Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à RFI le 19 mars 2021, sur l'épidémie de Covid-19 et la vaccination des Français à l'étranger.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Prononcé le

Texte intégral

Q - Bonjour, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour, Julien Chavanne.

Q - Vingt et un millions de Français seront reconfinés ce soir. Hier soir, Jean Castex n'a utilisé le mot "confinement" qu'une seule fois, lors de sa conférence de presse. Alors, ce matin, comment vous, vous définissez, en un mot, la formule hybride qui a été choisie ?

R - C'est tout simplement une formule qui est adaptée, territorialisée. Vous savez, nous progressons, chaque mois qui passe, nous en savons plus sur ce virus, nous en savons plus sur les façons de le combattre. Et souvenez-nous, puisque nous commémorions, hélas, il y a deux jours le premier confinement : à l'époque c'était tout le monde qui devait rester chez soi, une heure de sortie par jour, seulement, etc... Le deuxième confinement, celui du mois de novembre, était déjà plus souple. Et celui-là, vous l'avez vu, c'est un dispositif qui est exigeant, on demande beaucoup de vigilance, de prudence, notamment dans les lieux clos, mais il est respirable. C'est, quelque part, le confinement de l'espoir, l'espoir que ce soit le dernier, l'espoir que l'on puisse ensuite, petit à petit, reprendre une vie plus normale.

Q - Emmanuel Macron voulait à tout prix éviter un reconfinement, qu'est-ce qui vous fait dire aujourd'hui qu'il n'a pas raté son pari ?

R - Regardez les semaines que l'on a gagnées. Depuis le mois de janvier, un certain nombre de pays s'étaient reconfinés, parfois totalement, les cours ont pu s'arrêter dans les écoles. En France, il n'en n'a rien été. Nous avons pu, grâce au couvre-feu, ralentir la progression des variants, mais cette diffusion des variants restait inexorable, compte tenu de leur très forte contagiosité ; et donc, vous savez, chaque jour de gagné, chaque semaine de gagnée, c'était déjà extraordinaire parce que la vie éducative, la vie économique, a pu se poursuivre, de façon un peu dégradée, mais le moins possible, tout en combattant ce virus.

Q - Emmanuel Macron avait fixé un horizon pour retrouver un début de vie normale : mi-avril, c'est toujours cet horizon que vous gardez ?

R - Alors, là, nous avons mis en place ces mesures pour quatre semaines. Quatre semaines, cela nous emmène autour de la mi-avril. Vous savez, le virus c'est l'inattendu permanent ; et donc c'est vrai que c'est de l'incertitude permanente. Maintenant, ce que l'on fait, je ne peux pas vous donner de date, mais avec les professionnels, on travaille sur quelles seraient les différentes phases, après, de réouverture. Nous l'avons fait avec le secteur de l'hôtellerie, de la restauration, avec l'événementiel. Mais on ne peut pas donner de date aujourd'hui, vous le voyez bien, parce qu'on est avant tout dans ce combat contre le virus. On doit remporter cette bataille et reconquérir tout ce qui ressemble à la vie d'avant.

Q - Donc prudence, en attendant de nouveaux chiffres. Votre objectif, c'est toujours de vacciner dix millions de Français au 15 avril, c'est dans moins d'un mois, Jean-Baptiste Lemoyne. Combien de Français de l'étranger seront vaccinés à cette date ?

R - Les Français établis hors de France répondent à une stratégie vaccinale qui est un peu différente, tout simplement parce qu'il a fallu déjà voir ceux qui étaient éligibles aux dispositifs de vaccination locaux, qui soient comparables à ceux que nous mettons en place en Europe. 84% d'entre eux sont en train d'être vaccinés, déjà, selon la stratégie vaccinale de leur pays de résidence, ont commencé à l'être, avec des vaccins homologués par l'Union européenne. Et là, nous sommes en train de travailler pour les 16% restant, dans lesquels...

Q - Attendez, je m'arrête sur le chiffre, 86% des Français de l'étranger ont reçu, aujourd'hui, une première dose ?

R - Non.

Q - Ils sont dans le processus, éligibles.

R - Ils sont dans des pays dans lesquels ils sont éligibles aux stratégies de vaccination locales, avec des vaccins homologués par l'Union européenne, c'est cela qui est important.

Q - Et eux seront vaccinés, est-ce que vous avez une date, est-ce que vous avez un horizon, pour savoir quand seront vaccinés les Français de l'étranger ?

R - Cela dépend des stratégies des pays de résidence, vous le voyez, et donc, c'est vraiment du sur-mesure, ce à quoi nous travaillons. Et donc, surtout, nous devons apporter des solutions pour les 16% de Français de l'étranger qui sont dans des pays dans lesquels il n'y a pas forcément l'accès aux vaccins homologués par l'Union européenne. Et donc, là, nous espérons pouvoir acheminer les premières doses, nous l'espérons, début mai. Les travaux sont en cours avec les autorités locales, vous savez qu'il y a des gouvernements qui ont assumé le fait de ne pas vacciner, et donc, il faut...

Q - Cela veut dire quoi ? Qu'un avion va décoller de Paris pour amener des vaccins aux centaines, aux milliers de Français qui vivent dans un pays où il n'y a pas de vaccin sur place ?

R - La France, est très engagée pour que les vaccins, qui sont un bien public mondial, puissent être délivrés à toutes les populations dans le monde. Et c'est pourquoi, d'ailleurs, grâce à la facilité COVAX, - la France a mis cent millions d'euros sur cette facilité -, d'ores et déjà, depuis début mars, des vaccins arrivent, notamment dans un certain nombre de pays qui l'ont demandé en Afrique subsaharienne. Je pense au Ghana, je pense au Nigeria, etc... Et donc, vous le voyez, en ce moment les vaccins sont en train d'arriver : 255 millions de doses, grâce à la facilité COVAX, d'ici la fin mai, partout dans le monde, dans 92 pays. Et donc, aujourd'hui, on peut se réjouir que, effectivement, la communauté internationale veille à ce que personne ne reste sur le bord de la route.

Q - Mais est-ce que cela veut dire qu'il pourrait y avoir des cartons estampillés "pour Français de l'étranger" qui décollent de Paris pour un pays à l'étranger ?

R - C'est une possibilité, ce n'est pas la seule. Il y a aussi la capacité pour les Français de l'étranger, qui parfois, vous savez, reviennent en France pour des séjours, c'est parfois l'occasion de vacances, des vacances estivales, eh bien, de pouvoir se faire vacciner en France, s'ils le souhaitent. C'est également un dispositif sur lequel on a travaillé, pour qu'ils aient la capacité à se faire vacciner, localement, par les autorités locales, si le vaccin est homologué, le cas échéant par des dispositifs alternatifs sur lesquels nos ambassades travaillent avec leurs médecins référents, avec la communauté médicale locale ; et puis, le cas échéant, en France, lors de leur passage.

Q - Un tiers du pays donc reconfiné, alors que nous sommes à trois mois des élections régionales. Je ne vais pas vous demander si ces élections vont se tenir, personne ne le sait aujourd'hui, vous encouragez, par ailleurs, le vote par Internet pour les élections consulaires qui auront lieu à la fin mai. Alors, pourquoi ce qui est possible pour les Français de l'étranger ne l'est pas pour les Français de l'Hexagone et des Outre-mer ? Pourquoi ne pas voter par Internet pour les élections locales à venir ?

R - Ce scrutin des élections consulaires, effectivement, se tiendra le 29 et le 30 mai, le Conseil scientifique a donné son avis, son accord favorable. Et cela fait plusieurs années que nous travaillons sur ce dispositif. Ce n'est pas quelque chose qui se fait d'un claquement de doigts, en trois semaines. Ce vote par Internet s'est mis en place pour les élections consulaires, il a dû être testé par l'Agence de sécurité informatique de l'Etat, pour s'assurer qu'il n'y a pas d'ingérence extérieure. Et donc, tout cela est le résultat d'un processus mis en place déjà depuis deux ans, et c'est vrai que c'est une facilité considérable qui est mise à la disposition des Français établis hors de France parce que cela va permettre une participation, je l'espère, plus importante qu'il y a six ans. Il y a six ans, 16% des Français de l'étranger avaient participé à ce scrutin pour désigner leurs élus locaux. Moi, je leur dis quel que soit le sens de votre bulletin, naturellement participez, parce que les conseillers des Français de l'étranger, vos élus locaux, se donnent beaucoup de mal aux côtés de nos ambassadeurs, de nos consuls...

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, on a quelques secondes, j'ai une dernière question pour vous. Est-ce qu'il vous est arrivé de "girafer" à l'école, quand vous étiez plus jeune ?

R - Ah là là, dois-je avouer, "girafer", ce beau terme, qui signifier copier si ma mémoire est bonne...

Q - Voilà, en Afrique occidentale, eh bien, c'est à retrouver dans le Dictionnaire des francophones qui a été lancé cette semaine à l'occasion de la Journée de la francophonie, demain. Merci, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 mars 2021