Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à LCI Le 16 avril 2021, sur la protection des policiers, la subvention d'une mosquée à Strasbourg, l'islam politique, le harcèlement de rue et les contrôles au faciès.

Texte intégral

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes ministre chargée de la Citoyenneté.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne sais pas exactement, je ne comprends pas toujours bien à quoi ça correspond mais j'espère que cet entretien vous permettra d'éclaircir le sujet.

MARLENE SCHIAPPA
Vous avez quatre heures devant vous.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous avons quatre heures, c'est très bien. Merci en tout cas d'avoir accepté notre invitation.

MARLENE SCHIAPPA
Avec plaisir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour commencer par un sujet qui nous saisit tous et qui est assez grave. Des portraits de policiers ont été placardés dans des halls d'immeuble à Epinay-sur-Seine. Bien sûr, tout le monde condamne. Qui a pu faire un acte pareil ? On ne le sait pas. C'est une menace supplémentaire et nouvelle pour la police, contre la police, contre les policiers ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument. Vous évoquiez le mot de citoyenneté qui est un très beau mot et je crois que le lien de confiance qui existe entre la police et la population, il est fondamental. Les policiers sont là pour protéger la population et je crois qu'il est évidemment inacceptable de voir une fois encore des menaces, y compris dans la sphère privée et donc vis-à-vis de leur famille. Moi j'ai échangé récemment avec la brigade qui s'occupe justement de l'assistance aux policiers qui sont menacés dans leur vie privée. J'ai entendu des enfants dans le cadre du Beauvau de la sécurité organisée par Gérald DARMANIN. J'ai écouté des enfants de policiers. Un petit garçon de neuf ans qui n'ose pas dire que son papa est policier à l'école. Une adolescente qui me dit que sa maman lui a dit : « Si tu me croises en tenue en ville, ne viens pas me parler parce que je ne veux pas que les gens sachent que ta mère est policière », et je pense à ce monsieur qui m'a dit que sa femme était policière et que tous les matins quand elle partait travailler, il se demandait s'il n'allait pas avoir l'appel – sous-entendu l'appel pour lui dire qu'elle a été agressée sur son lieu de travail.

JEAN-MICHEL APHATIE
On comprend la difficulté. Là, les portraits à Epinay qui ont été mis dans les halls d'immeubles, ce sont des policiers qui travaillent dans le quartier. Ils n'y vivent pas, c'est ça ? Ces policiers vont être protégés, déplacés ? Maintenant que leur visage a été comme ça vu de tous, donc ils sont menacés. Est-ce qu'ils vont être mutés ailleurs ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord plusieurs choses. D'abord je ne sais pas que ce que vous voulez dire mais je le précise : ce n'est pas parce que ce n'est pas le quartier où ils vivent que c'est plus acceptable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non.

MARLENE SCHIAPPA
La méthode de diffuser des visages ou des noms ou des informations personnelles sur des policiers, on sait très bien que ce n'est pas pour leur offrir des chocolats quand on les croise.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce que vous disiez préalablement qui m'amène à préciser que ce sont des policiers qui travaillent à Epinay dont le visage a été placardé.

MARLENE SCHIAPPA
Vous avez bien sûr raison de rappeler les faits mais je pense que placarder un visage, que ce soit devant chez vous ou sur le lieu de travail, devant l'école des enfants, c'est inadmissible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Evidemment. Est-ce que ces policiers vont être déplacés ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas d'informations à communiquer sur ces policiers en particulier. Ce que je peux vous dire c'est qu'au niveau du ministère de l'Intérieur, il y a une très grande vigilance pour protéger ceux qui nous protègent et pour déployer un certain nombre de dispositifs, que ce soit de l'aide psychologique, de la protection vis-à-vis des familles et y compris sur l'affectation des policiers, mais je n'ai pas d'informations à communiquer sur ces cas en particulier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez pas d'informations à communiquer, c'est-à-dire vous ne possédez pas d'informations ou vous ne voulez pas les communiquer ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est-à-dire qu'il ne m'appartient pas de communiquer des informations sur les mutations personnelles de tel ou tel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que vous comprenez que la question se pose. Ces policiers sont en danger d'une certaine façon.

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment, elle se pose pour eux et pour gens qui travaillent avec eux et qui sont en train…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc on imagine que des mesures de protection seront prises en leur faveur et les seules mesures de protection, c'est de les amener à travailler ailleurs. On l'imagine.

MARLENE SCHIAPPA
Comme je vous le disais, il ne m'appartient pas là de vous faire la liste pour dire « monsieur Untel est muté là etc ».

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, pas la liste. Le principe.

MARLENE SCHIAPPA
Bien évidemment sur le principe, il y a une attention très particulière. Le Ministère de l'Intérieur est en train d'y travailler. Je ne peux pas aller plus loin dans ce que j'ai à vous dire ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que les policiers bénéficieront - c'est un autre sujet mais qui touche les policiers - de vaccins de manière prioritaire ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça fait partie des fonctionnaires exposés.

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait. Les policiers de plus de 55 ans sont prioritaires pour la vaccination, à partir de ce week-end dans les centres de vaccination, et je les invite très chaleureusement à se faire vacciner. Les policiers, comme d'ailleurs les enseignants et comme un certain nombre d'autres métiers, sont au contact, sont exposés et il est vraiment important qu'ils puissent être vaccinés pour se protéger eux mais aussi pour protéger leur entourage et les personnes avec lesquelles ils sont en contact.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi limiter à 55 ans ? Pourquoi pas plus bas ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée, c'est de poursuivre dans la trajectoire qui a été déterminée par le ministre de la Santé Olivier VERAN et donc d'avoir d'abord une vaccination des plus fragiles, donc d'abord des plus âgés, ensuite des plus jeunes et évidemment avec les personnes qui ont des phénomènes dits de comorbidité qui peuvent bien sûr également être prioritaires pour la vaccination.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ces mesures d'âge ne sont pas obsolètes ? Il n'y a pas une demande des policiers - ils ont 45 ans, ils ont 40 ans - d'être vaccinés puisqu'ils sont en contact en permanence d'une population nombreuse ?

MARLENE SCHIAPPA
Si, mais j'observe que c'est la stratégie qui a été déployée de se dire qu'on doit d'abord…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'elle est bonne ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vais pas là me lancer dans un débat. Je pense que cette stratégie elle est efficace puisqu'elle permet justement d'avoir des vaccinations d'abord des plus fragiles. J'étais en Corse, la Corse du Sud est championne de France de la vaccination. J'étais la semaine dernière au centre…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous aimez mettre en avant vos racines corses.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. On parle beaucoup de la Corse dès qu'il y a la moindre chose un peu polémique ou négative, il faut aussi célébrer les belles réussites. En Corse, il y a beaucoup de solidarité intergénérationnelle dans la population. Il y a des centres de vaccination qui ont été créés et je veux rendre hommage par exemple au docteur Michel MOZZICONACCI qui est le président de l'Ordre des médecins de Corse et qui a créé à Baleone un centre de vaccination. Lui et d'autres centres ont permis d'avoir des records parce qu'on appelle les personnes pour leur proposer d'être vaccinées. Et moi je voudrais dire aux gens qui regardent votre émission sur LCI, monsieur APHATIE, que peut-être si on peut passer des coups de fil à nos grands-parents, à nos parents, aux personnes fragiles autour de nous pour savoir si elles ont été vaccinées, si on doit les aider pour prendre un rendez-vous - parce que parfois c'est compliqué pour elles - je pense qu'on arrivera à augmenter le taux de vaccination des plus fragiles et des plus âgés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça nous éloigne de la question des policiers de 55 ans mais bravo pour avoir introduit la Corse dans la réponse à cette question.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a des policiers en Corse aussi. On les salue.

JEAN-MICHEL APHATIE
On vient de l'apprendre, la mairie de Strasbourg finalement ne subventionnera par la construction de la mosquée. La mairie de Strasbourg avait voté le principe d'une subvention de deux millions et demi pour la construction d'une mosquée que l'association Millî Görü? mène depuis des années maintenant. C'est une décision qui finalement vous satisfait ? Il valait mieux que ça finisse comme ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Je me réjouis sur le fond que ces deux millions et demi d'euros, ce qui représente des places en crèche pour à peu près deux cents à trois cents familles pendant un an, je me réjouis que ces deux millions et demi d'euros n'aillent pas financer une association qui promeut l'islam politique. Mais, pardonnez-moi, mais politiquement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut l'interdire alors.

MARLENE SCHIAPPA
Quelle lâcheté du début à la fin ! Quelle lâcheté du début à la fin de la part de la mairie et de la municipalité et de Strasbourg. C'est-à-dire qu'il n'y a aucune décision qui a été vraiment assumée. La politique, c'est prendre des décisions et les assumer en responsabilité. Là on a le sentiment que les responsables politiques qui ont été élus à la mairie de Strasbourg subissent cette histoire du début à la fin. Aucune vraie décision n'est prise. Il y a une délibération mais on nous explique que l'on n'était pas très à l'aise, puis la délibération n'est pas retirée. C'est l'association elle-même qui finalement décide de ne pas demander de subvention. Je crois que les responsables politiques ne sont pas là pour subir face aux offensives de l'islamisme radical. Ils sont là pour prendre des décisions même si ces décisions sont difficiles et même si elles nous exposent.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le discours sur les religions est toujours un discours difficile. Vous parlez d'islam politique : qu'est-ce que ça veut dire ? Islam radical : on voit mieux ce que ça veut dire. Est-ce que votre discours là à l'instant n'est pas confus ou ne sème pas de la confusion ? Si Millî Görü? n'est pas une association qui est réputée non républicaine, radicale, il faut l'interdire.

MARLENE SCHIAPPA
Alors je vais tâchée d'être plus claire. En vertu des principes de laïcité et de la loi de 1905, on a une liberté de conscience et une liberté de culte en France. Cette liberté de croire ou de ne pas croire, elle est fondamentale. C'est pourquoi par exemple je me suis déployée pour sécuriser les cultes aux abords des cultes pour les fêtes. A Pâques, j'étais à Saint-Sulpice, j'étais à la Mosquée de Paris avec Monsieur le recteur à la veille du ramadan.

JEAN-MICHEL APHATIE
Islam politique, qu'est-ce que ça veut dire ?

MARLENE SCHIAPPA
La liberté de culte, elle est fondamentale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas la question.

MARLENE SCHIAPPA
Mais si puisque vous me dites que ça manque de clarté, j'essaie d'être le plus clair possible. Et pour définir l'islam politique, je ne veux pas vous faire une phrase sujet-verbe-complément. Je vous explique que l'islam politique, et je distingue bien les choses : il y a d'un côté les religions et une liberté de culte qui est une liberté constitutionnelle en France et qui fait partie de la laïcité ; et de l'autre côté, vous avez des gens qui dévoient cette religion. L'islam politique, on sait bien ce que c'est. Il suffit de regarder ce qui se passe par exemple autour de monsieur ERDOGAN en Turquie ou dans d'autres pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais là, on parle de la France.

MARLENE SCHIAPPA
On parle de la France. Millî Görü?, c'est une association qui est proche des sphères turques.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il faut l'interdire ? C'est ça ma question.

MARLENE SCHIAPPA
Alors moi, je ne pense pas qu'il faille l'interdire, mais entre ne pas interdire et financer, il y a peut-être une marge. Il y a plein de choses en France qui ne sont pas interdites, ce n'est pas pour ça qu'on les finance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi on finance à Strasbourg ? Parce que la loi de 19005 ne s'applique pas puisque Strasbourg, l'Alsace, vit sous le régime d'un Concordat de 1802.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'Alsace, je le précise pour ceux qui nous écoutent, étant occupée en 1905 par les Allemands. Est-ce qu'il faut, ce serait plus simple, revenir sur cette situation ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors montrez-moi à quel endroit dans les règles concordataires il est écrit que la municipalité de Strasbourg est obligée de financer les mosquées radicales ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, elle n'est pas obligée. Radicales, je ne sais pas, un projet de mosquée. Après qu'il faut apprécier.

MARLENE SCHIAPPA
Pardon. Non, non monsieur APHATIE, on ne peut pas quand on est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle est radicale en quoi ? Comment ? Vous le savez, vous pouvez le dire ? Pourquoi vous n'interdisez pas l'association à ce moment-là ? C'est ça que je ne comprends pas.

MARLENE SCHIAPPA
Alors j'essaye de répondre à votre question depuis tout à l'heure. Vous m'avez dit que vous ne vouliez pas parler de la Turquie : c'est quand même au coeur de la question. Il y a la question de la radicalité, il y a la question de l'ingérence de puissances étrangères. En l'occurrence qu'est-ce qu'on reproche à Millî Görü? ? On lui reproche ses accointances avec les sphères d'ERDOGAN mais surtout on lui reproche d'avoir refusé de signer la charte pour l'islam en France qui a été ratifiée, créée et ratifiée par des fédérations musulmanes. Elle refuse de signer un document disant que les lois de la République prévalent sur les lois religieuses. C'est cela l'islam politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il faut l'interdire. J'entends votre raisonnement.

MARLENE SCHIAPPA
J'essaie de répondre à votre question précédente.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi vous ne voulez pas l'interdire si vous pensez qu'elle n'est pas républicaine ?

MARLENE SCHIAPPA
L'islam politique, c'est de vouloir que les lois religieuses priment sur les lois de la République et d'imposer des lois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ça, ce n'est pas acceptable.

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment, ça n'est pas acceptable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc il faut interdire l'association.

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous dire, avec Gérald DARMANIN nous avons adressé des consignes et une circulaire officielle très strictes pour demander partout sur les territoires qu'on cesse de travailler avec les deux fédérations qui ont refusé de s'engager dans cette charte pour l'islam en France. Millî Görü? en fait partie donc nous sommes très clairs sur ce sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Refuser de travailler, ça n'est pas interdire.

MARLENE SCHIAPPA
Si je venais pour vous dire que nous allons interdire toutes les associations avec lesquelles nous sommes en désaccord ou que nous considérons comme non-républicaines, vous seriez le premier à me dire que c'est une atteinte forte à la liberté d'association, une atteinte à la liberté de culte, que nous sommes en dictature, qu'on ne peut plus rien faire et plus rien dire etc.

JEAN-MICHEL APHATIE
Une association non-républicaine, c'est un problème.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a beaucoup d'associations qui ne sont pas républicaines. Il y a des associations royalistes, je suis en profond désaccord avec elles, je ne souhaite pas les financer, je ne souhaite pas pour autant les interdire. Les grands principes constitutionnels de liberté associative sont aussi à respecter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Revenir sur le Concordat en Alsace ?

MARLENE SCHIAPPA
Le débat a été tranché par les parlementaires à plusieurs reprises dans l'histoire récente et y compris il y a quelques semaines avec le projet de loi sur les principes républicains. Il appartient aux parlementaires de voter. Ils ont voté qu'ils ne souhaitaient pas revenir sur le Concordat. Nous nous en tenons-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est dommage. Ce serait plus clair.

MARLENE SCHIAPPA
La liberté parlementaire est aussi une liberté importante.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça nous éviterait peut-être quelques problèmes de cette nature. Vous avez lancé hier une opération pour les quartiers sans relous.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour permettre aux femmes de marcher dans la rue sans être agressées.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelle est l'urgence à faire cela ? La nécessité à faire cela ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une vraie urgence. Vous savez, la question du harcèlement de rue, elle existe de longue date. J'ai 38 ans et quand j'avais 13-14 ans, j'élaborais des stratégies avec ma soeur pour éviter les bandes justement de relous aux abords de la cité qui venaient nous entraver. Ma fille qui va avoir 14 ans, je l'entends avoir les mêmes conversations avec ses copines pour savoir comment on échappe au harcèlement de rue. Pendant trop longtemps, les responsables politiques ne se sont pas occupés de cette question-là. En 2017, Emmanuel MACRON alors candidat s'était engagé à verbaliser le harcèlement de rue. C'est une loi que nous avons fait voter en 2018. La France est d'ailleurs le seul pays du monde à verbaliser le harcèlement de rue mais la loi ne fait pas disparaître ce phénomène par magie. Il y a 3 023 contraventions pour harcèlement de rue. Moi j'ai demandé hier à la police, la préfecture de Paris et la gendarmerie nationale de faire une cartographie des zones pour qu'on puisse déployer des policiers en civil, gérer des formations sur le harcèlement de rue, augmenter les flagrants délits par exemple dans les transports. J'étais hier à Châtelet-Les Halles…

JEAN-MICHEL APHATIE
A Paris.

MARLENE SCHIAPPA
A Paris, absolument. Avec la police qui se déploie pour assurer la sécurité des femmes dans les transports. Nous en avons augmenté les effectifs et avec Gérald DARMANIN, nous rajoutons deux mille policiers qui vont notamment, parmi les missions de protection, avoir la responsabilité des flagrants délits pour le harcèlement de rue ou les agressions sexuelles dans le métro ou dans les transports.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans les transports évidemment puisque c'est un lieu important. Vous avez fait voter cette loi en 2018. C'est le prolongement de cette loi au fond.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

MARLENE SCHIAPPA
Simplement, vous n'êtes plus ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes, c'est Elisabeth MORENO.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, que je salue.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il aurait été plus logique que ce soit elle qui porte ce projet. C'est pour ça que des fois je me dis : « Mais le ministère de la Citoyenneté, c'est quoi ? » Est-ce que vous êtes vraiment dans votre domaine ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors les policiers, sauf s'il y a eu un décret qui m'a échappé pendant la nuit, et les forces de sécurité intérieure : les policiers, les gendarmes, la préfecture de Paris, ceux qui assurent la sécurité sont rattachés au ministère de l'Intérieur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais en 2018 c'est vous qui avez porté la loi sur le harcèlement de rue.

MARLENE SCHIAPPA
Je prends mes responsabilités politiques et chacun a sa propre sensibilité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais pourquoi ce n'est Elisabeth MORENO ? Ou pourquoi vous le ne le faites pas avec elle ?

MARLENE SCHIAPPA
Elisabeth MORENO est parfaitement engagée. On a fait beaucoup de déplacements communs. On travaille absolument main dans la main. En l'occurrence il s'agit des policiers, des gendarmes et de la préfecture de Paris. On ne va pas déplorer que le ministère de l'Intérieur s'engage dans un combat féministe et protège les femmes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non. Je ne déplore rien. J'essaye de comprendre le découpage gouvernemental.

MARLENE SCHIAPPA
Quand Christophe CASTANER s'engageait pour annoncer les partenariats avec les pharmacies et les forces de l'ordre pour les violences conjugales, je n'ai pas souvenir que vous lui ayez dit : « La pauvre Marlène SCHIAPPA, est-ce que vous l'avez vraiment associée à ce projet ? » Donc si vous voulez, il y a un travail commun. Moi je me réjouis qu'Elisabeth MORENO, Adrien TAQUET mais aussi Eric DUPOND-MORETTI à la Justice, Elisabeth BORNE au Travail, moi-même et beaucoup d'autres ministres soyons engagés pour protéger les femmes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne faites pas un peu d'ombre à Elisabeth MORENO ? Vous finalement, la vraie ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes ?

MARLENE SCHIAPPA
Est-ce que vous souhaitez que la police ne protège pas les femmes ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, je vous posais la question.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je veux bien, je reste chez moi, je regarde des séries sur Netflix et j'arrête de travailler dans ces cas-là. Moi je pense que c'est fondamental que les forces de l'ordre s'engagent pour protéger les femmes, qu'on les forme davantage. Ça se fait avec l'ensemble du gouvernement évidemment et ce n'est pas des questions de personnes. C'est des questions d'efficacité et comment avec efficacité ces deux mille policiers et policières vont se déployer pour augmenter les verbalisations et mieux protéger les femmes. Moi c'est tout ce qui m'importe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisqu'un décret rattache les policiers à votre ministère, puis-je vous soumettre une phrase d'Emmanuel MACRON ? Vous me direz si vous êtes d'accord ou pas.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas seulement un décret. En fait sauf erreur, le Ministère de l'Intérieur c'est aussi les forces de sécurité intérieure.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'êtes pas Ministre de l'Intérieur, vous êtes Ministre de la Citoyenneté.

MARLENE SCHIAPPA
Je suis Ministre déléguée auprès du Ministre de l'Intérieur. Vous êtes très intéressé par mon CV et ma feuille de route. Je suis au Ministère de l'Intérieur place Beauvau auprès de Gérald DARMANIN. Je m'occupe de la Citoyenneté et je suis également auprès du Ministre de l'Intérieur donc fondée à intervenir sur ces sujets, comme sur les dérives sectaires par exemple.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puis-je vous soumettre une phrase d'Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
Allons-y.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous me direz si vous êtes d'accord ou pas. « Aujourd'hui quand on a une peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé. » Il a raison ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, j'observe qu'il y a un certain nombre de personnes qui nous disent qu'effectivement ils ont le sentiment qu'il y a ces contrôles au faciès comme on les appelle puisque c'est de cela qu'on parle là-dedans, et je pense qu'il y a deux sujets fondamentaux. Et pour moi, ça rejoint ce que j'évoquais tout à l'heure…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non mais excusez-moi, il y a des contrôles au faciès en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis train d'essayer de vous répondre. C'est un peu difficile de vous répondre par oui ou par non.

JEAN-MICHEL APHATIE
J'ai peur qu'ensuite, vous ne vous échappiez de la question.

MARLENE SCHIAPPA
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il y a des contrôles au faciès en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vais pas m'échapper, je suis en train de vous répondre. Ce que je vous dis, c'est que ce problème, et vous savez très bien que si je vous dis : « Oui il y a des contrôles au faciès » ou « Non, il n'y a pas de contrôles au faciès », on ne parlera pas de ce que j'étais venu vous annoncer sur la brigade arretonslesviolences.gouv.fr, on ne parlera pas des quartiers sans relous, on ne parlera pas de notre lutte contre l'islam politique mais il y aura une dépêche AFP et toute la journée les gens vont dire : oui ou non est-ce qu'il y a des contrôles au faciès ? Vous savez très bien que le monde médiatique fonctionne de la sorte. Donc je ne vais pas vous dire oui ou non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas une des raisons pour éviter la question ? Est-ce qu'il y a des contrôles au faciès ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'évite pas la question je vais vous répondre par autre chose que oui ou non. La vie, je crois que ce n'est pas juste oui ou non, noir-blanc et des réponses manichéennes. Ce que je veux vous dire, c'est que le fait qu'il y ait des gens qui nous disent : " Il y a énormément de contrôles au faciès et nous on se sent discriminé et on se sent menacé quand on croise des policiers chez nous d'une part ", et que d'autre part vous ayez des policiers qui, eux, soient victimes d'agressions, dont on affiche les portraits devant leur maison ou leur lieu de travail, ça nous montre il y a ce lien police-population a renforcer. Et donc l'important, ce n'est pas est-ce que moi, Marlène SCHIAPPA, je crois qu'il y ait des contrôles au faciès…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si, c'est important.

MARLENE SCHIAPPA
Non. L'important, c'est comment on ressoude ces deux groupes si je puis dire. La France ne peut pas être fragmentée avec des gens qui ont peur les uns des autres. Des policiers qui ont peur de se faire jeter des cocktails Molotov dans les cités et des jeunes qui habitent dans les cités qui ont peur d'être contrôlés de manière agressive. Ce lien de confiance, il est en train d'être travaillé dans le cadre du Beauvau de la sécurité. Le président l'a voulu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous avons nommé la première réalité que vous évoquez : celle des policiers qui sont menacés et pour la deuxième réalité on essaiera de se retrouver un autre matin.

MARLENE SCHIAPPA
Je viens de vous le dire et de répondre là-dessus, et c'est tout l'enjeu du Beauvau de la sécurité et du lien entre la police et la population qui est fondamental. Je sais qu'on dépasse mais je voudrais dire que si les femmes ont peur d'aller déposer des plaintes, elles ne vont pas déposer des plaintes et les violences continuent. Donc ce lien de confiance, il est absolument fondamental.

JEAN-MICHEL APHATIE
On est largement au-delà du temps qui nous était imparti. Merci Marlène SCHIAPPA d'avoir accepté l'invitation de LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous surtout.


Source : service d'information du Gouvernement, le 19 avril 2021