Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à BFM TV le 23 mars 2021, sur l'épidémie de Covid-19 et les vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

CHRISTOPHE DELAY
Retour sur le plateau de Première édition. Agnès PANNIER-RUNACHER, bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

CHRISTOPHE DELAY
Merci d'être avec nous, ministre déléguée chargée de l'Industrie et de la logistique des vaccins. On aurait bien aimé vous avoir en studio, mais vous êtes, vous n'êtes pas présente avec nous physiquement parce que vous êtes cas contact, c'est bien ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, je suis cas contact, j'ai reçu une notification de l'application TousAntiCovid samedi, et donc depuis samedi j'ai fait, suivant le protocole de TousAntiCovid, un premier test PCR négatif et je suis confinée 7 jours, et je referai un deuxième test dans 7 jours.

CHRISTOPHE DELAY
Mais pourtant, vous n'êtes pas, enfin isolée à la maison, si j'en crois le décor derrière vous. Vous êtes à votre bureau.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, j'ai choisi de m'isoler, moi j'ai 3 enfants et un mari, donc j'ai choisi de m'isoler à Bercy, où je circule entre un bout d'appartement et mon bureau, et on s'est organisé pour que je ne croise personne et que je sois en contact avec mes équipes par visio et par téléphone.

ADELINE FRANÇOIS
Est-ce que l'on peut vous demander des nouvelles de vos deux collègues Elisabeth BORNE et Roselyne BACHELOT, qui ont été testées positives au Covid ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je ne vais pas rentrer dans le détail, parce que ça regarde chacune d'entre elles. Je sais que Roselyne m'a envoyé un texto hier, ça allait bien, quant à Elisabeth BORNE, comme cela a été diffusé, elle est hospitalisée, donc le Covid est une maladie qui frappe indistinctement et qui peut être relativement grave, donc il faut s'en protéger, en respectant les gestes barrières.

CHRISTOPHE DELAY
Alors, le gouvernement, sur la logistique, veut accélérer. Les 35 vaccinodromes annoncés ces dernières heures seront opérationnels quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils seront opérationnels dans les prochains jours, on est en train de travailler avec les élus locaux pour les mettre en place. L'enjeu c'est que nous avons une accélération d'une livraison du nombre de doses, et d'autres nous pouvons passer à une deuxième phase de vaccination plus massive. Nous avons également terminé la phase de vaccination dans les EHPAD, qui était une phase de vaccination un peu complexe, ce sont des personnes âgées, il faut recueillir le consentement, parfois le consentement des proches. Cette phase est derrière nous et nous pouvons là, élargir la vaccination à une population plus large.

ADELINE FRANÇOIS
Vous parlez d'une accélération de la livraison des doses, mais avec quels vaccins ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Avec le vaccin BioNTech PFIZER bien sûr, avec le vaccin MODERNA. Vous savez que BioNTech PFIZER a annoncé augmenter leurs livraisons de vaccins par rapport à leur contrat initial, et puis MODERNA est en phase de monter en puissance, mais conformément à leur contrat initial, et AstraZeneca continue à livrer, certes pas autant de doses qu'on le souhaiterait, mais néanmoins c'est plusieurs millions de doses aussi de la part d'AstraZeneca, qui nous arrivent dans les prochaines semaines.

CHRISTOPHE DELAY
AstraZeneca qui devait jouer un rôle central dans la vaccination, est-ce qu'il faut considérer désormais que ce ne sera plus le cas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sera clairement BioNTech PFIZER qui va fournir le plus grand nombre de doses dans les semaines qui viennent. C'est une situation qui nous convient aussi, d'abord parce que ce vaccin est extrêmement efficace, ensuite parce que ses conditions de conservation ont été allégées, il y a des tests qui ont été faits, qui rendent la logistique plus simple, donc pour toutes ces raisons, nous allons nous appuyer beaucoup sur ce vaccin dans les semaines qui viennent.

ADELINE FRANÇOIS
Alors, deux choses : combien de doses de PFIZER, avez-vous ou allez-vous recevoir et comment allez-vous alléger leur conservation ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ce n'est pas nous qui allégeons la conservation, ce sont des indications qui sont données par des laboratoires et qui sont validées par les autorités de santé, mais on sait que désormais on n'est pas obligé d'être sûr du - 80° en permanence, mais qu'on peut descendre sur des congélateurs simples, pour des conservations de l'ordre de 2 semaines. Donc ça ce sont des éléments que nous intégrons dans notre logistique. Par ailleurs, le rythme de livraison des doses PFIZER est de l'ordre de 1,9 million par semaine, à compter de la semaine prochaine.

CHRISTOPHE DELAY
Agnès PANNIER-RUNACHER, Angela MERKEL, cette nuit, a dit qu'elle soutenait la menace de la Commission européenne, la Commission qui menace de bloquer les exportations de vaccins AstraZeneca, si l'Europe ne reçoit pas les livraisons prévues. Est-ce que vous avez des nouvelles du laboratoire AstraZeneca ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous sommes en contact régulier avec le laboratoire AstraZeneca, le commissaire BRETON également, la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der LEYEN. Il va avoir des retours dans les prochains jours, en tout état de cause nous devons trouver une solution pour qu'AstraZeneca revienne progressivement vers les niveaux de livraisons initialement prévus dans leur contrat.

CHRISTOPHE DELAY
C'est-à-dire qu'ils devront tenir leurs promesses.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait. Vous signez un contrat, vous réalisez votre contrat, c'est la vie des affaires et il n'y a pas de raison qu'il y ait des exceptions, dans le cas présent. Autant on ne peut comprendre, et ils en ont eues, qu'ils aient eu des difficultés industrielles, parce que nous sommes dans le développement des vaccins sur une prouesse technologique et industrielle, et je dirais que produire des millions de doses comme cela, n'a rien de simple, autant on ne peut pas comprendre qu'il y ait eu un traitement différencié entre différentes zones géographiques, étant entendu que les contrats sont similaires dans leur formulation, ont été signés à un jour de différence, le contrat de l'Union européenne un jour avant celui du Royaume-Uni, et que donc il faut rééquilibrer la situation avec l'ensemble des zones de production d'AstraZeneca. AstraZeneca a deux grosses usines en Europe, d'où il peut nous fournir, et il a aussi des usines à l'étranger, dans d'autres zones, et donc à eux de nous proposer un plan d'action pour revenir progressivement à la réalité des livraisons qu'ils nous doivent.

ADELINE FRANÇOIS
Et sinon, des sanctions ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sinon, on a toujours le levier contractuel du judiciaire, mais c'est un levier qui n'a pas de sens au cas présent, puisque notre jeu c'est la rapidité d'exécution, c'est de trouver des solutions. Mais je peux vous dire que nous sommes tous en train de rechercher des solutions et je crois que l'ensemble des équipes d'AstraZeneca a bien compris l'importance de la situation.

CHRISTOPHE DELAY
Agnès PANNIER-RUNACHER, il y a deux présidents de région particulièrement touchées par l'épidémie, la région Ile-de-France et Hauts-de-France, qui demandent davantage de vaccins. Est-ce qu'on va pouvoir pour répondre rapidement à leurs demandes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors ça, je laisserai Olivier VERAN vous répondre, parce qu'il s'agit d'une stratégie de santé, savoir comment le mieux possible répondre à la circulation du virus, il ne faut pas déshabiller Paul pour habiller Pierre, mais comme vous l'avez vu ces dernières semaines, nous avons apporté des doses supplémentaires, tant dans les Hauts-de-France qu'en Ile-de-France, donc nous n'avons pas attendu la manifestation de ces deux présidents de région pour agir et pour faire en sorte que les populations soient le mieux protégées possible, en particulier dans les zones où le virus circule rapidement.

CHRISTOPHE DELAY
Parmi les nouvelles de ces dernières heures, il y a l'Allemagne, l'Allemagne qui a décidé un verrouillage renforcé la première semaine de Pâques, un verrouillage d'ailleurs assez strict, avec fermeture de tous les magasins pour enrayer la propagation du variant, avec aussi l'annulation des offices à l'occasion des fêtes de Pâques. Compte tenu de la propagation de la maladie et de ce qu'on voit par exemple en Ile-de-France ces derniers jours, est-ce que c'est envisageable chez nous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous le savez, nous avons constamment adapté les mesures sanitaires et de protection et de restriction de circulation, à la situation sanitaire, et nous allons continuer à piloter au plus près des situations. Nous faisons aujourd'hui des distinctions géographiques, car on ne peut pas comparer la situation des Hauts-de-France et d'Ile-de-France en Nouvelle Aquitaine, et nous avons deux boussoles, la première boussole c'est de faire ni excès de zèle, ni laxisme. La deuxième boussole c'est de maintenir aussi longtemps que possible les écoles ouvertes. Nous sommes le seul pays en Europe à avoir réussi à maintenir les écoles ouvertes pendant 42 semaines de suite, 42 semaines. Pour vous donner un point de comparaison, les Etats-Unis c'est une dizaine de semaines, l'Allemagne c'est une vingtaine de semaines, et je crois que c'est très important pour ne pas sacrifier les plus jeunes, et nous allons agir donc en conséquence avec ces principes généraux d'action.

CHRISTOPHE DELAY
Vous pensez qu'on va pouvoir tenir ce cap, compte tenu de l'aggravation de l'épidémie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais vous dire, pour tenir ce cap il faut que chacun y mette du sien, et la meilleure mesure pour empêcher le virus de circuler c'est le respect des gestes barrières, et c'est de limiter nos interactions sociales.

CHRISTOPHE DELAY
Vous regrettez le flou autour de la communication gouvernementale qui a obligé Matignon à ajuster ce message cette nuit : « Dehors avec les miens… Dedans avec les miens, dehors en citoyen » ; voyez, on s'emmêle les pinceaux.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est très logique en fait. Au fond, lorsqu'on est chez soi, on est avec les gens avec lesquels on partage potentiellement un risque de contamination, donc autant rester dans ce petit cercle fermé, le protéger au maximum. A l'extérieur, le port du masque le plus longtemps possible, en revanche être à l'extérieur avec un masque limite considérablement la contamination, et éviter les apéros avec des copains, un peu prétexte à enlever le masque, pendant un mois, parce qu'on sait que ces mesures toutes simples qu'on peut tous s'appliquer et qui ont d'ailleurs été appliquées par des millions de Français, ce qui explique que nous avons eu à prendre moins de mesures de restrictions que beaucoup d'autres pays européens ces dernières semaines, ces mesures toutes simples font toute la différence.

CHRISTOPHE DELAY
Bien évidemment.

ADELINE FRANÇOIS
Merci.

CHRISTOPHE DELAY
Et on a une pensée pour les soignants, « des anges parmi nous », je vois derrière vous sur le dessin, c'est ça effectivement la réalité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement…

CHRISTOPHE DELAY
Merci beaucoup. Merci d'avoir été avec nous en direct ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2021