Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France Inter le 28 avril 2021, sur la lutte contre le terrorisme.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Gérald DARMANIN, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être à notre micro aujourd'hui. Emmanuel MACRON se rendra demain aux obsèques de la fonctionnaire de police assassinée lors de l'attaque du commissariat de Rambouillet vendredi dernier, et vous, Gérald DARMANIN, vous présenterez tout à l'heure en Conseil des ministres un nouveau projet de loi sur le renseignement et la lutte antiterroriste qui vise à compléter et amender des lois antiterroristes préexistantes, nous allons en parler en détail dans un instant, mais dites-nous d'abord où en est l'enquête sur l'attaque de Rambouillet, est-ce qu'on en sait plus sur le profil du terroriste, son père est sorti de garde à vue hier, deux de ses cousins y sont encore, que pouvez-vous nous dire ce matin ?

GERALD DARMANIN
D'abord je voudrais redire que la Police nationale, le ministère de l'Intérieur et donc le pays, est en deuil avec la mort ignoble de cette fonctionnaire de police. Le Parquet antiterroriste, vous le savez, est saisi, donnera des éléments, il appartient au procureur de la République de pouvoir commenter plus que moi, mais je voudrais faire une remarque dans cette ténébreuse affaire.

LEA SALAME
Je précise juste, ça vient de tomber, les deux dernières gardes à vue, les cousins, viennent d'être levées.

GERALD DARMANIN
Cette affaire est à la confluence des quatre problèmes qu'a la France, depuis de nombreux mois, nombreuses années, et pendant sans doute encore de nombreux mois et de nombreuses années, voilà un homme qui manifestement n'était pas détectable, il n'était « manifestement » dans aucun réseau, ce n'était pas manifestement un attentat télécommandé de l'extérieur, un homme qui, deuxième sujet, était dans l'islam rigoriste, islam politique, désormais on le sait de façon certaine, un homme qui est issu de l'immigration, comme malheureusement les derniers attentats, même si, on y reviendra, ce n'est pas la règle des attentats que nous avons connus sur le territoire national, et puis un homme qui manifestement avait de graves troubles puisqu'on a retrouvé, le procureur de la République je crois l'a fait savoir, des images pédopornographiques, y compris dans son téléphone, dans ses supports informatiques. Troubles psys, troubles de la personnalité, sans aucun doute, islam rigoriste et politique, pratiqué, immigration, c'est quelqu'un qui, comme on le sait, est arrivé irrégulièrement sur le territoire national voilà 10 ans, par ailleurs qui n'utilise pas les moyens des terroristes d'il y a encore quelques années, de réseaux, de lignes téléphoniques, de liens avec des Etats étrangers manifestement…

LEA SALAME
Donc c'est extrêmement difficile à intercepter, c'est ce que vous dites.

GERALD DARMANIN
Exactement, et c'est la menace endogène, c'est-à-dire la menace parmi nous, avec des gens qui s'auto-radicalisent et qui passent à l'acte en quelques heures, en quelques jours, en quelques semaines.

LEA SALAME
Il y en a combien en France aujourd'hui, Gérald DARMANIN, Philippe DE VILLIERS hier citait le chiffre de 400.000 personnes, en France, qui auraient ce profil-là, le profil que vous venez de décrire, il s'appuie sur une enquête d'Hakim EL KAROUI qui parle de 300 à 400.000 personnes dans ce profil-là, est-ce que c'est ces chiffres-là ?

GERALD DARMANIN
Moi je pense que dans cette affaire il faut être ni résigné, ni outrancier. Moi j'ai écouté Philippe DE VILLIERS, je l'ai trouvé très outrancier, et je pense que ce n'est pas la peine d'inquiéter outre mesure les Français, la situation est déjà assez grave. Il y a, sur le sol national, les neufs derniers attentats que nous avons connus, sont fait par neuf personnes qui n'étaient connues d'aucun service, ils n'étaient pas fichés S comme on dit, ils n'étaient pas soupçonnés de radicalisation. Ça doit nous interroger sur les techniques de renseignement que nous utilisons désormais pour les voir, avant les gens utilisaient leur téléphone portable, envoyaient des SMS, maintenant ce n'est plus le cas. Le terroriste qui est rentré dans la basilique de Nice et qui a égorgé ces pauvres chrétiens, il a passé trois semaines sur le continent européen, avec un téléphone, sans jamais utiliser sa ligne téléphonique, ni envoyé un SMS, il a fait Facebook Messenger, donc il y a les techniques de renseignement qui ne sont peut-être plus à la mode et il y a les profils qui sont très nouveaux, très endogènes.

LEA SALAME
Vous allez nous détailler la loi et ce que cette loi va changer, mais on va revenir, si vous le voulez bien, tout à l'heure, sur le lien entre immigration et terrorisme, parce que vous n'avez pas totalement répondu.

NICOLAS DEMORAND
La loi donc, qui entend pérenniser, vous en parliez à l'instant, mais vous allez nous l'expliquer parce que le sujet est technique et débattu, pérenniser la technique de l'algorithme qui permet le traitement automatisé des données de connexion, loi qui veut aussi l'étendre aux adresses Web, les fameux URL. La technique est expérimentée depuis 2017, avec trois algorithmes, qu'est-ce que cette loi-là, sur ce sujet, va apporter de plus ?

GERALD DARMANIN
D'abord, quand le président de la République est arrivé en responsabilité, il avait fait une promesse de campagne, c'était de sortir de l'état d'urgence, il est sorti de l'état d'urgence, il a redonné de la liberté, davantage, aux Français, mais nous avons pérennisé, dans la loi, des mesures de l'état d'urgence qui étaient importantes, premièrement. Deuxièmement, nous avons expérimenté, à l'époque, sous le gouvernement précédent, des techniques de renseignement nouvelles, dont l'algorithme, que chacun, si j'ose dire, subit toute la journée, par Google, par Facebook, par le Bon Coin, qui utilisent ces algorithmes, l'Etat français ne l'utilisait pas.

LEA SALAME
C'est votre argument de dire, on est de toute manière surveillés par Google, Amazon, donc pourquoi l'Etat ne surveillerait pas, c'est ça que vous dites, ce qui n'est pas exactement la même chose, l'Etat et le…

GERALD DARMANIN
Non, mais même Le Bon Coin utilise des algorithmes pour savoir ce que vous souhaitez, la différence avec l'Etat c'est que l'Etat, lui, va demander l'avis à quatre personnes, dont une autorité administrative indépendante, qui est la Commission nationale des techniques de renseignement, pour savoir s'il a le droit de le faire. Aujourd'hui, si une personne se connecte et regarde trois, quatre fois, des vidéos de décapitation sur Internet, nous ne le savons pas, nous ne pouvons pas le savoir, c'est pourtant pas un très bon signe, vous en conviendrez.

LEA SALAME
Avec cette loi ?

GERALD DARMANIN
Avec la loi, si elle est adoptée telle quelle par le Parlement, nous connaîtrons le fait que quelqu'un s'est connecté trois, quatre fois, cinq fois, a fait des recherches sur les décapitations, par exemple de Daesh, nous aurons ce signalement qui est anonyme, le chef de service de la DGSI, c'est-à-dire des services secrets français, demanderont l'autorisation au ministre de l'Intérieur, au Premier ministre, et à la Commission nationale des techniques de renseignement, c'est-à-dire à trois personnes différentes, dont une personne totalement indépendante, pour savoir si on peut lever cette anonymisation, la même chose que les écoutes téléphoniques normales. Que faisons-nous ? Nous appliquons à Internet, qui est désormais l'essentiel de nos échanges collectifs, et surtout celui des terroristes manifestement, nous appliquons à Internet ce que nous appliquons au téléphone.

LEA SALAME
Si vous la levez, qu'est-ce qui se passe, il est écouté totalement, toutes ses connexions Internet, Facebook, WhatsApp, Telegram, tout est écouté ?

GERALD DARMANIN
Il est écouté, alors après il y a la technique, vous savez bien que l'une des raisons pour lesquelles les gens utilisent ces applications c'est parce qu'elles sont, en très grande partie, sécurisées, c'est ce que font d'autres services étrangers par ailleurs. Mais je voudrais vous dire que l'exemple du terroriste tunisien qui est rentré dans la basilique de Nice, a utilisé Facebook Messenger sans jamais utiliser son téléphone portable, l'assassin de Samuel PATY a discuté avec des gens, en Syrie, par la messagerie d'Instagram, c'est-à-dire qu'il faut bien comprendre qu'aujourd'hui…

NICOLAS DEMORAND
Mais l'algorithme fonctionnait déjà, il était en phase de test, ce n'était pas il y a 10 ans.

GERALD DARMANIN
Alors, il était en phase expérimentale…

NICOLAS DEMORAND
Donc ça n'a pas marché.

GERALD DARMANIN
Non, mais il n'utilisait pas les URL. C'est-à-dire qu'il y a eu aujourd'hui deux attentats qui ont déjoués grâce aux traces numériques, sur les 35 que nous avons déjoués depuis…

LEA SALAME
Deux attentats grâce à votre surveillance numérique.

GERALD DARMANIN
Depuis 2017 il a eu 35 attentats déjoués sur le territoire national, dont deux grâce à des traces numériques, mais la difficulté que nous avons, que nous avions, c'est que nous n'utilisions pas les URL, là vous utilisez les URL, c'est-à-dire les données de connexion qui vous permettent de voir quelle recherche exacte vous faites, et qui l'a fait, après une levée d'anonymisation. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que les terroristes ont changé leur façon de communiquer, ils passent notamment par Internet, par les messageries cryptées, mais surtout par les réseaux sociaux, vous l'aurez compris, et que nous, nous continuons à être aveugles, puisque nous continuons à surveiller des lignes téléphoniques normales, que plus personne n'utilise.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous pouvez casser des messageries cryptées ?

GERALD DARMANIN
Il y a des choses que je ne peux pas toujours dire à une antenne de radio, ce qui est certain c'est que nous discutons par ailleurs avec les grands majors d'Internet, et nous leur disons « laissez-nous rentrer, laissez-nous faire des failles de sécurité », certains l'acceptent, d'autres ne l'acceptent pas, il faut sans doute la loi pour contraindre, des services étrangers y arrivent.

LEA SALAME
Gérald DARMANIN, si moi, quand votre loi entrera en vigueur dans six mois ou un an, si moi demain, je suis journaliste, je vais voir trois ou quatre sites Internet liés à Daesh en voyant des scènes de décapitations, vous pouvez avoir accès à tout ce que je fais sur mon téléphone portable, vous verrez mes messages WhatsApp, mes messages Instagram, mes messages Telegram ?

GERALD DARMANIN
La réponse est non. Si vous allez vous-même voir, et que vous êtes journaliste, plusieurs vidéos de décapitations, pour votre reportage par exemple, comme ce sera anonymisé, les services secrets ne le sauront pas, ils vont faire remonter cette demande de levée d'anonymisation, et il y a fort à parier que, soit le gouvernement, et si vous n'avez pas confiance en lui, au moins l'autorité administrative indépendante, qui est chargée de ça, voit que c'est un journaliste, ne lèvera pas l'anonymisation, et par ailleurs, si c'était levé, ne pourra pas voir l'ensemble des messages de votre vie personnelle bien évidemment. Nous faisons exactement la même chose sur Internet, que nous faisons avec le téléphone.

NICOLAS DEMORAND
Combien de temps pourrez-vous conserver les données de connexion, Gérald DARMANIN, et comment allez-vous procéder à la désanonymisation ?

GERALD DARMANIN
Alors, on attend le retour définitif du Conseil d'Etat, et on appliquera ce que décide le Conseil d'Etat et la CNIL, bien évidemment, deuxièmement, il s'agit bien de voir que ce n'est pas les services intérieurs, ce n'est pas la DGSI qui fait des algorithmes et qui traite les demandes, il y a par ailleurs une autre autorité qui le fait, c'est très important, qu'on appelle le GIC, c'est assez technique, mais c'est extrêmement important pour nos concitoyens, et le débat parlementaire renforce l'éthique, ça c'est très important, nous créons des moyens supplémentaires de contrôle, et notamment des moyens de contrôle parlementaires. Je voudrais aussi dire que s'agissant de choses qui relèvent du confidentiel défense, la délégation parlementaire au renseignement, où est présent l'opposition et la majorité, a eu connaissance de tous ces éléments, a eu le compte-rendu de l'expérimentation de l'algorithme, et nous aurons un débat parlementaire passionnant, parce qu'il s'agit de la protection des Français, et en même temps de la protection des libertés publiques, c'est l'équilibre qu'il nous faut trouver dans un Etat, mais regardons les choses en face, neuf attentats de suite commis par des gens que nous ne pouvions pas détecter à mesures, à techniques constantes.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous pourrez les détecter, ou est-ce qu'il ne faut pas à un moment dire il y a un certain nombre qui sont indétectables ?

GERALD DARMANIN
C'est peut-être le cas du tueur de Rambouillet, du terrorisme islamiste de Rambouillet…

LEA SALAME
C'est ce que j'allais vous dire, est-ce que lui vous auriez pu le détecter avec vos algorithmes ?

GERALD DARMANIN
Ça fait trois jours que ce drame est arrivé, je ne peux pas vous dire le contenu de l'enquête, je ne le connais pas évidemment, en revanche, ce qui est certain c'est que pour Samuel PATY, ou pour l'attentat de Nice, il y aurait eu en tout cas des techniques de renseignement qui auraient permis d'intervenir puisqu'on aurait pu, sans doute, comprendre qu'ils avaient été dans une radicalisation, qui parfois dure depuis seulement quelques jours, quelques semaines, c'est ça aussi la grande différence que nous connaissons avec les attentats des années 2000.

LEA SALAME
Pardon, il faut encore une nouvelle loi ? Yaël GOOSZ nous disait il y a quasiment une loi antiterroriste, en France, tous les 18 mois. Vous avez besoin, vous en avez fait une depuis qu'Emmanuel MACRON est au pouvoir, la loi SILT, vous avez encore besoin d'une nouvelle loi ?

GERALD DARMANIN
Mais, la loi elle s'adapte à la vie des gens, vous ne dites pas à Google, à Facebook ou à Twitter, « mais il y a 18 mois vous avez déjà avait créé une application, pourquoi vous en fait une nouvelle ? », ça me paraît… la loi elle s'adapte à la vie des gens.

LEA SALAME
Il n'y a pas une frénésie législative sur le terrorisme ?

GERALD DARMANIN
Non, attendez, il y a une frénésie, manifestement, de la peur des Français face au risque terroriste islamiste, par lequel la France est particulièrement touchée, c'est une évidence. Nous ne faisons pas rien. Avec la loi précédente nous avons réussi a non seulement faire des mesures de suivi des sortants de prison, qui est très important, aujourd'hui, Madame SALAME, nous avons plus de sortants de prison qui ont terminé leur peine de prison terroriste, nous ne souhaitons pas, parce que c'est la loi de la République, les garder en prison, mais nous souhaitons continuer à les surveiller, et ce que je demande, avec le garde des Sceaux, au Parlement, c'est d'avoir des moyens pour les surveiller, voilà, parce que ce sont des gens particulièrement dangereux.

NICOLAS DEMORAND
Alors lesquels, quels moyens voulez-vous pour les surveiller ?

GERALD DARMANIN
On avait, jusqu'à présent, jusqu'à un an, sous le contrôle du juge, jusqu'à un an pour les surveiller, après leur sortie de prison, nous demandons désormais deux ans pour continuer à les surveiller, toujours sur le contrôle du juge, si le juge considère que le ministre de l'Intérieur est un peu trop dur, il pourra casser la décision évidemment que mes services, ou que moi-même, prenons, et puis nous avons aussi un suivi psychologique et social extrêmement important, souhaité par le garde des Sceaux, qui est dans ce texte, qui a été validé par le Conseil d'Etat par ailleurs, nous devons absolument continuer à suivre ces personnes, dont une grande partie restent dangereux, voilà, ils ont terminé leur peine, ils restent dangereux. Pour ceux qui sont étrangers…

LEA SALAME
Et après les deux ans ?

GERALD DARMANIN
Non mais, la plupart d'entre eux, une grande partie d'entre eux sont quand même étrangers, ou régularisés jadis, nous dégradons évidemment leur titre de séjour, on leur retire leur titre de séjour, on les expulse, depuis qu'Emmanuel MACRON est arrivé en responsabilité c'est 575 étrangers radicalisés qui ont été expulsés, dont 300 rien que l'année dernière.

LEA SALAME
Vous dites la plupart sont étrangers. Gabriel ATTAL, le porte-parole parole du gouvernement, a dit à ce micro, dimanche, « jamais je ne ferai le lien entre immigration et terrorisme », et vous ?

GERALD DARMANIN
Moi je dirais exactement ce qu'a dit le président de la République, il peut y avoir un lien entre des attentats terroristes et l'immigration, ça nous a été montré, ça nous a été montré à Nice, ça nous a été montré à Rambouillet, mais ce lien n'est pas évidemment automatique. Ce qui est évident pour les Français c'est que, sur 100 % des attentats qu'il y a eu depuis ces cinq dernières années, les trois quarts ont été commis par des gens qui ont la nationalité française, ce serait donc un mensonge, un mensonge éhonté de la droite dure et de l'extrême droite, de faire ce lien égal, mais ce serait de la grande naïveté de ne pas voir qu'il y a bien sûr des étrangers qui commettent, sur le sol national, des attentats terroristes islamistes. Pour cela nous devons mieux maîtriser nos frontières, ce que nous faisons, nous arrêtons, si j'ose dire, trois fois plus d'immigrés clandestins, en Espagne, en Italie, que sur le sol national, et je voudrais ici préciser, depuis le 29 septembre dernier, depuis que le président de la République m'a demandé de prendre cette circulaire qui dit " les étrangers qui commettent des actes contraires à la République doivent être expulsés ", c'est 20.000 titres de séjour qui ont été retirés pour des étrangers qui ont commis des actes de délinquance. Nous jugeons - excusez-moi quelques instants, c'est un point très important - les étrangers en France, pour ce qu'ils font et non pas pour ce qu'ils sont.

NICOLAS DEMORAND
Marine LE PEN, après l'attentat de Rambouillet, a posé la question suivante, " comment un homme, entré irrégulièrement en France en 2009, a-t-il pu être régularisé en 2019 ? " Comment est-ce possible, Gérald DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Il est arrivé irrégulièrement en 2009, donc la question c'est comment il est arrivé irrégulièrement en 2009, c'est une bonne question…

LEA SALAME
Comment il est resté clandestin pendant 10 ans, et comment il a été régularisé ensuite ?

GERALD DARMANIN
Moi je vais vous dire quelque chose qui… c'est évidemment une question qui se pose, et c'est la question que se posent, j'imagine, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, mais moi ce qui m'inquiète aussi beaucoup, c'est qu'il a manifestement été régularisé parce qu'il avait un contrat de travail, et je voudrais dire, Madame SALAME, comment un homme a pu avoir de nombreux contrats de travail alors qu'il était irrégulier, n'y a-t-il pas une part de responsabilité aussi des employeurs, comment on peut faire travailler des gens irréguliers ? Sans doute en les payant très mal par ailleurs.

LEA SALAME
Est-ce que vous ne vous dédouanez pas un peu là…

GERALD DARMANIN
Non, je dis simplement qu'on doit tous…

LEA SALAME
En accablant les employeurs ?

GERALD DARMANIN
Non, je n'accable pas les employeurs, je dis qu'un employeur il doit employer des gens qui sont régularisés sur le territoire national ; et c'est parce qu'il était régularisé, parce qu'il avait un contrat de travail, pardon, qu'il était régularisé, au nom justement de la circulaire dite Valls, c'est-à-dire la circulaire des gens qui n'étaient ni expulsables, ni régularisables. Ce qui est certain, c'est qu'il faut absolument, absolument, reprendre le contrôle des frontières européennes, parce qu'il ne s'agit pas d'une immigration européenne ici, il s'agit bien d'une immigration de quelqu'un qui vient de Tunisie, et le président de la République va taper du poing sur la table, comme il l'a déjà fait à la frontière espagnole dans son discours, il a établi ce lien, de correspondance si j'ose dire, entre des actes de délinquance qui peuvent être commis sur le sol national, et une immigration non contrôlée, qui n'est pas un lien égal, mais qui existe…

LEA SALAME
Donc Gabriel ATTAL, le porte-parole du gouvernement, a tort, ou il y a plusieurs lignes au gouvernement ?

GERALD DARMANIN
Non, il n'y a pas plusieurs lignes au gouvernement. Ce que je viens de vous dire c'est que je ne veux pas mettre de signe égal parce que les trois quarts des attentats terroristes ont été commis par des gens qui ont la nationalité française, mais il y a un quart quand même qui a été commis par des étrangers, et s'il n'y a pas de signe égal, il n'y a pas non plus de naïveté. Et je voudrais vous dire que nous présidons l'Union européenne dans six mois, nous devons maîtriser nos frontières européennes absolument, Schengen, la liberté de circulation qui est formidable, la contrepartie c'est la maîtrise de nos frontières, et les Etats européens doivent le comprendre. Nous sommes plusieurs, avec l'Allemagne, à le dire, désormais nous devons l'exiger.

NICOLAS DEMORAND
Vous prévoyez un nouveau suivi accentué des profils dits psychiatriques, qu'est-ce que ça veut dire exactement ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, quand quelqu'un a des troubles psychiatriques graves, et qu'il est par exemple interné dans un hôpital psychiatrique, et il y a malheureusement de nombreux cas comme ceci, le préfet, qui est celui qui a en charge le suivi, n'a pas l'information de la part de celui qui a pris la mesure avec le tribunal d'à côté, si c'est deux départements différents, et ce trou dans la raquette, qui était jadis compréhensible, notamment du fait du secret médical, mais ce trou dans la raquette nous a causé de nombreuses… qui heureusement ont connu des solutions heureuses puisque les services sont intervenus et ont déjoué des attentats. Et donc, nous mettons dans la loi, en étude parfaite avec le ministre de la Santé, que je voudrais remercier de son travail et de son action autour des services de renseignement, quand un préfet aura des profils psychiatriques sur son territoire, même si d'autres départements ont connu ce passé psychiatrique, ce préfet le connaîtra et pourra faire les moyens de renseignement qu'il faudra.

LEA SALAME
On vous écoute ce matin, on sait que c'est un sujet extrêmement délicat que la lutte contre le terrorisme, Gérald DARMANIN, et malgré ce que vous dites, malgré les lois, malgré ce que vous faites, l'opposition vous taxe, soit de laxisme, soit Xavier BERTRAND dit cette phrase définitive, « l'échec total d'Emmanuel MACRON sur la sécurité. »

GERALD DARMANIN
Non, mais je trouve que ce sont des propos excessifs et de campagne. Bon, qu'est-ce qu'on fait en responsabilité en ce moment, à un an de la présidentielle, à un an de la présidentielle, au moment où il y a la crise Covid, des attentats que vous connaissez, des questions économiques extrêmement importantes ? D'abord les Français veulent qu'on fasse notre devoir, et pas de la politique, moi j'ai l'impression de faire mon devoir. Deuxièmement, je voudrais dire que tous les hommes que vous avez cités, des hommes de droite et de gauche, des hommes de gouvernement, des hommes de partis de gouvernement…

LEA SALAME
Xavier BERTRAND avec qui vous avez travaillé, dont vous dites qu'il est votre ami.

GERALD DARMANIN
Oui, et qui reste mon ami personnel, ça n'empêche pas d'avoir des différences politiques, et je regrette, très franchement, que sur la question du terrorisme ou de la sécurité il y a des différences politiques. Moi je veux dire que toutes les femmes et les hommes, de bien, républicains, de gauche comme de droite, devraient reconnaître que le président de la République, par le doublement des moyens qu'on a donnés aux services secrets français depuis 3 ans, c'est le président de la République qui l'a fait, 1900 hommes et femmes de plus dans les services de renseignement qui ont permis de déjouer les 35 attentats que nous avons évoqués, les 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires, les moyens extrêmement forts des services de la justice et des actions sociales que nous pouvons mettre en place, ça devrait être soutenu par tout le monde, et je crois qu'il y a bien d'autres différences à avoir que celle de la sécurité des Français.

LEA SALAME
Il y en a qui contestent vos chiffres !

NICOLAS DEMORAND
Oui, Valérie RABAULT. Le président de la République a réaffirmé l'objectif de 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires dans son interview de la semaine dernière au Figaro, 6214 membres des forces de l'ordre ont déjà été recrutées, Valérie RABAULT, donc la présidente du groupe PS à l'Assemblée nationale, affirme que les effectifs de police et de gendarmerie ont baissé depuis le début du quinquennat, elle s'appuie sur des chiffres de Bercy selon lesquels il y a 1109 gendarmes et policiers en moins depuis fin 2017. Vous avez dénoncé une fake news, réaffirmé vos chiffres, qui a raison, qui a tort, pourquoi ces chiffres ne concordent-ils pas ?

GERALD DARMANIN
Madame RABAULT confond, et c'est bien étonnant de sa part parce que je sais que c'est une parlementaire assidue et efficace, mais Madame RABAULT confond les policiers et les gendarmes, qui sont mis au ministère de l'Intérieur, des autres agents du ministère de l'Intérieur, le ministère de l'Intérieur ce n'est pas que le ministère de la sécurité, il a les préfectures, il a le service des étrangers, il a la sécurité civile, donc voilà, quand il y a des baisses d'effectifs dans d'autres directions, ce ne sont pas celles des policiers et des gendarmes. Le président de la République, non seulement, vous avez dit, a réaffirmé, mais a annoncé les renforts dans les commissariats de France, a créé 10.000 postes supplémentaires, en plus des départs à la retraite, soyons bien clairs, partout sur le territoire national…

LEA SALAME
Donc elle se trompe…

GERALD DARMANIN
Oui…

LEA SALAME
En se basant sur la note de Bercy, ou alors elle ment.

GERALD DARMANIN
Non, elle ne ment pas Madame RABAULT, je sais qu'elle est honnête intellectuellement, et qu'elle est républicaine. Moi je voudrais dire à Madame RABAULT, et je voudrais dire à Monsieur BERTRAND, pour qui j'ai, tous les deux, de l'estime républicaine, qu'ils devraient soutenir l'action du président de la République dans une union nationale, viendra le temps des tracts sur les marchés. Aujourd'hui, nous devons nous protéger, 35 attentats déjoués, des moyens extrêmement forts mis sur la sécurité, par le président de la République, je pense que ça dépasse des propos de tribune.

NICOLAS DEMORAND
On a appris Gérald DARMANIN, ce matin, que sept anciens membre des Brigades Rouges Italiennes, condamnés en Italie pour des actes de terrorisme dans les années 70-80, ont été interpellés, ici en France ce mercredi matin, que pouvez-vous nous dire sur ces sept personnes, trois autres sont recherchées encore, je crois, à en lire la dépêche de l'AFP, qui sont-ils, qu'est-ce qui leur est reproché, et ces personnes doivent-elles être expulsées ?

GERALD DARMANIN
Moi d'abord c'est la doctrine MITTERRAND, ne sont concernées, me semble-t-il, que les personnes qui ont commis des crimes de sang, deuxièmement, la justice est saisie, notamment je crois la cour d'appel de Paris, qui viendra à trancher sur les cas demandés par le gouvernement, par l'Etat italien, et pour le reste je n'ai pas beaucoup d'autre commentaire à faire.

LEA SALAME
Vous ne savez pas s'ils vont être expulsés ou pas ?

GERALD DARMANIN
La justice le décidera.

LEA SALAME
Une question sur ce qui s'est passé avec la tribune de « Valeurs actuelles », Marine LE PEN qui soutient cette tribune des généraux publiée dans " Valeurs actuelles ", qui dénoncent le délitement de la France. Comment vous la qualifiez, vous, cette tribune Gérald DARMANIN, ça vous fait rire ?

GERALD DARMANIN
Non, je trouve que Madame LE PEN elle a gardé de son père le goût des bruits de bottes, et c'est très inquiétant. Madame LE PEN elle est dans cette tradition, j'espère qu'elle ne fantasme pas sur des pronunciamientos, qui devrait beaucoup nous inquiéter, pas simplement…

LEA SALAME
Qu'est-ce que vous pensez de cette tribune, au-delà de Marine LE PEN ?

GERALD DARMANIN
Objectivement j'en pense, un peu désolé pour ces officiers à la retraite, parce que, franchement…

LEA SALAME
Est-ce qu'elle est factieuse ?

GERALD DARMANIN
…Factieuse, c'est ce qu'on en fait. Manifestement, quelques-uns d'entre eux ont fait partie du service d'ordre du Front national, ça n'a pas été assez dit, certains d'entre eux ont fait partie du service d'ordre du Front national. Vous savez, la grandeur de l'armée française, de l'armée de la Nation, c'est justement de ne pas être politisée, et tous ceux qui ont voulu politiser l'armée n'avaient pas de très bons sentiments démocratiques.

LEA SALAME
Il faut des sanctions contre eux ?

GERALD DARMANIN
La ministre des Armées s'est exprimée.

LEA SALAME
Elle l'a demandé.

GERALD DARMANIN
Eh bien c'est la ministre des Armées, elle est en responsabilité dans les armées, je la suis bien volontiers, ce que je veux vous dire…

LEA SALAME
On a l'impression que vous ne condamnez pas franchement cette tribune à vous écouter…

GERALD DARMANIN
Bien sûr que si, attendez… non, mais je ne veux pas donner d'importance à une tribune qui me paraît, ni démocratique, ni républicaine, et qui est le contraire de tout mon engagement politique, je constate cependant que madame LE PEN, comme d'habitude, est dans une grande tradition familiale.

NICOLAS DEMORAND
Une question qui revient pas mal dans l'application de France Inter. Dans votre dernier livre, la chose a suscité le débat et la polémique, vous écriviez, je vous cite, que « Napoléon s'intéressa à régler les difficultés touchant à la présence de dizaines de milliers de juifs en France, certains d'entre eux pratiquaient l'usure et faisaient naître troubles et réclamations », la phrase a choqué parce que certains y ont vu des clichés antisémites et la réduction des juifs français à une simple présence sur le sol national. Est-ce que vous regrettez ces mots, ces phrases ?

GERALD DARMANIN
Absolument pas. Le Grand rabbin de France lui-même, Haïm KORSIA, a expliqué que c'était l'Histoire de France, et c'est ce qu'on reprochait justement à Napoléon, et c'est pour ça d'ailleurs que Napoléon a fait notamment le Grand Sanhédrin, mais à moins que le Grand Rabbin de France soit lui-même antisémite, ce qui serait extrêmement étonnant, vous en conviendrez, il faut évidemment regarder notre Histoire en face. Que disait CLERMONT-TONNERRE à la tribune de l'Assemblée ? " tout aux juifs en tant que citoyens, rien aux juifs en tant que Nation ", et puis ensuite, Heureux comme Dieu en France, parce que justement la Révolution, puis l'Empire, dans des conditions parfois très discutables, les décrets scélérats qui ont notamment forcé les juifs à changer de prénom, qui leur ont justement obligé à abandonner les demandes d'argent qu'ils avaient avec d'autres personnes qui étaient très légitimes, eh bien les juifs ont connu…

LEA SALAME
C'est sur la formulation de votre phrase, c'est de dire " la présence des juifs ", alors que ce n'est pas « la présence des juifs », ils étaient déjà citoyens.

GERALD DARMANIN
Mais, à moitié madame, à moitié, c'est justement le travail de la Révolution et de l'Empire qui a permis, si j'ose dire, l'assimilation totale des juifs à la France, et à la France républicaine, mais ce que je voulais démontrer c'est que protestants, puis juifs, puis catholiques, font le travail, ont fait le travail, parfois très durement, parfois très contraignant, que font aujourd'hui les musulmans, et donc, vous savez, pour trouver quelque chose qui ressemblerait à de l'antisémitisme dans ma bouche, il ne faudrait pas comprendre mon histoire familiale.

NICOLAS DEMORAND
Merci Monsieur le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, d'avoir été au micro d'Inter ce matin.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.

LEA SALAME
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 avril 2021