Interview de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, à France Info le 25 mars 2021, sur les témoignages d'une quinzaine de femmes journalistes diffusées dans un documentaire sur les violences sexistes dans le journalisme sportif.

Prononcé le

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Roxana MARACINEANU.

ROXANA MARACINEANU
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Dimanche dernier la chaîne Canal Plus a diffusé dans un documentaire les témoignages d'une quinzaine de femmes journalistes ou consultantes sportives dans plusieurs médias, dont Radio France, qui racontent ce qu'elles vivent parfois dans leur rédaction, sexisme, remarques graveleuses, procès aussi en incompétence. A ces femmes qui parlent, vous dites quoi ?

ROXANA MARACINEANU
Je leur dis merci déjà d'avoir parlé, d'avoir soulevé ce sujet comme ça s'est fait aussi dans d'autres secteurs d'activité dans notre pays, que ce soit la restauration, la santé, le sport de manière plus générale. C'est vrai que dans notre secteur de manière large la mixité, la parité est un véritable enjeu que ce soit au niveau des pratiquantes, que ce soit la présence des femmes dans les instances dirigeantes, mais bien sûr aussi tout au bout de la chaîne, c'est-à-dire sur un plateau où on parle de sport, c'est important à mes yeux qu'il y ait autant de femmes que d'hommes et il faut pouvoir leur laisser la place en toute, voilà tout naturellement en fait.

MARC FAUVELLE
Quand vous dites ça, qui parle, c'est la ministre, c'est l'ancienne championne de natation, c'est l'ancienne consultante sport sur France Télévisions notamment, vous en avez été témoin ou victime vous de ces gestes ou de ces mots ?

ROXANA MARACINEANU
J'ai été spectatrice bien sûr en tant qu'amateur et amoureuse de sport, en tant que sportive aussi de voir que le sport était traité majoritairement par des hommes. C'est vrai que lorsqu'on est une femme ou sportive on est moins attirés par le traitement de cette information sportive. On a l'impression que le sport c'est quelque chose qui concerne les garçons, les hommes, or moi aujourd'hui en tant que ministre c'est tout l'enjeu que je porte, c'est démocratiser le sport en France, c'était le titre de la loi qui a été portée par les parlementaires la semaine dernière où nous avons acté la parité à un niveau national dans les fédérations. C'est important parce que derrière ça rejaillit lorsque les jeunes filles entendent parler de sport avec des voix, avec des points de vue féminins, eh bien c'est enrichi d'une part l'offre sportive, l'intérêt pour le sport et ça rejaillit derrière sur les pratiquants. Et finalement c'est une question d'égalité des chances, tout le monde on est moitié-moitié dans notre société, tout le monde a le droit d'aimer le sport, d'en être passionné, de le pratiquer.

MARC FAUVELLE
Roxana MARACINEANU, il y a un homme qui n'apparaît pas dans ce documentaire, c'est le consultant football de Canal Plus, Pierre MENES, la chaîne a décidé de supprimer avant la diffusion les passages qui le concerne, passage ou de l'embrasse de force des femmes journalistes en direct à la télé, certains de ces passages ont finalement été diffusé un peu plus tard sur la chaîne C8 notamment celui-ci lorsque la journaliste Marie PORTOLANO, celle qui a réalisé le documentaire, l'interroge sur son comportement, il y a quelques années il lui avait soulevé la jupe en plateau devant le public.

MARIE PORTOLANO
Ça par exemple par exemple est-ce que tu le referais aujourd'hui ?

PIERRE MENES
Oui.

MARIE PORTOLANO
Soulever la jupe de quelqu'un comme ça.

PIERRE MENES
Oui.

MARIE PORTOLANO
Même en sachant que ça peut être humiliant.

PIERRE MENES
Ça t'a humilié ?

MARIE PORTOLANO
Oui.

PIERRE MENES
J'en suis désolé, mais est-ce que j'ai été incorrect avec toi une fois ?

MARIE PORTOLANO
Là oui.

PIERRE MENES
Non, non, mais indépendamment de ça.

MARC FAUVELLE
Ça t'as humilié dit Pierre MENES, quand vous entendez ça qu'est-ce que vous dites ?

ROXANA MARACINEANU
Franchement je crois que c'est un combat d'arrière-garde en fait, aujourd'hui ce cas-là précisément je pense concerne l'employeur de Pierre MENES comme ça concerne les employeurs et ceux qui sont en responsabilité de mettre à l'antenne, de favoriser et d'accréditer en fait et de légitimer la présence de personnes qui pensent cela aujourd'hui, maintenant voilà il faut que ça se règle entre l'employeur et ce journaliste comme c'est le cas dans les fédérations où toutes les affaires de situations problématiques de violences sexuelles ont émergé, il faut qu'à un moment les personnes prennent leurs responsabilité. On vit dans une société où ce type de question et ce type de réponse n'a plus sa place.

MARC FAUVELLE
S'il vous avait fait à vous, Pierre MENES à l'époque, comment vous auriez réagi ?

ROXANA MARACINEANU
Je n'arrive même pas à imaginer en fait et c'est ce qui ressortait aussi de ce reportage, c'est-à-dire que toutes ces filles se posaient la question de pourquoi elles n'avaient pas réagi de la même manière qu'elles réagissent aujourd'hui. mais je crois que c'est pas la question à se poser, maintenant c'est le moment d'en parler, l'opinion publique est là pour entendre la parole des femmes et ces signalements qu'elles font aujourd'hui parce que ce sont des véritables signalements pour moi, donc voilà il faut les prendre en considération, évoluer avec son temps et permettre à toutes ces femmes qui ont mené des combats comme on l'a vu, les premières qui ont été sur les plateaux télé, Marianne MAKO et les autres femmes de l'époque qui se sont faites mais humiliées par ces hommes qui étaient sur ces plateaux, ça en fait aujourd'hui ça ne doit plus exister.

MARC FAUVELLE
Ce qui est frappant c'est que certaines de ces images étaient connues, elles étaient passées à la télé quand Pierre MENES embrasse de force des femmes sur un plateau, il y a du monde autour dans le public, autour de la table, personne ne réagit, tout le monde semble sourire. S'il s'agit d'agressions sexuelles pourquoi la justice ne saisit pas ?

ROXANA MARACINEANU
Parce qu'il n'y a pas de signalement, il n'y a pas de dépôt de plaintes de la part des personnes qui en ont été victimes et puis si ça ne s'est pas fait c'est parce que justement il y avait une ambiance qui faisait que y compris la justice ne réagissait pas à l'époque de la même manière qu'aujourd'hui. On vit dans une autre époque, il faut que ça change.

MARC FAUVELLE
Vous dites aujourd'hui c'est terminé ?

ROXANA MARACINEANU
Oui je pense que c'est clairement terminé, il faut que les femmes qui sont victimes de cela réagissent. Il faut que les personnes qui sont en responsabilité de ceux qui l'assument ouvertement elles réagissent aussi et puis il ne faut plus que ça se produise parce qu'encore une fois ce sont des combats qui ont été menés par des femmes et c'est aussi leur rendre justice que de faire progresser la cause. Pour moi il y a aucune raison pour que sur des plateaux télé quand on parle de sport on ne soit pas à parité parce que c'est aussi une question de l'image que ça renvoie et derrière ça a toute une incidence aussi sur la population et ce qu'est le sport et sa représentation dans la société.

MARC FAUVELLE
Roxana MARACINEANU, hier la Fédération française de foot a annoncé que tous les championnats amateurs étaient terminés pour cette saison en raison de la crise sanitaire. Pourquoi un footballeur professionnel peut-il jouer au ballon et pas un amateur ?

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui les fédérations ont la main pour décider si le championnat peut se tenir jusqu'à la fin de la saison, ce n'est pas le cas pour les divisions régionales, départementales en football. La Fédération s'est réservée le droit encore à la possibilité de maintenir le niveau national masculin et féminin.

MARC FAUVELLE
Les gestes barrières ne sont pas les mêmes sur un terrain départemental ou en Ligue 1 ?

ROXANA MARACINEANU
Il y a trop de monde qui est en jeu, trop de risques du coup de diffusion de du virus et puis c'est surtout une question de logistique, on ne peut pas maintenir les championnats tel qu'il était prévu de les faire d'ici la fin de la saison. Donc il y aura des choses nouvelles à réinventer, c'est ce que font les fédérations pour proposer lorsque ce sera possible de reprendre des formats de compétition aussi et de rencontres différentes. Je crois qu'il faut se serrer les coûts coudes, être patient et puis attendre aussi que ça puisse reprendre avant que la vaccination fasse ses effets et qu'on puisse reprendre le sport, voilà et y compris celui de compétition quand ce sera possible avec solidarité par rapport à ce qui se passe en ce moment.

MARC FAUVELLE
Deux questions rapides si vous voulez bien, vous avez ouvert la porte, on en parlait il y a quelques minutes, il y a quelques jours, au retour de la pub après 20h00 sur les chaînes de télé publique notamment pour rentabiliser les droits d'achat des Jeux Olympiques, est-ce que vous allez le faire malgré l'opposition des chaînes privées et de votre collègue de la Culture, Roselyne BACHELOT ?

ROXANA MARACINEANU
Pour nous et pour les parlementaires puisque c'est eux qui ont posé le sujet sur la table pendant la loi la semaine dernière à l'Assemblée, l'enjeu est de voir plus de sport féminin à la télévision, plus de sport en clair à la télévision et c'est vrai que le service public est le meilleur endroit pour le faire. Maintenant on sait que les droits coûtent cher, il y a aussi la possibilité pour ces événements sportifs d'avoir des coupures au milieu des matchs, il y a des mi-temps dans lesquelles on pourrait insérer des spots de publicité, mais en tout cas ce n'est pas moi qui décidera, c'est Roselyne BACHELOT qui a complètement la main sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
On a entendu que vous y êtes, vous favorable. Dernière question d'un mot, Paris-Roubaix la course cycliste devait s'élancer dans quelques jours, la course est-elle maintenue ou annulée ?

ROXANA MARACINEANU
Le préfet a pris ses responsabilités, aujourd'hui nous sommes encore en discussion avec lui puisque la décision n'est pas définitivement prise, mais c'est un département, celui du Nord, où il y a des vraies problématiques sanitaires aujourd'hui, pas suffisamment de lits, beaucoup de malades, donc peut-être que cet événement devrait être reporté.

MARC FAUVELLE
Mais ce serait sans public sur les routes pavées notamment ou sans public tout court.

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, de toute façon ce sera dans des conditions, voilà de réglementation, qui ne permettraient de toute façon pas d'avoir cet événement populaire tel qu'on le connaît.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Roxana MARACINEANU, ministre des Sports, invité de France Info.

ROXANA MARACINEANU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mars 2021