pour qu'ils se fassent vacciner, seulement 30% du personnel soignant l'est en France. Pourquoi les appels à se faire vacciner chez les soignants ne sont pas entendus ?

GABRIEL ATTAL
D'abord c'est important de dire les choses clairement, je ne dirais pas que personne ne veut, heureusement, du vaccin, il y a eu départ…

MARC FAUVELLE
30%.

GABRIEL ATTAL
Il y a eu au départ des doutes, des questions, sur son efficacité à partir d'un certain âge, non pas dire qu'on considérait qu'il était inefficace, mais qu'on ne disposait pas de suffisamment de validations scientifiques pour dire qu'il était efficace à partir d'un certain âge, c'est-à-dire au-dessus de 65 ans, et quand je dis "on" ce n'est pas uniquement la France, c'est l'essentiel des pays européens, l'Allemagne, etc. On a ces garanties qui sont arrivées. Ensuite il y a eu des inquiétudes sur des légers effets…

SALHIA BRAKHLIA
Les effets secondaires.

GABRIEL ATTAL
Oui, légers effets secondaires, syndromes grippaux pendant un ou deux jours, avec un peu de fièvre, là aussi je crois que les inquiétudes ont été levées, le professeur Alain FISCHER s'est exprimé, il a dit que ça pouvait arriver notamment sur des personnes assez jeunes, et quand on prend du paracétamol au moment de la vaccination, en général ça se passe très vite.

SALHIA BRAKHLIA
Mais, Gabriel ATTAL, ces doses elles restent dans le frigo parce que les soignants eux-mêmes n'en veulent pas, ils ne veulent pas se faire vacciner.

GABRIEL ATTAL
Ce qui est certain c'est que le rythme de vaccination chez les soignants n'a pas été celui qu'on attendait.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, comment on fait, on la rend obligatoire cette vaccination chez les soignants ?

GABRIEL ATTAL
Olivier VERAN a été assez clair sur ce point hier, il a dit qu'il croyait encore au travail de conviction et de confiance avec les soignants, donc il a un message très clair qui a été passé hier à l'occasion de la conférence de presse, il va écrire effectivement aux soignants aujourd'hui pour leur rappeler l'importance de se faire vacciner, pas seulement pour eux-mêmes, mais pour tout le monde, pour les patients qui sont en face d'eux, vous avez des patients qui sont hospitalisés non pas pour la Covid-19 mais pour d'autres pathologies, évidemment il faut les protéger pour éviter qu'ils puissent être contaminés à la Covid-19 parce que souvent c'est des patients qui sont plus vulnérables que les autres.

SALHIA BRAKHLIA
Et si la lettre envoyée aux soignants ne suffit pas, qu'est-ce qu'on fait ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, enfin moi je veux bien qu'on envisage tous les scénarios, mais il ne faut pas toujours se projeter dans le cas où ça ne fonctionnerait pas, on peut espérer qu'il y ait un ressaisissement, et moi…

MARC FAUVELLE
Vous pensez qu'une lettre du ministre va suffire à balayer les doutes, les réticences ?

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, il y a eu un message très clair qui a été passé hier par le ministre de la Santé, et d'ailleurs le Premier ministre, il y a des voix, dans le monde de la santé, dans le monde de l'hôpital, qui se sont exprimées, et c'est important aussi, je pense que ça aussi ça parle aux soignants, on va faire en sorte que la confiance, la responsabilisation, fonctionnent, évidemment tous les scénarios restent sur la table si jamais on devait considérer que c'est nécessaire.

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez bien qu'il y a plusieurs possibilités, régulièrement on m'interroge sur ce sujet-là. Aujourd'hui on fait le pari de la confiance et du ressaisissement d'une partie des soignants, parce qu'il faut toujours dire une partie, il y a beaucoup de soignants qui se sont fait vacciner, il y en a probablement qui vont encore se faire vacciner dans les jours qui viennent, évidemment ça doit continuer.

SALHIA BRAKHLIA
Mais il y en a 30% seulement, est-ce que vraiment l'obligation est sur la table là ?

GABRIEL ATTAL
Tout est sur la table, tout est sur la table, par principe.

MARC FAUVELLE
Certains des soignants, Gabriel ATTAL, expliquent leurs réticences par le fait que c'est le vaccin ASTRAZENECA qui leur est proposé, dont l'efficacité face au Covid est légèrement inférieure aux deux autres vaccins proposés en France, est-ce que vous pourriez leur proposer de passer aux autres vaccins ?

GABRIEL ATTAL
Là-dessus moi j'entends des doutes qui ont pu exister ces dernières semaines ou ces derniers mois, il y a des études scientifiques internationales qui ont été diffusées ces dernières semaines, je pense notamment à une étude écossaise qu'on appelle "en vie réelle", c'est-à-dire c'est une étude qui a été faite sur la base de, je crois, 600 000 personnes, qui avaient reçu le vaccin ASTRAZENECA, et qui montre qu'il est d'une remarquable efficacité.

MARC FAUVELLE
Mais légèrement inférieure aux deux autres.

GABRIEL ATTAL
Mais quasiment aussi efficace sur les formes graves que les autres.

MARC FAUVELLE
Et eux disent "on est en première ligne, on doit avoir le meilleur vaccin."

GABRIEL ATTAL
Evidemment Marc FAUVELLE, mais il ne vous aura pas échappé que notre vaccinale, en France, comme dans tous les pays du monde, elle repose sur plusieurs vaccins, sur plusieurs laboratoires, il n'y a pas un laboratoire qui est capable aujourd'hui de fournir tous les pays pour toute…

SALHIA BRAKHLIA
Et pourquoi eux ne peuvent pas avoir le choix, ces soignants, s'ils veulent se faire vacciner avec le PFIZER ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez qu'aujourd'hui on sait que le PFIZER, le MODERNA, sont recommandés plus pour des personnes qui sont très âgées, que, évidemment, ni la France, ni aucun pays dans le monde, ne dispose à date de suffisamment de doses de ces vaccins de ces laboratoires pour vacciner tout le monde, donc il y a une priorisation évidente. Mais, encore une fois, les études scientifiques qui ont été diffusées ces derniers jours, ces dernières semaines, montrent que vis-à-vis des formes graves le vaccin ASTRAZENECA est aussi efficace que les autres, vis-à-vis des formes graves.

MARC FAUVELLE
Pardon. Au-delà de la question des soignants, Gabriel ATTAL, quand on regarde les chiffres de vaccination chaque semaine, on voit qu'il y a un trou, toutes les semaines, le dimanche on ne vaccine pas aujourd'hui en France. Ça fait plus de deux mois que la campagne de vaccination a débuté, pourquoi on ne vaccine pas le dimanche, on ne sait pas faire ou on n'a pas les doses ?

GABRIEL ATTAL
Non, là-dessus, j'entends cette question qui m'a été posée à plusieurs reprises, et le ministère de la Santé avait eu l'occasion de répondre. On reçoit des doses, il y a une dotation, ensuite, qui est faite entre départements, et dans les départements il y a une répartition pour la semaine qui est faite aux différents centres de vaccination, après les centres de vaccination s'organisent, la plupart du temps c'est vrai que le choix qui est fait c'est de concentrer les vaccinations sur les cinq premiers jours, mais ce que je veux dire c'est que si les vaccinations avaient été faites sur l'intégralité de la semaine il n'y aurait pas eu plus de doses sur la semaine qui auraient été injectées, c'est une question d'organisation.

MARC FAUVELLE
Donc c'est une question de doses, en partie.

GABRIEL ATTAL
Oui…

MARC FAUVELLE
Parce que le dimanche c'est aussi le jour où peut-être on a un peu plus de temps pour aller se faire vacciner.

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr, c'est aussi, vous savez qu'il faut mobiliser des soignants pour réaliser les vaccinations, en tout cas sous supervision médicale pour un certain nombre d'entre eux, et donc ce que je vous dis c'est que les doses arrivent progressivement de plus en plus, on voit bien que ça augmente, la cadence augmente, les chiffres ont été donnés hier par le Premier ministre, et donc, là, qu'est-ce qui va se passer ce week-end, parce qu'on a reçu des doses supplémentaires, parce qu'il y a des doses qui étaient dans des stocks, notamment le vaccin ASTRAZENECA qu'on va pouvoir aussi utiliser, on va avoir un week-end de mobilisation générale sur la vaccination, donc vous allez pouvoir observer, que y compris le samedi et le dimanche on est capable de vacciner largement, et évidemment c'est ce qu'attendent les Français. Je vous donne un exemple, chez moi, dans ma circonscription, j'ai été député…

MARC FAUVELLE
Vous n'êtes plus député !

GABRIEL ATTAL
Je suis pour l'instant au gouvernement ; des Hauts-de-Seine, il y a une dotation pour le week-end de 6 000 doses, et dans le centre de vaccination de ma circonscription, à Issy-les-Moulineaux, il y a plusieurs centaines de doses qui vont pouvoir être injectées, en plus ce week-end, et oui, il y a une mobilisation générale, les élus vont être très mobilisés, les pompiers vont être mobilisés, les soignants vont être mobilisés, parce qu'encore une fois on est dans une course contre-la-montre et il y a énormément de Français qui attendent encore de pouvoir être vaccinés, qui sont sur des listes d'attente, et c'est important de leur montrer que quand on a suffisamment de doses on est capable de les appeler et de leur dire "voilà, vous êtes sur liste d'attente, on a des doses supplémentaires qui sont arrivées, on vous propose de vous faire vacciner ce week-end."

MARC FAUVELLE
Le Fil Info à 8h41 avec Stéphane MILHOMME et on vous retrouve dans un instant Gabriel ATTAL.

(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le porte-parole du gouvernement Gabriel ATTAL. Un retour à une vie plus normale dans 4 à 6 semaines, ça nous amène autour du 15 avril, c'est ce que vous avez déclaré cette semaine après le Conseil des ministres…

MARC FAUVELLE
Pourquoi vous faites non de la tête quand Salhia dit ça ?

GABRIEL ATTAL
Non, je penchais la tête.

MARC FAUVELLE
Ah, vous penchiez la tête, excusez-moi, j'avais mal lu.

SALHIA BRAKHLIA
Il m'écoutait attentivement.

MARC FAUVELLE
Bien sûr, moi je vous écoute Salhia, j'ai cru, j'avais cru voir une opposition de Gabriel ATTAL.

SALHIA BRAKHLIA
Du coup, j'ai une précision à vous demander : ça voulait dire quoi "Une vie plus normale" ?

GABRIEL ATTAL
Ce que j'ai dit c'est qu'on est dans une course de vitesse avec la vaccination. Que ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'on vaccine les personnes les plus vulnérables, parce que c'est celles qui aujourd'hui sont le plus hospitalisées, et aujourd'hui les Français vivent avec des restrictions qui sont difficiles, notamment le couvre-feu à 18h00, dans certains départements des mesures qui vont encore plus loin, pour éviter que les hôpitaux soient totalement débordés et pour garantir qu'on puisse toujours accueillir des malades à l'hôpital. Donc plus on fera baisser la pression sur les hôpitaux, plus on se donne une chance de pouvoir desserrer un certain nombre de contraintes et de restrictions.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, votre calendrier, c'est 4 à 6 semaines.

GABRIEL ATTAL
Et ce que je veux dire, c'est important de le dire aussi, parce que c'est important que les Français voient qu'il y a des progrès, c'est que le fait d'avoir démarré la vaccination et d'avoir vacciné déjà plus de 3 millions de personnes, fait qu'aujourd'hui on commence à observer des effets de la vaccination sur le virus, on voit qu'il y a moins de contamination dans les EHPAD, qui sont… Tous les résidents des EHPAD qui l'ont souhaité, ont pu être vaccinés, c'est 80%. Il y a un taux d'incidence chez les personnes très âgées, qui diminue, alors que la moyenne nationale a plutôt eu tendance à augmenter. Et donc on voit qu'il y a de premiers effets. Et donc, ce que j'ai dit, c'est qu'on peut espérer, parce qu'on va beaucoup vacciner en mars et début avril, on peut espérer que peut-être dès la mi-avril on puisse desserrer un certain nombre de contraintes.

SALHIA BRAKHLIA
C'est quoi desserrer un certain nombre de contraintes ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, je veux dire, je ne peux pas ici faire des annonces, ce que j'essaie, c'est de donner un horizon par rapport à ce que nous disent aussi certains épidémiologistes, la semaine dernière…

MARC FAUVELLE
Vous mesurez aussi le risque de vos propos, c'est celui de susciter un espoir qui serait peut être annulé dans quelques semaines par une nouvelle flambée de l'épidémie.

GABRIEL ATTAL
Mais évidemment, mais je pense que c'est important…

MARC FAUVELLE
Jusqu'ici le gouvernement s'était gardé de donner des dates précises. A chaque fois qu'on interroge Olivier VERAN ou Jean CASTEX, le jeudi soir en en conférence de Presse, ils disent bien : pas de date, on ne peut pas, on gère semaine après semaine, là vous fixez une fenêtre à un mois et demi, ce qui semble à la fois tout proche et très lointain.

GABRIEL ATTAL
Mais, d'abord ce n'est pas une date, c'est un horizon. Je n'ai pas annoncé de réouverture à telle date. Deuxième chose, Jérôme SALOMON avait eu l'occasion de faire une interview dans le JDD dimanche dernier, il a lui-même parlé d'un horizon autour du mois d'avril, du mois de mai, pour desserrer progressivement de contraintes, si la vaccination…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, pardon mais desserrer, ça veut dire quoi ? Réouverture des restaurants, réouverture des musées, par exemple, c'est quoi ?

GABRIEL ATTAL
Salhia BRAKHLIA, j'entends cette question parfaitement, et je sais que…

SALHIA BRAKHLIA
Oui. J'attends la réponse du coup.

GABRIEL ATTAL
Je sais qu'à travers vous c'est les Français qui attendent de pouvoir revivre le plus normalement possible, qui ont hâte de pouvoir revivre plus normalement qu'ils ne vivent aujourd'hui. Ce que je veux dire c'est que d'ici à cet horizon, il y a des semaines de gros temps qui nous attendent, des semaines de remous. On voit que la situation est tendue à l'hôpital, qu'elle est tendue dans les contaminations, donc évidemment aujourd'hui je ne peux pas vous faire d'annonces sur tel lieu va pouvoir ouvrir ou le couvre-feu à tel moment va pouvoir être d'être desserré. Ce que je veux dire en revanche c'est qu'on progresse grâce à la vaccination, et ça c'est important de le dire, je veux dire, c'est important aussi de mettre en avant ce qui permet d'être optimiste, moi je crois beaucoup à ça. Et deuxièmement c'est que d'ici à cet horizon, évidemment il faut une mobilisation absolue, parce qu'encore une fois l'épidémie a réaccéléré ces dernières semaines, que c'est très tendu à l'hôpital, que nos soignants font face à des malades qui arrivent dans les services de réanimation, et que chacun individuellement, dans nos comportements, dans notre vie quotidienne, en réduisant les contacts au maximum, en faisant très attention, en s'isolant dès qu'on a le moindre doute, et pas en attendant, est pas au moment d'avoir le test positif ou d'avoir des symptômes, quand on un doute il faut s'isoler puis ensuite lever le doute. Si on fait tout ça, on est capable de tenir ensemble et de maîtriser cette épidémie jusqu'au moment où la vaccination aura suffisamment d'impact.

MARC FAUVELLE
Dans ce retour aux jours meilleurs, qui espérons-le arriveront le plus tôt possible, Gabriel ATTAL, est-ce qu'il y aura nécessairement un "pass sanitaire" ? On sait qu'une réunion a été organisée ces derniers à l'Elysée pour tenter d'en fixer les contours et à quoi ça pourrait ressembler ? D'abord on parle d'une feuille de papier, on parle d'une application sur les téléphones portables, quelle forme ça pourrait prendre ?

GABRIEL ATTAL
Les différentes formes possibles. D'abord, s'il y a eu cette réunion c'est parce que précisément on anticipe. Ce qu'on souhaite, c'est que dès que ça sera possible, dès qu'on aura cette possibilité, on puisse alléger un certain nombre de restrictions et rouvrir un certain nombre de lieux. Mais pour ça il faut anticiper, il faut se préparer. Ce que je veux dire ensuite c'est qu'il y a eu énormément de travail qui a été mené par mes collègues du gouvernement, avec les différents secteurs. Ça fait des mois que Roselyne BACHELOT travaille avec les acteurs de la culture sur des protocoles sanitaires qui pourront être mis en place dans les lieux culturels…

MARC FAUVELLE
Mais tout le monde n'est pas d'accord, il y a des restaurateurs qui disent : moi je ne suis pas là pour faire la police, je ne vais pas vérifier le portable de chaque personne qui rentre.

GABRIEL ATTAL
Mes collègues de Bercy travaillent avec les restaurateurs, les bars, les salles de sport, les discothèques, pour là aussi travailler à des protocoles sanitaires. Ma collègue des Sports Roxana MARACINEANU travaille avec les acteurs du sport là aussi pour préparer des choses. Donc c'était important que les membres du gouvernement qui travaillent tous avec différents secteurs, se retrouvent autour du président de la République, du Premier ministre, pour mettre un peu tout ça en commun et voir finalement c'est quoi les règles ou les protocoles un peu transversaux qu'on peut avoir, dans un moment on se dit qu'on pourra alléger un certain nombre de choses. Il peut y avoir des outils ensuite. Effectivement, un pass sanitaire c'est un outil possible, qui permettrait par exemple, rien n'a été est acté ou décidé, mais on regarde différentes pistes de travail, qui permettraient d'attester pour accéder à un certain nombre de lieux, que vous êtes "protégé", soi que vous avez réalisé un test qui est négatif très récemment, soit éventuellement que vous avez été vacciné, soit d'autres éléments qui permettraient de tracer vos contacts si jamais on identifiait qu'il y avait une contamination dans le lieu au moment où vous y étiez. Voilà. Comment est-ce qu'on…

MARC FAUVELLE
Ce pass sanitaire, Gabriel ATTAL, est-ce qu'il aurait un caractère obligatoire, pour pouvoir aller au musée, au restaurant, au cinéma ou que sais-je ?

GABRIEL ATTAL
On est dans un moment d'anticipation et de travail, il n'y a pas de décisions qui ont été prises, ce qu'il faut c'est anticiper et prendre les décisions pour le moment.

SALHIA BRAKHLIA
Mais la piste, du coup, la piste obligatoire…

GABRIEL ATTAL
Je vous dis qu'aujourd'hui il n'y a pas de piste privilégiée, qu'il y a un travail qui est mené, qu'on tient compte d'un certain nombre de choses et ce travail va se poursuivre évidemment. Encore une fois, malheureusement l'heure n'est pas dans les toutes prochaines semaines à rouvrir un certain nombre de lieux ou desserrer des restrictions. On et les premiers à le regretter, mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas anticiper pour la suite.

SALHIA BRAKHLIA
Gabriel ATTAL, il y a la crise sanitaire, il y a aussi la crise économique. L'épargne des Français pourrait atteindre 200 milliards d'euros à la fin de l'année selon la Banque de France, des élus de Gauche proposent une taxation exceptionnelle sur ceux qui ont le plus épargné pendant la crise, qu'en pense le gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
Alors, il y a une position qui est constante de la part du gouvernement, c'est qu'on ne souhaite pas augmenter les impôts et les taxes.

SALHIA BRAKHLIA
Même si elle est exceptionnelle cette taxe ?

GABRIEL ATTAL
Et c'est constant depuis le début du quinquennat, on a même fait le choix de les baisser et on va continuer à le faire, notamment sur les tranches de la taxe d'habitation qui sont encore assujettie à la taxe d'habitation, on l'a abaissée pour plusieurs tranches de l'impôt sur le revenu, baissé sur l'impôt qui pèse sur nos usines et la production, tout ça on va continuer à en faire…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, comment vous allez profiter de cette épargne des Français qui va atteindre donc 200 milliards d'euros ? Comment inciter à la consommation, à l'investissement ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, enfin, c'est un message que l'on adresse évidemment aux épargnants…

MARC FAUVELLE
Juste une question, si vous me le permettez, est-ce qu'il pourrait être envisagé de faciliter le système de donation entre les générations, pour que les plus âgés puissent donner, avec des exemptions d'impôts, des réductions d'impôts une certaine somme pour que cet argent encore une fois soit réinjecté dans l'économie ?

GABRIEL ATTAL
Mais moi je n'ai pas connaissance de décisions en ce sens à ce stade, maintenant je veux dire, par principes on peut réfléchir à tout, sauf encore une fois parce que ce n'est pas notre cadre de travail, à une augmentation des impôts. Je pense c'est important d'être clair sur ce point, parce qu'on a pu voir par le passé qu'à l'issue de certaines crises l'ardoise était réglée par une augmentation des impôts, je pense que les Français ont aussi connu ça, et que donc il faut être très clair sur le fait que notre engagement et l'engagement du président de la République c'est que nous n'augmenterons pas les impôts pour solder cette crise.

(…)

MARC FAUVELLE
Les impôts des Français n'augmenteront pas, c'est ce que vous venez de nous dire Gabriel ATTAL il y a quelques instants, en revanche, qui va changer pour des centaines de milliers de chômeurs c'est ce qu'ils touchent à la fin de chaque mois, en raison de l'entrée en vigueur de la réforme de l'assurance chômage que le gouvernement a présentée cette semaine. Tous les syndicats aujourd'hui sont contre cette réforme, écoutez par exemple ce qu'en dit le leader de la CFDT Laurent BERGER cette semaine sur France Info.

LAURENT BERGER, SECRETAIRE GENERAL DE LA CFDT
Est-ce que c'est le moment de faire une réforme qui fera des économies sur le dos des chômeurs, alors qu'on ne sait même pas, au 1er juillet, quelle sera la situation du chômage, cette réforme elle est injuste, incohérente, déséquilibrée, anachronique, et donc elle n'a pas lieu d'être.

MARC FAUVELLE
A partir du 1er juillet prochain, Gabriel ATTAL, plus de 800 000 chômeurs vont voir en moyenne leurs allocations baisser d'un peu plus de 20%, est-ce que vous êtes sûr que vous irez au bout de cette réforme ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, vous savez, depuis le début de cette crise sanitaire, on a précisément montré que notre engagement c'était de travailler pour que des personnes ne soient pas pénalisées injustement par cette réforme…

MARC FAUVELLE
20% de moins pour 800 000 personnes.

GABRIEL ATTAL
Elle a été retardée à plusieurs reprises, il y a eu un travail de discussions, de concertation avec des partenaires sociaux, j'entends qu'à la fin certains s'opposent quand même à la réforme…

SALHIA BRAKHLIA
Tous.

MARC FAUVELLE
Tous.

GABRIEL ATTAL
Mais ce que je veux dire c'est qu'il y a eu des discussions avec eux et un travail pendant 6 mois, il y a eu une adaptation de la réforme, pas uniquement sur la date…

SALHIA BRAKHLIA
Mais visiblement ça ne suffit pas Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Pas uniquement sur la date de l'entrée en vigueur qui a été reportée, mais aussi sur le fait qu'on ne touche pas à la durée à partir de laquelle tous ont accès à l'allocation chômage qui est maintenu à 4 mois, sur le fait que la dégressivité des allocations pour les salaires les plus élevées…

MARC FAUVELLE
Ça, ça concerne ceux qui gagnent plus de 4500 euros.

GABRIEL ATTAL
Ne prendra effet qu'au neuvième et non plus au septième mois, sur le fait qu'on revoit la règle de calcul pour y mettre un niveau plancher, et sur le fait que le système de bonus-malus, qui avait été annoncé, prendra effet plus tard. Ce que je veux dire maintenant, Marc FAUVELLE, c'est que, moi j'entends que la période actuelle, la crise sanitaire et la crise économique, nous fasse revoir un certain nombre de chantiers, est-ce que ça veut dire qu'il ne faut plus porter de réforme et plus porter les réformes qui avaient été prévues ? Je ne le crois pas. Quand on parle du système d'assurance chômage il y a un certain nombre de choses auxquelles on veut répondre.

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute lu l'interview de l'homme qui a fabriqué cette réforme auprès de Muriel PENICAUD, dans la première partie du quinquennat, et qui dit aujourd'hui "il ne faut pas la faire, cette réforme, aujourd'hui, avec la crise qu'on a", les chiffres que j'ai donnés tout à l'heure ne sont pas ceux des centrales syndicales, les 840 000 demandeurs d'emploi qui vont perdre 20% en moyenne de leurs allocations, ce sont les chiffres de l'UNEDIC, c'est-à-dire l'organisme qui les verse. A ces 840 000 là, qui vont perdre 100, 200 euros à la fin de chaque mois, quand on se souvient par exemple de la polémique au début du quinquennat sur les 5 euros d'APL, qui avaient été rabotés chaque mois, Gabriel ATTAL, vous n'êtes pas en train de vous dire que vous faites une erreur politique qui risque de plomber la vie de ces gens-là et la fin du quinquennat ?

GABRIEL ATTAL
J'entends ce que vous dites Marc FAUVELLE. On a montré, encore une fois, depuis le début de cette crise que, pour tous les Français les plus précaires, et notamment les demandeurs d'emploi, on prenait toujours les décisions nécessaires pour les protéger. Je vous donne un exemple. sur les chômeurs en fin de droits, qui normalement ne devraient plus, selon les règles, pouvoir percevoir leurs allocations chômage parce qu'ils sont arrivés en fin de droits, on a systématiquement décalé la date de la fin de leurs droits pour qu'ils puissent continuer à percevoir leurs droits, on l'a fait à chaque fois, et on l'a encore annoncé, Elisabeth BORNE l'a annoncé il y a quelques jours, pour un mois supplémentaire, donc on a toujours pris ces décisions-là. Ensuite, moi je pose la question, est-ce qu'on considère que le problème qui était observé depuis des années, et dénoncé depuis des années, y compris par des syndicats, sur le recours abusif à des contrats très courts et précaires, est-ce qu'on considère que ce problème…

MARC FAUVELLE
C'est un autre point de la réforme, c'est la taxation des CDD et c'est pour l'année prochaine.

GABRIEL ATTAL
La réponse est non, ça fait partie de la réforme.

MARC FAUVELLE
Sur le point précis sur lequel je vous interroge là…

GABRIEL ATTAL
Est-ce qu'on considère, Marc FAUVELLE, que le fait qu'il y ait aujourd'hui des inégalités qui font que pour deux personnes qui ont travaillé à mi-temps, selon que vous ayez une personne qui a travaillé à mi-temps, c'est-à-dire la moitié de la journée chaque jour de la semaine, et l'autre qui a travaillé la moitié des jours de la semaine toute la journée, ils n'aient pas la même couverture…

MARC FAUVELLE
Tout ce que vous dites est parfaitement exact Gabriel ATTAL, ça n'empêche pas la réalité de ces chiffres-là et la réalité que vont vivre toutes ces personnes à partir de cet été.

GABRIEL ATTAL
Et ce que je dire ensuite c'est que, évidemment que cette réforme elle ne peut pas être décorrélée de toute l'action qui est menée pour la relance économique et pour la création d'emplois en France, et que, dans l'entre deux vagues comme on dit, en tout cas à l'été dernier et à la rentrée de septembre-octobre, on parle du troisième trimestre, la France a été un des pays d'Europe qui a connu le taux de croissance le plus élevé, c'est reparti très vite, c'est reparti très fort, plus de 18% de croissance, qu'on a un plan de relance qui est en train de se déployer, dans un certain nombre de secteurs, qui permet la création d'activité, qui permet la relance de l'économie, donc moi j'entends qu'on se projette au 1er juillet en se disant que la situation économique n'aura pas changé, je pense qu'on peut aussi se dire…

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous-même vous ne savez pas ce que sera la situation économique en juillet.

GABRIEL ATTAL
Oui, mais on s'est toujours adapté, Salhia BRAKHLIA, à la situation donnée, à un moment donné, c'est aussi pour ça qu'on prolonge les droits régulièrement des…

MARC FAUVELLE
Elle ne changera plus cette réforme ?

SALHIA BRAKHLIA
Elle ira jusqu'au bout en tout cas ?

GABRIEL ATTAL
Mais, on va mener cette réforme, évidemment parce qu'elle est nécessaire, maintenant je redis, on s'est toujours adapté à la situation sociale dans notre pays et à la situation vécue par des Français, dans un moment de crise qui est extraordinairement difficile.

MARC FAUVELLE
C'est une réforme de gauche ?

GABRIEL ATTAL
C'est une réforme en tout cas d'équité pour les exemples que je vous donnais tout à l'heure. Quand on travaille le même nombre d'heures dans la semaine, que son voisin, juste pas réparties les mêmes jours de la semaine, mais qu'on n'a pas la même couverture chômage, je pense que ça se justifie…

MARC FAUVELLE
Vous avez répondu à tous les autres points de la réforme, mais pas à la question que je vous pose sur les 800 000.

GABRIEL ATTAL
Non, mais… c'est une réforme qui globale, avec un certain nombre de mesures Marc FAUVELLE, et puis surtout moi j'entends qu'on donne un nombre de personnes qui sont demandeurs d'emploi aujourd'hui, en se projetant sur ce que ce sera dans 3 ou 4 mois, encore une fois, je pense qu'il y a une mobilisation collective pour donner des perspectives à tous les Français, évidemment, qui cherchent du travail.

SALHIA BRAKHLIA
Gabriel ATTAL, le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE, a annoncé avoir appelé Nicolas SARKOZY cette semaine après sa condamnation à 3 ans de prison dont un ferme pour corruption et trafic d'influence, est-ce que c'est gênant qu'un ministre appelle un ancien président condamné à de la prison ferme pour corruption ?

GABRIEL ATTAL
Franchement, ce qui est important c'est que tous les membres du gouvernement, et c'est le cas, respectent une décision de justice, et c'est le cas, il n'y a pas de commentaire à faire sur une décision de justice, après chacun est évidemment libre dans son intimité et dans sa vie privée.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'Emmanuel MACRON va continuer à consulter Nicolas SARKOZY…

GABRIEL ATTAL
Moi je…

MARC FAUVELLE
Comme ça été le cas régulièrement ces derniers mois ?

GABRIEL ATTAL
C'est un ancien président de la République, c'est évidemment normal qu'il puisse y avoir des échanges avec un ancien président de la République, ça me semble…

SALHIA BRAKHLIA
Même s'il a été condamné ?

GABRIEL ATTAL
Enfin, je veux dire, il a été condamné, il y a un processus judiciaire qui se poursuit, je crois qu'il a interjeté appel, et donc, voilà. C'est un ancien président de la République, qui a une expérience des crises, qu'il puisse être consulté ça me semble évidemment légitime.

MARC FAUVELLE
Merci Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

MARC FAUVELLE
Porte-parole du gouvernement, invité ce matin de France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 mars 2021