Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Bleu Vaucluse le 26 mars 2021, sur la lutte contre les différentes formes de discriminations grâce à la plateforme portée par le Défenseur des droits "39 28" et "antidiscrimations.fr".

Texte intégral

ANNE DOMECE
Bonjour Elisabeth MORENO.

ELISABETH MORENO
Bonjour Anne DOMECE. Bonjour à toutes et à tous.

ANNE DOMECE
Merci d'être là avec nous ce matin. Alors, avant de parler de votre visite en Vaucluse, une question dans l'actualité évidemment : quel regard vous portez sur les affaires qui sortent en ce moment et qui mettent en cause des personnalités, comme Patrick POIVRE d'ARVOR ou Pierre MENES ?

ELISABETH MORENO
Je me réjouis que la parole se libère, parce que le sexisme existe depuis longtemps, il prend des vies, des femmes meurent parce qu'elles sont femmes, elles sont assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint quand elles décident de les quitter. Je me réjouis que les personnes parlent, pour dénoncer l'inceste. Je me réjouis que les personnes parlent pour dénoncer l'homophobie, pour, vous avez vue Me Too Gay, vous avez vu Me Too Inceste, avant ça il y avait Me Too tout simplement, et je pense que de plus en plus les gens sont conscients de leurs droits, ils sont de plus en plus conscients de ce qui est inacceptable et intolérable, et je salue le courage de toutes ces personnes et de toutes ces victimes, et je leur dis que l'Etat est là, à leurs côtés, pour les accompagner, faire reconnaitre leurs droits et punir les personnes qui sévissent.

ANNE DOMECE
Alors, vous êtes en Vaucluse aujourd'hui, Elisabeth MORENO, pour parler de lutte contre les discriminations, elles sont multiples. On peut être discriminé en raison de son genre, de sa couleur de peau, mais aussi de son âge ou de son accent, on connaît ça ici dans le Sud. Alors comment on lutte contre toutes ces formes de discrimination ?

ELISABETH MORENO
D'abord, votre accent est magnifique et on ne devrait pas vous discriminer pour ça, ce chantant me fait beaucoup de bien. Ensuite, vous savez, il y a 25 critères de discrimination prohibés dans la loi. Le problème c'est que quand je rencontre les associations, quand je rencontre les individus, beaucoup de gens me disent : « J'ai été discriminé, on m'a traité de sale noir, sale arabe, on m'a dit sale grosse, on m'a dit t'es trop vieille, on m'a dit t'es trop petit, et je ne porte pas plainte, parce que je crois que ça ne servira à rien ». Et c'est pour ça que le président de la République m'a demandé au mois de février, à la suite de l'affaire Michel ZECLER, de mettre en place une plateforme de lutte contre les discriminations, qui est accessible au 39 28 et sur internet « antidiscrimations.fr. » Cette plateforme est portée par le Défenseur des droits. Lorsque vous appelez cette plateforme, vous avez affaire à des gens qui son formés à l'écoute, qui connaissent le droit, qui sont formés à la lutte contre les discriminations, et ces personnes-là vont vous conseiller, vont vous renvoyer vers les services de l'Etat, vers les associations spécialisées sur ces sujets.

ANNE DOMECE
Mais ensuite, Elisabeth MORENO, est-ce qu'il y a des réponses au niveau de la justice, par exemple, est-ce que ça sert à quelque chose de signaler une discrimination ?

ELISABETH MORENO
La première chose à faire, c'est faire en sorte qu'il n'y ait pas d'omerta et que le sujet ne reste pas impuni. Et ça c'est ce que nous faisons avec la plateforme. Ensuite, le ministère de la Justice, comme le ministère de l'Intérieur, sont totalement mobilisés sur ces questions, parce qu'un pays de droit comme le nôtre un pays des droits de l'homme, où les personnes se font insulter, critiquer pour ce qu'elles sont, pour leur humanité, c'est totalement inacceptable, donc je peux vous dire que tout le gouvernement est mobilisé sur cette question.

ANNE DOMECE
Alors, cette plateforme c'est important de le dire, elle est réservée aux personnes victimes de discriminations, mais aussi aux témoins.

ELISABETH MORENO
Absolument. En fait, ce que nous allons faire, début avril nous allons lancer une grande consultation citoyenne, parce que vous avez raison madame DOMECE de préciser que la question des discriminations ne concerne pas que les personnes discriminées, parce qu'à un moment ou un autre de notre vie, chacun de nous pourra être discriminé, et il s'agit en fait d'embarquer tout notre pays sur cette question de l'égalité des droits, de l'égalité d'accès aux opportunités. Vous savez, les trois questions qui ressortent le plus depuis que nous avons ouvert cette plateforme avec le Défenseur des droits c'est : je suis discriminé à l'emploi, soit mon CV n'est même pas étudié, soit ça fait 15 ans que je piétine sur le même job, alors même que je sens que je suis prêt à aller plus loin. Soit les discriminations au logement, j'ai beau avoir le bon salaire mais on ne me donne pas de logement ou alors quand j'appelle je n'ai pas d'accent et quand j'arrive on me dit que l'appartement est pris. Et puis les discriminations liées au handicap. Vous ne pouvez rien faire à votre couleur de peau, à votre origines sociale, vous ne pouvez rien faire contre votre handicap, et j'appelle tous les Français toutes les Françaises, dont 8 sur 10 disent qu'il faut lutter contre les discriminations, je veux le rappeler, parce qu'on dit tout le temps que notre pays est raciste, pardon, je connais des gens absolument extraordinaires en France, il faut arrêter de culpabiliser, il faut arrêter de renvoyer les gens dos à dos, dans une période de crise aussi importante que celle que nous vivons, nous devons être rassemblés et nous respecter dans notre humanité.

ANNE DOMECE
Et ça commence par l'éducation, Elisabeth MORENO. Vous êtes ce matin avec des collégiens de Carpentras.

ELISABETH MORENO
Je crois énormément à la force de notre jeunesse, à sa compréhension et à sa mobilisation pour l'égalité des droits. A chaque fois que je vais dans un collège, j'en repars avec énormément d'espoir, parce que cette jeunesse a compris que le respect de l'autre est indispensable pour la durabilité de notre humanité.

ANNE DOMECE
Cet après-midi vous êtes à Orange Elisabeth MORENO, pour parler notamment d'alphabétisation. Est-ce que ça veut dire que quand on n'a pas accès à la lecture, à l'écriture, on vit aussi une discrimination ?

ELISABETH MORENO
Nelson MANDELA disait que l'éducation est l'arme la plus puissante qui soit pour changer le monde. Si vous ne savez pas lire, écrire, compter, une partie des opportunités de ce monde vous sont interdites, et il est important, et Jean-Michel BLANQUER, Frédérique VIDAL et moi-même travaillons d'arrache-pied sur cette question, pour que tout le monde dans notre pays ait accès à l'éducation. J'ai rencontré une femme qui me parlait, d'Aline LE GULUCHE, qui est une femme qui a appris à lire et à écrire à 50 ans. Il n'y a pas d'âge pour s'éduquer, il n'y a pas d'âge pour apprendre, et apprendre c'est s'ouvrir au monde et avoir des opportunités de changer sa vie.

ANNE DOMECE
Merci beaucoup Elisabeth MORENO, ministre délégué auprès du Premier ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Egalité des chances, c'est votre titre complet. Merci beaucoup et bonne journée dans notre département.

ELISABETH MORENO
Merci de votre invitation, je suis ravie d'être chez vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2021