Interview de M. Joël Giraud, secrétaire d'Etat à la ruralité, à Public Sénat le 14 avril 2021, sur les élections régionales, la vaccination contre le coronavirus, l'agriculture affectée par le gel et la loi 4D.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin c'est Joël GIRAUD, bonjour.

JOËL GIRAUD
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, secrétaire d'Etat à la Ruralité, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, bonjour Sébastien COURATIN.

SEBASTIEN COURATIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci d'être avec nous, Sébastien COURATIN de l'Echo Républicain. On commence bien sûr par ce débat qui a lieu cette semaine au Parlement, hier l'Assemblée nationale a largement adopté le report des régionales et des départementales les 20 et 27 juin, c'est ce que demandait le gouvernement, le scrutin il va donc tomber le premier week-end des vacances d'été, est-ce que vous ne prenez pas le risque de renforcer l'abstention avec ces dates ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, de toute façon… je crois qu'une campagne, comme la campagne des régionales, ce qui est important, et comme la campagne des départementales, c'est d'avoir un peu de pédagogie avant, c'est-à-dire de faire en sorte que les citoyens puissent comprendre à quoi sert cette élection, à quoi servent les départements, à quoi servent les régions, dans un pays qui n'a jamais vraiment fait de la pédagogie, j'allais dire, des scrutins électoraux. Après, quand on a envie de voter avec un système qui, entre soit dit, permet aujourd'hui de partir quand même en vacances et d'avoir une procuration, je pense que ce n'est pas ça qui va provoquer quelque chose de très grave au niveau de l'abstention, ce qui est plus grave c'est l'abstention généralisée, c'est-à-dire des gens qui se détachent de la politique et qui n'ont pas envie d'aller aux urnes, je crois que malheureusement c'est plutôt là-dessus qu'il faut agir, et c'est ce que je tente modestement de faire dans la ruralité en expliquant aux gens que c'est bien de faire comme avant, c'est-à-dire les ruraux, vous savez, allaient beaucoup aux urnes, je me rappelle même que, j'ai été candidat aux régionales et j'ai été vice-président d'une région, on faisait des scores incroyablement élevés en termes de participation, dans les deux départements alpins, ce qui n'était pas tout à fait le cas des départements littoraux, à telle enseigne d'ailleurs que ça pouvait faire basculer le scrutin de manière très spectaculaire, alors que nous n'étions que quelques centaines de milliers d'habitants. Eh bien, je crois que c'est plutôt là-dessus qu'il faut agir, mais dates des vacances, en soit je ne pense pas que ce soit la chose la plus pertinente à opposer.

ORIANE MANCINI
Mais quand même, pourquoi l'avoir décalé d'une semaine, sachant que le Sénat s'y était opposé au moment du vote de la loi sur le report des élections ?

JOËL GIRAUD
Oui, mais écoutez…

ORIANE MANCINI
Est-ce que là aussi vous ne prenez pas le risque d'un vote compliqué au Sénat cet après-midi ?

JOËL GIRAUD
Oui, oui, mais… tout ce qui permet, si vous voulez, de faire en sorte qu'on soit le plus loin possible dans la vaccination des personnes et tout ce qui permet de garder le cap du mois de juin, c'est-à-dire de ne pas avoir encore à réviser un texte, moi me semble plutôt bon, c'est raisonnable et les maires se sont exprimés, voilà.

SEBASTIEN COURATIN
Justement, ils se sont exprimés en prise directe sans passer par les associations comme l'Association des maires de France, quel sens avait cette consultation, est-ce que ce n'était pas un signal de défiance ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, moi je ne crois pas, parce que j'avais beaucoup de remontées de maires ruraux qui se posaient la question de la pertinence de ce scrutin effectivement au mois de juin, par rapport au mois de septembre, et j'étais bien incapable de leur donner une véritable réponse, je le dis clairement. Le fait d'avoir demandé aux maires, en direct, si oui ou non ils étaient favorables au maintien des élections en juin, a permis de dégager simplement une majorité, qui n'était pas si violente que ça, parce que 56/44 ce n'est quand même pas la majorité la plus large, ce n'est pas sur-consensuel, ça veut dire tout simplement qu'il y avait un partage et que les choses n'étaient pas si claires que ça.

ORIANE MANCINI
Mais l'Association des maires de France, elle vous avait fait connaître sa position, pourquoi refaire une consultation des maires ?

JOËL GIRAUD
Moi j'ai écouté l'Association des maires ruraux de France, qui n'était pas tout à fait sur la même position, qui du moins se posait beaucoup de questions, qui n'apportait pas de réponse forcément, mais se posait beaucoup de questions, je pense que faire globalement… vous savez, reprocher à des gens, et notamment à un gouvernement, de prendre le pouls de la démocratie, des élus, pour savoir si vraiment les maires sont opposés à la tenue de ces élections parce qu'ils…

ORIANE MANCINI
Mais pourquoi le faire comme ça, pourquoi le faire un vendredi soir avec des réponses à apporter le lundi matin, sachant que les mairies sont souvent fermées le vendredi après-midi, que certains n'ont… ?

JOËL GIRAUD
Oui, les mairies, enfin les mairies en zone rurale sont ouvertes le samedi, la plupart du temps…

ORIANE MANCINI
Non, mais c'est une consultation un peu précipitée quand même, reconnaissez-le.

JOËL GIRAUD
C'était pour savoir, avant le débat, effectivement, pour prendre le pouls des maires et pour ne pas être… c'était pour ne pas être, je dirais, en contradiction avec ce que pensaient les maires, et aujourd'hui les maires se sont exprimés, ça me semble de la démocratie directe, on ne l'aurait pas fait on nous aurait dit vous auriez mieux fait de les consulter, bon ! Là-dessus moi je suis d'une grande sérénité, et puis 70 % de réponses, ça veut dire quand même que si c'était un week-end, même si c'est rapide, le scrutin est signifiant. Vous savez, des élections où il n'y a que 30 % d'abstention, on en prendrait bien souvent ailleurs.

ORIANE MANCINI
Justement, on va parler de l'organisation du scrutin, notamment dans les zones rurales.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, justement, parmi les maires certains pointent des difficultés, notamment en milieu rural, quelle application des normes sanitaires, comment trouver des volontaires pour tenir les bureaux de vote, quelles garanties, quels outils vont être proposés à ces élus pour que le scrutin se passe convenablement ?

JOËL GIRAUD
Déjà je pense qu'il y a une première garantie qui est sur la progression effectivement de la vaccination, qui va faire qu'aujourd'hui on a une circulation virale qui est importante, puisqu'aujourd'hui on en est, je crois, à 11,3 millions personnes qui ont été vaccinées, du moins s'agissant de la première injection, on va arriver sur quelque chose, au moment des élections, je ne peux pas vous donner un chiffre précis parce qu'évidemment ça dépendra de la mise sur le marché d'un certain nombre de vaccins, mais on va arriver sur une vaccination qui va quand même concerner près de la moitié de la population, c'est-à-dire sans doute, et à mon avis, plus de 70 % des électeurs, même 75 % des électeurs, donc on va être dans une situation qui sera sanitairement meilleure. Il faudra peut-être faire, eh bien ce qu'on a fait justement dans les Vosges, puisque vous receviez le sénateur GREMILLET, c'est-à-dire qu'on s'est mis en position d'avoir un système de séparatifs extrêmement dur pour pouvoir faire cette consultation, que je souhaitais faire auprès des acteurs du Massif avec Jean-Baptiste LEMOYNE, non pas parce que j'étais dans une précipitation absolue de faire cela, pour embêter les Vosgiens, mais tout simplement parce qu'il y a une réunion interministérielle, la première, qui a eu lieu lundi, et qu'il fallait bien que je consulte les principaux massifs avant lundi, voilà.

ORIANE MANCINI
On va revenir sur cette question, mais juste pour…

JOËL GIRAUD
Donc, avec des moyens, si vous voulez, qui sont des moyens complémentaires, je pense qu'on va arriver à quelque chose qui, sur le plan sanitaire, est plus qu'acceptable.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous êtes inquiet, notamment dans les communes rurales, de la difficulté à trouver des assesseurs pour ce scrutin ?

JOËL GIRAUD
Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, très honnêtement, parce que je connais quand même bien les zones rurales, je sais la mobilisation des gens, je n'ai jamais vu dans les zones rurales de démobilisation, vis-à-vis même de situations extrêmement difficiles. Vous savez, moi j'ai été maire 27 ans, il y avait des grosses chutes de neige, les gens voyaient des voitures un peu dans tous les sens parce que c'était le vendredi et qu'il y a des touristes qui venaient, spontanément les gens déboulaient en mairie ou dans les services de gendarmerie en disant « s'il y a des gens, notamment avec des enfants, on a deux chambres, on a trois chambres », eh bien là c'est pareil, les gens dans le rural se mobilisent, quelles que soient les circonstances, et ils se mobiliseront parce qu'ils savent le prix de la démocratie.

ORIANE MANCINI
Dernier mot sur ces élections avant de parler de la crise sanitaire avec Sébastien. Vous serez candidat, vous, à ces élections régionales ou aux départementales ?

JOËL GIRAUD
Eh bien écoutez, départementales, la réponse est non, aux régionales je suis dans le comité de soutien de Sophie CLUZEL dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, et je…

ORIANE MANCINI
Comité de soutien, ça veut dire vous serez sur sa liste ?

JOËL GIRAUD
Je pourrai être en queue de liste sur la liste, c'est-à-dire en position non éligible si c'était nécessaire, je le dis clairement, parce que je crois à la candidature de Sophie.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire quoi si c'était nécessaire, ça veut dire si elle a besoin…

JOËL GIRAUD
Si c'est nécessaire, c'est-à-dire si elle l'estime nécessaire, moi de toute façon je serai présent. Vous savez, elle a commencé sa campagne chez moi, je lui ai proposé de rencontrer justement le monde agricole pour qu'elle connaisse bien les spécificités du monde agricole dans les zones de montagne, vous savez, on est une région qui est très particulière, entre Marseille et Briançon il y a une certaine distance et il y a une certaine différence de culture aussi, donc je ferai tout ce que je peux pour qu'elle soit élue et qu'elle ait un score le plus excellent qui soit, mais je ne serai pas en position éligible parce que ça me demanderait tout simplement de ne pas me préoccuper de ce pourquoi j'ai été désigné membre du gouvernement, c'est-à-dire la mise en place de l'agenda rural. Et d'ailleurs, je l'ai dit à l'Association des maires ruraux de France, je leur ai dit rassurez-vous, je ne serai pas un ministre en campagne alors qu'il y a des urgences dans la ruralité.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot là-dessus, puisque vous parlez de Sophie CLUZEL. Christophe CASTANER, il tend la main à Renaud MUSELIER, qui est le président de la région Sud, et de l'autre côté Sophie CLUZEL a dit « moi je serai candidate », il n'y a pas un problème ?

JOËL GIRAUD
C'est-à-dire que Christophe lui a proposé de tendre la main, elle l'a fait, et Renaud MUSELIER n'a pas saisi la main tendue, donc elle en a tiré des conséquences et, voilà.

ORIANE MANCINI
Donc, dont acte, chacun partira de son côté ?

JOËL GIRAUD
Dont acte, ça sera effectivement la seule solution, et j'espère très sincèrement qu'au deuxième tour…

ORIANE MANCINI
Elle maintiendra sa candidature quoi qu'il arrive ?

JOËL GIRAUD
Oui, j'espère sincèrement qu'au deuxième tour le camp républicain se rassemblera.

ORIANE MANCINI
Et on va parler de la crise sanitaire.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, alors la vaccination des plus de 55 ans a débuté cette semaine avant un mois d'avance sur le calendrier initial, alors, selon le Syndicat des pharmaciens il y aurait plus de candidats au vaccin que de doses disponibles, est-ce que le gouvernement n'est pas allé trop vite sur ce dossier ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, moi je pense qu'il y avait une forte demande de gens qui souhaitaient être vaccinés, pour des raisons diverses et variées, soit parce qu'ils avaient dans leur proximité, dans leur entourage, des gens qui étaient en situation de faiblesse, enfin de bonnes raisons, il y a des gens qui veulent être vaccinés aujourd'hui. Petit à petit, desserrer l'étau des critères et autres, va nous permettre tout simplement de vacciner un maximum de gens, c'est un peu, je dirais le corollaire de ce qu'on disait tout à l'heure sur la tenue des élections. Je crois que plus on ouvre, plus on aura de gens vaccinés, et moins le virus circulera. A l'heure actuelle je pense qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent dans des milieux qui sont des milieux où ils rencontrent beaucoup de gens, où la distanciation sociale n'est pas forcément facile, ce n'est pas inquiétant en soit, parce que ça vous le ressentez vous-même, de la même façon que vous vous levez le matin, si vous êtes normalement constitué, vous vous apercevez que vous avez de la fièvre, vous avez rendez-vous avec une personne dont vous savez qu'elle a eu des pathologies graves, vous remettez le rendez-vous, mais, vous remettez le rendez-vous d'ailleurs, parce que même si la personne en question chope votre grippe ou votre angine, elle va être très gravement malade, donc, voilà, je crois que tout cela permet d'ouvrir mieux la vaccination à beaucoup de gens qui sont inquiets, à juste titre d'ailleurs, puisque cette pandémie est très grave, et qui pourront ainsi être « rassurés » et rassurer leurs proches.

SEBASTIEN COURATIN
Alors justement, vous parlez des prises de rendez-vous, dans certains secteurs ruraux les personnes à mobilité réduite sont parfois très éloignées des centres de vaccination, on a eu des exemples, est-ce qu'il y a assez de dispositifs pour les aider, il n'y a pas de brigades mobiles partout !

JOËL GIRAUD
Non, il n'y a pas de brigades mobiles, mais justement, on a fait une réunion avec Brigitte BOURGUIGNON, avec les associations d'élus, pour voir comment mettre en place, un vade-mecum j'allais dire, qui soit d'ailleurs consenti par les élus, parce que sans ça, ça n'a pas de sens, on ne va pas se substituer aux élus dans un certain nombre de domaines, mais voir les échanges de bonnes pratiques et autres, un vade-mecum, ce vade-mecum, j'ai reçu hier la trame, et on va pouvoir le signer et l'envoyer à l'ensemble des élus pour qu'il y ait justement plus de repérage des personnes isolées, d'une manière générale, qu'il s'agisse de handicap, ou qu'il s'agisse de zones très très très éloignées, et après, vous savez, il y a des initiatives un peu partout qui sont assez admirables. Il y a des initiatives aussi personnelles, moi je connais beaucoup de hameaux où on fait comme pour amener les gosses à l'école, c'est-à-dire qu'on fait en sorte que le papy ou la mamie qui n'a pas eu le vaccin parce qu'elle ne peut pas sortir de sa maison, eh bien qu'elle soit emmenée sur les sites0. Mais, dans la ruralité, un peu plus organisée on va dire, il y a des bus départementaux, il y a des bus… moi j'ai vu des bus France Services qui ont été « désarmés » de leur fonction France Services, parce qu'ils avaient un frigo, pour être très clair, pour pouvoir se rendre dans la ruralité, enfin partout les initiatives locales sont importantes, il faut simplement que les gens sachent que ces initiative existent, que ces initiatives soient partagées, parce qu'une bonne idée se partage, et c'est le but de ce que nous avons mené comme action avec Brigitte BOURGUIGNON.

ORIANE MANCINI
Un mot juste sur le vaccin, puisqu'on a appris hier que le vaccin JOHNSON & JOHNSON il allait y avoir une pause aux Etats-Unis, du coup on attend l'avis de l'Agence européenne du médicament, c'est un vaccin qui est quand même pratique, c'est un vaccin qui est monodose, c'est un vaccin qui peut être administré par les pharmaciens, par les infirmiers, par les médecins libéraux. Est-ce que, du coup, ça va avoir des conséquences sur la vaccination en milieu rural ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, je ne sais pas, je ne saurais vous le dire de manière très précise, après il y a toujours une méfiance vis-à-vis des vaccins…

ORIANE MANCINI
Parce que c'est un vaccin pratique justement, en milieu rural.

JOËL GIRAUD
Oui, c'est un vaccin pratique ; il y a toujours une méfiance vis-à-vis des vaccins dans ce pays, plus que dans d'autres d'ailleurs, ça je l'ai remarqué, on se pose moins de questions en Italie, on se pose moins de questions en Allemagne, mais bon !

ORIANE MANCINI
Aujourd'hui vous n'arrivez pas à savoir si ça va avoir un impact sur la vaccination ?

JOËL GIRAUD
Je n'en n'ai strictement aucune idée. Vous savez, en matière de vaccination les choses sont relativement simples, vous avez des vaccins qui ont été autorisés, ou non, avec des risques qui sont différents, ou des rapports coût-avantage qui sont différents, voilà, y compris pour les gens qui… moi je connais beaucoup de gens qui ont des problèmes d'allergie, dont je fais partie d'ailleurs, eh bien, voilà, il faut attendre un certain système d'autotest pour vérifier que vous n'aurez pas de problème avec un vaccin plutôt qu'un autre, et vous choisissez ensuite celui qui au bout d'un mois n'a pas provoqué d'effets secondaires sur un test, voilà, c'est comme ça.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur un autre sujet, ça concerne plus particulièrement les maires qui mettent en oeuvre la campagne de vaccination, ils ont fait beaucoup d'efforts ces maires, mais ça a un coût de mettre en oeuvre cette campagne de vaccination, notamment dans les communes rurales, est-ce que l'Etat s'engage à compenser l'intégralité du coût de cette campagne de vaccination, et quand ?

JOËL GIRAUD
Alors, non seulement on est sur… vous savez qu'il y a un groupe de travail qui regarde l'intégralité des problématiques, on va dire, des dépenses et des recettes des collectivités locales, il y a des dépenses qui sont encore plus importantes, je vais être très clair, qui sont un certain nombre de dépenses liées à des tarifs, par exemple vous aviez un centre balnéoludique, enfin une méga piscine dont le personnel était salarié de droit public et vous avez dû les conserver. Donc, globalement, ces questions vont être vues dans le cadre de ce groupe de travail, de façon à proposer des compensations. Alors, ces compensations vont arriver en décalage par rapport au vote des budgets, mais on ne peut pas non plus plus accélérer…

ORIANE MANCINI
Mais ça veut dire qu'elles vont arriver à quelle échéance ?

JOËL GIRAUD
Ces compensations, normalement, devraient être incluses dans le PLF, le projet de loi de finances…

ORIANE MANCINI
Donc pas avant novembre, décembre.

JOËL GIRAUD
Qui vont arriver en fin d'année oui, plutôt.

ORIANE MANCINI
Et ça sera compensé intégralement, ça, vous vous y engagez ?

JOËL GIRAUD
Et ça sera compensé au maximum de ce qui est possible parce qu'il faut peser les recettes et les dépenses sur ce genre de choses, je suis incapable de vous dire le pourcentage exact, mais globalement, sur ces dépenses-là, bien évidemment, on sera beaucoup plus attentif que sur d'autres dépenses qui sont, par exemple des piscines ou des cinémas municipaux, voilà.

ORIANE MANCINI
On va parler de l'actualité, on va parler du gel.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, le gel qui a frappé de nombreux territoires, notamment les cultures, dont votre territoire, les Hautes-Alpes, est-ce que vous arrivez à mesurer l'impact de cette catastrophe météo ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, on est en train de faire le recensement de ce qui s'est passé, qui visiblement est très grave. Au moment où le gel s'est produit, moi j'étais en déplacement dans le département de la Gironde, et j'ai vu des cépages entiers qui sont passés à la trappe avec des ceps de vigne qui sont complètement rabougris avec les feuilles qui ont grillé. Comme vous le savez, quand il y a un épisode de gel, on ne voit pas immédiatement les dégâts provoqués sur les différentes plantes, chez moi ce sont les arboriculteurs, il y a des zones qui sont équipées avec des systèmes de chauffage ou d'arrosage gélif, comme dans mon département, et d'autres qui ne sont pas équipés, ce qui est clair c'est que de toute façon il y aura là, pour le compte, un système d'indemnisation, le système des calamités agricoles, qui sera poussé au maximum. La seule question qu'on doit se poser maintenant, mais elle est plus large d'ailleurs, c'est que tout cela est consécutif au dérèglement du climat, parce que vous avez de plus en plus de, enfin vous avez vu ce qui s'est passé ces dernières semaines, comment voulez-vous en plus que les gens ne soient pas malades et chopent quelque chose, y compris autre que le Covid, vous avez 26 degrés un jour, le lendemain vous voyez la neige qui tombe. donc, ces dérèglements du climat ont des conséquences sur les agriculteurs, sur les productions, mais ils ont des conséquences sur les territoires aussi, jamais on n'a eu autant d'effondrements de pans de montagne, jamais on n'a eu autant d'effondrements de routes, dans les zones de montagne justement, donc je crois qu'il va falloir que nous réfléchissions au système global des catastrophes et des calamités, qu'elles soient agricoles, qu'elles soient naturelles, au regard du système assurantiel, parce qu'on avait trouvé un équilibre qui correspondait à une situation climatique qui n'est pas la situation climatique actuelle, donc je pense qu'il va falloir regarder de plus près ces questions assurantielles parce qu'on ne peut pas être dans un système où l'assurance monte de plus en plus les prix pour couvrir quelque chose qui est un phénomène naturel, et un phénomène qui d'ailleurs ne relève plus de l'exception au bout d'un moment, ce qui est le principe même d'une catastrophe, puisque quand vous avez des séries d'éboulements toujours au même endroit, au même… on se pose la question de l'arrêté de catastrophe naturelle, on se dit « mais ça fait six fois au même endroit, qu'est-ce qui se passe ? », il va falloir voir des systèmes assurantiels plus adaptés, je ne sais pas sous quelle forme, très honnêtement, mais qui soient plus adaptés à la réalité du réchauffement climatique sur nos territoires.

ORIANE MANCINI
Une question, une dernière question d'actualité, avant de parler de vos dossiers avec Sébastien, ça concerne la loi 4D, elle arrivera quand en Conseil des ministres cette loi ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, maintenant on est sur un timing qui est rapproché avec un débat à l'automne au sénat, donc…

ORIANE MANCINI
A l'automne au Sénat ?

JOËL GIRAUD
Oui, un débat à l'automne au Sénat, donc, voilà, sauf catastrophe majeure…

ORIANE MANCINI
Et ce sera le Sénat qui l'examinera en premier ?

JOËL GIRAUD
Oui, tout à fait, ça va bien se passer.

ORIANE MANCINI
Mais en Conseil des ministres, c'est quand ?

JOËL GIRAUD
Je n'ai pas la date, Jacqueline l'a, Jacqueline GOURAULT l'a, je n'ai pas la date exacte…

ORIANE MANCINI
Ça sera en mai ou pas ?

JOËL GIRAUD
Probablement, oui, on attend les retours du Conseil d'Etat, bien évidemment, mais dès qu'on a les retours…

ORIANE MANCINI
Donc en mai Conseil des ministres, et à la rentrée de l'automne…

JOËL GIRAUD
Vous savez qu'on a envoyé des éléments complémentaires au Conseil d'Etat sur un certain nombre de sujets, je m'en suis ouvert d'ailleurs lors d'un débat au Sénat, les sénateurs eux-mêmes ont des initiatives, je suis ce soir chez vous au Sénat de façon à voir toute la question des biens sans maître, qui est une question qui est évoquée aussi dans la loi 4D, donc on est vraiment sur les phases préliminaires maintenant, tout va bien.

ORIANE MANCINI
Allez, on parle de vos dossiers avec Sébastien.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, alors vous lancez aujourd'hui une plateforme sur Internet pour permettre à des jeunes diplômés d'accéder à des missions de volontariat territorial en administration pour venir renforcer des collectivités rurales qui proposent des postes. Quel est l'objectif, c'est un ticket gagnant-gagnant pour les collectivités et les jeunes ?

JOËL GIRAUD
Oui, complètement, c'est un ticket gagnant-gagnant. L'ANCT et le ministère de la Cohésion des territoires proposent un certain nombre de dispositifs d'ingénierie, alors il y a des ingénieries qui sont très adaptées à des types de collectivités, d'autres un peu moins. On a l'ANCT qui se déplace sur les territoires pour faire des analysés, là d'une école du bois, je pense à cela parce que c'est le dernier dossier que j'ai vu passer dans le parapheur, à un autre endroit, un dossier plus complexe, qui est le dossier de mise en oeuvre d'un patrimoine industriel à rénover, il y a des journées d'études qui sont des journées d'études, sur un marché national, qui sont proposées également aux collectivités, et puis il y a, j'allais dire la collectivité de base, qui n'est pas dans un programme, forcément un programme national comme « Petites villes de demain », « Action coeur de ville », et qui se pose la question de ses moyens d'ingénierie, eh bien cette plateforme elle est faite pour quoi ? tout simplement sur le modèle des volontaires territoriaux en entreprise, faire en sorte que des jeunes qui ont un diplôme, de bac+2 minimum, qui ont entre 18 et 30 ans, se mettent en regard d'offres de collectivités, l'Etat mettant un ticket d'entrée de 15.000 euros pour toute embauche de ces jeunes, en laissant les collectivités libres de leur champ d'action en termes de rémunération, et ces jeunes ils auront pour objet tout simplement d'assurer l'ingénierie sur ces petits territoires. Alors, on lance un premier appel, si vous voulez, de 200 postes, pour voir d'abord comment ça fonctionne d'ici à la fin du mois de juillet, pour voir s'il faut réajuster le mécanisme, parce qu'on n'a pas toujours la science infuse, mais en tout état de cause la plateforme, qui est la plateforme VTA.NCT.GOUV.FR., est aujourd'hui officiellement ouverte, les collectivités mettent leurs offres, les préfets sont garants, j'allais dire, de la bonne tenue de cette offre, c'est-à-dire il ne faut pas que ce soit une offre qui correspond à un emploi de la fonction publique très classique. Ces jeunes arrivent en ingénierie sur des territoires avec des diplômes différents, là vous avez peut-être un problème, je ne sais pas, superposition loi montagne/ loi littoral, qui est complexe, il vaut mieux prendre un master en urbanisme pour essayer de vous dépêtrer tout ça, là c'est plutôt de l'ingénierie classique avec, on a des programmes européens, on a le plan de relance, on passe à côté de pas mal de choses parce qu'on ne sait pas comment instruire ses dossiers, donc notre espoir c'est effectivement de faire en sorte qu'on ait, à la fois des collectivités gagnantes d'un côté, parce qu'elles auront de l'ingénierie, et des jeunes qui soient des jeunes gagnants parce qu'ils n'attendront pas d'avoir une expérience de 5 ou 10 ans pour être embauchés par une collectivité.

ORIANE MANCINI
Et justement, on va parler de « Petites villes de demain » avec Sébastien, juste d'abord je redis que l'ANCT c'est l'Agence nationale de la cohésion des territoires.

JOËL GIRAUD
Pardon, oui.

SEBASTIEN COURATIN
Oui, là vous faites actuellement un tour de France pour promouvoir le dispositif « Petites villes de demain », 1624 communes sont concernées. Dans un papier du « Monde » le directeur général de l'Association des petites villes dit que c'est beaucoup et qu'il y a peut-être un risque d'émiettement des fonds qui sont investis dans ce projet.

JOËL GIRAUD
Ecoutez…

SEBASTIEN COURATIN
Qu'est-ce que vous lui répondez ?

JOËL GIRAUD
Moi je lui réponds que, il faut quand même savoir, trouver qu'il y a beaucoup trop de bourgs-centres en France c'est un peu paradoxal. C'est vrai qu'on est allé…

ORIANE MANCINI
Non, mais il dit qu'au début ils avaient listé 700 communes, que là il y en a 1624, ais qu'il y a toujours 3 milliards, donc forcément…

JOËL GIRAUD
Oui, forcément. Ecoutez, franchement, on a quand même 3 milliards sur 6 ans, alors certains espéraient peut-être concentrer les moyens sur un nombre limité de collectivités, on a fait le pari, avec Jacqueline GOURAULT, d'aller très loin, c'est-à-dire de faire en sorte qu'il n'y ait pas de plancher bas, comme vous le savez. La plus petite ville de demain c'est un village de 220 habitants, tout simplement, qui est un chef-lieu de canton, dans un endroit très rural, et qui est le seul bourg-centre, et qui est évidemment en grande difficulté compte tenu de sa taille, eh bien mettre des moyens sur cette collectivité a peut-être plus de sens que de renforcer les moyens sur une collectivité de 18.000 habitants, voilà. Je pense qu'il y a des équilibres à trouver, les moyens seront là de toute façon, ils seront là parce que ce ne sont pas que des moyens, j'allais dire stricto sensu financiers de l'Etat, nous avons la Banque des territoires, nous avons tout un tas de partenaires qui sont des partenaires à même de proposer ces emplois. Lorsque vous arrivez dans des coeurs de ville où le seul problème c'est l'habitat dégradé, c'est l'Agence nationale de l'amélioration de l'habitat qui va implanter l'ingénierie nécessaire. Donc, je ne me fais aucun souci pour cela, et vu l'engouement des élus pour ce programme, je vais vous dire que, quand bien même il y aurait un jour besoin d'un réajustement budgétaire, je crois que ce réajustement budgétaire il sera fait, en général dans ces cas-là c'est la demande qui crée l'offre.

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire qu'il peut y avoir plus de 3 milliards ?

JOËL GIRAUD
Il peut y avoir des formes d'ingénierie, effectivement nouvelles à trouver, et on les trouve, regardez, les VTA en font partie, donc nous arrivons à trouver des moyens d'ingénierie et c'est ça qui est plébiscité par les collectivités.

ORIANE MANCINI
Et merci beaucoup, malheureusement le temps file, même s'il y avait beaucoup de dossiers à aborder avec vous, merci Joël GIRAUD…

JOËL GIRAUD
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
D'avoir été notre invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 avril 2021